ANNALES DES SCIENCES NATURELLES /11- 3^\A- \^^ et '^ PARIS, IMPRIMÉ PAR FEUGUERAY, KUE DU CLOÎTRE SAlNT-BENOlT , N° 4" SCIENCE^^MflELLES, PAR MM. AUDOUm, AD. BRONGNIART et DUMAS, COMPRERAHT LA. PHYSIOLOGIE ANIMALE ET VÉGÉTALE , l'awATOMIE COMPARÉE DES DEUX RÈGNES , LA ZOOLOGIE , LA BOTANIQUE, LA MINÉUALOGIE ET LA GÉOLOGIE. r- TOME NEUVIÈME, ACCOMPAGNÉ DE PLANCHES IN-4" ^^1 mtfê. CROCHARD , LIBRAIRE - ÉDITEUR CLOITRE SAINT-BENOIT, N» i6, tr BVÏ DE SORBOBNF. , H*' 3. 1826. *^ i\>^.;»j'>*v-^>;î^^\ ■>J ANNALES. DES SCIENCES NATURELLES, Recherches expérimentales sur l'Exhalation / pulmonaire. Par MM. G. Breschet etH.Milne Edwards. (Lues à la Société philomatique , le 23 juillet 1826. ) La surface pulmonaire , comme chacun le sait , est non-seulement la partie du corps où l'absorption est la plus active , mais aussi celle par laquelle les principes gazeux ou volatils qui circulent avec le sang s'échappent au dehors avec le plus de facilité. En effet , l'haleine des personnes qui boivent des quantités considérables de liqueurs spiritueuses , prend bientôt une odeur alcoo- lique des plus marquées. Un grand nombre de médica- mcns, tels que Téther , et l'assa-faelida. après avoir été portés dans le torrent de la circulation , s'exhalent par la même voie. Des expériences très-curieuses de Nysten prouvent que les gaz injectés dans les veines en quan- tités assez petites pour ne pas déterminer la mort , viennent se mêler à Tair expiré (i). Enfin, M. Magen- {l) Recherches de Physiologie et de Chimie-pathologique , Pari» ^ i5ii , ia-S". , p. 145. IX. — Septembre 1826. 1. (6) die a constaté que l'eau , l'alcool , le camphre et le phos- phore , sont expulsés de l'économie animale de la même manière , c'est-à-dire, par l'exhalation pulmonaire (i). La grande abondance des vaisseaux sanguins qui viennent se ramifier dans les parois des cellules aériennes des poumons , est évidemment une des condiliofts^'où dépend cette exhalation active , mais elle ne suffit pas pour nous en donner l'explication. Tous les tissus de l'économie animale sont plus ou moins perméables aux liquides, et paraissent jouir de celte propriété à un degré d'avitant plus grand qu'ils sont plus vasculaires 5 on pour- rait donc conduire à priori que la surface pulmonaire doit être une des parties du corps qui livrent passage aux liquides avec le plus de facilité. Mais la connaissance de ce fait ne nous apprenait pas la raison pour laquelle l'exhalation ou passage des fluides du dedans au dehors est si rapide dans cet organe , qui est en même temps le siège d'un mouvement inverse ou d'absorption non moins active. L'explication de ce phénomène remar- quable lestait donc encore à découvrir. Les expériences récentes d'un physiologiste Anglais , le docteur Barry, en nous éclairant sur le mécanisme de l'absorption, nous paraissent de nature à jeter quelque jour sur la question qui nous occupe. En effet ce savant a constaté qu'en soustrayant à la pression atmosphérique , à l'aide de la ventouse, une portion du corps, on em- pêche l'absorption d'y avoir lieu comme à l'oidinaire. Il est donc évident que celle pression agissant de dehors (i) Mcmoire sur la Transpiration pulmonaire , Bulletin de la iSo~ cictc philomatiquc , 1 8 1 1 • (7) en dedans est une des causes qui influent le plus sur le passage des liquides par imbibitiou de la surface d'ap- plication dans l'intérieur des vaisseaux. Et piiisque l'ab- sorption ne parait différer de la simple exhalation que par la direction suivant laquelle le transport s'opère, il nous semblait assez probable qu'iuie pression agissant en sens contraire, c'est-à-dire, de dedans en dehors, devrait exercer sur ce phénomène une influence non moins i-emarquable. Or , le même mécanisme qui occa- sionne l'entrée de l'air dans les cellules pulmonaires , détermine à chaque instant le développement d'une force de ce genre. En effet, lorsque la cavité thoracique est dans l'état de repos , l'air qui s'y trouve , contrebalance par son élasticité la pression exercée de dehors en dedans par tout le poids de l'atmosphère ; mais lorsque cette ca- vité se dilate, l'équilibre est rompu , et la force aspi- rante qui y fait pénétrer une nouvelle quantité d'air , doit agir avec une égale énergie sur tous les points de sez pai-ois. Pendant l'inspiration, chaque cellule joue le rôle d'inie pompe aspirante , et exerce une succion égale sur l'air extérieur avec laquelle il communique à tra- vers la trachée artère , et sur les fluides contenus dans les autres vaisseaux également en communication avec les parois. Serait-ce de l'action de cette cavise toute mé- canique que dépendraient les phénomènes dont nous avons parlé plus haut , et qui ont fait regai'der les pou- mons comme un émouctoire destiné à rejeter au dehors les substances volatiles qui se trouvent dans le sang , et qui pourraient être nuisibles à l'économie animale. C'est ce que nous avons cherché à déterminer à l'aide des expériences suivantes» ( 8) Après avoir divisé quelques anneaux de la trachée artère sur un chien de moyenne taille et avoir introduit dans ce conduit un tuyau qui pouvait s'adapter exac- tement au bout d'un grand soufflet , nous ouvrîmes lar- gement le thorax et nous pratiquâmes la respiration artificielle. Nous fimcs entrer l'air dans les poumons à l'aide du soufflet , et ensuite nous retirâmes cet instru- ment afin que l'organe respiratoire, eu revenant sur lui- même par l'effet de son élasticité naturelle, pût chasser l'air ainsi introduit. Par ce moyen il nous était fr.cile d'entretenir la l'espiration , sans diminuer ni pen- dant l'entrée , ni pendant la sortie de l'air la pression que supporte la surface interne des cellules pulmonaires. La circulation se coulinuait très-bien , et l'animal ne paraissait pas beaucoup souffrir. Nous injectâmes alors dans la cavité périlonéale environ six gros d'alcool sa- turé de camphre 5 un quart-d'heure après , l'air expiré ne donnait encore aucun signe de l'exhalation de l'une ou de l'autre de ces substances par la surface pulmo- naire. Nous dénudâmes alors les muscles larges de l'ab- domen , en ayant soin d'enlever les couches aponévro- tiques qui les recouvraient , et nous y appliquâmes une ventouse à pompe. Pendant quelque temps il n'en ré- sulta aucun elî'et sensible 5 mais api'ès avoir fait le vide dans l'instrument , à plusieux's reprises , l'odeur du camphre y est devenue manifeste , de même que sur la surfiice â laquelle nous l'avions appliqué. Cependant l'air expiré ne décelait nullement la présence de cette substance volatile. Pendant plus de ti'ois quarts d'heure nous avons continué à pratiqvier la respiration de la manière mentionnée plus haut *, mais aucun signe n'a in^ (9) dîqué l'exhala lion du camphre ou de l'alcool par la surface pulmonaire. Ces substances devaient néanmoins avoir élé porlées dans le torrent de la circulation , car en appliquant alors une certaine quantité d'extrait de noix vomique sur le tissu cellulaire suus-cutané de 1 ab- domen , l'animal éprouva au bout de trois minutes les mouvemcns tétaniques qui caractérisent l'action de celte substance vénéneuse. Dans une expérience comparative faite sur uu chien de même taille , nous avons injecté par un procédé sem- blable la même quantité d'alcool camphré dans la cavité péritonéaîe de l'animal , mais sans interrompre l'action aspirante qui accompagne chaque dilatation de la cavité ihoracique -, trois minutes et demie après l'introduction du liquide dans l'abdomen , l'odeur de raîcooî commença à se faire sentir dans l'air que l'animal chassaif de ses poumons , et au bout de six minutes celle du camphre est devenue également sensible. L'intensité de l'odeur communiquée à l'haleine du chien par l'exhalation de ces substances volatiles , augmenta bientôt d'une ma- nière très - marquée , et persista pendant une heure, temps que dura Texpérience. Ces résultats étaient si conduans , que nous ne conservions plus aucun doute sur la vérité de l'hypothèse que l'analogie nous avait suggérée pour l'explication de la grande activité de l'exhalatioa pulmonaire. Mais afin d'établir ce prin- cipe d'une manière incontestable , nous résolûmes de répéter ces expériences et de les varier de différentes manières. Dans cette vue , nous avons injecté une petite quantité d'huile essentielle de térébenthine dans la veine cru- C 10 ) raie d'un chien. A peine avions-nous fini celle opéralion que l'haleine de l'animal était déjà fortement imprégnée de l'odeur de celle substance , qui continua à s'exhaler rapidement par la surface pulmonaire pendant le peu de minutes que vécut l'animal 5 en ouvrant la cavité de la plèvre on y reconnut de suite la présence de l'essence de térébenthine 5 mais il ne se manifesta aucun signe d'une exhalation semblable à la surface du péritoine. Chez un auti'e animal de la même espèce , on com- mença l'expérience par l'ouverture de la trachée artère , et l'introduction d'un tube métallique 5 on ouvrit ensuite le thorax de manière à déterminer l'affaissement des pou- mons , et on pratiqua la respiration artificielle en prenant toutes les précautions nécessaires pour ne pas déterminer d'aspiration pendant la sortie de l'air, et on injecta de l'huile essenliellc de térébenthine dans la veine ciuirale de l'animal, comme dans l'expérience précédente. Bientôt après , l'odeur de celte substance commença à devenir sensible dans l'air expiré 5 mais en ouvrant la cavité pé— rilonéale, elle s'y manifesta avec la même intensité,* enfin, en incisant les muscles de la cuisse , nous les trouvâmes également imprégnés de l'odeur de térébenthine. Nous voyons donc que dans cette expérience , l'huile essentielle de térébenthine, injectée dans les veines, s'est répandue également dans toutes les parties de l'économie 5 la membrane muqueuse qui tapisse les poumons , de même que la membrane séreuse qui revêt les intestins, en ont été imbibées , et son exhalation n'a pas été sen- siblement plus l'apide dans le premier de ces oi'ganes que dans le second. Ce résultat est analogue à celui que l'on oblient en poussant de l'essence de térébenthine dans le ( II ) système vasculaire d'un animal privé de vie. Dans l'ex- périence précédente , au contraire, cette substance n'a manifesté sa présence que dans l'air expiré. Au lieu de s'exhaler sur toutes les surfaces où la circulation est ac- tive , elle paraissait attirée dans l'intérieur des cellules pulmonaires , et s'échapper toute entière par cette voie. Dans ce cas , nous n'avions pas suspendu l'iulluence de la force de succion développée par les mouvemens inspiratoires , et qui nous a fait comparer les cellules dont nous venons de parler à autant de pompes aspi- rantes 5 dans l'autre expérience , au contraire , nous avons détruit la seule cause qui parait devoir attirer les fluides dans celte partie du corps plutôt que dans une autre. Si l'oii injecte dans les veines d'un animal de l'huile grasse tenant en dissolution du phosphore , l'on voit bientôt des fumées blanches sortir des naseaux et déceler la'présence de cette substance combustible dans l'air ex- piré. Curieux de savoir si l'on pourrait empêcher ce phé- nomène d'avoir lieu en détruisant l'espèce de pompe as- pirante que représente le poumon pendant la dilatation du thorax , nous ouvrîmes largement la poitrine d'un chien , et nous pratiquâmes la respiration arlificielle de la manière indiquée ci-dessus ; ensuite nous injectâmes dans la veine crurale de l'animal une petite quantité de phosphore dissous dans de l'huile d'olives 5 contre notre attente il se manifesta des fumées blanches dans l'air ex- piré , et eu appliquant une ventouse sur la sui-face exté- rieure de l'estomac , nous ne pûmes déterminer dans celte partie aucune exhalation sensible de phosphore. Ce résultat nous étonna d'abord , mais en y réfléchissant ( lo nous en trouvâmes facilement la cause. En effet, M. Ma- gendie a constalé que les liquides visqueux , tels que les huiles grasses , injectés dans les veines d'un animal vi- vant , ne peuvent traverser les dernières ramifications de l'artère pulmonaire , et n'arrivent point jusque dans les cavités gauches du coeur. Il est donc évident que dans ce cas , l'huile phosphorce ainsi arrêtée dans les vaisseaux capillaires des cellules pulmonaires , devait recevoir à chaque contraction du ventricule droit une impulsion qui tendait à augmenter l'engorgement et à faire suiu'.er le liquide à travers la substance des parties qui s'opposaient à son passage. Cette expérience, au lieu d'être en contradiction avec les résultats que nous aviona oLlenus précédemment , comme on pourrait le penser au premier abord , tend au contraire à montrer dans tout son jour l'influence de la pression sur les phénomènes de l'exhalation. En répétant l'expérience dont nous avons rapporté les détails plus haut , et qui consiste à injecter de l'alcool camphré dans l'abdomen d'un chien après avoir ouvert largement la poitrine, afin d'arrêter tout mouvement d'aspiration dans les poumons , nous pratiquâmes la respiration artificielle pendant cinquante-cinq minutes , sans que l'air expiré présentât le moindre indice de l'ex- halalion du camphre ou de l'alcool par la surface de cet organe. Trente minutes après le commencement de l'ex- périence , nous appliquâmes une pclile ventouse sur la face interne de la cuisse dont on avait enlevé les tégu- inens 5 il ne s'y manifesta aucune odeur de camphre ; mais en appliquant à plusieurs reprises cet instrument »ur les muscles de l'abdomen , préparé comme daas ( ^3) Ja première expérience , l'odeur de cette substance sV fait sentir d'une manière très-marquée. Enfin , cène fut qu'au bout de plus d'une heure que l'un de nous crut apercevoir une légère odeur de camphre dans l'air ex- piré ; mais elle n'augmenta pas sensiblement pendant tout le temps que dura l'expérienre. Nous voyons donc qu'en empêchant la cavité thora- cique de se dilater et de se resserrer altemiativement , et d'exercer ainsi un mouvement d'aspiration chaque fois que l'animal veut introduire de l'air dans ses poumons , on empêche aussi l'exhalation d'avoir lieu dans cet or- gane plutôt que dans toute autre partie de l'économie. Lorsque les substances portées directement ou indirec- tement dans le torrent de la circulation ne traversent pas les tissus avec une grande facilité, elles ne viennent plus se mêler à l'air expiré , du moment où l'on arrête l'action qui nous a fait comparer la cavité thoracique à une pompe aspirante. Dans les animaux dont les cellules pulmonaires éprouvent à chaque inspiration une dimi- nution notable de la pression exercée sur leur surface interne . tandis que l'atmosphère les presse toujours éga- lement de dehors en dedans , ces mêmes substances viennent au contraire s'exhaler à la surface pulmonaire avec une rapidité très-grande. Lorsque les substances ainsi introduites dans lc.= veines passent facilejucnt à travers tous les tissus, comme cela a lieu pour l'hnile es- sentielle de térébenthine , elles viennent dans l'inlé- rieur des cellules pulmonaires , dans l'un comme dans l'autre cas ; mais l'action aspirante de la pompe thora- cique , si je puis m'exprimer ainsi, rend cette exhalation si rapide que le liquide ne passe point par imbibitiou dans ( i4) les autres cavités du corps , où une force analogue ne la sollicite pas. En arrêtant cette action , nous voyons au contraire ces substances éminemment diffusibles , obéir seulement aux lois de l'imbibition , et se répandre à- peu-près également dans toutes les parties de l'économie. Il nous parait donc démontré que si les gaz et les substances volatiles , portées dans le torrent de la circu- lation , viennent s'exbaler à la ' surface pulmonaire plutôt que dans les autres parties du corps également pourvues d'un grand nombre de vaisseaux , cela dépend principalement de l'espèce de succion qui accompagne chaque mouvement d'inspiration. Cette action toute mé- canique , dont les effets sont si marqués sur les produits en quelque sorte accidentels de l'exhalation pulmonaire, influe-t-elle aussi sur les autres phénomènes de la res- piration ? C'est ce que nous nous proposons d'examiner incessamment. ( i5) M o N o G n A p 11 1 E des Globulaires ; Par M. J. Cambessèdes , Membre delà Société d'Histoire naturollc, et Correspondant de la Société pbilomatique de Paris. ( Présentée à la Société d'Histoire naturelle le 4 août i8aG.) Une espèce de Globulaire que j'ai recueillie dans les montagnes de l'ile de Majorque m'ayant donné l'occa- sion d'examiner les espèces de ce genre , je me suis bien- tôt aperçu que la plupart de celles qui ont été décrites depuis la publication du Species plantarum de Linné doivent rentrer dans les anciens types. Les herbiers du Muséum , de MM. de Jussieu , Desfontaines , Gay , Kunth , Ricliard , m'ont fouriJî des échantillons origi- naux qui m'ont permis de proposer ces réunions avec certitude. Je commencerai par décrire les caractères gé- nériques des Globulaires -, je donnerai ensuite l'histoire des espèces , je discuterai leur valeur ; enfin je recueil- lerai ce qu'ont dit les auteurs les plus récens sur l'af- finilé des Globulariées avec les autres familles natu- relles , et je joindrai à leur opinion quelques observa- tions que M. Adrien de Jussieu et moi avons faites à ce sujet. Le genre Globularia est composé d'arbrisseaux peu élevés , de sous-arbrisseaux rampans , et de plantes her- bacées vivaces à feuilles alternes , souvent ramassées en faisceaux. Leurs fleurs sont réunies en grand noml>re >ur un réceptacle commun , convexe , garni de bractées, / ( I6) dont les intérieures ont été nommées paillettes , et les extérieures involucres. Les capitules sont presque tou- jours solitaires , terminaux ou plus rarement axillaires. Le calice est persistant, fendu jusqu'au milieu en cinq segmens disposés quelqviefois en deux lèvres ; sa gorge est , dans la plupart des espèces , fermée de longs poils. La corolle est hypogyne , lubuleuse , bleue , le plus souvent à deux lèvres ; son tube est cylindrique ; sa lèvre supérieure est divisée jusqu'à la base, entière ou avor- tée 5 l'inférieure est beaucoup plus longue , Iridentée , triûde ou tripartite. Les étamines sont réduites au nom- bre de quatre par l'avorlement constant de la supérieui-e ; elles sont insérées au sommet du tube de la corolle , et alternent avec ses segmens j les deux supérieures sont plus courtes et attachées un peu plus bas que les infé- rieures \ les anthères sont insérées au milieu du dos , et uniloculaires. L'ovaire dst libre , à une loge renfermant un seul ovule pendule. Le style est filiforme , émarginé au sommet , persistant. Le fruit est ime cariopsc ovoïde, contenant un embryon droit , à radicule supérieure , en- touré d'un périsperrae charnu. Les anciens auteurs ont donné indistinclenient le nom de Globulaire à des plantes qui n'avaient enlre elles qu'une analogie de port tiès-éloignée , et dont on cber- cherait vainement les rapports naturels. Tournefort , en séparant des vrais Glohularia la plupart de ces espèces étrangères , les confond encore avec les Proîea. Linné est le premier qui ait fixé les limites du genre , tel que nous l'admettons aujourd'hui ; il décrit dans son Species sept espèces , savoir : G. nudicaiilis , spinosa , bisna- garica , vulgaris , cordifolia, orientalis et alypum. ( '7 ) Toutes , à l'exceplion du G. bisnagarica (i) , méritent d'être couservées. M. de Lamarck établit dans son Dictionnaire trois espèces nouvelles : G. linifolia, nana, et salicina. La première , qui est la même que le G. cœspitosa d'Or- tega, n'est qu'une variété du G. spinosa de Linné, dont elle ne diffère que par quelques caractères peu impor- tans tirés des feuilles , organes qui varient souvent sur le même individu. La seconde a été réunie par M. Ber- toloni (2) au G. cordifolia de Linné. J'avais d'abord cru devoir rejeter cette opinion , me fondant sur la dif- férence que j'avais remarquée dans les corolles de ces deux formes. En effet , dans le G- nana , la lèvre infé- rieure est irifide , tandis qu'elle m'a paru fendue con- stamment jusqu'au-dessus de la base dans le G. coj-di- folia : ce caractère , joint à celui des feuilles beaucoup plus larges dans le dernier , m'aurait déterminé à me ranger de l'avis de M. de Lamarck , si l'examen du G. nudicaulis ne m'avait prouvé que la corolle offre dans les Globulaires des variations remarquables. Dans celle dernière espèce , la lèvre supérieure est tantôt entière- ment nulle, tantôt très -petite et divisée jusqu'à la base en deux lobes distincts. Celte observation a dû , non- seulement fixer mon opinion sur les G. cordifolia et nana , mais encore sur la valeur du genre yllypum. , (1) Aucun auteur n'a vu le G. bisnagarica de Plukenett ; il me paraît impossible , d'après l'inspeclion de la figure ( Alnaaî:;est. , tab. 58, fig, 5), •d'afiirmer que cette plante apparlieune au genre doiit noua nous occu- pe" us. (î) Amœn. (toi. , p. 3:>5. ( ^8) indiqué par M. de Lamarck (i) et proposé par M. Fis- cher (2), pour les G. aljpiun et salicina^ dont toute la difTorence avec le Glohularia consiste dans la corolle unilabiée 5 je dois ajouter que dans un grand nombre d'échantillons du G. aljpum , provenant du midi de la France , des Baléares , des côtes de Barbarie , d'Egypte, et de Perse , j'ai toujours vu la corolle bilabiée ; la lèvre supérieure est , à la vérité , extrêmement petite , et je suis loin de nier qu'à l'exemple de celle du G. nudi- caulis , elle ne puisse être sujette à avorter entièrement. La troisième espèce décrite dans le Dictionnaire ency- clopédique est le G. salicina, à laquelle je conserve ce nom , comme plus ancien que celui de longifolia, qui lui a été donné depuis par M. Ailon (3). M. Viviani (4) a publié sous le nom de G. incanes- cens une jolie petite espèce qui habite les montagnes de la Toscane , et que j'ai vue dans l'herbier de Tournefort sous le nom de G. alpina mînima or i g an i folio. Cet auteur porte ainsi à huit le nombre des Globulaires. On sait , d'après les synonymes donnés par Villars , que son G. viinima (5) n'est autre chose que le G. cor- difolia de Linné. On doit' aussi réunir à la variété p de cette dernière espèce ( G. nana Lara.) le G. bellidifo- lia de Tenorc (6), dont j'ai examiné des échantillons en- voyés par l'auteur lui-même à MM. Desfontaines et (i) Dictionnaire encyclopédique , ii (1^86), p. ']33. (a) Cat. Hort. Gorenk. (1812) , p. 19. (3) Hort. Kew. , éd. i» (1789) , i, p. i3o. (4) Flor. Ital. Fragm. , fasc. i, p. a , tab. 3. (5) Dauph. , II , p. 298. (6) Flqr, IVap. Prod. , p. xj , tab. ex. ( 19 ) Gay, et probablement le G. punctata (i) , dont M. Ar- nott a observé viii échantillon imparfait dans l'herbier de M. de Lapeyrouse , et qui ne diffère pas selon lui du G. nana. L'auteur de la Flore des Pyrénées donne , il est vrai , à son espèce le synonyme de G. alpina mini- ma origani folio Tourn. , qui, comme nous venons de le voir, doit être rapporté au G. incanescens ; rn^is cette erreur avait déjà été commise par M. de Lamarck lui-même au sujet de son G. nana. Rien n'est plus difficile que d'assigner une place aux Globulaires au milieu des nombreuses familles que ren- ferment les plantes monopélales ; les auteurs les plus judicieux n'ont émis leur opinion sur ce point qu'avec doute. M. de Jussieu (2) , frappé de leur organisation particulière , qui les éloigne plus ou moins de tous les ordres naturels qu'il a fondés , se borne à indiquer leurs affinités éloignées avec quelques-uns d'entre eux, et les place à la suite des Lysimachïées , quoiqu'il les regarde comme très-distinctes de ce groupe. M. de Lamarck (3) est le premier qui ait proposé la famille des Globulariées , mais il réunit sous ce nom cinq genres très-différens du Globularia. Les trois pre- miers , Protea , Banhsia et Brabeiiun , appartiennent aux Proléacées^ le Briinia constitue aujourd'hui la fa- mille des Bruniacées de MM. Robert Brow^n et Adolphe Brongniart; enfin le genre Stllhe , dont M. Adrien de Jussieu et moi avons examiné récemment l'organisation, (i) Lapeyr., j4br. Pyr. , p. 57. (2) Gênera plantarutn , p. 97. (3) Dictionnaire , 11, p. 73o. ( ^o) n quelques rapports avec les Globulaires par ses corolles nionopétales , ses élamines alternes avec les segmens de la corolle , au nombre de quatre par l'avortement de la supérieure 5 mais il s'en éloigne par ses ovaires à une ou deux loges , contenant dans chacune un ovule dressé : ce caractère le distingue des Sélaginées, dont il a le port , et paraît le rapprocher des Verbenacées. M. de Candolle (i) maintient les Globulariées au rang de famille , et , suivant l'exemple donné par M. de Jussieu, il les range auprès des Primulacées, en faisant toutefois observer les rapports qui les lient aux Dipsa- cées. M. Auguste de Saint-Hilaire (î) insiste d'une manière plus précise sur cette affinité, et pense qu'on doit placer ces deux familles auprès Tune de l'autre. Cette opinion devait être adoptée avec d'autant plus de facilité à celle époque , que l'on croyait , d'après les observations les plus récentes (3) , que les Dipsacées avaient un ovaire libre de toute adhérence avec le calice. M. de Saint-Hi- laire avait fait lui-même plusieurs observations qui le portaient à admettre ce caractère dans quelques-unes des espèces du genre Scabiosa : mais M. Couller (4) dit formellement que l'ovaire de ces plantes est toujours soudé avec le calice , du moins par le sommet. Dans cet état de la science , et désirant fixer notre opinion d'après des observations qui nous fussent pro- (i) Flore française , m , p. 4^71 Théorie élémentaire , p. 218. (2) Mémoire sur le Placenta central libre , p. 7 et 8. (3) DC, Fl.fr., IV, p. 221. (4) Monographie des Dipsacées , p. 11. (21 ) près , nous avons ouvert , M. Adrien de Jussieu et moi, les calices du Knautia orientalis , et de dix-sept es- pèces de Scabieuses. Dans le premier de ces genres , nous avons trouvé un ovaire entièrement libre de toute adhérence avec le calice , mais ce dernier organe deve- nant plus étroit vers le sommet , embrasse la base du style , et se soude avec elle. Dix espèces de Scabieu- ses (i) nous ont présenté la même organisation 5 une autre (2) nous a offert des ovaires libres dans leur jeu- nesse , et adbérens vers leur maturité -, enfin les six der- nières (3) possédaient des ovaires soudés dans toute leur longueur avec le calice ; mais celte adhérence pouvait être détruite facilement par l'introduction d'un instru- ment quelconque entre les deux organes. La soudure de l'ovaire , dans les Dipsacées , ne nous a donc paru qu'un accident de peu de valeur produit par le développement plus ou moins grand des parties de la fructification. Le double calice que l'on observe dans les plantes de cette famille ne saurait être un obstacle à leur rapprochement des Globulariées , puisqu'il est prouvé que cet organe est un involucre dans lequel on trouve quelquefois plus d'une fleur (4). Ces considérations m'engagent à adopter dans son entier l'opinion émise par M. de Saint-Hilaire, et à considérer par conséquent les Globulariées comme tenant de plus près aux Dipsacées qu'à aucune autre fa- mille du règne végétal. (i) S. columbaria , banalica , sicula, Biebersteinii , sylvatica, proli- Jera , amœna , stellata , caucasica et hybrida. (a) S. granunifolia. (3) S. tatarica , arvensis , cretica , niontana , uniscta et s) rtaca. (4) CovLTER , Mémoire sur les Dipsacces , p. 6. ( 22 ) Il esc encore un autre groupe avec lequel les Globu- laires ont quelques rapports ti'op intimes pour que je néglige de les mentionner ici , c'est celui des Sélaginées. Nous trouvons en effet dans la plupart des plantes de cette famille un calice à cinq segmeus 5 une corolle liy- pogyne , tubuleuse , à deux lèvres inégales ; quatre éla- mines didynanies , insérées vers le sommet du tube de la corolle 5 enfin des anthères uniloculaires (i); mais nous observons en même temps un ovaire à deux loges. Ce caractère et celui de l'inflorescence rae paraissent suffi- sans pour éloigner les Globulariées des Sélaginées. La plupart des espèces dont je fais l'iiistoire babilent les parties tempérées et cliandes de l'Europe; l'Alle- magne, l'Italie , la France , l'Espagne. Le G. vulgaris, qui est l'espèce qui s'élend le plus au nord , est indiqué jusqu'à Dantzik et dans l'Ingrie j le G. aljpuvi abonde |ans la région méditerranéeune : on le trouve à l'orient isqu'en Perse 5 le G. orientalis n'a encore été observé que dans l'Asie mineure. Enfin le G. salicina est origi- naire des îles Canaries. GLOBULARIA. Glohularia Linn. , Juss. \ Globularia et Aljpum Fiscli. (i) Je diffère de l'opinion de M. Clioisy ( Mémoire sur la famille des Sélaginées, p. G), qui regarde les autlières des Sélaginées comiiie bilo- culnires ; je les ai vues à une seule loge dans le S. corymbosa , et la des- cription même de M. Choisy me porte a croire qu'il en est ainsi diinu les autres plantes de cette famille. On se rangera , je l'espère , de mon avis si l'on fait quelque attention au mode de déhiscence de l'anthère, ci, si l'on obserVe qu'il n'existe aucune trace de cloison. ; (^3) Flores in l'eceptaculo commuui aggregali , nuinerosi, capîtulis solitai'iis (in solà G. on'e/îfaZt ad apiccm ra- morum congeslis) , termiiialibus , rarissime axillarlbus. Receptaculum convexum , paleaceum , paleis falcato- inflexis ; exterioribus (involucro) paulô majoribus , pluriserialibas. Calyx persistens , 5 fidus ; segmentis tequalibus , ra- riùs bilabialis 5 tiibo œquali , anlhesi pei'aclà telragono ; fauce pilis clausà (in solà G. nudicauli nudà). Corolla hypogyna , cserulea , lubulosa , bilabiala , rariùs (labio siiperiore déficiente vel poliùs aboilivo) uuilabiata; lubo œqiiali , cylindrico 5 labio siiperiore minore , sa^pissimè Lipartito, in G. incanescente integro, in G. a/jpohi- fido 5 inferiore longiore , tripartito , Irifido , vel tiiden- tato. Stamina (quiuto superiore déficiente) 4 -, summo tubo inserta , segmentis alterna, inœqualia, duo supe- riora paulôo breviora ; anlherae medio dorso insertse , subreniformes , longîtudinaliter déhiscentes , unilocu- lares ! Ovarium liberum , unilocnlare : ovulo unico , pendulo. Sljlus filiformis , apicecmarginatiis. Fructas ■ Caryopsis stylo persistenle roslrala •, perispermium car- nosum ; embryo rectus , axiilaris 5 radicula sup-jra , co- tyledones ovatas subœquans. Frutices , siifjfrutices huniiles 'vel herbœ perennan- tes,foliis alternis , sœpè quasi fasciculatis . I. GlOBTJLAP.IA TStniCAULIS. G. herbacea , foliis spalhulalis , nninerviis, iotegerri- mis ; calyce bilabiato , fauce nudà! corollà bilabiatâ , labio superiore rudimentali vel aborlivo , inreriorc pro- fundè trifido. ( ^4 ) G. nudicaulii Liwif. Spec. plant. , p. \/\o et auct. Hàb. in toto Alpium jugo , a Delphinatu usquè ad Austriam. Rarior in Pyrenaeis. In regno Neapolitano {Tenore). If Floret juuio, juiio. (V. S. S.) Caulis lierbaceus , erectus. Folia radicalia longa , oblongo - obovata , apice integerrima , in petiolum gradatim attenuata , uninervia , caulina paucissima (3-5) , minima, sessilia, lineari-Ianceolata. Involucri foliola ovato-lauceolata , acuta , 5-nervia , glabra, margine ciliolulata. Ca/yx breviter 5-fidus , bilabiatus; tubo tetragono, obpyramidato , extùs ad angulos latérales ciliolulato; fauce nudâ j segmentis ovatis , acutis, margine ciliolulatis. Corolla bilabiata , labio superiore rudimentali bi- partite , vel sœpiùs , labio superiore abortivo , unilabiata ; inferiore pro- fuudè trifido, miiltà longiore. Obs. M. Gay a recueilli dans les Pyrénées , entre le lac de Gaube et le pied du Vignemale , à environ mille toises d'élévation , une forme très-remarquable de cette espèce ; sa hauteur totale ne dépasse pas deux pouces ; ses feuilles radicales , au lieu d'être entières , sont légè- rement émarginées au sommet ^ sa Jleur ne fournit au- cun caractère qui permette de la signaler comme dis- tincte. 2. Globularia spinosa (tab. 4o). G. herbacea , foliis spalhulatis , 3-5-nerviis, apice S-^-dentatis -, calyce bilabiato ; corollà bilabiata , labio superiore biparti to , inferiore trifido. œ, Foliis radicalibus 5-^-dentalis , dentibus minimis acutis. G. spinosa Linn. Spec. plant., p. iSg; La».! Dict. , il, p. ySi el auct. (V. S. C.) Ê. Foliis radicalibus profundè 3-dentatis seu integris, apice muçronatis. (35) G. Unijolia Lam. ! Dict. , ii , p. 73i , excl. synou. Plcrek. ; G. tas- pilosa Orteg. ( V. V. S. et S. C. ) Hab. a. in montibus Granadœ ; /2 îa Hispaniâ {Lamh) , in montibus insulae Majoris. ^ Majo floret. Radix perennis , crassiuscula , fusca. Caulis basi veterum foliorum cicatricibus exasperatus , simples, pedalis et ultra, foliosus , subascen- dens , striatiis , glaberrimus , lœvis. Folia coriacea , glaberrima , laevia , glaucescentia ; radicalia numerosa , 3~5-nervia ( nervis palminerviis , dorso prominulis ) ; 3 -4 uncias longa ; limbus ellipticus , 16-32 lineas longus , saepissimè apice profundè tridentatus dentibus acutis , rariùs 5-7-dentiitus dentibus inferioribus minoribus , vel integer apice mucro- uatus ; petiolus limbo paulo longior, basin versus attenuatus ; caulina 10- i4, subaequidistantia , alterna, sessilia , lauceolata , acuminata , inferioribus unciam luugis , 3 lineas latis , superioribus gradatim brevio- ribus. Involucri^m polyphyllum , foiiolis triplici quadruplicive série imbricatis , lineari-lanceolatis , glabriusculis , margine longé ciliatis, pi- lis subulatis septiferis. i*a/ea? lanceolatae , subulata-, florem subeequan- tes , dorso suprà médium villosse. Calyx profundè bilabiatus , 2 ; lineas longus, pilosiusculusj labio superiore tripartito lobis approxi- matis , inferiore bi- ( rarissime tri-) partito lobis remotiusculis , omni- bus subsequalibus , subulatis, rigidis , margine ciliatis j tubo obpyrami- dato, tetragono, compresso , extùs ad angulos latérales (labiorum sinubus respondeutes ) ciliatoj fauce pilis clausâ. Corolla tubulosa, bi- labiata ; tubo calycem vix aequante ; labio superiore bipartite , lobis lineam longis (iliformibus ; inferiore duplo longiore ( 2 lineas loDgo ) , trifid«, segmentis linearibus obtusiusculis. Stamina longiora labio in- feriore triente breviora. Ovarium ovoideum, glabrum. Stylus iilamentis paulo longior, filiformis, apice emarginatus. {Descript. ex Plant. Ba- ie arkâ.) 3. Globulahia viTLGARis ( tab. 4ij fig' !)• G. herbacea , foliis spathulatis , 5-nerviis , subinle- gris 5 calyce œquali 5 corollâ bilabialâ , labio superiore bipartite , inferiore tripartito. G. vulgaris Linn. Spec. Plant,, p. iSget auct. Hab, in Europà ferè tolâ , a Galliâ ad Caucasuni ( Mabsh. Biebek. ( ^6) Flor. Taur. Cauc. ) ; a legno Neapolitano ( Tekore) ad logriaca ( GoRT. , Flor. Ingr. ). ^ Junio florct. (V. V. S.) Coulis herbaceus, erectus, ^-iH iincias longus. Folia radicalia spa- thulata , longe petiolata , palrainervia , nervis 5, limbo obovato , apice obtuso seii emarginalo, rariùs brevissimè tridentato ; caulina multà breviora , numerosa , ovato-lanceolata , elliptica , apice acuta , sessilia. Inuolucri foliola ovato-lanceolata, acuminata , dorso villosa , pilis su- bulatis SL'ptifcris. Calyx profuiidè 5-fidus , aequalis ; tubo piloso , tetra- gono ; segraentis lineari-lanceolatis , acutis, longé ciliutis; faute pilis clausâ. Co;o//a bilabiata ; tubo calycem aequante ; labio superiore mi- nore , bipartite ; infcriore muUô longiore , triparlito. 4. Globularia incanescens. G. lierbacea , foliis spatliulatis , trinerviis , pulveru- lenlo-lepiosis , apice emargiualis ; calyce sequali ; co- rollà bilabiata , labio superiore indiviso , inferiore pro- fundè trifido. G. incanescens Viv. Flor. liai. Fragm, , fasc. i , p. 2 , tab. 3 ; Bert. Amœn liai., p. 334; ^- "Ip''"^ minlma origaiii Jolio , TouENEF. ! Instit. , p. 467 (ex ejus herbar. ). Hab. in Liguriae orientalis montibus lya^ro, Tamhura, etc. (Bert.) Descripfa specirniua in lapidicinis Lunensibus legit Cl, de Lacour. rioret majo , junio. ( Bert.) (V. S. S.) Ciiulis herbaceus, ascendens , 3-6 uncias lougus,a basi usquè ad médium fuliosus, apice sulnuidus. Folia spatliulata , peliolaia , sub- coriacea, facie impresso-punctata , pulverulento-leprosa ; radicalia tri- nervia , limbus subrolundus apice emarginatus, petiolo bievior ; caulina minora , breviùs petiolata , uuinervia. Im'olucri foliola liueari-subulata, villosiuscula , pilis brevibus. Caljx profundè quinquefidus , a:qualis ; tubo piloso , telragono ; segmentis subulatis, margine ciliolulatis ; fauce pilis longis clausâ. Corolla bilabiata , minutissimè glanduloso-puuctata ; tubo incluso ; labio superiore indiviso , lincari ; iufcriore profundè trifido. 5. Globularia corbifoliA. G. suflVulicosa , foliis spalliulalis 5 calyce icquali ; co- (^7) rollà bilabiatà , labio superiore biparlilo , inferiore tri- fido vel subtriparlito. a. cordifolia. Foliorum limbo subrotundo , apice tridentato •, labio inferioi'e corollœ sublripartito. G. corilifolia LiNN. Spec, Plant. , p. iSg et auct. G. minima Vni.. Dauph. , II , p. 292. f». nana. Foliorum limbo sublineari , oblongo , apice subînte- gro 5 labio inferiore corollœ Irifîdo. G, cordifolia , yS, Bert. Amœn. liai. , p. 335. G. nana Làm. ! Dict. , II, p. 731 , excl. synon. Tournef. G. piinclata Lapetr. Abr, Pyr. , p. 57, ex ore clar. Arnolt. G. hellidiJoliaTEVORE ! FI. Dfap. Prod., p. XI , tab. ex (i). _ Hab. o. in Pyrenaeis ; in Cehcnnorum monte la Lozère ; in toto AI- piura ju£;o ,in Delphiuatu , Helvetià , Ginuanià ; in Jurasse; in regno Neapolitauo (Tekore); înTaurià (Marsh. Bit.b. JTlor. Taur. Cauc). /£ in Pyrenaeis ; in Ligurias orientalis montibus Sagro, Tambura, etc. (Bert.); in regno Neapolitauo (Tekore). ^ Majo , juuio floret. (V.V.S.) Caulis fruticulosus , ramosus , prostralus , huinilis. Scapi brèves , foliis pluribus lineari-lanceolatis miniuiis iustructi. Folia spatliulata , uuinervia , limbo obovato , apice tridentato emarginato intègre vel brevissimè mucronulalo. Inuolucri folioia ovato - lanceolata , acuta , ^ margiae ciliolulata , dorso pilis brevissimis scabriuscula. Calyx 5-fidus œqualis; tubo tetragono , villoso , ad angulos longé ciliato; segtnentis (1) Il serait difficile de dire quelle a été l'intention du dessinateur en représentant , dans le détail qui accompagne cette figure , une corolle quadrifide et des étamines dont les anthères sont en forme de massue et paraissent s'ouvrir longitudinalemcnt. Je n'ai rien vu de semblable dans les échantillons que M. Ténore a envoyés à MM. Desfontaines et Gay. (28) •ubulatis, glabris , margine cîliolulatis ; fauce pilis longiusculis clausâ. CoroUa bilabiata ; lubo incluso ; labio superiore bipartite , brevi ; iufe- riore subtripartito vel trifîdo , triplo longiore , segmentis saepè minutis- simè glanduloso-punctatis. 6. Globulakia okiejstalis ( tab. 4i > fig- H ). G. fruticosa , foliis spathulatis , integris ; capitulis florum pluribus confertis ! j calyce sequali ; corollâ bila- bialà , labio superiore bipartilo , inferiore profundè tri- fido. C. orientalis Lirn. Spec. Plant., p. i^o et auct. G. orientatis flo- ribiis per caudem sparsis , Totibnef. Coroll. , p. 35. Herb. Vail- lant ! Hab. in Natolià. 5 (V. S. S. , in Herb. Mus.) frutex ramis erectis , ramosis. Folia spathulata , uniuervia , intégra, apice mucrouulata , utrinquè pulverulento-leprosa. Rami floriferi elon- gati, erecti , 6-7 foliis minimis linearibus acutis instructi. Florum ca- pituli (in specimine unico suppetente) 7, terminales , subsessiles , duo inferiores rciuotiusculi, 5 superiores conferti. Involucri foliula obovoi- deo-oblonga, acutiuscula , basi attenuata, dorso dense pilosa. Caljrx campanulatus , breviter 5-fidus , pilis densis longis vestitus; tubo latere exteriore convexo , interiore ( ad axem spectanle ) complanato ; segmen- tis acutiusculis. Corolla bilabiata ; labio superiore bipartite ; inferiore profundè trifîdo , triplo longiore. 7. GlobtjlariA Alypum. G. fruticosa , foliis obovato-oblongis , apice mucrona- tis vel tridentatis -, calyce aequali -, corollâ bilabialâ ; la- bio superiore rudimenlali , bifîdo \ inferiore longissimo, tridenlato. G. a/ypuTO LiKN. Spec. Plant., p. 189 et auct. Hab, in Maderà (ex ore clar. Martii) , ubiquè circa mare Mediter- raneum et orientem versus in Persiam usquè progreditur. ^ Floret aprili, majo. (V. V. S.) (^9) Frutex bipedalis, ramosus. Folia obovato -lanceolata , rariùs subli- nearia, apice mucronulata seu acutè tridentata, utriusquè sœpiùs viridia, sub lente utrinquè minutissimè glandulosa , rariùs , granulis densiori- bus, dorso glauca, facie viridia. Involucri foiiola latè ovata, apice mu- cronulata, glabra, margine ciliata , in speciminibus aîgyptiacis et per- sicis dorso pilosa. Calyx profonde 5-fidus , longé pilosus , sequalis; segmentis lîliformibus , subulatis, basi plumosis. CoroUa bilabiata ; tubo brevi ; labio superiore brevissimo , rudimentali , bifide : inferiore lougissimo , tridentato. Ohs. Celte espèce , telle qu'on la trouve dans le mîdi de la France et en Italie , présente des feuilles vertes des deux côtés. Dans les échantillons provenant des îles Baléares , d'Afrique et d'Orient , les feuilles sont le plus souvent couvertes de petits points blanchâtres , granuliformes , qui leur donnent un aspect glauque en dessous. Enfin les involucres des individus recueillis en Perse et en Egypte, au lieu d'être glabi^es et ciliés sur les bords , sont munis sur le dos de poils longs et épais. 8. Globularia salicina. G. fruticosa , foliis lanceolatis , inlegerrimis ; pedun- culis axillaribus ! calyce œquali ; coroUà unilabiatâ , labio profundè tridentato. G. salicina Lam. ! Dict. , n , p- 73i, G. longifolia Ait. Hort. Kew. , éd. i', I , p. i3o. j4lypum salicijolium Fisch. Cal, Gorenk , p. 19. Hab. in Teneriffâ et Maderà. 5 In hortis autumne , hyeme floret. (V.V. C. etS.S.) Frutex erectus , ramosus. Folia lanceolata , integerrima , apice acu- tiuscula , basi in petiolum brevem attenuata. Cflpi'f «/a in apicibus ra- morum 'axillaria, peduuculo foliis breviore , villoso-tomentoso , 3-4 foliis miuimis squamiformibns iustructo. //zp-o/iicrt foiiola ovato-obion- ga , obtusa , dorso glabriuscula , margine longe ciliata , bracteis ovalo- lanceolatis , aculis , ciliolulalis, Calyx profundè 5-tidn.s , villosus, pib's (3o) longis , albis ; tubo brcvi ; segmentis filiformibus , subulatis , longé ci- iiatis. Corolla , labio superiore déficiente , imilabiata j tubo iacluso ; la- bio iuferiore profundè tridentato. Globularianun elaeis analjtica. fHerbaceae 3. *■ l Frutescentes 5. {Calycibus bilabiatis 3. Calycibus aequalibus 4- n jFauce niulâ Nudtca.ulis. ^' [ Fauce pilis clausâ Spikosa. . fCorollâ 5-fidà VcLGARis. ^' iCoroUâ 4-fidâ.. ^ Imcakesceks. e [Suffrutex humilis hunaifusus Cordifolia. ' I Frutices 6. /, rCapituiis pluribus confertis Ouientalis. ■ ICapitulis solitariis 7. fPetlunculis tertninalibus Alypcm. •'■ jPedunculis axillaribus Salicina. EXPLICATION DES PLANCHES. Planche XL. GtOBtJLAniA spiNOsA , ^ , Nob. de grandeur naturelle. I . Fleur vue de côté. a. Corolle ouverte , dont le tube a été coupé transversalement au- dessus de sa base. 3. Calice vu de face. 4. Calice et ovaire coupés longitudinalement. 5. Anthère nou ouverte , vue en dessus , avec son filament. 6. IJ. vue en dessous. 7. Id. en état de dcliiscence. Planche xli. Fig. I. Globularia vrLGARis Linu. I. Fleur vue de côté. (3i ) a. Corolle entière. 3. Corolle ouverte, dont le tube a été coupé transversalement au- dessus de sa base. 4. Anthère non ouverte , vue en dessus , avec son filament. 5. Id. vue en dessous. 6. Ovaire, 7. Calice et ovaire coupés longitudinalemcnt. 8. Fruit. g. Id. coupé longitudinaledaent. 10. Embryon séparé de ses enveloppes ; cotylédons écartés artificiel- lement. 1 1 . Foliole de l'involucre. la. Paillette du réceptacle. Fig. II. Globularia op.ientalis Linn. de grandeur naturelle. 1. Fleur vue de côté. a- Folioles de l'involucre. 3. Fruit. 4. Id, coupé longitudinalement. Recherches pour servir à l'histoire naturelle des Cantharides j Par M. Victor Audouin. (Lues à l'Académie des Sciences le lundi 3 septembre 1826.) Ce serait confiner l'entomologie dans nn cadre bien étroit que de la faire consister dans un simple ari'ange- ment méthodique qui n'offrirait à la vue qu'une série d'espèces remarquables par l'éclat de leur enveloppe , et ne présenterait à l'esprit qu'une nomenclature aride. Celte science , par la nature des objets dont elle s'oc- cupe , réclame plus qu'aucune autre une investigation ( 32 ) attentive, persévérante, et plusieurs fois répétée. Kn effet , on calculerait difficilement , à moins d'en avoir fait l'épreuve, combien il faut de travail, de circon- stances heureuses et de temps pour arriver à connaître dans un seul insecte , et aux diverses phases de sa vie , tous les traits de son organisation , tous les caractères de ses mœurs , toutes les singularités de ses habitudes , et si l'on se figurait la quantité innombrable de ces pe- tits êtres dont le genre de vie est si différent , non-seu- lement entre eux , mais par rapport à eux-mêmes , aux époques de leurs métamorphoses , on ne serait plus sur- pris d'apprendre que leur histoire, tant générale que par- ticulière, n'a pu être encore qu'ébauchée. Disons plus , il n'en existe peut - être aucune de réellement complète sous tous les points de vue que nous avons indiqués. Celle des Abeilles a commencé avant Aristote , et elle n'est pas totalement finie , malgré les recherches de Swammerdam , Réaumur , Bonnet , Schii'ach , Hu- ber, Latreilleet de tant d'autres. Au reste, ne voit-on pas à chaque page de nos livres d'entomologie que tel insecte bien connu à l'état parfait n'a jamais été étudié à celui de larve; que telle larve au contraire, dont les mœurs ont été observées dans les moindres détails , n'a pu cire vue sous la forme de nymphe-, qu'enfin telle nymphe exactement décrite provient ou ne sait de quelle larve , ou produira on ne sait quel insecte. D'au- tres fois , et le plus souvent , c'est l'organisation qu'on ignore complètement dans l'une ou l'autre des trois périodes. Il faut donc s'élanrer avec ardeur, et de toutes paris, dans la carrière do l'observation, afin d'arriver, par le'! ( -^ ) r<->ncours des travaux , à lui ensemble de résultats que les elïorts d'uu seul pourraient rarement atteindre. C'est pour remplir moi-même la tàclie que j'indique , que j'ai riionucur de soumettre au jugement de l'Académie la partie auatomiqiie d'un travail assez étendu sur les Can- llia rides. Ces insectes, si éminemment utiles dans l'art de gué- rir, étaient restés comme inaperçus par les naturalistes; les espèces abondaient dans les collections : on en re- cevait de toutes les contrées -, le midi de l'Europe , la Grèce , la Chine , les Indes , les deux Amériques en fournissaient un grand nombre , toutes extrêmement va- riées , et personne , depuis les essais de Fabricius et d'Olivier, ne s'était attaché à les faire bien connaître. J'ai donc pensé qu'on accueillerait avec quelque in- térêt un ouvrage dans lequel je me suis proposé de don- ner non - seulement une description des espèces , mais d'esquisser le tableau de leurs mœurs et de tracer les principaux traits de leur organisation. J'ai parlé aussi avec détail des sei'vices que la Médecine a su tirer de ces animaux , et l'on conçoit qu'en considération de leur importance j'ai dû. trouver encore plus de charme à m'occuper d'eux et à devenir leur historien. § I"'. Organisation extérieure. L'organisation extérieure des Canlharides se trouve décrite dans tous les ouvrages d'entomologie 5 je n'en paillerai que pour noter quelques particularités curieuses que j'ai observées. Les mandibules de la Cantharide vésicatoire , espèce IX. 3 (34) à laquelle se rappoinent toutes les descriptions de ce Mémoire, sont fortes et semblables entre elles. Vues dans leur position naturelle , elles semblent terminées en pointe ; mais si on les examine eu dedans et dans un certain sens, on s'aperçoit que ce qui paraissait être une pointe n'est autre chose que le profil d'une lame tranchante. Elles n'ont aucune dent , et offrent seule- ment à leur base un tubercule circulaire et aplati , qui s'appuie sur un tubercule semblable du côté opposé. Un peu au-dessus , et sur le bord interne de la mandibule , existe une forte échancrure ou entaille quadrilalère , qui , de même que les parties qui viennent d'être dé- crites , avait échappé aux entomologistes. Elle est rem- plie par une membrane tendineuse jaunâtre qui occupe en partie le côté interne de la mandibule. Olivier (i) l'a fait sentir dans les figures grossières qu'il a données des parties de la bouche des Cantharides. Les mâchoires sont gn partie cornées et en partie membraneuses; plusieurs pièces concourent à les for- m.er ; leur nombre et leur figure sont exactement rendus dans nos dessins , ce qui nous dispense d'entrer ici dans de plus amples détails. Observons cependant que leur côté interne est divisé en deux lobes membraneux poi- lus, et que leur bord externe supporte un palpe de quatre articles ; le premier est très - court , le second et le troisième sont à -peu-près égaux, le dernier est plus gros , plus allongé et ovalaire. La lèvre inférieure offre aussi plusieurs pièces qui , au lieu d'être distinctes et manifestement articulées (i) Entomologie, t. m , n» ^6, pi. i, fig- i ii. ^Titre elles , sont réunies par une sorte de membrane commune , assez consistante , et cornée dans certains points de son étendue. Notre figure indique celle dispo- sition. Les palpes de la lèvre inférieure sont plus courîs que ceux des mâchoires. On ne leur compte que trois articles : le premier très-petit , le second plus long , le troisième court et tronqué. Le lliorax n'offre pas dé difi'érences essentielles avec celui des autres insectes coléoptères. Le prothorax , ou corselet , est assez petit , carré et moins large que l'ah- domen. Les élylres sont longues et flexibles ; elles recouvrent des ailes membraneuses et transparentes. Les pattes , qui sont glabres et grêles , ont des tarses filiformes , garnis eu dessous de poils serrés et terminés par une double paire de crochets cornés, assez longs , très -recourbés. On compte cinq articles aux tarses des deux premières paires de pattes , et quatre seulement à ceux de la paire postérieure 5 c'est le caractère de la sec- tion dite des Hétéromères j à laquelle appartient le genre Cantharide. Les pattes offrent aussi une disposition très -remar- quable qui ne me semble pas connue. Quand on exa- mine avec soin celles d'une Cantharide femelle , ou dis- tingue dans toutes , au point de jonction de la jambe et du tarse , deux petites épines mobiles. Le mâle présente le même caractère aux deux paires postérieures , mais la première est bieu différente -, au lieu de deux épines placées sur les côtés , il n'en existe qu'une seule , com- primée , forte ;, tranchante , et située sur la ligne moyenne. Indépendammeul de cette particularité , on ( 3-6 ) voit que le premier article du tarse , qui dans la fo- melle n'offre rien de Lien singulier, se trouve ici très- échancré , de telle sorte que IV'pine , en s'appliquaiil contre lui , ferme exactement son échancrure et la con- vertit en trou. Nous verrons ailleurs le motif de cette disposition. 5 II. Organisation intérieure. DtJ SYSTÈME NERVF.UX. Il existe dans tout animal articulé un système ner- veux qui , prolongé longitudinalement à la partie infc- rieui'e et moyenne du corps , se compose d'une série plus ou moins nombreuse de ganglions réunis entre eux par un double cordon nerveux. Tous les nerfs qu'on aperçoit dans le corps , el qui pénètrent dans les parties les plus délicates , après s'èlre divisés en ramuscules imperceptibles , ont leur origine à ce double cordon , et naissent particulièrement des renflemens noueux qui l'interceptent. Les ganglions sont plus ou moins nombreux ; ils présentent , sous ce rapport , des différences très-sensibles , et , chose cu- rieuse , ils varient dans un même individu aux diffé- rentes périodes de son existence. C'est ce cpi'on voit dans les chenilles , ou les larves comparées à l'insoctc parfait. La Cantharide vésicaloire m'a olïért , indépendam- ment du cerveau, ([ui est bilobé, huit ganglions. Le pre- mier a une forme assez parli< ulière : il est situé dans la tête et semble résulter de la jonction des deux cordons (37 ) norveux que le cerveau fournit en arrière , et qui , en se dirigeant à la partie inférieure, embrassent l'œso- phage en manière de collier. Ce premier renflement cé- phalique ou sous-œsophagien ne nous a paru donner aucun autre nei'f que les deux cordons longitudinaux servant à le réunir au ganglion qui lui est postérieur. Ce ganglion et les deux qvii suivent appartiennent au thorax. Il existe donc , pour cette partie du corps , trois ganglions . de même qu'il existe trois anneaux et trois paires de pattes. Beaucoup plus développés que ceux de l'abdomen , les ganglions thoraciques fournissent de chaque côté plusieurs nerfs 5 quelques filets prennent aussi naissance au double cordon longitudinal , et tous se portent aux parties situées dans le thorax , particulier remeut aux muscles des ailes et des pattes. Les. gan- glions du thorax appuient sur autant de pièces particu- lières 5 les entotliorax , qui sont de véritables vertèbres , en ce sens qu'ils protègent et isolent le système nerveux. L'anatomie de la Cantharide m'a fourni un fait, dont je ne connais encore aucun exemple. Les deux cordons (|ul réunissent le second ganglion du thorax au troi- sième s'entrecroisent vers le milieu de leur trajet. Celui qui nait à droite du ganglion du mésolhorax s'insère au côté gauche du ganglion du mélathorax , et la môme inversion se remarque pour le cordon opposé. Dans cet e/itrecroisemeni , les deux cordons restent libres , ce qui rend le phénomène plus sensible. Cette disposition me surprit tellement , que j'employai tous mes soins à la constater et à bien examiner si elle n'était pas dur à ({uelquc accident. Je restai convaincu qu'elle était natu- relle. Mou ami M- Gucrin, qui \éritiiiit à fur cl me- (38) sure mes observations , a vu exactement de même. Le fait est donc certain ; mais je devrai disséquer d'autres individus 'pour établir s'il est général ou simplement accidentel (i). Les ganglions de l'abdomen , au nombre de quatre , sont distans les uns des autres , et réunis par des cor- dons très-grêles. Le premier mérite à peine qu'on le signale, à cause de son peu de développement 5 il n'en fournit pas moins des nerfs nombreux. Le second a plus de volume ; il donne également naissance à un faisceau de Ciels nerveux. Le troisième est encore un peu plus gros , et il se dis- tingue par une organisation déjà visible dans celui qui précède. Il se compose de deux parties : l'une , infé- rieure , allongée , aplatie , devant être considérée comme le ganglion proprement dit , puisqu'elle fournit et reçoit les cordons intra-ganglionuaires , et que , de plus , elle donne naissance aux filets nerveux latéraux 5 l'autre , supérieure , consistant en un bouton arrondi , pourvue d'une sorte de pédicule très -petit, qui la fait adhérer au ganglion : il n'en part aucun nerf. Cette disposition , pour qu'on la saisisse , doit êlre vue de profil. Nous l'a- vons représentée dans ce sens. Le quatrième ganglion abdominal , ou le dernier, est le plus singulier de tous 5 on kii recoimaît bien les deux parties que j'ai décrites , c'est-à-dire le bouton et la base sur lequel il est fixé , ou le ganglion proprement dit ; mais ce ganglion est ici remarquable par son développe-^ (i) L'iudiviJu qui a fourui à cette description était un mâle. (39 ) ment. Qu'on se figure une petite pyramide quadrilatèrCj couchée sur une de ses faces , et l'on aura une idée très- exacte de sa forme. Le sommet de cette pyramide , ren- versé et dirigé en avant , se trouve masqué par le petit bouton de substance nerveuse ^ la base regarde en ar- 1 ière , et de ses quatre angles partent , en droite ligne , autant de nerfs qui se divisent en de nombreux filets : tous se portent en arrière et se distribuent essentielle- ment aux organes copulateurs , en formant une sorte de queue de cheval tiès-curieuse à voir , et qui se trouve augmentée par un cinquième filet principal que je n'ai vu qu'à gauche : il naît du corps même de la pyramide. Les organes essentiels de la génération , particulière- ment les testicules (i), reçoivent leurs nerfs, non plus de la base de la pyramide , mais de son corps ; ils en naissent à angle droit et les pénètrent immédiatement. A l'occasion du système nerveux , et pour compléter cette étude , je signalerai à l'attention des analomistes un fait que j'ai eu occasion d'observer sur un autre indi- vidu. J'avais ouvert une Cantharide par le dos, et j'a- vais mis à nu dans le thorax le vaisseau dorsal , lorsque j'aperçus de chaque côté de cet organe un filet blan- châtre très-grèle, qui lui semblait accolé : je l'avais d'a- bord pris pour une ramification trachéenne , mais je fus promptement détrompé , et je le reconnus pour un nerf. L'ayant suivi avec soin , je le vis s'engager dans le pro- thorax , puis dans le trou occipital ; je continuai avec beaucoup de soin cette dissection , et je pensais trouver ( Je rappelle que c'est sur ua individu mâle que j'ai fait mes observa- lious. (4o) Lienlùt son origine an cerveau , quand je rencontrai un petit ganglion nerveux très -distinct. Les deux filets nerveux > dont j'avais conservé la trace, y aboutissaient, ou plutôt ils y avaient leur origine. Je mis de toutes parts à découvert ce ganglion , je me convainquis qu'il n'adhérait pas immédiatement au cerveau 5 je reconnus en outre qu'il fournissait antérieurement deux autres fi- lets très-grêles cj[ue je vins à bout de suivre jusque dans le chaperon : il me sembla qu'ils s'y engageaient. Quelque isolée et incomplète que soit celte observa- lion , j'ai cru devoir en parler, ne fût-ce que pour éveil- ler l'attention des anatomistes et des physiologistes sur l'existence de ce double systè/ne nerveux dans les in- sectes auquels on n'en accordait qu'un seul , situé sons le ventre , et qui , par cette position inférieure , ne pou- A'ait être comparé directement avec la moelle épinière des animaux vertébrés. Je puis m'inlerdire toute réflexion sur ce fait j les personnes qui sont au courant des opinions émises par MM. de Blainville , Geoflroy Saint - Hilaire , Serres et Ampère , prévoient bien les conséquences qu'on pour- rait facilement en déduire pour appuyer ou combattre leur manière de voir. Au reste , je dois rappeler que Lyonnet a signalé dans la C!ioi!i!le un. dùi du même genre, et qu'il a désigné sous le nom de ganglions frontaux plusieurs petits ren- flemeus nerveux dont le plus posiérieur envoie un nerf très- long qui accompagne le canal intestinal et le cœur. Celle observation qu'où avait négligée diffère cepen- daul de la mienne^ eu te qu'elle a été faite sui au iu~ (4i ) secte d'un ordie très-diflerent qui n'élaîl encore qu'à l'état de larve (i), et parce que j'ai reconnu dans la Caniharide deux filets nerveux très -distincts , excessive- ment longs , et très prolongés en arrière. DU VAlSSliAU DORSAL ET DU SYSTÈME RKSPIKATOIRE. Le but de la respiration étant , en dernière analyse , d'apporter une modificalion importante dans les divers organes du corps , en faisant servir à leur nutrition un liquide particulier, le sang , qui vient de subir un chan- gement essentiel de la part d'un des élémens de l'air, l'oxygène , on conçoit qu'il peut se présenter dans la série des animaux des circonstances favorables où le fluide ambiant arrivera directement aux organes : c'est le cas de tous les insectes. Déjà en peut en conclure que la circulation leur de- viendra inutile , son objet étant de transmettre aux di- verses parties l'action de l'oxygène qu'elles n'ont pu recevoir immédiatement. Il est superflu de dire que les Cantliaridcs ne s'écar- tent pas de la loi générale qu'on observe dans les insectes; leur système circulatoire consiste en un vaisseau dorsal très-simple, situé sur le dos , s'étendant de la tète à l'ex- trémité de l'abdomen , et ayant des battemens assez vifs. Le système respiratoire ressemble beaucoup à celui des Coléoptères ; il se compose , comme dans la plupart (i) Cc'St h l\'t;it de larve (nie le syslèmc nerveux est le plus dtyeloiipé mais il en est vme vraiment essentielle , c'est Y ovaire. Toutes les autres lui sont accessoires et porlcot les noms de ré~ (50 ceptacles ou calices , àoviducte , de glande sébacée, de vésicule séminale et de vagin. Des pièces cornées se remarquent ordinairement à l'orifice de ce dernier. Les ovaires sont plus ou moins développés , suivant qu'on les examine à un terme voisin ou éloigné du mo- ment de l'accouplement. A celle époque , et sans que le plus souvent la femelle ait eu l'approche du mâle , ils ont uu volume remarquable et occupent la plus grande partie de l'abdomen. Ils deviennent encore plus turges- cens après la copulation , jusqu'au moment de la ponlo ; enfin celle-ci s'opèrQ , et ils ne tardent pas à diminuer à mesure que les oeufs sont émis au dehors. Il n'est donc pas indifférent de distinguer l'état où se trouvait la fe- melle qu'on a disséquée , car on s'exposerait à en don- ner une description qui ne serait plus exacte pour un autre individu n'étant pas exactement placé dans la même circonstance. Le 5 juillet 1823 , je pris une femelle qui a va il eu l'approche du mâle , et qui , depuis vingt-quatre heures^ s'en était débarrassée : les organes générateurs me paru- rent dans un état convenable pour la dissection. Je vis , et toujours j'ai trouvé depuis , que les ovaires se compo- sent d'un nombre infini de petits tubes cylindroïdes , biloculaires et terminés eu pointe : leur base adhère à la circonférence du calice et le cache en entier. Ils con- stituent deux masses ovalaires qui ressemblent assez bien , pour la forme et pour l'aspect , à certains fruits , par exemple à des fraises. La base de chacun des calices intérieurs fournit un conduit qui bientôt semble se réu- nir à celui du côté opposé pour constituer un canal com- mun j l'oviducte. Je dis qui semble se réunir , parce (53) que la jonclian de ces deux pelits canaux entre eux a lieu plus loin qu'on ne l'aperçoit en dehors. Ils ne pa- raissent abouchés que parce qu'une membrane musculo- niembraneuse qui recouvre l'oviducle se prolonge jus- qu'à eux et constitue une sorte d'étui qui les engaînc au - delà du point où ils se joignent réellement. Quoi qu'il en soit , l'oviducle est assez court et très-muscu- leux ; il reçoit dans son trajet l'insertion d'un organe que je crois avoir, le premier, distingué nettement , je ■veux parler de la vésicule copulatrice. Dans la Canlha- ride , elle oâ're cela de remarquable qu'elle est excessi- vement développée et qu'elle présente sur son col deux petits tubes sécréteurs de forme très-différente. Le pre- mier, appliqué dans l'état naturel contre la vésicule , est très - grêle et cylindroïde ^ le second est moins ample , il consiste en un tube terminé par un petit corps co- noïde et vésiculeux. L'oviducle , le col de la vessie copulatrice , et les tubes qui s'y insèrent sont enveloppés par celle mem- brane épaisse que nous avons dite embrasser les deux conduits des ovaires. Après l'oviducle vient un vagin qui n'offre rien de remarquable , si ce n'est qu'il est clos par deux petites pièces cornées , cupuliformes , mobiles et munies à leur centre d'un tubercule. Ces deux appendices , en jouant l'un sur l'autre , compriment nécessairement le pénis du mâle , qui finit par se rompre , ainsi que nous le verrons bientôt. J'ai dit que les organes femelles variaient beaucoup suivant l'époque où on les examinait : voici les différen- ces les plus importantes que j'ai observées daus la Grn- iharide. ( 5/f ) Dajis un individu encore vierge et pour lequel les niàles ne montraient aucune sollicitude , les tubes ovi- gères étaient à peine visibles , et les calices qui les sup- portent avaient très -peu de volume. Leur paroi inté- rieure oiîrait une infinité de petits traits annulaires un peu allongés , placés sur des lignes droites , et dans l'in- térieur desquels on n'apercevait rien de particulier. Chaque cercle correspondait à l'insertion du tube ovi- gère sur le calice. La poche copulatrice était vide et par- l'aiiement transparente; elle se trouvait placée à droite dans l'abdomen de l'insecte,! Les choses étaient bien diflei^entes chez une Cantha- ride que j'examinai vingt- quatre heures après l'accou- plement ; les tubes ovigères et les autres parties avaient un grand développement , et la vésicule copulatrice n'é- tait plus transparente. On voyait dans son intérieur lui corps opaque qui la lemplissait ii moitié. Au lieu d'oc- cuper dans l'insecte le coté droit de l'abdomen , elle était placée à gauche (i). Enfin , dans une Cantharide qui venait d'effectuer sa ponte , les tuLes ovigères étaient très-llasques et disten- dus 5 on ne leur voyait [Jus qu'une seule loge occupée par un corps opaque qui n'était pas un œuf, mais un amas de matière grumeleuse. Les deux calices des ovaii'es , que j'ouvris avec beaucoup de soin , m'oiiri- rent un spectacle vraiment curieux. Chacun des cercles que j'avais aperçus à l'étal de virginité était perforé d'uu petit trou. Je n'eus pas de peine à deviner l'origine et (i) Je mentionne simplement ce «Ici nier fait, sans prctenckx que le changement de position soit ua résultat Je raccou[4eracnt. (55) l'usage Je ces trous. Il était évident que les œufs de chaque tube les avaient pratiqués pour se livrer passage dans le calice et tomber ensuite dans l'oviductc. Les dessins que j'ai doiniés représentent fidèlement cette disposition. C. De V accouplement et de la fécondation (i). J'ai été plusieurs fois témoin de l'accouplement des Caniha rides : le màîe est très-ardent. Voici le détail d'une de mes observations ; les autres n'en diffèrent (jue par quelques circonstances acciden- telles. Le mâle , après avoir long-temps harcelé la femelle , monta sur son dos avec ses quatre pattes antérieures \ la dernière paire était fixée à nue branche de lilas sur la- quelle se passa la scène. Pendaiit ce temps la femelle paraissait fort insouciante 5 elle broutait une feuille. Ce- pendant , soit qu'elle fût rassasiée , soit que les instances du mâle aient fini par l'inquiéter , elle cessa de manger , et resta alors dans une immobilité parfaite. Ses pattes étaient ramassées contre son eorps el les antennes re- pliées sur ses côtés. Au contraire , le mâle s'agilait tou- jours davantage ; il a'adbérait d'abovd à la femelle que par les quatre jambes antérieures ; bientôt il monta tout entier sur son dos. Dans cette nouvelle position , ses dernières pattes étaient iixées à la base de l'abdomen et ( i) J'ai appris , depuis la lecture de ce Mémoire , qu'on trouvait dans le lYaiursforcher la reprcseutation de l'acccuiplemeiit de la CunlLariJe. J'aurai soiu de compulser ce recueil avaut de publiçv mon ouvrage gc- iicral dout ce Mémoire est extrait. (56) celles du milieu à rintervalle qui sépare le proihorax- du mésothorax. Quant à la première paire , elle était restée libre ; le mâle la mouvait sans cesse , il semblait vouloir saisir avec elle quelque chose , et je ne pus devi- ner le motif de cette action. Cependant , l'agitation devc-. naît toujours plus forte 5 sans lâcher prise, lemâle remuait tout son corps et imprimait de violentes secousses à la femelle ; il agitait surtout la tête et les antennes : celles- ci étaient dans une vibration perpétuelle ; il caressai!; avec elles la tète et les antennes de la femelle. Toujours plus attentif à mesure que l'action devenait plus pres- sante , je restais immobile devant ces singulières ma- noeuvres , autant par la crainte de les troubler que par l'intérêt du spectacle. Enfin , une nouvelle scène s'ollrit à. mes yeux; la femelle qui jusque-là n'avait donné au- cun signe de vie , éleva lentement ses antennes qu'elle tenait inclinées , et à l'instant même le mâle s'en saisit à l'aide de ses deux pattes antérieures. Ici il est néces- saire de rappeler que la première patte du mâle présente une organisation particulière. Le premier article du tai'se , avons-nous dit , est profondément échancré , et il existe à la jambe une forte épine tranchante qui , en se repliant sur lui , vient fermer cette échancrure et la con- vertit en un véritable trou. Le mâle se saisit donc de chaque antenne , en engageant leur dernier article dans l'échancrure du tarse et en ramenant sur elle l'épine de la jambe. Je compris alors , et tout le monde comprendra pour-; quoi le mâle ne se tenait pas accroché à la femelle par ses pattes antérieures, et pourquoi il les avançait cl Içs^ feliiiut sans cesse. (57 ) Dès ce moment , la femelle s'était livrée au mâle ; elle résista encore assez long -temps, elle se débattit avec violence, mais tous ses ellbrts de\enaient inutiles. La position du mâle était très- avantageuse ; la femelle ne pouvant plus lui échapper, il ne semblait occupé qu'à diriger vers les organes sexuels l'extrémité de son ventre ; cependant , il s'irrilaît de la résistance que lui opposait encore la femelle. Placé sur son dos , et tenant les an- tennes par l'avant-dernier article qui les termine , il les maniait comme deux sortes de l'ènes , et l'expression que j'emploie est exacte 5 il la tiraillait sans cesse vei's ce point, tantôt en même temps des deux pattes, laniôt à droite , tantôt à gauche : il la dompta enfin et la fît céder ù'ses désirs 5 je la vis relever lentement l'extrémité de son ventre qu'elle tenait recourbé , et le mâle aussitôt y introduisit les organes copulaleurs et sou pénis. Le calme succéda bientôt à celle vive attaque , qui avait duré plus de deux heures et que je n'avais pas cessé d'observer. Le mâle quitta sa position , et, restant attaché à la femelle , il se plaça dos à dos sur une même ligne. Quatre heures après , l'accouplement durait en- core ; mais la femelle s'agitait beaucoup ; elle brusquait le mâle qui ne faisait aucune résistance 5 enfui elle vint à bout , à l'aide de ses mouvemens et avec ses pattes , de s'en débarrasser. J'examinai les organes copulaleurs du mâle , je ne distinguai plus de pénis ; je les compri- mai pour voir s'il ne serait pas rentré dans son étui : je n'en vis rien sortir. J'ouvris la femelle avec soin , je trouvai le pénis dans la vulve , je continuai la dissection, et je vis qu'il élajt engagé dans la vésicule copulalrice. (58) § III. Des Œufs et des Métamorphoses. Les œufs de la CantUaride vésicaloire , que nous avons icprésentés , sont assez développés , ont une forme cy- lindrique et sont courbés daus leur longueur. La fe- melle les pond successivement et les agglutine en une petite masse ; elles les enfonce dans la lerre , et les larves qui en naissent y subissent toutes leurs métamorphoses. On ne sait rien, ou fort peu de chose de la larve de cet insecte; moi -même je n'ai pu encore l'observer. Cer- tains auteurs disent qu'elle se nourrit de racines. Elle a été décrite assez vaguemeni. Son corps , formé de treize anneaux , est mou , d'un blanc jaunâtre , et supporte six pattes courtes , écailleuses 5 la tète est arrondie , un peu aplatie , munie de deux antennes courtes et filiformes ; deux mâchoires assez solides et quatre palpes composent la bouche. EXPLICATION DES PLANCHES. Planche XLii. Fig. I. Lèvre supérieure ou labre delà Cantharido vcsicatoirc. Fig. 2. Mandibule. a, dos de la mandibule; b, ccliancrure du bord interne rempli par une membrane ; c , apophyse articulaire. Fig. 3. La même mandibule vue en dedans , et montrant, a, le sommet qui est une lame tranchante ; 6 , un tubercule , sorte du dent mo- laîie ; c , l'apophyse articulaire. Fig. 4» La mâchoire, i, 2, 3, 4? les (]uatre pièces de sa base, auxquelles il sera assigné des noms, a, les deux lobes connus des entomolo- gistes ; 6 , le palpe. Fig. 5. La lèvre inférieure munie de ses deu^ palpes. Fig. 6. Patte antérieure du mâle. a, la crochet unique qui clôt l'échancrure du premier article du à ( % ) larsc b ; il tsl fixé à la jaiuho c. On voit à rôle une figure Irt's- grossie, monlranl la forme du croctiet et sou iij;;crtion sur la jauiljc. Fig. 7. Insertion du crocliet à la jambe , vue de face. l'ïg. 8. La même partie dans la femelle : il existe deux crochets. Fig. 9. Les deux derniers articles du tarse , avec leurs deux ciocliets terminaux , qui sont bifides. Fig. lo. Organes digestifs de la CanthariJe. a , la tête. Elle supporte des antennes de onze articles , des yeux , un chaperon transversal ; et les parties de la bouche qu'on peut voir supérieurement, le labre, les mandibules et les palpes des mâ- choires ; b , Toesophage ; c , le ventricule chylifique ou l'estomac ; dj(l , les canaux biliaires , au nombre de six , et ayant une double insertion à la base de l'estomac et à l'intestin ; e, intestin -J", cœ- cum ; g , rectum ; h , dernier anneau du ventre. JYota. La figure 10' montrera toutes ces parties de grandeur na- turelle et avec leurs proportions relatives. Fig, I r. Portiou des canaux biliaires excessivement grossie et montrant dans sou intérieur uue quantité de petits amas de matière grume- leuse. Fig. 12. Portion antérieure de l'estomac excessivement grossie et ou- verte pour montrer, b, la terminaison de l'œsophage qui se prolonge tu un tubercule valvulairej c, la structure de la membrane inté- rieure qui est plissée de manière à ofirir des sillons transversaux parcourus par de nombreuses trachées. Fig. i3. La valvule de Tcesopliage vue de face. Fig. i.i. Portion postérieure do l'estomac et orij^ine de l'intestin vues à l'inférieur ; c, estomac; dddddd , les six canaux biliaires ayant leur insertion entre six petits corps réniformes, ee , qui constituent une valvule pilorique ; 5o. (2) Triticum hibernum , trilicum œslicum. (3) Horcleum vulgare, hexastichon. circonstance doit faire pn'sunier qu'ils sont originr.îrcs (l'un pays tempéré et peu élevé (i). On sait positivement que leur reproduction spontanée «'existe ni dans l'Europe, ni dans toutes les parties de l'ancien et du nouveau continent où les Européens ont porté leurs colonies et cultivé ces grains si utiles pour les progrès de la civilisation et le bonheur de la société. On peut supposer avec beaucoup de probabilités que les Céréales n'existent pas à l'état sauvage dans les vastes contrées habitées par les peuples chasseurs et nomades ; car ces peuples auraient changé assurément une nourri- ture incertaine et précaire pour un aliment agréable qui leur ofl'rait des produits abondans , devait augmenter leur population , concentrer leurs forces , assurer l'exis- tence et le bonheur de leurs familles. Les Egyptiens, les Hébreux, les Grecs , plusieurs peuples de l'Asie et de l'Europe nous offrent l'exemple de ce passage de la vie nomade à la vie agricole, sitôt qu'ils ont découvert les Céréales ou qu'on les a impor- tées dans leurs pays. Discussion des témoignages Egyptiens et Hébraïques. Selon les plus anciens monuraens de l'histoire égyp- tienne , c'est près de Nysa ou Bethsané , dans la vallée du Jourdain , qu'Isis et Osii'is trouvent à l'état sauvage le blé, l'orge et la vigne. Il s'agit d'abord de fixer la position de cette ville de f i) M.de Hiimholdt, , Distrih. geogr. Plant. , p. i6o, donne les hau- teurs auxquelles ces plantes cessent de fructifier. (6a ) Nysa. Homère csl le plus ancien auteur tjui eu parle. 11 y a une ville de Nysa , située sur une haute moulagne «ouverte d'arbres fleuris , assez loin de la Phénicie , plus près des eaux de l'Egypte. Ce passage (i) et quatie autres de Diodore (2) fixent d'une manière générale la position de Nysa dans l'Ara- Lie , entre le Nil et la Piiéuicie. Pline (3) est plus précis, il met Nysa en Palestine, sur les frontières d'Arabie. Philadelphiam, Raphanam^ omnia in ylrabiam recedentia, Scythopolim, antea Nysam, a Libéra paire, sepultdibinutrice.YjûenncÇ^)de Byzance , est du même avis , Nysa ou Scytbopolis , ville de la Cœlé-Syrie (dans l'Ammonite); et Josepli nous apprend (5) tjue cette ville de Nysa , nommée ensuite par les Grecs Scjthopolis , s'appelait de son temps Beth- saué, et était située en face d'une plaine, au-delà du Jourdain. La position de cette ville est donc établie par les textes positifs de Diodore , de Pline , de Joseph , d'Etienne. Nysa, Scylhopolis et Bethsané sont la même cité. Du temps d'Osiris et même de Diodore , comme les limites de l'Arabie ont toujours été très-indéterminées , la por- tion de la Palestine , voisine de l'Arabie , a pu être com- prise sous le nom générique de Syrie ou de la Pénin- sule arabique dont elle fait partie. L'épithèted'Êjôaty.ovo;, (1) Cite par DioJore, m , 65, p. 235, cd. Wesseling. (2) m , 65; 1 , 19 ; IV, 2, et m , 64. ;3; HUt. nat., lib. v, c. 16, p. 262, c<\. Harduin. (4) De Uibib. voce Nisa. (5) Ant. Jdd. , lib. su , cap. 5, p. 620, éd. Havercauip. IX. 5 (66) donnée a l'Arabie par Diodore (i), doit être considrn'e comme une glose insérée dans le texte , ou comme vinr épithète d'ornement appliquée à tons les terrains fertiles on remarquables par des productions précieuses, d'au- tant plus que ce môme Diodore , en parlant de la l'ille de Njsa, quOsiris bâtit dans finde, en mémoire de Vautre ville de Nysa zar' AlyvTzro'j , où il aidait été élevé ^ ne fait plus mention de l'Arabie lieureuse , et qu'en deux endroits ('>.) il place cette même Nysa vers l'Arabie , entre la Pbénicie et le Nil. Dans l'ancienne bisioirede Java , l'orge est regarde comme une plante importée , et se nomnio Jawa misa (3). Serait-ce une vieille tradi- tion de l'origine et de l'ancienne introduction de celte céréale? Je ne présente celte idée que comme un doute 5 hiais l'identité de nom est frappante. Une antre laisoii tirée de la patrie bien connue d'inie plante fameuse vient à l'appui des géographes que j'ai cités, et doit fixer irré- vocablement en Palestine la position de Nysa. C'est auprès de Nysa , qu'Osiris et le Bacclins égyptien , que Diodore et les Grecs les plus instruits regardent comme un seul et même roi , trouve la vigne sauvage, en général suspendue ou mariée aux arbres (/[). C'est aussi dans la terre de Clianaan que Noé découvre la vigne (5). On connaît la grosseur des grappes de raisin rapportées à (i) DicD., 1. ij c. i5, p. 19, (a) L. IV, c. a, p. 248. (3) Raifles, t. Il , p. G5. (4) DioD. Sic, llb. m , c. ixvii , p. 287 ; c. lxjx ; 1. i, c. xv. (5) Cœpiique Noc vir agricola exercere terrant, et plantM'it vineam, hibensque vinum incbriatus est. Gènes- , c. ix , y. 20, 2t. (^7 ) Moïse, des environs d'Hebron (i):or, on sait qtl<3 Isi vigne est un arbrissean affecté en général au bassin de la Méditerranée (2). Il ne croît spontanément ni dans l'E- thiopie , ni dans TArabic proprement dite , ni même dans l'Egypte. Ainsi les livres sacrés , l'histoire ancienne des égyptiens, et l'histoire naturelle s'accordent sur ce point important. C'est dans la Palestine que l'agricul- ture a commencé; on y a d'abord trouvé le blé , l'orge , puis la vigne qu'Osiris a importée dans la Haute-Egypte, et dont les descendans de Seth et de Caïn ont perfec- tionné la culture. Ce fait historique, que j'appuierai bien- tôt de grandes probabilités , découle immédiatement de la position de la ville de Nysa qu'il s'agissait de fixer , et que j'espère avoir maintenant déterminée avec assez de précision. C'est donc dans la vallée du Jourdain que , selon les traditions égyptiennes , Isis et Osiris trouvent à l'élat sauvage le blé , l'orge et la vigne , qu'ils transportent en Egypte, dont ils enseignent la culture et dont ils montrent l'utilité aux Egyptiens. L'histoire égyptienne assiu'c , ditDiodore (3) ^ « qu'O- )) siris , originaire de Nysa située dans l'Arabie fertile » qui avoisine l'Egypte , aima l'agriculture , et trouva » dans les environs de Nysa , la vigne. Cet arbrisseau y (i) Ibid , m , 67. lYumeri , cap. xiii , vers. 23 , a^- (2) Je n''cntcnils point pourtant citconscrire aux environs de Nysa la patrie de la vigne ou son habitation primitive: je sais qu'elle est sau- vage en Arménie. M. du Petit - Thouars l'a vue h Madagascar; y esl- clle native ou iraportoe? Est-ce bien le f^itis vinifera? Ju dis senle- tneut que les traditions, les histoires égyptiennes recueillies par Diodoici la placent, à l'état sauvage, près de Nysa etdu Jourdain. (3) DfoD. Sic. , 1. i, c. i5 j 1, m , c. G7, G9. ( <^^ ) v) t'iaît sanv.ige, lrès-aboiul;int , et en général suspendu » aux arbres. » « C'est là aussi, dit toujours Diodore (i), qu'Isis >» trouva le Lié et Torge , croissant au hasard dans le )) pays , parmi les autres plantes , mais inconnu aux •» hommes. » Des fêles où l'on portait des gerbes de blé , des vases pleins de blé et d'orge servirent à conserver la mémoire de cette grande découverte qui fit cesser chez les Egyp- tiens l'horrible usage de l'anthropophagie. Diodore ciie même les écrivains qui assuraient qu'à Nysa une colonne avec une inscription en caractères sacrés , tsooïç 7pâpf/.afftv, attestait cette découverte d'Isis. Elle portait (a) : « Je » suis la reine de toute cette contrée. Je suis la femme » et la sœur d'Osiris. Je suis celle qui ai fait, la pre- » mière , connaître les grains aux mortels. Je suis celle » qui se lève dans la constellation du chien. Réjouis- » loi , Egypte , ma nourrice. » C'est aussi dans la Palestine que , selon la Genèse , les Céréales ont été découvertes et que l'agriculture a com- mencé (3). Moïse dans le Deutéronome rappelle au peuple Hé- breu cette circonstance qui devait lui rendre la terre promise plus désirable encore et plus chère. « Dieu, lui dit-il (4), l'introduira dans une bonne (i) Dioo. Sic. , 1. 1, c. i/f- (2)DlOD. , I, 27. (3) Fuit autem Ahel pastor ovium , Caïn agricola. FacLum est autem post multos dies ut ogeret Càin defructibus terrœ , munera Domino. Gentse, cap. 4 , vers. 2, 3, 4- (4) Deus introducu ta ui teiram loruim , lenam rii'orum elfmtiwn , ( f'9 ) n terre, une terre pleine de ruisseaux et de fontaines, » la terre du froment, de Vorge el de la vigne , où nais- » sent le figuier, le grenadier et l'olivier, une terre )) d'huile et de miel , dont le fer sont les pierres , et des » monts de laquelle on extrait le cuivre métallique. » C'est aussi dans la Palestine que Noé trouve la vi- gne (i'); c'est la patrie du bitume (2). C'est cette même Palestine, la terre du blé et de l'orge , que la Bible nous représente comme la patrie ou le séjour du cèdre du Li- ban, du baumier {Amy ris opobaîsamuiiî) , du Sulanum nwlongena , du palmier dattier, du figuier sycomore; c'est le pays du dromadaire , du cliacal , du daman , de la gerboise, du lion , de l'ours et de la gazelle. L'his- toire égyptienne et hébraïque s'accorde toul-à-fait sur l'origine des Céréales , de la vigne et de l'olivier. Voyons si la Palestine réunit effectivement le concours des diverses circonstances que j'ai présentées d'après les plus anciens monumens. Si l'origine des Céréales nous reste encore inconnue ,mais si la patrie, si V habitat des dJQc-rcntes espèces de végétaux, de minéraux et d'ani- maux indiqués a été constatée avec certitude , nous con- naîtrons déjà un des termes de la proposition , el il nous d<'viendra facile d'éliminer l'inconnu. Or , tous les savans qui ont visité la Palestine y ont constaté l'indigcnat de la vigne , de 1 olivier , du gre- tcrram frumeuti , liordei ac vinearum , in qud ficus el nialo granata et oliveta nascuntur, terrant olei ac mellis , ciijus lapides Jèrruni sunt el de mnrilihus ejiis œris inetalla fodiuntur . Deuter. , viii , 7, 8 et 9. (i) Cvfpilque Noe rir agriçola exerccre terrain, el plautavit vineam , iibensque vinuUi inebriatus est. Gencs. , ix , 30 , 31 . (a, Uituniiiie Unies inlrimecus ft c.rtrinsccus. G<'iies. , vt, -j. ( 70 ) iiadicr et du figuier. Ils y onl trouvé à Tétai sauvage , le rèdre , le figuier sycomore, les pins et les palmiers; l'existenee dans cette contrée du baumier (yïm/yris opo- hatsamUm), et du Cupressus phenicea, du di'omadaire, du daman , de l'ours , du lion, du chacal , de la gazelle et de l'abeille a été vérifiée : la présence des mines de fer , de cuivre et des lacs de bitume a été mise hors de doute. Ou voit aussi que l'existence dans la même con- trée des végétaux à qui une grande clialeur est néces- saire , et d'autres qui se plaisent dans un climat froid ou tempéré , tels que les palmiers et le cèdre , le baumier et la vigne circonscrit beaucoup le terrain , et indique po-' sitivement un pays de montagnes susceptible , par la différence de son élévation , de températures très-va- riées. Maintenant, puisque les assertions des traditions ou des histoires hébraïques et égyptiennes se trouvent con- fîrmé(fs sur tous ces points , il y a , ce me semble , une grande probabilité qu'elle se vérifiera aussi pour le fro- ment et l'orge qu'elles assurent être indigènes dans la Judée , et dont une trop ancienne culture nous avait fait perdre l'origine. Ce fait assez intéressant pour l'histoire de la botanique et de la civilisation ne serait peut-être plus mis en doute , si des botanistes , occupés de ce genre de recherches , fussent restés plusieurs années sur les lieux , et eussent été à môme , pendant ce séjour , de distinguer positive-- ment les espèces reproduites momentanément dans des cultures abandonnées , des espèces véritablement sau- vages et indigènes. Je prévois deux objections qu'on pourrait me faire j ( 71 ) l'uue, que le blé (khitlah , parah , n^jpo; ou Irilicum) et l'orge [hordeum ou y.piOn) indiqués par la Bible et les his- toriens de l'Egypte , peuvent n'èlrepas les espèces culli- vccs aujourd'hui sous ce uom, L'aiUre, que tes espèces peuvent être fort différentes de leur état primitif et avoir été améliorées , dénaturées par la culture. Je répondrai à la première objection , que les espèces simples à 3 étamines , telles que les graminées , chaa- genl peu ou point par la culture; de plus que le blé trouvé dansles va ses fermés, tirés des tombeaux des rois à Tlu''bes(i) , et dont la forme, la couleuravaient été , grâce au bienfait de ce climat , et à l'embaumement avec le bi- tume, entièrement conservées, a paru à M. Delille et aux savans de la commission d'Egypte , lout-à-fait iden- tique avec notre froment actuel. D'ailleurs la culture du blé n'a point été interrompue en Egypte et eu Palestine depuis l'époque où elle y a commencé ; et ces plantes ont toujours gardé le même nom. Les épis sculptés sur les zodiaques peints de Tiièbes et d'Esné , les blés repré- sentés dans les scènes d'agriculture d'Eleithuia , qui sont aussi d'une Irès-haute auliquilé , ont paru de même of- frir une exacte ressemblance avec nos Céréales. J'ajou- terai que le blé cultivé eu Egypte , par la longueur de ses barbes , son épi quarré, est facile à distinguer 5 c'est, celui qu'on voit sur les monumens. (i) On y a trouvé aussi des pains entiers et très -bien conservés; ils sont il Livournc, dans le Catalogue de M. DroveUi. Leur analyse clii- niiijue serait du moins curieuse, quand même elle ne parviendrait paaàdé- tyimiuer l'espèce botamipie : ce but a été rempli en partiepar JM. Dio\vn. (70 Eii juillet 1826, M. Brown , l'un des plus habiles botanistes de notre siècle, m'a fourni refait remarqua- ble, et m'a autorisé à le publier : « Dans les pains extraits des hypogées de la Haute-Egypte, et rapportés par M. Heninken , M. Brown a trouvé plusieurs glumes d'orge entières , et parfaitement semblables à celles do l'orge cultivé aujourd'hui. Il a reconnu à la base de ces glumes d'orge antique égyptien un petit rudiment dont l'existence n'est pas consignée dans les descriptions des botanistes modernes. M. Bi'own s'est assuré que ce rudi- ment se trouvait tout semblable , et à la même place sur les balles de l'orge que nous cultivons. C'est une preuve sans réplique que depuis deux mille ans au moins celle espèce de Céréales n'a pas été altérée ni même modifiée par la culture , dans la moindre de ses parties. » L'Exode nous offre même un caractèi'e assez positif, en indiquant l'époque de la maturité du blé et de l'orge. Dans une des plaies de l'Egypte , celle de la grêle , le lin et l'orge furent détruits 5 car l'orge était monté , elle lin était en graine. Le froment et Folyre ou l'épeautreiie furent pas détruits parce qu'ils mûrissent tard (i). Or , nous savons que dans les climats chauds l'orge et le lin mûrissent avant le blé et l'olyre. M. Delille vcCa confirmé ce fait pour le blé , l'orge et le lin. L'épeautre ou l'olyre n'est plus cultivé en Egypte. Quant à l'objection de la dégénérescence ou du chan- gement de ces espèces par la culture, ce blé des tom- l)eaux de Thèbes qui compte peut-être trente à quarante (1) E-Tiod. , IX , 3i, 32 , Irad. ûes Scplaiilc tu grec. ( 7'^) siècles d'existence (i), les grains plus moJeiiics Iroii- vés à Herculanum , à Pompeia, à Royal en Auvergne , et qui n'ont à la vérité que dix-sept cents ans d'ancicn- nelé , prouvent que depuis ce temps au moins , l'espèce n'a point changé de forme. Il y a cependant un blé qu'Homère désigne sous le nom de fxizpoyç TTupoù; , de ^ùmSia. Trupôv (2), qui ne me semble })as devoir être notre froment; car il le donne pour nourri- ture aux chevaux (3). Or , Galien avait déjà observé (4) que l'usage de ce grain est tiès-nuisible à ces animaux ; ce fait a été confirme dans les dernières guerres où la nécessité a souvent forcé de nourrir les chevaux avec du blé, et où une grande mortalité a toujours suivi l'usage de cet aliment. Il serait à désirer qu'on fit, des expériences pour con- stater celte obsei'vation 5 car les chevaux se nourrissent très-bien avec du pain et môme avec du poisson sec (5), mêlé , à la vérité, de fourrage et d'avoine : le pain seul leur suffirait-il? C'est un essai à faire. M, Magendie a observé 'que les lapins et les cabiais ou codions d'Inde , qui , comme les chevaux , sont her- (i) JoMARD, JVotice sur les noiwcllcs Découvertes Jhites en Egypte , p. iG; Revue encyclopédique , mai 18 19. (2) Iliad., X , 569. (3) Audromaque donne aux chevaux d'Hector le ,««xiVfûV£t iiufli, (t Eustatlie dit que les chevaux mangent non-seulement l'oij^e et To- lyrc (*), mais même les blés. P. 591, éd. Basil. {[[) Facuh. alini. , 1, 3i3. (5)BDrF0N, VI, 5o, éd. S", 1817, par LacépèJe , le rite pour ^I^- lande. (') Tr crois qii'EusUlIie 'IcîJgne icilc Tiitiaim fpelta. ( 74 ) Jjivoi es , meurent quniitl on les nourrit seulement avec du froment; mais vivent liès-bien de chair et de pain nkûlés aux végétaux. .> L'épithètc de p.t/poy; appliquée à ce blé me porlerail à croire qu'IIomèi'C a voulu indiquer ici l'épeautrc {Triti- ctim spelta) dont les grains sont plus petits que ceux du froment. Il n'est pas étonnant que l'assertion d'Homère (i) , de Diodore {%) et de Bérose , qui donnent pour patrie au froment , les deux premiers la Sicile , le troisième la RaLylonie(3) , ait trouvé peu de croyance. Celle dcHeint- zelman rapportée par Linné (4) , qui assigne pour patrie au Triticum œstiviun le pays des Baskires , n'est pas plus admise. Le fromcutd'été qui, selon Slrabon (5), croit na- turellement dans le pays des Musicans , province du Nord de l'Inde , n'a point été trouvé à l'état sauvage par les botanistes anglais. On avait imprimé dans la Bibliotlièque britannique qu'un petit froment d'été avait été envoyé , sous le nom de hillwheat , à M. Banks, des provinces du Bengale, comme y étant indigène. M. Brown a bien voulu , sur ma demande, vérifier ce fait dans l'herbier de M. Banks. Ce blé a été recueilli et envoyé en Angleterre par une dame; son état sauvage n'est nullement constaté^ ni mêoïe son identité avec les triticum. On a rejeté aussi les témoignages de Moïse , de Cho- (i) Odyss. , i, io5. (a) V, 2. (3) Ex Ale.ranJr. polyhlstor. Descr, a SfiiccUo , cliionogr, , p. 28. (4) Spec. plant., t. i, p. viQ, {5) L. XV, p. 1017. (7>) rène (i), de Marc Pol (4) et de liéioso qui donnent pour patrie à l'orge , le premier , les Lords de l'Araxe ou du Kur en Géorgie ; le second , le Balascliiana , province de l'Inde septentrionale, et le troisième , la BaLylonie. Enfin, Tiiéophraste et Pline lui donnent les Indes pour pairie (3) , et Pausanias (4) , dont l'opinion a été adoptée par le savant Barthélémy (5) , le fait venir avec Cybèle de la Phrygie. L'origine de l'épeautre (Z'r/ftci/m spelta)n esljiP.a non plus regardée comme certaine , quoique le savant bota- niste Michaux ait rapporté cette plante des environs d'Hamadan où il a cru la trouver sauvage , et que des graines envoyées et semées par M. Bosc aient douné la véritable épeautre. Il faut reléguer au rang des fables Torigine que Pline (6) attribue au seigle. Il lui assigne le pays des Taurins et les Alpes pour patrie ; peut-être même le mot sckale désigne-t-il là une espèce toute difler-ente (7)? Le blé dur ou Triticum duruin parait être cultivé depuis très-long-temps en Afrique où M. Desfontaines l'a observé avec soin ; mais on croit que ce n'est qu'une variété du Tridcum turgidum. Le peu de foi qu'on a ajouté à ces diverses assertions (i) GeOj^r. armen. , p. 3Go. (a) Ramusio , t. II , p. 10. (3) JJiit. PlanL. , iv, 5 ; Ilisl. naU , xviii , i3. (4)L. i,c. 38. (5) T. IV, p. 5i î , ch. 67. (6) Hist. nat. , xviii , 4o. (7) P^oy, LiiKK , Derniers Mémoires de l'Acadanic de Berlin , p. 124. ( 7^'^ ) lient à ce que les voyageurs u'onl pas fait un assez long s(\jour dans le pays pour distinguer avec cerlilude l'in- dividu sauvage de l'individu provenant d'une culture abandonnée. L'origine et la pairie des Céréales était donc un pro- blème historique qui restait encore à résoudre. Essayons si nous ne pourrons pas nous approcher de cette solu- tion par un examen attentif des divers zodiaques comius. Comparaison des zodiaques des dijférens peuples . L'examen des zodîaquesdans lesquels les différens peu - pies ontplacélesobjetsdeleurs affections, deleur culture, les animaux avec lesquels ils avaient des rapports plus habituels , ou plutôt les animaux dont la reproduction , les végétaux dont la maïuiùlé rappelait une époque con- stante , peut encore servir à éclairer le sujet queje traite. Ceux des peuples agricoles , nomades et chasseurs dif- fèrent totalement, comme M. de liumboldt l'a dt;jà re- marqué , en expliquant le zodiaque mexicain (i). Ainsi , la Cérès mexicaine , ou la déesse de l'agricul- ture , est représentée avec une tige de maïs dans la main. Le blé n'est point aussi remblcme du dieu de l'agri- culture adoré cliez les Chinois. L'orge ni le froment ne se trouvent point dans les signes simples des caractères chinois dont l'invention remonte à deux mille deux cents ans avant l'ère chrétienne 5 le riz, au contraire, et le millet y sont exprimés (2). {Journ. ^siat , cahier 9 , pag. i36, année iS^S.) (1) Vues des Cordilliires , p. i58 à 162 , ï°. 168, etc. {x) Voyt'z le M('in. cnikux de 31. A. Kéiuusut sur les S'i^na juinii- ( 77 ) L^épi lit: paraît pas non plus cumme embléuie clins le signe de la vieige de la splière arabe d'Abd-Arralitn^i , ni dans les zodiaques indiens. Le blé ne faisait pas la principale nourriture des Çlii- nois , ni des Indiens, ni des Arabes. Tons les zodiaques égyptiens, au contraire , repré- sentent la constellation de la vierge de Cérès , ou d'Isis , sous la forme d'une femme , portant un épi qu'elle tient , soit à deux mains , soit d'une seule main (i). Les zodiaques grecs et romains qui dérivent de cette source ollrent le même emblème. Ne peut-on pas en tirer cette induction , que le blé dont nous voyons l'épi dans la main de la déesse de l'agriculture , était origi- naire des pays où les zodiaques ont été sculptés; que le temps de sa maturité formait une époque de l'année agricole ; qu'il était en Egypte la principale nourriture , comme le maïs au Mexique , et que la reconnaissance de ces diÛérens peuples a placé dans le ciel le végétal qui était le plus utile à leur existence. Les zodiaques indo- persans n'olFrent pas non plus cet emblème , quoiqu'on ait voulu a,ssigner la Baciriane pour patrie à nos Cé- réales. Je ne ferai que rappeler ici , parce que le fait est trop connu pour qu'il soit nécessaire d'insister , que la Cérès des Grecs n'est autre chose que l'Isis et est une divinité d'origine égyptienne 5 quelesGi'ecs, dans lespre- tifs de l'ancienne écriture chinoise , lu à TAcad, des Insciipt. , le 22 dé- cembre 1820. (i) f^oyez Table synopli(jue des Constellations dans les diflïrentcs planisphères , pi. ^. Rcclierdies sur les bas-reliefs astronomiques égyp- tiens , par Mi>I. Jollois cl DeviUicis. ( 78 ) mîers temps de leur oxisleucc , se noiirnssaieiitprincîp.i- lemeiit de glands , non de ceux du Qticrciis robur , mais probablement do ceux du Qaei'cus hallofa qu'on nianG;e encore aujourd'hui dans l'Espagne, dans l'Afrique et dans le Levant. Enfin, que ce n'est que depuis l'arrivée des colonies phéniciennes et égyptiennes , que le culte de Cérès ou d'Isis s'est introduit d'ans leur pays avec la culture des Céréales qui y avaient donné naissance. Vous ne trouvez au contraire de divinité cjui préside aux Céréales , ni dans d'ïnde , ni dans la Bactriane, qu'on avait, sans aucunes preuves, assignées comme la pairie do l'orge et du froment. Toutes les traditions historiques et mythologiques , les voyages d'Osiris et d'Hermès , de Cérès et de Tripto- lème, dans le but de répandre la culture des Céréales ^ nous indiquent les migrations successives de ces plantes alimentaires , et nous oirrenl toujours pour premier point de départ l'Egypte et la Phéuicie (i). Il me reste maintenant à appliquer aux genres Trdicum et Hordeuni la règle de critique dont j'ai parlé au com- mencement de ce mémoire. M, Brown , l'im des botanistes les plus distingués de notre époque, a employé celte méthode pour déterminer la patrie de certaines piaules dont la culture est aujour- d'hui très- ancienne et très -répandue çn Afrique et en Amérique. « On peut , dit-il (2) , assurer avec confiance que le » mais , le manioc, ou la cassave ont élé apportés d'A-^ (i) DiOD. Sir.., T, 17. (a) p^oyage au Congo , p. 8 , tratl, i'rniiç. ( 79 ) » n>fcriqiic eu Afrique , ainsi que l'arbre à pain , lo )) Capsicum , le papayer et le labac -, taudis que le bana- » nier , le citrouïer , l'oranger, le tamarin et la canne à » sucre sont d'origine asiatique. » « Dans la première partie de cet essai , dit M. Brown , j'ai avancé qu'une recherche attentive, et faite avec soin de la dislriljulion géographique de certains genres . pou- vait faire coiaiailre de quels pays sont originaires les plantes actuellement dispersées sur la surface du globe. On peut déterminer, ainsi qu'il suit, le degré de cer- titude qui peut dériver de la source à laquelle on re- monte. Dans les cas douteux , où les arguniens sont de force égale , il devra paraître plus probable que la plante en question doit appartenir au pays dans lequel toutes les autres espèces du même genre sont certainement in- digènes , que dans celui où il n'existe qu'une seule espèce du geni'e connu. » M. Brown suit ce raisonnement; il conclut que le bananier dont on trouve cinq espèces distinctes dans l'Asie équinoxiale , tandis qu'on n'en a pas trouvé une seule autre espèce en Amérique, est d'origine asiatique. Il applique le même argument au papayer ( Carica pa- jHjya), au Capsicum et au Nicoliana, auxquels il assigne de cette manière une origine américaine. Je ferai usage de cette règle pour les genres Triticum , Ilovdeiun et Secale. On verra en consultant les catalogues les plus com- plets des plantes connues aujourd'hui , que presque' toutes les espèces des genres Triticum , HQvdeum et Se- cale dont Yhabitat est connu sont indigènes du Levant. Il est juste néanmoins de convenir que cet argument^ ( «'^ ) ap[)li(|ué à un groupe nonibicux eu espèces, telles que les Céréales que M. Kunlli a compris sous le nom général de Hoj-déacées , est moins positif que lorsqu'on l'em- ploie 'pour des genres d'un petit nombre d'espèces , et dont la zùne d'habitation est plus resserrée. On peut m'objecter aussi que le concours des mêmes influences cosmiques (etje comprends sous celte dénomination abré- gée , toutes les circonstances nécessaires à la production et à la conservation de l'espèce , telles que température moyenne , chaleur estivale , élévation du sol , latitude , liumidité, nature du terrain), que l'idcntilé, dis-je,du con- cours des mêmes circonstances a dû faire naître des végé- taux semblables dans les divers continens , et que les monocotylédones , par exemple , dont l'organisation est plus simple , ont un plus grand nombre d'analogues dans les régions des diverses parties du monde qui ont de l'a- nalogie entre elles. Cependant pour me borner aux graminées , et à un seul exemple frappant, le rapport entre les plantes pro- pres à chaque pays , et communes à tous les deux , dans l'Amérique septentrionale et la Scandinavie, est comme 67:1. Celui des dicotylédones comme 10 ^ : i(i)- Si vous resserrez la comparaison , et que vous la restreigniez à deux genres , le Trilicuni et Y H or de um , et que vous preniez pour base la Syrie, l'Egypte, la Barbarie et l'A- mérique équatoriale, vous reconnaissez que le Levant, le bassin de laMédîteri'anée vous ofiVent la plus grande cpiantité d'espèces des genres Hordeum et Trilicum , or (1) ViD. ScHEW, Dissert, de CediLus plaiiiarurn origiiiiuils , iu-ia (Je 80 pugc'S. Ilarnicv , septembre 181G. (8i ) ce qui est un fitit assez singulier, MM.delIumlDoldt et Bonplatid n'ont trouvé en Amérique qu'un seul Hoi- deum , V ascendeiis , et aucune espèce de Triticum, Il faudrait de plus , pour que l'objection que j'ai rap- portée eût de la force dans ce cas particulier , trouver pour la patrie des Céréales , un pays qui par sa latitude , son élévation au-dessus du niveau de la mer , réunit le concours des injluences cosmiques , propres à la fois aux légions Alpines ou sub - Alpines , et aux contrées é(jua- toriales. CONCLUSION. Maintenant, d'après les faits et les considérations que j'ai présentées, ne sera-ton pas disposé à convenir : 1°. Que la ville de Nysa , patrie du blé et de l'orge , est la même que ScylUopolis ou Bethsané , et est située dans la vallée du Jourdain. 2*'. Que l'identité du blé et de l'orge cultivés ancien- nement en Egypte et en Palestine avec nos Céréales est certaine. 3". Que \ habitat de tous les végétaux, animaux, minéraux , indiqués par les monumens les plus anciens , comme existant dans la patrie de l'orge et du blé , a été constaté avec certitude. 4". Que la comparaison des divers zodiaques , les mi- grations du culte de Cérès confirment cette origine des Céréales. 5°. Enfin , que le plus grand nombre d'espèces des geni'es Triticum, Hordcuin et »SecrtZe dont l'habitat est connu étant indigènes du Levant , les témoignages de l'histoire s'accordent assez bien avec les règles de cri- IX. 6 (82 ) tîqneélaLlîes par la science , et que la vallée du Jourdain , la chaîne du Liban , ou la partie de la Palestine et de la Syrie qui avoisine l'Arabie, doit être, avec une grande probabilité , assignée pour patrie à nos Céréales. P. S. M. Labillardière a observé dans le pays et m'a transmis un fait qui appuie fortement l'opinion que j'ai émise. Il a vu auprès de Baalbec , en Syrie , du blé que pendant deux ans consécutifs la sécheresse avait empêché de germer , se développer et fructifier la troisième an- née dans ce même champ resté sans culture. Cette cir- constance n'a été observée dans aucune autre contrée où l'on cultive nos Céréales , et tend à prouver que la chaîne du Liban est le véritable pays d'où l'orge et le blé sont indigènes. Note sur des Accidens morbides auxquels la semence des Stipa pennata et capiilata expose les troupeaux ; Par M. Raspaîl. On entend par semence dans celte note ce que les bo- tanistes désignent sous le nom de Bâle , qui se compose de la paillette inférieure roulée en cornet autour de la paillette supérieure et de la graine qu'elle emprisonne. On sait que la paillette inférieure de cette Graminée se termine à la base en un cône renversé très-aigu et hé - risse de poils roides et dirigés de bas en haut , en sorte que, loi'sque la pointe pénètre dans un tissu quelconque, non-seulement les poils rempêchent d'eu sortir, mais ils contribuent encore à l'y faire enfoncer davantage. ( S2 ) M. Desfontaincs , dans sa Floi'e atlantique , et M. La- marck, dans rEncyclopédie, avaient déjà signalé le genre d'incommodités qu'une graine douée d'une pareille orga- nisation était susceptible de faire souffrir aux voyageurs qui traversent les champs de la Barbarie , de la Grèce et du Portugal à l'époque de la maturité des Stipa. La graine pénètre dans les tissus des habits et incommode tôt ou lard d'une manière assez grave les voyageurs , en sillon- nant leur corps par des égratignures plus ou moins pro- fondes. Une grande mortalité des troupeaux qui se déclara eu 1823 , dans les environs du village de Berczel, en Hon- grie, a fourni aux professeurs de l'université royale de Pesth l'occasion de constater un effet encore plus singu- lier produit par cette semence de Graminée. Il a été reconnu que les semences des Stipa ^ qui abondent dans les pâturages de Berczel , s'attachaient à la laine des brebis , pénétraient dans la peau , et , à la faveur de leur espèce de tarière , parvenaient jusqu'à s'enfoncer dans les tissus des organes essentiels à la vie. A l'autopsie d'un assez grand nombre de ces brebis , on en a trouvé dans le voisinage du foie et dans le péri- toine ; la peau même , observée à travers jour, avait l'air d'une espèce de cx'ible. Comme les Stipa viennent assez fréquemment dans les environs de Fontainebleau , etc. , et dans toutes les parties méridionales de l'Europe , ce fait mérite de fixer l'attention des agriculteurs , surtout des habitans des contrées dans lesquelles la tonte n'a lieu qu'après la ma- turité des Stipa. Ces plantes ne donnent pas un bon fourrage, et les (84) prAÎries n'auraîenl rien à perdre de leur absence. Si on ïie venait pas à bout de les extirper enlicreinciil , les lieu rs sont surmontées d'une arôte assez longue ( i pied et demi quelquefois) pour qu'il soit toujours possible de les récolter avant qu'elles se délaclient spontané- ment. Enfin , s'il arrivait qu'une graine se fût déjà enfoncée dans le tissu de la peau d'une brebis , il serait urgent de l'en extirper par les moyens ordinaires , car de sem- blables accidens ne sont pas de nature à réclamer des traitemens plus compliqués. Les professeurs de l'université royale de Pestli ont publié en iSaS une notice qui a été traduite en trois langues , latin , allemand et hongrois. De la Proportion des Naissances ^ des Mariages et des Décès dans les provinces du royaume des Pars - Bas , et de V Accroissement de sa Popu- lation. Un médecin, M. Villermé, a mis en évidence celle importante vérité ^ que dans les grandes villes , du moins dans Paris , l'exposition , la grandeur des logemens , la largerurdes rues, l'agglomération de la population , en un mot les qualités de l'air, n'ont pas, à beaucoup près, une influence aussi considérable qu'on le croit sur la durée de la vie humaine , mais que cette influence est modifiée, masquée par une autre plus puissante encore qu'il faut •chercher dans le plus ou moins d'aisance des habitans, i (85) ou dans des circonstances autres que celles qui viennent d'être nienlionn(îes , qui accompagnent nécessairement les diverses positions de fortune. M. Qiietelet , profes- seur de mathématiques , de physique et, d'astronomie à l'Athénée de Bruxelles , s'est proposé de montrer, dans ime petite brochure imprimée à Gand , que les résul- tats obtenus par M. Villermé , applicables à une ville , à un espace cii'conscrit , ne le sont plus lorsqu'il s'agit d'un royaume entier ou d'une grande étendue de pays (i). Parmi les causes de mortalité qui paraissent à M. Que- telet exercer une influence bien appréciable dans le royaume des Pays-Bas , il croit pouvoir assigner l'iné- galité de population , et surtout l'humidité plus ou moins grande qui dépend de l'abaissement du terrain , ainsi que les variations atmosphériques qu'on éprouve , au voisinage de la mer. Il sufFit eu elfet de jeter les yeux sur le tableau suivant pour se convaincre que , dans le royaume des Pays-Bas, ce sont les provinces les plus po^ puleuses , les plus voisines de la mer , celles où le sol est le plus bas , le plus marécageux , qui otfrent propot'r lionnellemeut le plus de décès. 0) Voir Slalistique. A J2. f^illernté, par M. QueteleU (86) RAPPORTS ^ Del 1 Delà Del a Des naissances populat iou population populat ion de filles PROVINCES. à la aux aux aux naissances mortalité naissances. raariaf es. de gardons. Zélande . 3i. 4 20. 7 ii3. 7 0, 960 Nord-Hollande. 3',. 5 23. 2 10^. 4 0, 95G Sud-Hollande. 35. 23. 9 ii3. 3 0, 9% Utrecht. 3(3. 3 24. 3 118. 2 0, 9^9 Brabant méiid. ,38. 2 26. 1 142. 2 O' 970 Flandre occid. 4o. : 27. 5 137. 7 0, 930 Overyssel. 43. 5 26. 5 121. 9 o> 9^7 Flandre orient. 44. 8 28. 4 i65. 3 0, 94 (i Frise. 46. I 27. I 128. 7 0, 944 Liège. 46. 2 28. 9 154. I 0, 942 Linibourg. 47. 5 29. 2 90. 3 0, 956 Anvers. 48. 8 3o. 7 142. n 0, 960 Groningue. 49- 3 2S. 9 i4o. 3 0, 898 Hainaut. 5.. I 27. 4 i36. 5 0, 921 Brabant septentr. 5i. 4 29. 2 i5o. 0, 97> Gueldre . 53. 7 27. 6 i3i. I 0, 9Î2 Luxembourg. 53. 8 27- 9^ i49- 9 0, 967 Drente . 55. 27. 8 i3o. 3 0, 895 Naniur. 57. 9 2g. 8 i5o. 9 0, 907 Moyennes. 43. 8 27. l32. 4 0, 947 Ce tableau confirme l'observation générale faite par Buffon , Muret , etc. , que la salubrité d'un pays aug- mente avec l'élévation de son sol ; en outre , il prouve que c'est dans les provinces les phis riches du royaume des Pays-Bas. les deux Hollandes, les deux Flandres , (8?) le Brabant méridional , où il y a le plus de décès, tan- dis que dans le Luxembourg et le Namurois, provinces les moins riches , mais où le peuple est pourtant loin d'être dans un état d'indigence , il y en a peu. Un autre résultat remarquable du tableau précédent , résultat auquel MM. Maltlius et Villermé étaient aussi arrivés de leur côté , c'est que les naissances sont en raison directe de la mortalité. Ces derniers pensent que le fait dont il s'agit n'a pas sa principale source dans nne loi de la nature-, c'est surtout dans des besoins de con- vention , dans un calcul de la part des époux , ou dans de certaines institutions sociales qu'il faut , si nous en croyons ces deux auteurs , chercher les causes princi- pales de la curieuse relation que nous venons de signa- ler. Quoi qu'il en soit, selon M. Quetelet , le fait se vérifie même pendant les dillérens mois de l'année, comme il l'avait montré déjà dans son Mémoire sur la mortalité dans Bruxelles (i) , et comme M. Lobatlo l'a vérifié depuis pour les cinq villes d'Amsterdam , d'An- vers , de Gand , de Rotterdam et de La Haye. Afin de rendre ce dernier fait sensible , M. Quetelet indique la moyenne valeur des résultats , en prenant pour unité le douzième des naissances et des décès d'une année , et en supposant tous les mois de trente jours : il a , dans ce but , dressé le tableau qui suit. ' (i) iiio vol. des Mém. de L'Acad, royale de Bruxelles. (88) NAISSANCES. DECES. MOIS. RÉSULTATS de BRUXELLES. RÉSULTATS de BRUXELLES. M. lOBATTO. i8 ans. M. lOBATTO. iS ans. Janvier. i,o56 i,o4o 1,206 1,172 Février. 1,1 20 i,i57 1,109 1,1 10 Mars. Avril. ^5099 i,o53 ^,099 1,079 i,o57 1,021 1,100 1,068 Mai. Juin. 0,986 0,931 0,989 0,956 0,950 0,902 0,99^ 0,916 Juillet. Août. Septembre. Octobre. Novembre. 0.909 0,925 0,955 0,968 <^,9^9 0,901 0,903 0,940 0,949 0,968 0,843 0,872 0,923 0,97^ 1,012 0,806 0,844 0,884 0,956 0,975 Décembre. 1,007 1,017 Ï,I29 1,17a Le rapport moyen général des naissances à la popula- tion est , pour le royaume entier des Pays-Bas , de i à 27 , et celui des décès de i à 44 ou environ. (^Voj. le premier tableau.) Il résulte de là qu'il y naît propor- tionnellement plus d'enfans qu'en France , et qu'il y meurt moins de personnes 5 la population doit donc s'ac- croître rapidement , et , en effet , le tableau suivant le démontre. La population était , le i^"^ janvier, En 1820. . .^'. de 5,64^,552 5 1821 de 5,692,323 ; 1822 de 5,767,036 \ (81>) 1823 de 5,838,123^ 1824 de 5,913,526 j 1825 de 5,992,666. Elle augmente chaque jour. Pour eu donnei- un exem- ple , M. Quetelet cite le mouvement de l'état civil pen- dant l'année 1825 pour les principales villes : le voici. ' RAtn>ORT N'AISSANCES. DÉCÈS. AUXKAISSANCEf. Amsterdam. 7,^52 6,3o2 0,8572 Bruxelles. 3,763 3,146 0,8360 Rotterdam. 2,767 2,146 o,"7756 Gand. 2,820 1,976 0,7007 La Haye. 1,819 1,344 0,7389 Bruges. 1,4-5 1,172 0,8283 Leyde. 1,283 1 , 2 I J 0,9470 Groningue. I,tQ3 860 0'7797 Utrecht. 1,647 1,161 0,7049 Harlem. 819 539 o,658i Dordrecht. 719 444 0,6173 Mon s. 809 672 0,8307 Mali nés. 794 606 0,765^4 Leuwarde. 701 453 0,6462 Delft. 584 390 0,6673 INimègue. 559 334 0,5973 MOYEINNE VALEUR. 0,7469 Ce rapport des décès aux naissances pour les villes est nu peu moins grand que pour le royaume entier, ccliil- ( 9<> ) ci étant de 2^ à 3,8 , ou de i à 0,6164. Daiis tin autre tableau que nous ne croyons pas devoir copier Ici, l'au- teur fait voir quelle a été la valeur de l'accroissement de la population dans les dilï'érentes provinces pendant les années 1820 , 21 , 23 , 23 et 24. Il en résulte que la population est croissante dans toute l'étendue du l'oyaume des Pays-Bas , et que la valeur moyenne de cet accrois- sement a été de ,^{- de la population dans l'espace de cinq ans , ou de j^ environ par an. Il est remarquable qvie partout dans l'occident de l'Europe , excepté en Espagne , la population augmente -, il serait aisé de démontrer que c'est à la civilisation ou aux conditions meilleures de notre existence dont nous lui sommes redevables , qu'on doit cet accroisse- ment. Celte vérité , la conséquence de toutes les re- cherches de M. Villermé , et qui s'applique également à tous les pays de la terre et aux diverses époques de l'histoire, vient d'ailleurs d'être solidement établie par M. Bérard , professeur d'hygiène à la Faculté de Méde- cine de Montpellier, dans un Discours sur les ^mélio- m rations progressives de la Santé publique (i). Le rapport moyen annuel des mariages à la population est de là i32 pour le royaume entier des Pays-Bas; mais on observe à cet égard une dilférence notable entre les provinces catholiques et les provinces protestantes.: dans les premières , il y a un mariage sur cent quarante- huit habitans ou environ, et dans les secondes sur cent vingt-trois. ( V^oy- le premier tableau.) Le rapport des naissances de garçons aux naistances (i) Iu-8^ tic i20[)agcs. r«trisj i3i6, ( 9' ) de filles est de looo à C)^"]-, à -peu-piès eonimc ou l'a trouvé pour l'Angleterre : il est en France de looo à 988 , et dans le royaume de Naples de 1000 à ()56. L'ex- cédant des naissances masculines sur les naissances (é- minines est un fait constant, au-delà duquel nous ne pouvons remonter, et conséquemment l'expression d'une loi de la nature, et cette loi, dont l'universalité a éié mise hors de doute par M. le docteur Chervin , de Lyon, s'observe même sous les tropiques , malgré l'opinion de Rlontesquieu , de quelques autres philosophes, et des voyageurs Forster le père , Bruce , etc. , qui ont pré- tendu qu'il naissait dans les climats cliauds plus de tilles que de garçons. Considérations sur VJnatomie comparée de r IJjoïde ; Par Louis GiRou de Buza^reingues. En observant l'ensemble des êtres qui composent l'é- chelle animale , on est bientôt étonné de voir les difï'é- rens organes changer de formes , de rapports , môme de fonctions , sans que pour cela il soit impossible de suivre la nature dans les diverses métamorphoses qu'elle fait subir aux êtres vivans , selon les lieux qu'ils doivent ha- biter, les alimens qui doivent les nourrir, et le mode de conservation c^ui leur est propre. Etudier les animaux dans les mutations de leurs sys- tèmes nerveux et sanguin , voir le rapport des forces sen- silivcs et des forces assimilatriccs , connailie les lois ( 92 ) qui président aux sécrétions , voilà des points de hanlc physiologie qui ont été long-temps étudiés , qui ont élé fécondés par le génie des hommes les plus habiles , et qui promettent d'abondantes moissons à celui qui vou- dra les cultiver encore. En effet , malgré les beaux et les nombreux travaux de nos physiologistes , il semble que ces matières doi- vent nous cacher long-temps des secrets qui ne sont pas venus à notre portée. Les pièces anatomiqucs cpii nous manquent , qui sont difficiles à conserver , c|ui ne se voient qu'à des intervalles très-éloignés, ne nous laissent pas saisir cet ensemble de faits qui lie les choses entre elles, qui permet d'en faire un tout, dont les parties sont coordonnées. L'appareil locomoteur est sans doute, parmi les sys- tèmes d'organes , celui c|ui a le plus souvent fixé l'al^ icntiou des naturalistes , surtout de ceux qui font une étude spéciale de l'anatomie comparée. Ici , une série de leviers ajoutés les uns aux autres , se servant alter- nativement de point d'appui , des puissances dont il est possible de calculer les résultats , tout invitait à obser- ver cette partie mécanique des corps vivans , qui d'ail- leurs nous montre d'une manière assez exacte les rela- tions des animaux avec tout ce qui les entoure , les mœurs , les habitudes , l'instinct, qui eu sont les con- séquences j enfin ce que nous avons à craindre ou ce que nous devons espérer de leur voisinage. Une pareille étude a été féconde en résultats. M. Ciir vier, en .cultivant une science avant lui inconnue , a rassemblé sous nos yeux les débris épars des animaux dont l'espèce cl le souvenir avaient élé détruits par les c 93 ) temps. Après lui , M. Geoffroy Saint-llilaire a montré, d'une manière non moins savante, celle iniilc^ de forma- tion qui réunit plusieurs classes , que les naturalistes avaient séparées par des coupes arlificielles. Cet analo- fniste , ^u traçant la loi des connexions , s'est frayé une roule nouvelle qui lui a permis de suivre le fil des ana- logies , là où il avait échappé aux autres observateurs. Je désire appeler l'altenLion sur une série de faits cpû confirment singulièrement les idées générales de ce sa- vant : il est nécessaire, pour être bien compris , que je donne nn aperçu général de l'ensemble du système os- seux. L'axe de l'animal étant placé dans une situation hori- zontale , on remarque dans le squelette plusieurs pièces osseuses disposées en deux séries , l'une supérieure , nom- mée colonne 'vertébrale ^ l'autre inférieure^ nommée sternum, ou mienx sé''ie sternale. Ces deux rangées de parties dures existent d'un bout à l'autre de l'animal dans plusieurs espèces des classes inférieures (les In- sectes , les Crustacés ) ; mais dans les animaux d'un ordre plus élevé , les pièces stevnales sont remplacées , à certains endroits , par un entrelacement de fibres aponé- vroliques , à certains autres, tout lissu fibreux disparaît, et la ligne médiane n'est indiquée que par la symétrie des parties voisines. Des deux chaînes osseuses que je viens de désigner partent d'autres pièces qui se dirigent les unes vers les autres , en contournant le corps , et qui finissent par se réunir. Ces os sont nommés côtes : on les divise en vertébrales et en slernales , suivant le lieu de leur origine. Il part encore des verlèbrcs et du sternum , outre les ( 94 ) côlos , des os qui en dinièreut par leur volume et leur si- tuation ; ce qui les caractérise, c'est que deux de ces pièces , en se réunissant , donnent naissance à une troi- sième : celle-ci est ordinairement suivie de plusieurs autres qui forment avec elle un ensemble auquel on a donné le nom général d'extrémité. Ainsi toute extrémité prend naissance au point déjoue- lion de deux pièces osseuses , Tune slernale , l'autre vertébrale : on nomme ces deux os racines de Vextrâ- mitè. Cela posé , voyons la place que nous devons assigner à chacune des pièces osseuses qui ont reçu collective- ment le nom d'hyoïde. On remai-que dans l'appareil hyoïdien : i°. une série de pièces médianes auxquelles M. Geoffroy Saint - Hi- laire a donné les noms de hasihyal , entoïijal , urhojal. Plusieurs anatomistes regardent ces pièces comme les homologues du sternum. 2". Du basiliyal (corps de Vhjoïde) partent deux os , un de chaque côté : IM. Geoffroy les a nommés glos- sohraux. Ces deux pièces, connues encore sous le nom de grandes cornes , offrent , par leurs connexions , des rapports avec les côtes sternales auxquelles on les a com- parées. ^°. Au point de jonction delà grande corne de l'hyoïde et du corps de cet os uait une pièce appelée impropre- ment petite corne , que M. Geoffroy a désignée sous le nom d'apohyal. Je crois pouvoir la comparer à la ra- tine antérieuie d'une extrémité. 4''. L'apophyse styloïde (stjïhjal de M. Geoffroy), prenant point d'appui sur une vertèbre crânienne , me 1 ( [p ) paniil être semblable à la racine postérieure d'une ex- Irémilé. 5°. Enfin, de la jonction de ces deux derniers os en part un troisième , le cératohj al , sur lequel RI. Geof- froy a fixé l'attention des savans , et qui avait été, à peine remarqué avant cet anatomiste. Cette pièce osseuse me paraît présenter les conditions essentielles à une extré- mité qui se trouve à l'état rudimentaire. En effet , le slylliyal étant comparé à l'omoplate , et l'apoliyal étant regardé comme l'homologue dq la clavi- cule , que manque -t -il au cératoliyal pour remplir les fonctions d'une extrémité ? Un peu plus de volume. Quoiqu'on ait en général peu d'égard aux dimensions des pièces anatomiques que l'on compare entre elles , voyons si , même sous ce rapport, les membres qui font partie de l'hyoïde ne peuvent pas être rapprochés des ihoraciques et des pelviens. Nous dirons d'abord que ceux-ci se trouvent quelquefois dans un état d'exiguité remarquable , comme on les a observés récemment en- core chez quelques Boas. Puis , en portant nos regards sur les animaux dans lesquels le cératoliyal n'a pas en- core trop perdu de son volume , nous le retrouvons, dans le Sauvegarde d'Amérique , se détachant des pièces qui lui servent de point d'appui , et se faisant remarquer par un développement considérable. Enfin , si nous arrivons aux poissons , alors ce ne sera plus un petit osselet , manquant quelquefois , mais une série de pièces osseuses que nous trouvons réunies pour former cette extrémité 5 ces pièces , identiques par leur forme et leur arrangement avec celles qui compo- ( ^)G) sonl les nageoires , n'eu dinèrcnt que par un moindre rapprochement à leur base (i). Il est à lemarquer que les racines d'une exlrémiié peuvent varier dans leur nombre. Ainsi l'on en trouve jusqu'à trois slernales et deux vertébrales pour suppor- ter rexlrémilé thoracique de certains animaux : nous verrons quelque chose de semblable dans les racines de l'exlrémilé hyoïdienne. Plusieurs poissons oU'rent ces racines composées de quatre pièces disposées en série ; deux de ces pièces sont stcrnales , les deux autres sont vertébrales, ii^insi l'analogie, ou plutôt riiomologic , mo paraît parfaite et susceptible de supporter en tous points la comparaison. Je bornerai ici ces réflexions , qui tendent à prouver que l'hyoïde est composé : i°. d'une série de pièces stcr- nales accompagnée d'une ou de plusieurs côtes de même nom. Cette opinion est celle de plusieurs anatomistes , (i) M. Geoffroy a montré ridentité de ces pièces avec les côtes sler- nales des autres vertébrés: cette opinion n'est ni détruite, ni même combattue par celle que je mets en avant. Une partie des pièces qui for- ment l'extrémité hyoïdienne des poissons peut ensuite devenir sternate chez les autres animaux vertébrés , sans que pour cela mes idées soient moins exactes ; je ferai seulement observer à ce sujet que , chez les pois- sons , je considère comme racines de l'hyoïde les liypostcrnal et hyoster- nal de M. Geofiioy, et que, chez ces animaux, l'extrémité hyoïdienne est formée par les pièces que cet auteur a comparées aux côtes sternales. Au reste, je renvoie ceux qui n'auraient pas une connaissance approfon- die des fails , au premier volume de V Anatomie philosophique ; ils trou- veront , dans les descriptions et les planches qui leur font suite , l'ex- pression exacte de la vérité : il y a même dans cet ouvrage des rappro- chemens qu'il est iiidispeusahle de connaître pour bien saisir ce que j'a- vance. (97) parmi lesquels il me suffira de citer MM. de Blainville et. Geoffroy Sainl-Hilaire. 9^. D'une extrémité , sur l'existence de laquelle je dé- sire fixer l'attention des savans. Celle-ci , ordinairement à l'état rudimentaire dans les animaux 'vertébrés , ac- quiert un développement assez considérable dans quel- ques espèces de Sauriens : son volume augmente encore dans les poissons. Celte extrémité devient alors compo- sée de plusieurs pièces , qui finissent par être supérieures en nombre et en étendue à celles des autres organes lo- comoteurs 5 enfin il me paraît convenable de nommer cervicale cette paire d'extrémités. Ces rapprochemens , qui sont déduits d'observations nombreuses , aussi exactes qu'il m'a été possible de les faire , sont une nouvelle preuve de la vérité des opinions de celui qui a rangé sur un même plan les animaux qu'on avait distingués en vertébrés et invertébrés , et montre que les membres antérieurs de ces derniers se conser- vent dans les classes plus élevées. La loi des connexions a servi de poiut de départ à mes recherches ; je dois m'cstimer heureux si ceux qui s'oc- cupent d'anatomie comparée les jugent dignes de leur attention. Sur une nouvelle espèce de Rongeur Fouisseur du Brésil,- par M. H. de Blainville. L'espèce de Rongeur, dont il va être question dans celte Note , a été envoyée à M. Florent-Prévost des par- ties intérieures du Brésil , de la province de Las Minas , sous le nom portugais de Rotto qui moro emhaxo doxa- IX. 7 (98) no , cfiii veut tlire Rai des champs. 11 en a reçu deux individus à -peu -près semblables, malheureusement tous deux seulement en peau , mais dans un assez bon état de conservation. Nous allons commencer par en donner la description , après quoi nous clierclicrons si elle n'avait pas encore été inscrite dans le Sjstema ani- nialium , et si elle doit être distinguée comme espèce ou comme genre. Le corps de cet animal est de la grosseur de celui de notre rat ordinaire , ou mieux de notre rat d'eau 5 peut- être cependant est-il un peu renflé en arrière , et surtout plus déprimé , plus sacciforme. La tête , assez petite , est également déprimée. Le museau est celui d'un rat , plus court cependant et plus comprimé , ce qui lient à la disposition des dénis incisives , qui sont beaucoup plus fortes . plus exsertes que dans les rats. Les narines sont encore à-peu-près semblables à ce qu'elles sont dans ces mêmes animaux ; mais les orifices très-étroits sont encore pliis recouverts par le cartilage extérieur formant une espèce d'opercule. Les yeux sont petits, autant qu'il a été possible d'en ju- ger d'après l'orifice des paupières sur une peau bourrée. Les auriculcs , ou oreilles extérieuies , sont certaine- ment bien plus petites que dans nos rats d'eau et que dans les campagnols 5 elles ne consistent en elVet qu'en un rudiment assez étroit et pointu de la conque , sans traces de tragus ni d'antitragus. La bouche , très-peu fendue , comme dans tous les rongeurs , a ses lèvres retournées en dedans et garnies de poils , peut-être plus durs que ceux du reste de la ( 99 ) peau , dans l'inlervalle dépourvu de dents entre l'incisive el la première molaire. Les dents incisives sont presque complètement ex- sertcs ou ne peuvent être recouvertes par les lèvres j elles sont très -fortes, taillées en biseau à leur face posté- rieure , droites et tranchantes à leur extrémité , sans sil- lon , mais de couleur orangée à leur face antérieure , et enfin presque de môme forme en haut el en bas : celles- ci sont cependant un peu plus étroites et plus longues que celles-là. Les molaires sont également à-peu-près semblables aux deux mâchoires , au nombre de quatre, décroissantes de la première à la dern'ère, subitement beaucoup plus petite que les autres. Toutes sont à-peu-près d'égale venue dans toute leur longueur ; leur couronne est plate, ovale , recourbée un peu en forme de virgule dont les extrémités seraicjit également arrondies ; l'émail les borde à la circonférence sans former de plis ni de fes- tons , et elles s'imbriquent un peu l'une l'autre en de- dans , c est-à-dire que l'extrémité postérieure de la pre- mière se place en dehors et dépasse l'extrémité antérieure de celle qui suit. Les membres sont très-courts , empêtrés , ou n'ayant de bien libre que les avant-Lras et les jambes. Les antérieurs sont terminés par une paume assez ^ considérable , pourvue d'une callosité poUiciale et car- pienne fortes. Ils ont cinq doigts bien distincts, mais courts , peu séparés ou fondus. Le pouce est le plus court de tous , mais cependant bien conformé et terminé par un ongle conique : les quatre auff'cs doigts , dans la pro- portion ordinaire , sont pourvus chacun d'un on^le aussi 0i)f V ( 100 ) long qu'eux , irès-arqué , à dos mousse , tranchant dans la moitié postérieure de la face inférieure , fendu dans le reste et un peu élargi à l'extrémité- Ce sont donc de véritables ongles fossoyeurs. Les membres postérieurs ont aussi leur plante longue, assez large et tout-à-fait nue. Les doigts , également au nombre de cinq , peut-être un peu moins disproportionnés qu'à la main , le premier étant presque aussi long que le cinquième , ont aussi des ongles assez forts , mais droits , et élargis en cuiller ou gouttièi'e à l'extrémité. A leur racine en dessus est une rangée de poils roides, durs, courts, formant une es- pèce de râteau, cequin'existepasaux membres anléi'ieurs. La queue est courte ^ elle égale à-peu-près le quart de la longueur totale 5 elle est du reste assez grosse , obtuse à son extrémité , et commençant assez brusquement en arrière du corps , autant toujours qu'il a été possible d'en juger d'après des peaux bourrées. Le poil qui recouvre la plus grande partie du corps est doux , lin , assez court , très - couché , d'un gris-ar- doise à sa base , et d'un brun roussâlre luisant dans le reste de son étendue , ce qui donne pour couleur géné- rale du roux luisant en - dessus , se fondant en blanc roussâtre en-dessous. Les poils qui recouvrent les extrémités sont plus courts , plus durs et plus rares. Ceux de la queue sont dans le môme cas , sans écailles entremêlées , et d'un biun noirâtre. Comme dans toutes les familles des rats , il y a , à la lèvre supérieure , des vibrisses ou moustaches assez longues. C ic^i ) Eu comparant maintenant celte espèce de rongeur avec ceux que nous connaissons comme déjà inscrits dans le grand catalogue des êtres , il est évident que c'est des Oryctéromes ou rats-taupes du Cap qu'il doit être rap- proché ; en eflet , il a le même nombre de doigts aux deux paires de membres , et , à très-peu de chose près , dans la même proportion. Le système dentaire est aussi dis- posé et composé à-peu-près semblablement , puisque les incisives sont également en partie oxsertes et très- fortes , et qu'il y a le même nombre de molaires , quatre de chaque côté à chaque mâchoire , croissant aussi à peu de chose près de même , de la première à la dernière , et enfin également entourées d'émail à la couronne, sans plis bien marqués. Cependant, la forme générale du corps, la proportion des yeux , celle des auricules ou conques aitditives , la longueur de la queue , la propor- tion même des membres , indiquent dans le Rougeur du Brésil vin animal d'un degré subterranéen moins consi- dérable 5 en sorte qu'eu ajoutant , ce qui en est une con- séquence nécessaire , que le crâne est moins déprimé , moins épais , plus écureuil pour ainsi dire ; que les ar- cades zygomatiques sont bien moins arquées , moins élargies en dehors 5 qvie le cadre de l'orbite est bien net- tement séparé en avant de la fosse sous - orbitaire qui forme un grand trou , disposition qui se retrouve dans les Gerboises , les Capromys , etc. , et qui n'a pas lieu dans les Oi'yctéromes , en ajoutant que les incisives sont bien moins fortes et sans sillon antérieur pour les supé- rieures , et surtout que les molaires sont encore plus pe- tites , surtout beaucoup plus simples , et un peu auti'c- mcnt conformées dans l'animal du Brésil que dans \€, ( io:> ) Rat-Taupe Ju Cap , puisque daus celui-cî , des quatre molaires subégales , et placées complètement à la file , c'est à la mâchoire supérieure , la troisième , qui est un peu plus grosse que les autres , et que cette dent et la quatrième ont un pli de l'émail bien marqué, interne pour celle-là , externe pour celle-ci , on pourra trouver que les dilïérences sont encore assez considérables. Mais ces dissemblances sont-elles suffisantes pour dis- tinguer notre Rongeur comme devant former un genre nouveau? C'est une question à laquelle on pourra ré- pondre tout différemment , suivant les principes qu'on aura adoptés dans la manière de systématiser en mam- malogie. Si l'on veut admettre pour raisons d'établir un genre , des différences dans l'organisation , traduites par des différences dans les mœurs et les habitudes , notre animal ne nous paraît pas devoir être distingué gé- nériquement. C'est une espèce intermédiaire aux Cam- pagnols, aux Capromys et aux Oryctéromes , mais plus rapprochée de ceux - ci , parmi lesquels on devra la placer sous le nom d'O. du Brésil. Si l'on veut, au contraire, suivre rigoureusement la manière de voir des personnes qui ci'oient que des différences dans le système dentaire, quelque petites qu'elles soient , pourvu qu'elles soient appréciables , doivent suffire pour l'établissement d'un genre, alors notre animal devra en former un, qu'on pourra nommer Ctenomjs , de cteis , ctenos , dé- nomination tirée de la disposition singulière des poils roides des ongles aux pieds de deriièi^e , et qui devra être ainsi caractérisée. Corps assez allongé , sacciforme , un peu déprimé , assez poilu , terminé par une queue médiocre , couverte de poils raies. C io3 ) Tèle ovale , peu déprimée ; yeux petits ou médiocres, auricules visibles , mais fort petites. Dents incisives fortes , eu partie exsertes , à coupe cari'ée , à bord large et trancliant , sans sillon antérieur. Molaires au nombre de quatre à chaque mâchoire , oblongues , croissant assez rapidement de la première à la dernière , à couronne sigmoïde , sans aucun repli de l'émail. Membres assez courts, empêtrés, la paume et la plante nues , terminées par cinq doigts pourvus d'ongles fouis- seurs très-longs , très-arqués et pointus en avant , plus courts , plus laiges , excavés eu arrière , où ils sont en outre garnis à leur racine d'une série de poils durs et roides formant une sorte de râteau. L'espèce qui constitue ce genre devrait alors être dé- signée par la dénomination de Cténome du Brésil , Cte- nomys Brasiliejisis , caractérisée par sa couleur et sa grosseur. La descrrption d'aucune des espèces de Rongeurs , observées par M. d'Azara dans l'Amérique méridionale, ne convient à cet animal. M. Desmarest ne paraît pas non plus l'avoir connue , ou du moins elle n'est pas dé- crite dans sou Traité des Mammifères de l'Encyclopé- die. Le Rongeur dont M. Rafinesque a fait son genre Diploslome, que M. Kulil a nommé Saccophore , et M. Lichtcnstcin Ascomys , paraît avoir un assez grand nombre de rapports avec le nôtre ; mais celui-là est pourvu d'une grande abajoue extérieure que celui-ci n'a pas , et d'ailleurs il n'a que quatre doigts aux pieds de derrière , et il vient du Canada ; en sorte qu'à moins que les naluralisles bavarois qui ont voyagé au Brésil , ou ( io4 ) M. Auguste de Saint-Hilaire , ne l'aient obsex'vé, c'est bien une espèce qui n'était pas inscrite dans nos cata- logues. (Bull, de la Soc, philom., Rw'A 1826.) Sur quelques petits animaux qui, après avoir perdu le mouvement par la dessiccation , le re- prennent comme auparavant quand on 'vient à les mettre dans Veau ; Par M. H. DE Blâinville; Depuis assez long-temps on a fait l'observation que le Filaire que l'on rencontre si souvent dans le corps des sauterelles , et surtout dans la sauterelle verte, en Suisse et dans les pays environnans , a la singulière faculté , après avoir été complètement desséché , du moins eu ap- parence , à l'air libre , au soleil ou à l'ombre , de rc- prendi-e peu à peu ses mouvemens aussi vifs qu'avant l'expérience , lorsqu'en le mettant dans l'eau on lui rend l'humidité dont il avait été privé. C'est un fait sur le- quel M. de Blainville avait eu des doutes assez forts , jusqu'au moment où il vit , il y a déjà quelques années , un Filaire trouvé sur la cornée d'un cheval , et dessé- ché complètement dans une soucoupe de porcelaine , et par conséquent complètement immobile , plat et mince comme une lanière de parchemin , reprendre peu à peu ses mouvemens qui , au bout d'une demi- heure, furent aussi vifs que ceux d'un autre individu resté bien vivant entre les paupières de l'œil frais , et qvie le hasard avait fait mettre dans la même soucoupe avec une certaine quantité d'eau. ( 'o5 ) Mais la singularité de cette espèce de résurrection est Lien plus grande , bien plus extraordinaire dans l'ani- mal microscopique , que l'on connaît vulgairement sous le nom de Rotifère de Spallanzani , quoiqu'on dût beaucoup mieux l'appeler le Rotifère de Leuweiihoek ^ puisque c'est cet observateur qui le premier l'a aperçu et qui lui a reconnu la faculté qui l'a rendu si célèbre. Quoique les faits rapportés par le naturaliste italien eussent confirmé d'une manière tout-à-fait irréfi'agable ceux du naturaliste hollandais , à plus de cent ans d'in- tervalle 5 malgré la confirmation apportée par quelques personnes qui s'occupèi'cnt du môme sujet avant ou même depuis le moment où Spallanzani fit connaître ses 1 echerclies ;, comme le docteur Muller, Gofredi, etc., on a vu dans ces derniers temps assurer positivement que cette espèce de résurrection ne pouvait et par con- séquent n'avait pas lieu. M. de Blainville , conduit par la nature de ses travaux à s'assurer par lui-même de ce ce qui en était , vient de confirmer ce qu'avaient dit Leuwenlioek et surtout Spallanzani , en mettant de l'eaû pendant une heure au plus sur de la poussière bien sèche , prise dans une gouttière à l'endroit où la décli- vité laisse nécessairement une certaine quantité d'eau s'évaporer sans couler et par conséquent déposer la sub- stance terreuse apportée de l'air environnant, et surtout du toit. Spallanzani , dans son Mémoire intitulé des Ani- maux qui peuvent ressusciter , parle de trois espèces : 1°. le Tardigrade ^ 2". le Rotifère , et 3". une sorte de Vibrion ou de Filaire. M. de Blainville n'a pu faire qu'une seule expérience ( io6 ) sur le premier . ou sur le Tardigrade , parce qu'il n eïi. a rencontré qu'un seul individu , qu'il a même à-peu- près négligé , parce qu'il croyait qu'il en retrouverait ai- sément d'autres , ce qui n'a pas eu lieu jusqu'ici. Cepen- dant il a pu s'assurer que c'est bien évidemment une larve de Coléoptère , comme on pouvait au reste déjà le voir, d'après la figure et la description de Spaîlanzani. Sou corps est ovale et peu allongé , à - peu - près égale- ment arrondi aux deux extrémités , un peu recourbé en dessous. Il ne parait , au premier abord , composé que de cinq gros anneaux bien distincts : la tète , qui consti- tue le premier, est ovale , déprimée , et comme partagée en deux parties par une légère dépression. On y recon- naît aisément des yeux latéraux , une paire de mâchoires ou de crochets fort petits , à la base d'un très - petit tube exsertile et situé tout-à-fait en avant. Les trois an- neaux suivans , dont le premier est un peu plus long que les autres , portent chacun une paire de pattes courtes , coniques , composées , à ce qu'il a paru à M. de Blainville, de trois articulations seulement, décrois- sant rapidement de grosseur , et dont la troisième est un peu en crochet. La cinquième partie, ou la posté- rieure , constitue un abdomen un peu déprimé et re- courbé en dessous. En l'étudiant attentivement , on re- connaît qu'il est composé d'au moins trois divisions , et que probablement la terminale est elle-même ridée de quelques autres ; mais c'est ce qu'il est difficile d'assu- rer. Spaîlanzani dit que son Tardigrade avait le corps terminé par deux paires de filets crochus. Quoique cela soit tout-à-fait dans l'analogie , M. de Blainville ne les a pas aperçus. Au reste , quoiqu'il soit probable que le I ( 10? ) petit animal observé par celui - cl soit le Tardigrade de Spallanzaui , cela n'est pas absolument certain. En effet, le nom de Tardigrade ne lui convient pas trop, car ses mouvemens , tout dlfférens de ceux des Rotifères , ne sont cependant pas lents , mais bien embarrassés , parce que les petits crocliets dont les pattes sont armées ne peuvent prendre un point d'appui bien fixe sur le verre poli du porte -objet. Quand les circonstances extérieu- res , comme les mouvemens désordonnés et brusques des Roiifcres , ont mis le Tardigrade sur le dos , on le voit alors faire tous ses efforts pour se remettre sur les pieds. Pour les Rotifères , M. de Blainville a été beaucoup plus heureux , puisqu'il en a trouvé presque autant qu'il en a voulu. En voici la descinplion : son corps , très- visible à l'aide d'une loupe de deux lignes de foyer, et dans un degré moyen d'extension , est allongé et fusi- forme , c'est-à-dire renflé au milieu et atténxié aux deux extrémités. On reconnaît aisément , malgré sa transpa- rence , qu'il est formé d'articulations assez peu dis- tinctes , si ce n'est en arrière. La partie antérieure , sus- ceptible de s'allonger beaucoup , surtout quand le petit animal clieidie un point d'appui pour avancer , se ter- mine en pointe mousse qui s'élargit un peu en ventouse, lorsqu'elle est fixée. Jamais M. de Blainville n'en a vu sorlir les organes , imitant par leurs mouvemens des es- pèces de roues , qu'il a très bien vus dans les Rotifères des eaux marécageuses. L'extrémité postérieure est éga- lement susceptible d'extension , comme l'antérieure , mais elle est en général plus courte , et la ventouse qui la termine est plus large et mi«ux conformée j elle n'offre ( loS ) pas la paii'e d'appendices qui se remarque dans les vrais Rotifères. Du reste ce petit animal n'a pas non plus ab- solument les mêmes allures que le Rotifère de Spallan- zani ; son corps , contractile et extensible dans toute sa longueur, surtout aux extrémités , est parfaitement trans- parent 5 on y aperçoit quelquefois les indications du ca- nal intestinal étendu d'une extrémité à l'autre et un peu rentlé en arrière : la bouche et l'anus sont très-probable- ment aux extrémités. Le mode de locomotion a plus de rapports avec celui des sangsues qu'avec ce qui a lieu dans les Rotifères des marais j il consiste en une espèce d'arpentage dans tous les sens , dans toutes les directions , avec une grande vivacité. L'animal , fixé le plus souvent d'abord en ar- rière , sur un grain de sable ou sur le sol , porte l'extré- mité antérieure le plus loin qu'il peut en allongeant le corps , la fixe , et attire ensuite vers ce point , en en rap- prochant le plus possible la ventouse postérieure qu'il avait détachée 5 en répétant celte manœuvre , il a bientôt traversé le champ du microscope. M. de Blainville ne l'a jamais vu quitter le sol ou les grains de sable qui y reposent , pour s'élancer comme un trait , en nageant à la manière des Rotifères. Quand l'eau commence à lui manquer, à mesure que celle - ci s'évapore , il cherche les endroits où. il y a du gravier 5 ses mouvemens dimi- nuent peu à peu d'étendue et de force , son corps se rac- courcit , devient presque globuleux , et tout mouvement cesse au bout d'un temps souvent assez long. Si maintenant , ou apiès quelques heures et même un jour et une nuit de dessiccation qui paraît bien com- plète , on met de l'eau sur la poussière restée sur le ( 109 ) porte-objet , on voit , au bout de trente , quarante et même cinquante minutes , les petits animaux avec tous les mouvemens aussi vifs qu'ils avaient auparavant. M. de Blainville , dans une de ses expériences , a pu sur trois individus , les seuls qui existaient sur le porte- objet , le premier beaucoup plus gros que le second , et le troisième intermédiaire , voir anéantir et renaître com- plètement les mouvemens jusqu'à dix fois , à l'intervalle d'un demi-jour ou d'un jour tout entier \ la différence de grosseur des trois individus lui a permis de s'assurer que ce n'était pas une substitution , d'autant plus qu'il se servait d'eau distillée. Il s'est également assuré , comme tous les expérimen- tateurs l'ont vu depuis Leuwenhoek , que les individus desséchés hors de l'abri des grains de poussière , se gon- flent , reprennent à-peu-près leur forme , mais ne re- vivent réellement pas. La différence qui existe entre la description du petit animal observé par ]M. de Blainville et celui dont Spal- lanzani a donné la Ggure , ne permet pas au premier d'as- surer que ce soit bien certainement la même espèce que le Rolifère de Spallanzani 5 cependant , comme dans de véritables Rotifères de l'eau des marais , M. de Blain- ville a vu que quelquefois ils restent fort long - temps sans montrer leurs prétendues roues ni les appendices de la queue, M. de Blainville croit que ses observations confirment, s'il en était besoin , ce que Leuwenhoek et Spallanzani avaient dit sur la faculté qu'ont certains ani- maux de revivre quand ils ont été desséchés. Il est mal- gré cela assez singulier que parmi ces Rotifères des eaux (IIO) des marais , sur lesquels M. de Blainville a tenté la même cxpérieRce , un seul ait ressuscité. Comme M. de Blainville n'a pas encore trouvé de Vi- brion ou de Filaire dans la poussière des toits , il n'a pu confirmer ce que Spallanzani a dit à leur sujet. (^Bull. de la Soc. philom. , juin 1826.) Description cTiine Tiouvelle espèce de Reptile du g^enre Marbré ( Polychrus ) ; Par M. F. DE LA POKTE. Le genre Marbré fut formé par M. Cuvier dans son Règne animal , pour y placer un reptile saurien ayant presque tous les caractères des Iguanes , mais qui s'en éloigne surtout par l'absence de la crête dorsale : ses autres caractères sont d'avoir la léte garnie de plaques , toutes les autres parties couvertes d'écaillés très-petites et semblables entre elles ., les doigts postérieurs inégaux , la peau de la gorge pouvant former, selon la volonté de l'animal , un goitre plus ou moins considérable. Ils jouissent de la singulière propriété de changer de tein- tes , comme le Caméléon. M. Cuvier leur donne aussi pour caractère générique d'avoir une l'angée de pores sous les cuisses ; mais ayant , ainsi qu'on va le voir, découvert une espèce qui parti- cipe de tous les caractères du genre , à l'exception de celui-ci , je crois qu'il convient de le modifier et de ne le rendre que spécifique. La seule espèce décrite jvisqu'à présent est le Marbré de la Guiane de M. Cuvier j Polychrus marmoratus. Linné la décrit sous le nom de Lacerta marmoral.a , et la plupart des auteurs le nomment Iguane marbré. Il a sur les cuisses une rangée de pores ; la queue est excessivement longue , puisqu'elle atteint plus du double ( "I ) Je la tète et du corps réunis ; ses dents sont fines et assez nombreuses : on en voit aussi de fort petites au palais. La couleur générale est d'un jaune roussàtre , avec cin([ ou six l'aies transversales de couleur brune. Il vient de la Guiane. Longueur totale i6 p. i lig. IdeiJi de la queue 12 L'espèce qui a donné lieu à celte note nous parait nou- velle : elle portera le nom de Marbré à bandes , Poly- thrusfasciatus , Nob. Sa couleur générale est d'un brun clair sur les parties supérieures du corps et de la queue ; le dessous est blanchâtre. Sur le milieu du dos l'on voit une bande longitudinale d'un jaune clair, large d'environ deux lignes , et bordée de chaque côté d'un liseret noir -, celte bande va du derrière de la tôle jusqu'à la base de la queue. Il y a aussi, comme dans l'espèce précédente, cinq lignes transversales sur les flancs 5 le goitre est beau- coup plus considérable. Il n'y a pas de rangée de pores sur les cuisses : la queue est beaucoup moins longue que dans la première espèce. Longueur totale 1 3 p. 6 lig. Idem de la queue g J'ai de fortes raisons de croire que celte espcv'^e habite les iles Moluques ou Philippines. Sur le Son produit sous l'eau par le Tritouia arborescens. Le docteur Grant , d'Edimbourg , ayant conservé dans un vase rempli d'eau de mer plusieurs individus de quelques petites espèces de Po/vs , du Triionia corona- ta, de V Eolis peregriria, et deux Tritonia arborescens^ son attention fut bientôt attirée par une sorte de tinte- ( "O ment qui sortait du vase. Ayant séparé clans dos vases par- ticuliers ces diverses espèces de Gastéropodes nus , il ob- serva que les Trilonia arhorescens seuls donnaient lieu à ce bruit. Le son qu'ils produisaient , lorsqu'ils étaient dans un vase de verre , ressemblait beaucoup à celui que causerait un fil d'acier sur le bord du vase , un coup seulement ayant lieu à la fois et se répétant à l'intervalle d'une minute ou deux ; il était plus obscur lorsque ces animaux étaient placés dans un grand bassin d'eau : il res- semblait alors à celui d'vme montre , répété de même par intervalle. Le son est d'autant plus long et plus sou- vent répété que les Tritonies sont plus vives et plus ani- mées , et on ne l'entend pas lorsqu'elles sont calmes et sans mouvement. On n'observe aucune production de lu- mière , dans l'obscurité , dans le morjient où ce tintement a lieu ; on ne voit aucune bulle d'air s'échapper, et aucune ondulation ne se produit à la surface de l'eau dans le moment du bruit : le son , dans un vase de verre , est doux et distinct. Le docteur Grant a conservé ces Tritonies vivantes pendant un mois en renouvelant l'eau de mer chaque jour et en leur donnant de temps en temps des branches de Sertularia dichotoma , sur lesquelles elles grim- paient , et dont elles paraissaient se nourrir, serrant con- tinuellement les rameaux les plus tendres entre leurs deux dents. Durant toute cette période, elles ont pro- duit le même son avec une intensité presqu'égale 5 ce sou , dans un appartement tranquille , s'entend à la dis- tance de douze pieds. Le son sort évidemment de la bouche de l'animal , et, au moment où le coup était produit , on voyait les lèvres s'écarter instantanément comme pour laisser l'eau pé- nétrer dans un petit vide foi'mé à leur intérieur. Comme ces animaux , quoique hermaphrodites , ont besoin d'une fécondation réciproque, peut-être ce bruit a-t-il pour objet d'établir un mode de communication entre eux. {Edimb. Philos. Jown. , janv. 182G.) ( "3 ) Observations sur la Structure et le Développement des Plumes ; Par M. Frédéric Cuviek. Dans mon Essai sur de nouveaux caractères pour les genres de Mammifères , publié en i8o^ dans le X^ vo- lume des Annales du Muséum d'Histoire naturelle , je me proposais de Taire une étude spéciale des organes que le zoologiste emploie pour caractériser les genres et les espèces parmi les Mammifères , organes dont la connais- sance n'était pas suiEsante pour donner la mesure de leur importance et faire apprécier la valeur des diffé- rentes modifications qu'ils éprouvent , des différentes formes sous lesquelles ils nous apparaissent. Depuis cette époque , j'ai continué les recheixlies dont je n'avais pu d'abord qu'indi(|uer le but , et le premier résultat de ce travail a été mou ouvrage sur les dents considérées comme caractères zoologiques , dans lequel j'ai en outre exposé la structure et le développement de ces organes par de nouvelles observations analoniiques 5 mais je n'ai rien publié sur les autres systèmes d'organes qui fai- saient l'objet de mes éludes : le désir d'une perfection , peut-être chimérique, me retenait; je désirais avant tout de résoudre les questions principales qui se présen- taient à mon esprit à mesure que le nombre et l'impor- tance des faits se multipliaient , et j'aurais vraisembla- blement continué à agir avec la même réserve et dans les mêmes vues si je n'avais dû reconnaître que l'utilité d'un travail n'est pas toujours en raison directe de sa jx. — Octobre 1826. 8 ( ii4) perfection j et qu'il y a plus de chances à voir fructifie^ les germes , même imparfaits , disséminés successive- ment sur une grande surface , que de plus féconds accu- mulés tous à la fois sur un même point. J'ai donc pensé que je devais faire connaître le résultat de mes re- cherches , quel qu'il fut , pourvu cependant que de nou- veaux faits vinssent s'ajouter à ceux qui avaient été ob- servés précédemment ; et je commencerai par un des des organes tégumentaires les plus in^portans , par les plumes. Quoique mes travaux aient eu plus particulièrement pour objet les Mammifères, et que la connaissance de leurs tégumens ait dû détei'miner mes recherches de pré- férence à la connaissance des plumes , j'ai été conduit à l'étude de celles - ci par l'intime analogie qu'elles ont avec les poils et par la stru(;ture plus compliquée de l'organe qui les produit , et qui est plus favorable à leur analyse que ne le serait , à l'analyse des poils , l'organe plus simple et plus restreint sur lequel ils naissent. Ainsi mes recherches sur la nature des plumes ont eu principalement pour but de nous éclairer sur la nature des poils ; si je n'ai pas précisément atteint ce but , je pense toutefois que mes observations contribueront à y conduire. Tout en reconnaissant cependant la grande analogie qui existe entre les poils et les plumes , je dois dire que dans ce travail j'ai soigneusement écarté de ma pensée toute explication qui leur serait commune , étant bien convaincu que les abstractions , quand les observations n'ont pas acquis toute leur maturité , sont bien moins favorables aux progrès des sciences que les faits même ( ii5) isolés -, car les premiers peuvent nuire à l'étude exacte des phénomènes par la préoccupation où ils tiennent l'esprit , tandis que les détails des faits et leur nombre ne peuvent jamais être que favorables aux abstractions. J'ai d'ailleurs été d'autant plus porté à en agir ainsi , que ce qui est venu à ma connaissance sur ce qu'on a publié jusqu'à ce jour, du moins en France , sur les plumes . est loin de présenter une analyse exacte de la structure et du développement de ces organes , et de suffire à l'ex plication de toutes les questions que leur examen atten tif fait naître , non pas assurément que je pense y suffire moi-même , mais toute observation nouvelle peut ajoti ' ter aux moyens de le faire. Le premier travail spécial sur les plumes que nous connaissions est celui de Poupart, dont on trouve uu extrait dans les Mémoires de l'académie des Sciences pour l'année 1699. La plume , pour cet anatoraisle , se composait du tube corné inférieur, de la tige qui le sur- monte , dont il ne considère que la matière spongieuse , et des barbes qui naissent de chaque côté de celle tige 5 et il ne parle que des jeunes plumes des jeunes oiseaux, comme s'il ei\t ignoré que la mue en produit chaque année de semblables. Mais il avait fort bien vu que les vaisseaux nourriciers des plumes pénètrent dans celles- ci par leur extrémité inférieure 5 que ces vaisseaux con- stitvient en partie un organe à la surface duquel ils se ramifient et qu'il compare à une veine remplie de lymphe nutritive-, que les plumes, dans le premier ti'avail de leur formation , sont préservées des accidens extérieurs par un tuyau cartilagineux à la face interne duquel les barbes sont roulées en cornet ; que d'abord ces barbes ( "6 ) ont l'apparence de bouillie , et qu'à mesure qu'elles se forment , le tuyau cartilagineux se dessèche , tombe par écailles , et laisse les barbes exposées à l'air où elles prennent toute leur consistance 5 que l'organe qui con- tient la lymphe se termine supérieurement par des en- tonnoire membraneux quand les plumes commencent à se dessécher, et que le tuyau de chaque entonnoir péné- trant dans le pavillon de l'entonnoir qui le surmonte, il en résulte un canal continu 5 enfin , de ce que l'organe nourricier de la plume se résout définitivement en go- , det , il supposait que ces godets donnaient une idée de sa structure. De ce petit nombre de faits, Poupart concluait que son organe réservoir de la lymphe nutritive était contenu , même à l'origine des plumes , dans le tube qui les ter- mine inférieurement quand leur développement est en- tier , ne faisant aucune différence entre ce tube et le tuyau cartilagineux dont nous avons parlé plus haut 5 qvie cet organe , par son extrémité supérieure , s'intro- duisait dans la partie spongieuse ou la moelle de la plume , y versait sa lymphe qui , par imbibition , pé- nétrait dans les barbes , lesquelles finissaient ainsi de se nourrir et de se former ; de la sorte la plume acquérait successivement toute sa grandeur et toutes ses formes. De ces premières observations , bien insuffisantes sans doute pour expliquer convenablement la formation des plumes , nous passons sans intermédiaires aux Leçons d'Anatomie de mon frère (tom. 11, p. 6o3). Malheu- reusement la structure des plumes ne pouvait occuper qu'une place très-secondaire dans un traité général d'a- natomic comparée, et dans le premier traité de ce genre ( "7 ) qui parut. Quoi qu'il en soit , tous les faits rapportés par Poupart y sont confirme's 5 mais sa veine remplie de lymphe , que mon frère nomme cylindre gélatineux , ne verse plus sa matière dans la partie spongieuse de la plume pour la nourrir ainsi que les barbes ; elle croît en longueur par sa base et sort du tuyau cartilagineux dé- signé ici par le nom de gaine , en même temps que ces barbes et que la tige qui les porte 5 et c'est en effet ce que l'expérience confirme 5 mais rien n'indique les rap- ports de cet organe avec la plume proprement dite et ses différentes parties 5 on les voit seulement se développer simultanément 5 et la formation des barbes , par le des- sèchement de la matière qui les constitue , semble plutôt le résultat d'une attraction purement physique , d'une sorte de cristallisation, produite par une force inhérente à cette matière, qu'un résultat de la vie, c'est-à-dire d'une force dont le siège serait dans un organe. Les nombreux détails que demandait une connais- sance complète des plumes et de leur organe producteur ne pouvaient résulter que d'un travail spécial , et c'est ce travail qui a occupé M. Dutrochet. On trouve le Mé- moire qui le renferme et qui est intitulé : De la struc- ture et de la régénération des plumes, dans le tom. 88, page 333 du Journal de Physique (mai 1819). Les faits qu'il contient sont à-peu-près les mêmes que ceux que nous venons de rapporter ; mais le travail de M. Dutrochet se distingue par les explications à l'aide desquelles il rend compte de la manière dont se forment les diverses parties de la plume. Après une description fort exacte de la plume lors- qu'elle est entièrement formée , c'est-à-dire telle qu'elle (ii8) nous est représentée par celles dont nous faisons usage pour écrire , il passe à son développement , et cherche la raison de toutes les particularités de forme et de struc- ture qu'il vient d'exposer , dans les différens phénomènes que ce développement lui présente , en faisant toutefois exception des barbes et des barhules ; ces parties étant pour lui tout- à-fait semblables à la tige , et trop petites pour que leur formation puisse être observée. Lorsqu'une plume commence à croître , elle ne se montre d'abord extérieurement que par un tuhe ( tuyau cartilagineux de Pbupart , gaine de mon frère ) formé de plusieurs coviches de l'épiderme du bulbe ( veine rem- plie de lymphe de Poupart , cylindre gélatineux de mon frère) qu'il renferme , et qui est une papille de la peau plus ou moins grossie. Ce bulbe pénètre dans le tube par l'ouverture inférieure ou V ombilic de celui-ci. Si Ton ouvre ce tube longitudinalement , on trouve entre sa face interne et le bulbe les rudimens des barbes ter- minales de la plume dans un grand état de mollesse. Il n'y a alors encore aucune apparence de la tige centrale : ces barbes rudimentaires enveloppent le bulbe , ployées obliquement autour de lui (en cornet suivant Poupart ) \ elles naissent de la cii'conférence de l'ombilic et n'ont aucune adhérence organique avec le coips du bulbe. Bientôt le tube épidermique se décoiffé , et la plume commence à en sortir^ mais ce n'est que lorsque les pre- mières barbes ont acquis toute leur longueur qvie la tige nait : elle se forme de la réunion de leurs fibres cornées , et à mesure que la plume grandit , la face postéi'ieui'e de cette tige augmente en largeur dans la même proportion que le nombre des barbes. Quant aux fibres cornées de ( "9 ) la face antérieure , elles naissent exclusivement d'une partie de la surface du bulbe , d'autant plus voisine du sommet de cet oi'gane que la plume approche plus de sa perfection. Les fibres cornées des faces antérieures et postérieures existent avant la substance spongieuse qui les sépare , qui est déposée par couches entre elles , et n'est peut-être qu'une manière d'être de la substance cor- née. C'est aussi le bulbe qui produit la substance colo- rante des plumes , laquelle ne se trouve jamais que dans les fibres cornées. Ce bulbe , essentiellement composé de vaisseaux et de nerfs , est revêtu d'un épiderme qui se dessèche et se dé- tache par le contact de l'air ; ce qui produit les calottes (entonnoirs et godets de Poupart) qui le surmontent et qui viennent de son sommet , exposé seul à l'air quand ce tube épidermique se décoiffe. Nous voici arrivés , avec M. Dulrochet, à l'extrémité inférieure de la tige de la plume. Les fibres de sa face pos- térieui^e sont allées en augmentant , et cette face s'est élargie à mesure que le nombre des barbes s'est accru , et qu'elles ont occupé une plus grande partie de la cir- conférence de l'ombilic ; enfin cette circonférence en est entièrement remplie , c'est-à-dire qu'elle se trouve toute occupée par des fibres cornées , fibres dont l'as- sembla e représente la continuation de la partie posté- rieure de toutes les barbes. De cet assemblage naît le cylindre ou le tuyau de la plume. Pendant ce temps le tube épidermique s'est aminci et a fini par disparaître. Dès que le tuyau de la plume commence à se former de la réunion en un cercle des fibres cornées de la face postérieure de la lige ou des barbes , les fibres cornées ( 120 ) de la face antérieure cessent de se produire ainsi que la substance spongieuse : ce qui arrive , parce que le tuyau, en se formant, déplace le bulbe qui produit ces der- nières fibres 5 il le force à se renfermer en lui en l'en- veloppant de toutes parts 5 alors ce bulbe ne dépose plus que la substance qui doit fermer ce tuyau à son sommet 5 dès que celte tâche est remplie , il diminue graduelle- ment de hauteur , et finit par être absorbé en laissant les calottes d'épiderme qui constituent ce qu'on appelle vul- gairement rame de la plume. Enfin l'extrémité infé- rieure du tuyau se ferme à son tour , et le moment de la chute de la plume est arrivé. Il aurait été difficile de ne pas être au moins frappé de cette ingénieuse théorie de la formation des plumes; toutes les phases de leur développement y sont marquées avec soin, et les causes de la production de leurs diffé- rentes parties , exposées avec beaucoup d'art et de vrai- semblance; aussi n'aurais -je peut-être pas élevé le moindre doute sur cette théorie, si les faits que j'avais moi-même recueillis ne se fussent pas trouvés en oppo- sition avec ceux qui lui servent de fondement ; bien moins , à la vérité , parce qu'ils sont diiïérens que parce qu'ils sont plus nombreux et plus développés. Enfin M. de Blainville termine la série des auteurs qui, chez nous , se sont occupés de la structure et du déve- loppement des plumes. Il expose ses idées sur cette ma- tière dans le premier volume , page io5 et suivantes , de ses Principes d'anatomie comparée , et son but principal paraît être moins d'augmenter le nombre des faits que de ramener, par l'emploi d'une partie de ceux qui sont connus , de l'explication du développement des plumea ( 121) à l'explication du développement des poils. Ainsi, pour M. de Blainville , les plumes sont composées , comme les poils , d'un bulbe producteur et d'une partie pro- duite. Le bulbe ( réunion de la gaine et du bulbe de M. Du- trochet ) se compose extérieurement d'une capsule (gaine) fibreuse , blanche , épaisse , qui est remplie de matière sub-gélatineuse (bulbe), ayant une forme déterminée et dans laquelle pénètrent les vaisseaux et les nerfs. Cette matière vivante « offre à sa surface des stries ou n cannelux'cs dont la disposition indique la forme de la » plume. Le principal de ces sillons occupe le dos du » bulbe Les autres , beaucoup plus fins , tombent » obliquement et régvillèrement par paires de chaque » côté du sillon principal et commencent dans la ligne » médiane et ventrale du bulbe. » Et , à en juger par analogie , des stries d'un troisième ordre tombent sur ceux du second , mais leur petitesse empêche de les voir. Tel est l'organe producteur de la plume. « Quand il » vient à en exhaler la matière qui se dépose en grains )) non adhérens... , il se forme une succession de cônes » non distincts ; mais ces cônes ne s'emboîtent pas d'a- » bord les uns dans les autres , ils se fendent le long de » la ligne médiane inférieure , où les filets cornés , pro- » duits des sillons , se réunissent et dans la longueur » même de ces filets cornés , très-probablement à l'en- » droit des stries tertiaires. ï) C'est ainsi que se forme la lame de la plume , c'est- » à-dire la partie dont l'axe est plein et solide , et qui est » pourvue de barbes et de barbules. « Quand le bulbe a produit cette lame qui est sortie ( 122 ) » au fur et à mesure de la capsule rompue à sou extré-- » mité, il a considérablement diminué de vie; et, soit » que les sillons s'effacent ou que sa base n'eu offre plus, » il exhale de toute sa circonférence de la matière cor-. » née qi^i forme alors le tube complet , celui qui ter- » mine la plume. » Ce tube renferme la pulpe , et comme l'exlréraité » de celle - ci à mesure qu'elle diminue se retire , elle )). produit des espèces de cloisons en forme de verres de » montre 5 c'est ce qu'on nomme l'âme de la plume , et » ce n'est autre chose que la succession de l'extrémité » des cônes qui composent le tube. » Ces idées sur la formation des plumes , dont j'ai copié textuellement l'exposition à cause de leur précision, sont fort différentes de celles de M. Dutrochet ; et comme les unes ne reposent pas , à proprement parler, sur d'autres fondemens que les autres , mes observations ne se trou- vent pas mieux concorder avec les explications de M. de Blainville qu'avec celles de l'observateur dont nous avons précédemment exposé le système. Je vais actuellement décrire les faits que j'ai re- cueillis; j'essayerai d'en montrer ensuite les conséquen- ces : malheureusement nos moyens d'observation sont bornés , et la nature est aussi infinie dans la moindi-e de ses productions que dans l'ensemble des êtres dont l'u- nivers est formé / ( 123 ) De la Plume en général et des diverses parties qui la composent. {Fig. i.) La production organique qui fait l'objet de ce Mé- moire est celle qui constitue le vêtement des oiseaux, et que l'on désigne communément par le nom général de plume , quelles que soient les formes ou les apparences sous lesquelles elles se présentent 5 qu'elles soient lâches ou soyeuses comme celles de certaines variétés de nos poules domestiques , fermes ou résistantes comme les pennes des oiseaux qui volent , molles ou veloutées comme le duvet , recourbées en panaches , relevées en aigrettes ou allongées en soie , etc. , etc. Toutes ces sortes de plumes en effet ont la même stij-ucture fondamentale 5 leurs difféi'ences , quelques grandes qu'elles paraissent , ne tiennent qu'à des modi- fications assez légères et les unes comme les autres se composent des mêmes parties essentielles. Il n'entre pas dans mon plan de montrer la cause de ces variations 5 non - seulement elles feraient la matière de plusieurs volumes , mais de plus elles exigeraient un grand nombre d'oiseaux fort rares dont il faudrait ce- pendant disposer comme on fait d'oiseaux domestiques , ce qui n'est possible pour personne. Un ensemble com- plet de recherches sur les différentes sortes de plumes ne peut être que l'ouvrage successif du temps ; les mien- nes se sont principalement portées sur les plumes qui reçoivent le nom de pennes, et c'est celles-là dont je dois faire connaître les parties avant de m'occuper de l'organe qui les produit. ( 1^4) Toutes les pennes nous présentent un tube corné ( fig. I , a) à leur extrémité inférieure , une tige (h) qui le surmonte , et de chaque côté de laquelle se dévelop- pent des BARBES (c) qui sont elles-mêmes garnies de bar- BULEs (rf). Le tube , toujours plus gros et plus court que la tige , est à-peu-près cylindrique et généralement transparent 5 il se termine en une pointe plus ou moins mousse et est percé à son extrémité inférieure d'un ori- fice que nous nommerons ombilic inférieur (e) , par opposition à un autre orifice auquel nous donnerons le nom d' ombilic supérieur (/") , et qui est situé au point où le tube se réunit à la face interne de la tige et où les barbes des côtés de celle - ci , qui ont commencé un peu plus haut à se rapprocher , finissent par se réunir tout-à-fait. L'intérieur de ce tube renferme des capsules emboîtées les unes dans les autres , et souvent unies entre elles par un pédicule central qui en forme une sorte de chaîne ; c'est ce qu'on nomme vulgairement l'âme de la plume. C'est par le tube que les plumes tiennent à la peau. La tige considérée isolément a une forme plus ou moins carrée 5 elle va en diminuant graduellement de grosseur de l'ombilic supérieur jusqu'à son extrémité et elle suit une ligne courbe. Nous désignons par le nom de FACE iNTERWE dc la tige la partie intérieure de celte ligne , et par celui de face externe sa partie extérieure. Ces deux faces sont revêtues d'une matière d'apparence cornée assez semblable à celle qui constitue le tube ; et cette matière couvre immédiatement une substance blan- che , molle , élastique , que nous nommons matière spongieuse et qui constitue la partie centrale de la tige , \ j*,^- (125; du moins dans la plupart des plumes. La face externe est toujours lisse et légèrement arrondie; dans quelques pennes elle est unie , dans d'autres elle présente au tra- vers de sa matière cornée des lignes parallèles longitu- dinales plus ou moins nombreuses qui semblent des sti'ies. L'interne est toujours partagée en deux parties égales dans toute sa longueur par une dépression ou petit canal , ou par une saillie , et ces dernières différences résultent ordinairement de la structure interne de la tige. Eu effet , nous avons trouvé dans les pennes , nous pouvons même dire dans les plumes , deux sortes de tiges 5 les unes pleines et solides , les autres creusées et pourvues d'un canal dans toute leur longueur. Dans les premières , l'âme de la plume se termine à l'ombilic supérieur auquel elle est attachée ; dans les secondes , elle est également attachée à cet ombilic , mais elle se pi'olonge d'un bout de la tige à l'autre. Quant aux lignes parallèles , aux apparences de stries longitudinales de la face externe de quelques tiges , elles sont dues à ce que la lame cornée est formée de semblables stries du côté où elle s'applique sur la matière spongieuse , et sa trans- parence les rend sensibles à l'œil ; car elles ne le sont pas au toucher extérieurement. . Les barbes consistent dans des lames dont l'épaisseur, la largeur et la longueur, varient suivant les espèces de plumes , et qui naissent sur les côtés de la lige vers le bord de sa face externe. De chaque côté de ces barbes sont des barbules ou des lames plus petites qui sont lâches ou serrées , longues ou courtes ; ces barbules sont quel- quefois barbelées elles-mêmes , comme on peut s'en as- ( 126 ) surer sur les barbules des grandes plumes du paon 5 et c'est surtout de la contexture des unes et des autres que résultent en grande partie les différences qui caracté- risent extérieuremeut les plumes , abstraction faite des couleiu's. Ces barbes et barbules sont pourvues de deux bords qui correspondent l'un à la face interne de la tige , qui est le BORD INTERNE , et l'autre à la face externe , qui est le BORD EXTERNE, ct dc dcux faccs : celle qui regarde le haut de la tige est la face supérieure , celle qui regarde du côté du tube est la face inférieure. Les bords des unes et des autres m'ont toujours paru lisses et légèrement arrondis , et ce n'est pas toujours aux points correspon- dans des faces des barbes que naissent les barbules. Enfin il paraît que la grande variété de couleur que présentent les plumes réside dans la matière cornée de la tige , dans les barbes et les barbules 5 mais l'éclat de ces couleurs parait tenir autant à la contexture des parties qui les présentent qu'aux substances colorantes elles- mêmes. De la capsule productrice des plumes. Quoique composé de parties qui se distinguent aisé- ment l'une de l'autre par leurs formes et leurs rapports , cet organe fait cependant un tout indivisible 5 on ne peut détacher une de ses parties sans l'altérer, et néan- moins son analyse est nécessaire •, sans elle on ne pour- rait le faire connaître -, mais si je décris séparément les parties qui le constituent, on ne doit pas oublier que leur union est intime , et que les fonctions de l'une sont inséparables des fonctions de l'autre. ( Ï27 ) Ce qui rend son étude fort difficile , ce qui a empêché que jusqu'à ce jour il fût bien compris , c'est qu'il ne se présentejamais complètement à l'observateur, et qu'il se détruit par une de ses extrémités à mesure qu'il se déve- loppe par l'autre. Tant qu'une dent est sécrétée , l'or- gane qui la produit conserve son intégrité. Cela paraît être plus vrai encore pour les poils : ils se composent , dit-on , d'une succession de cônes produits successive- ment par un organe qui en exhale la matière , et qui en est le moule. L'organe producteur de la plume , au con- traire , n'est jamais un moment le même : la partie qui a excrété la première portion d'une plume s'est obli- térée en même temps que cette portion a été formée et que la partie qui doit suivre se montre ; celle-ci , qui produira la seconde portion , s'oblitérera à son tour, dès qu'elle aura rempli sa destination 5 et il en sera ainsi jusqu'à l'entière production de la plume. Il en résulte que cet organe , ne pouvant être vu tout entier en même temps , et le développement de ?es parties suivi sur un même oiseau , puisqu'il faut détruire cet organe pour l'observer, sa description générale ne saurait se former que de la réunion d'observations particulières , isolées , qui n'ont de liens que dans l'esprit , ou du moins que ceux que l'esprit croit apercevoir en eux. Toutes ces circonstances m'obligeront à entrer dans des détails que j'aurais pu supprimer, si l'examen d'une seule capsule productrice des plumes eut pu suffire pour la faire connaître ; mais dans les faits où l'observation n'est pas simple , on ne doit pas moins rendre compte de la route qu'on a suivie , des moyens qu'on a employés , que des résultats qu'on a obtenus. ( 128) Toute capsule naît d'une papille du derme, mais elle n'en est point le développement ; elles n'ont pas le moindre rapport de structure et ne tiennent l'une à l'autre que par des points très-circonscrits j aussi lors- qu'on ouvre l'étui du derme où se trouve contenue la partie inférieure d'une capsule nouvelle et qu'on pé- nètre jusqu'à la papille , on la trouve formant un cône extrêmement petit en comparaison de cette capsule et ne communiquant guère avec elle que par son sommet , ce qui explique l'extrême facilité qu'on éprouve à arracher une capsule naissante , et l'intégrité de toutes ses parties après cette violente séparation. La première forme de la capsule , celle sous laquelle elle se présente d'abord et avant toute altération , est la l'orme d'un cylindre terminé par un cône (fig. 2). Dans la plupart des oiseaux , ce cylindre n'est pas plutôt sorti de quelques lignes hors de la peau que la partie conique tombe , qu'il se décoiffe pour laisser libre l'extrémité de la plume. Cependant il est des capsules qui atteignent jusqu'à quati'e ou cinq pouces avant d'éprouver aucun changement extérieur ; mais, dans tous les cas, la chute du cône précède toujours et de beaucoup l'entière for- mation de la plume. Lorsqu'une capsule de plume à lige solide a été déta- chée soigneusement de la couche corticale où elle a pris naissance , et qu'où l'examine , on reconnaît qix'elle est terminée inféi^ieurcment par une membrane fibreuse (a), molle , percée à son milieu par un orifice au travers du- quel pénètrent les vaisseaux nouri'iciers ds l'intcricur de l'organe, et qui représente I'ombilic inférieur de la plume oarce qu'il remplit les mêmes fonctions , quoi- ( 129 ) qu'il ne se trouve pas aux mêmes parlics , le tube de la plume étant loin d'être formé dans une capsule dont le développement commence. Qn remarque ensuite que toute sa partie extérieure se compose d'une enveloppe membraneuse qui a reçu et à laquelle nou§ conserverons le nom de gaine 5 que la consistance de celte enveloppe va en diminuant graduellement de son extrémité si^pé- rieure à son extrémité inférieure où se trouve l'orifice au travers duquel les nerfs et les vaisseaux s'introdui- sent dans l'organe 5 et qu'une ligne droite , de peu de lar- geur, moins opaque que les parties environnantes, et que nous nommerons ligne moyenne (6) , règ,nedan§: toute sa longueur. En enlevant cette enveloppe (fig. 3 , a) on découvre une membrane qui a la forme de la capsule et quj. parait striée , excepté dans une ligne droite correspondante à celle que la gaîne nous a offerte à la ligne moyenne et dans une ligne directement opposée à celle-ci ct^iqyi va s'élargissant de liant en bas. Les stries naissent de chaque côté de cette dernière ligne sv^r^ ses bords , moi^itent obli- quement et viennent se terminer; à, droite et à, ga,^içh!t;;^e la première. Cette membrane, l^cjc désignerai par le nom de MEMBRANE striée externe (è), forme l'enve- loppe immédiate de la plume, Cette membrane enlevée, on trouve les barbes re- ployées de bas en haut (c) , de manière à se rapproçlier par leur extrémité et à former un cylindre semblable à la gaîne -, mais , dans les pjrejçpiers temps clu .(développe- ment de la capsule , celles de l'extrémité de là- plume ainsi que leur lige sont seuls formés j et ,le,s molécules qui constituent les autres parties sont d'aut^ual^ pioins IX. ' 9 ' ' ( i3o) liées qu'elles se rapprochent davantage de leur origine commune ; là les barbes se divisent sous le tnoindre effort comme de la bouillie , et leurs molécules ont la forme d'une aiguille. Les barbules sont intimement cou- chées le long des barbes. Si l'on écarte ou si l'on enlève même les barbes qui ont acquis toute leur consistance , on trouve entre chacune d'elles une membrane mince qui les égale en longueur et en largeur, et que nous nom- merons CLOISONS TRANSVERSES (fig. Il), OU plus Simple- ment CLOISONS 5 et en cherchant l'origine de ces mem- branes nouvelles , on voit qu'elles sont une dépendance , qu'elles font parties intégrantes d'une seconde membrane striée qui se trouve placée entre la face interne du tube que forment les barbes reployées et la partie centrale de la capsule. Nous désignerons cette dernière membrane par le nom de membrane striée interne (fig. 3 , d, et fig. 4? a) , et la partie centrale de la capsule par le nom de bulbe (fig. 5 , «). Maintenant il me reste à examiner sépai'ément chacune de ces parties , afin d'en fixer les caractères , d'en déter- miner les rapports , et d'en reconnaître les fonctions dans le développement de la plume. De la Gaîne. — Cette enveloppe extérieure de tout le système organique dont se compose la capsule pro- ductrice des plumes a son origine au même point que le reste de cet organe, c'est-à-dire sur une papille du derme, et le développement qu'elle acquiert est toujours le même que celui de la plume dont elle" doit proléger la formation *, ainsi la gaine de la plus grande plume de paon, par exemple, a eu toute la longueur de cette plume, quoiqu'elle n'ait jamais paru avoir plus de cinq à six ( i3i ) pouces. C'est que , comme nous l'avons dit , elle se dé- truisait par une de ses extrémités à mesure qu'elle crois- sait par l'autre. Au point où elle prend naissance et à sa partie infé- rieure elle est formée par une membrane très - molle , fibreuse et jaunâtre ; mais au-delà , et dans une longueur variable , suivant l'espèce des plumes et le degré de dé- veloppement qu'elles ont acquis , la gaine est formée d'une membrane blancliâtre , opaque , molle , d'appa- rence cartilagineuse, et que revêt une lame d'épiderme. A mesure qu'elle arrive au contact de l'air, elle semble se dessécher, se durci r^ et se changer en un nombre plus ou moins grand de couches épidermoïdes, minces, trans- parentes , fibreuses , et s'enlevant par lanières , suivant le contour de la capsule et non point suivant son axe , ce qui est à noter. Dans certaines plumes , la capsule ne parait se composer que de ces pellicules d'épidémies; mais dans d'autres elles recouvrent une matière blanche d'une nature particulière , dont l'apparence est albumi- neuse et même crétacée , et qui se détache par petites écailles de la membrane striée externe qu'elle revêt im- médiatement. Ces caractères sont ceux que présente la gaîne jusqu'au moment où se forme le tube corné de la plume ; alors les couches internes de la gaîne deviennent la couche externe de ce tube en s'idenlifiant avec les couches de celui - ci , séci'étées par le bulbe qu'il ren- ferme. C'est ce que nous ont montré toutes les pluïnes , du tube corné desquelles nous avons cherché à détacher les parties de la gaîne qui étaient naturellement déta- chées du reste de la plume , c'est-à-dire de la tige , des barbes, etc. En saisissant forlemenl ces parties de la ( i32 ) gaîue et en faisant effort pour les enlever , eu dirigeant l'effort vers l'extrémité du tuLe et parallèlement à son axe , la surface de celui-ci s'est constamment déchirée dans cette direction et non plus transversalement 5 et nous n'avons pu trouver par aucun moyen , entre ces parties de la gaîne et la surface du tube , de solution de continuité naturelle. De la. Membrane striée externe. — Cette mem- brane fine , colorée quelquefois quand la plume l'est elle-même , enveloppe entièrement , comme la gaine , les parties les plus centrales de la capsule , et sa struc- ture est en rapport intime av^c la structure des parties qui sont en communication immédiate avec elle 5 elle est lisse à sa face externe comme la face intei'ne de la gaine, lisse ou striée à sa face opposée, suivant les parties de la plume qu'elle recouvre , l'intervalle vide que les barbes laissent entre elles à leur extrémité , ces barbes elles- mêmes ou la face externe de la tige. Elle se détacbe plus facilement de la gaine que de la plume 5 il parait qu'il n'y a entre elle et la première que des rapports de juxta- position , et il y en a de beaucoup plus intimes avec la seconde. D'abord ces stries ne sont autre cliose que les bords des cloisons transverses qui ne font avec elle qu'un seul et même tout , et auxquelles reste ordinairement at- tachée l'extrémité des barbules , comme l'extrémité des barbes reste attachée le long de la ligne moyenne. Ce sont les lignes noires que forment ces débris de la plume qui donnent la première indication de stries sur cette membrane , quoiqu'ils ne forment qu'une partie acci- dentelle de celles qui y existent réellement. ( »33 ) On ne parvient à analyser celle membrane et à re- connaître tous ses caractères qu'aux parties où la plume est entièrement formée , car elle se développe avec elle , et ce n'est qu'avec peine qu'on peut la découvrir où les barbes ne sont encore qu'à l'état de bouillie, et elle tombe en poussière comme la gaine dès quç la plume éprouve l'action de l'air. Elle est très - visible sur toutes les plumes , sous les parties de la gaine , qui se divisent en pellicules épidermoides 5 mais celles dont les barbes sont z'ares le long de leur tige en montrent mieux tous les détails ; c'est pourquoi les plumes de paon sont les plus favorables pour la bien faire connaître. Des Cloisons transveuses. — Ces membranes ne sont que des prolongemens de la face interne de la mem- brane striée externe 5 elles servent de limites aux barbes; c'est entre elles que celles - ci sont déposées , ainsi que les barbules qui paraissent èlre elles-mêmes sépai'ées les unes des autres par de petites cloisons . lesquelles dé- pendent aussi des piemières , comme j'ai cru m'en assu- rer toutes les fois que je les ai cherchées sur les plumes de paon , car ces parties sont si petites et si confuses qu'il est fort difficile de voir clairement si ce sont elles qu'on distingue en effet : aussi n'en parlei-ais-je point si mes observations n'étaient pas soutenues par les aualo^ gics , comme je n'aurais aucun égard à celles-ci , si les faits que j'ai eus sous les yeux ne leur avaient pas été favorables. Ces cloisons , comme nous l'avons dit , tiennent à. la face externe de la membrane striée inlerue de la même manière qu'à la face ir.terue de la membrane striée ex- ( i34 ) lerne , c'est-à-dire qu'elles en sont des prolongemens 5 elles leur servent ainsi de liens, et font que toutes trois ne forment qu'un même système organique dans lequel les barbes se déposent comme dans un moule , où elles s'accroissent et où elles se consolident par l'action propre de leurs molécules. De la Membrane striée interne. — Ce nom ne convient aussi qu'imparfaitement à la membrane à la- quelle nous le donnons 5 elle ne parait striée que quand les barbes ont été enlevées ou se sont épanouies , et qu'elles ont détaché les cloisons transverses pour les en- traîner avec elles : les stries ne résultent proprement que des traces de ces cloisons , et dans son intégrité , au lieu de stries , elle présente des languettes ou des rai- nures , suivant qu'on considère, indépendamment l'une de l'autre , les cloisons ou les intervalles qui les sépa- rent. Cette membrane , colorée quand la plume l'est elle-même , revêt le bulbe 5 elle est intimement unie à sa surface externe , mais on l'en sépare par la macéra- tion , du moins partiellement : elle naît au point où naissent les barbes et n'existe pas dans la partie corres- pondante à la face interne de la tige. A l'origine du bulbe ou de la capsule , elle est peu sensible et reste confondue avec toutes les parties informes de la plume et de son organe producteur. Ce n'est que dans les parties moyen- nes du bulbe qu'elle se présente sous forme de pellicule continue , et sou caractère membraneux ne se distingue bien que dans les parties supérieures de ce dernier or- gane, et si, en ce point, on veut la détacher, on voit qu'elle n'est jamais libre que dans les intervalles de deux ( »35 ) anneaux ou de deux cercles étroits autour desquels elle est organiquement unie. Ce sont les points par lesquels le système des membranes striées parait lié au bulbe et conséquemment aux vaisseaux qui le nourrissent. Les trois sortes de membranes que nous venons de décrire , la strie supérieure , les cloisons et la strie in- férieure , présentent la même contexture. Lorsqu'on peut les considérer isolément et les examiner de telle sorte que la lumière les traverse , ou voit qu'elles sont formées de petits globules qui se touchent et qui ont une opacité plus grande que les intervalles qu'ils lais- sent entre eux. Ces membranes , ainsi que la gaîne , pa- raissent être entièrement dépourvues de vaisseaux et de nerfs. Du Bulbe. — Cette partie centrale de la capsule des plumes est sans contredit la plus importante , mais elle est aussi la plus compliquée et celle dont l'analyse offre les difficultés les plus grandes. C'est elle seule qui parait renfermer les vaisseaux et les nerfs du système organique auquel elle appartient 5 c'est elle qui parait donner directement naissance à toutes les autres parties de ce système comme à toutes les parties de la plume : elle seule est en communication immédiate avec le reste de l'organisation. De celte diversité de fonctions qui ne s'exercent que succcessivement résultent dans ce bulbe des modifica- tions successives si diverses qu'on ne peut espérer de saisir le point précis où elles naissent , et toutes les con- ditions qui les accompagnent et les caractérisent , qu'à l'aide du temps et des circonstances favorables qu'il peut ( '36) amener. Ses cliaiigemens pendant raccroissement d'une [)luine sont plus considérables que ceux d'aucune autre partie de la capsule 5 jamais il ne se présente sous les mêmes apparences : à sa naissance il n'est pas ce qu'il sera à sa fin , et il change encore dans tous les points in- termédiaires , de sorte que pour le décrire complètement il faudrait aussi le suivre dans tout le cours du dévelop- pement d'une plume , ce qui est impossible , ou sur un nombre de plumes égal à celui de ses cliangemens , ce qui n'est guère plus praticable. D'ailleurs toutes les plumes ne se ressemblent pas, et comme leurs dilïerences se retrouvent dans leurs bulbes , il serait difficile de re- connaître sur l'un d'eux le point correspoiïdant à celui que l'on aurait observé sur un autre. Aussi je suis loin de penser que les détails où je vais entrer renferment tout ce qu'il serait nécessaire de savoir pour se faire une idée parfaitement complète de cet organe singulier 5 c'est pourquoi je ne me. bornerai plus à rapporter les faits d'une manière générale , comme j'ai à-peu-près pu le faire jusqu'ici , ces faits pouvant , avec quelque atten- tion, être vérifiés sur toutes les plumes. Dans les parti- cularités que je vais décrire, j'indiquerai les espèces de plumes qui me les auront présentées et les espèces d'oi- seaux d'où j'aurai tiré ces plumes. F^ Observation. Une grande penne de l'aile d'un marabou , complè- tement formée et desséchée , mais où ne se trouvait que la moitié de son tube , l'autre ayant été détruite acciden- tellement , m'a présenté , depuis la partie inférieure de ( i37) ce qui restait du tube jusqu'à l'extrémité de sa tige, une succession de cônes épidermoïdes entiers et dans un par- fait état d'intégrité jusqu'au liens de la tige ; à partir de ce point , ils étaient réduits par le dessèchement à de simples pellicules concaves , à de simples godets. Ces cônes s'enfilaient l'un l'autre dans toute la partie où leur forme primitive s'était conservée ; de telle sorte que le sommet du premier s'attachant à l'intérieur du sommet du second , celui-ci au troisième , et ainsi de suite jusqu'au dernier, il en résultait d'abord un tube ou canal continu jusqu'au cône qui se trouvait au-des- sous de l'ombilic supérieur , cône qui n'avait point de prolongement tubuleux , était hémisphérique, fortement attaché aux parois de l'ombilic , en dehors duquel se montraient des rudimens d'autres cônes appliqués contre la face interne de la tige et adhérens à ces mêmes pa- rois. Au-delà de ce cône hémisphérique , dans l'intérieur de la tige , se continuait la série de cônes dont nous ve- nons de parler; les premiers réunis par leur prolonge- ment tubuleux , et les autres isolés par la privation de ce prolongement. IP Observation. (Fig. lo et ii.) Une autre penne de l'aile d'un marabou , dont toute la tige était formée, mais qui n'avait encore qu'une par- tie de son tube , avait toute l'étendue de celui-ci remplie par un bulbe (a) qui paraissait surtout composé de fibres blanches , longitudinales , molles et élastiques ; des vaisseaux et des nerfs pénétraient dans son intérieur par l'ombilic inférieur el rampaient à sa surface. Il se ter- ( i38 ) minait en pointe à l'endroit {b) où les dernières portions de la matière spongieuse de la tige avaient été déposées j et on voyait à sa surfacg une matière blanche opaque , légèrement nacrée. Son sommet était couronné par un cône membraneux (c) qui ne communiquait avec lui que par sa base , laquelle était attachée au point où le bulbe se rétrécissait pour se terminer en pointe. D'autres cônes membraneux (ee) venaient ensuite , et paraissaient n'a- voir pas d'autres rapports entre eux , et avec le premier, que les rapports que celui-ci avait avec le sommet du bulbe ; ni l'un ni l'autre n'avaient de prolongement tu- buleux. Le cône contigu à l'ombilic supérieur avait en ce point sa membrane engagée entre la matière spon- gieuse et la matière cornée dans un trajet de trois à quatre lignes (ddd) où elle était colorée en rouge. A l'endroit où , par cette espèce de canal , elle se trouvait sortie de l'intérieur de la plume , on voyait une seconde série de cônes membraneux (ff) , enfilés les uns dans les autres au moyen de leur prolongement tubuleux , et recouverts extérieurement par la membrane striée interne. Des cônes semblables à ceux qui couronnaient immé- diatement le bulbe se trouvaient dans l'intérieur de la tige ( ggg ) au-delà du point correspondant à l'ombilic supérieur, et ils ne paraissaient pas plus que les pre- miers conserver de traces de leur tube central et commun. IIP Observation, (Fig. 8.) La penne de la queue d'un hocco , longue de quatre pouces et encore complctemenl renfermée dans sa cap- sule , ayant été ouverte le long de la ligne moyenne , C i39) m'a présenté uu buUje cylindrique , nu à sa partie iu- férieurc , et revêtu , dans tout le reste de sa longueur , de la membrane striée interne. Ayant procédé de bas en haut , et dans le sens de la ligne moyenne , à l'enlèvement de cette membrane striée, je fus conduit , par l'incision d'une première portion , sous la portion qui lui était immédiatement supérieure , de celle-ci sous celle qui la suivait , et ainsi de suite jus- qu'au point où je ne rencontrai plus que des cônes mem- braneux. En cherchant à écarter les bords de cette mem- brane ainsi incisée dans cinq parties successives du bulbe, je la trouvai bridée transversalement au bord inférieur de chacune de ces parties 5 incisant alors cette membrane en travers , ses bords se renversèrent , et je vis qu'elle ne constituait que la partie externe de cônes qui se recouvraient les uns les autres dans la plus grande partie de leur étendue où ils n'étaient point striés , et que chacun d'eux renfermait une substance pulpeuse qui variait de couleur et de consistance à mesure qu'on s'é- levait. Enfin chacun de ces cônes était fixé par son bord inférieur sur celui qui le précédait, au point où com- mençait sur celui-ci la membrane striée , d'où résultait la bride circulaire que nous avons dû inciser pour les ouvrir. Le premier cône (è) , en commençant par la partie in- férieure du bulbe , recouvrait la sommité conique (a) de celui-ci , qui n'était point formée de cônes , mais dont la portion de substance blanche , opaque , fibreuse , pré- sentait les caractères du bulbe dans son état primitif d'activité. Le second cône (c) renfermait une matière qui n'avait plus d'apparence fibreuse , et qui ressemblait ( i4o ) à une pulpe blanche et légère j le troisième (cT) conte- nait cette même matière pulpeuse, mais elle avait une teinte lilasj sous le quatrième (e) , cette matière était rouge et moins abondante que sous les cônes précédons ; enfin le cinquième (f) était presque vide , et le peu de matière pulpeuse qu'on y rencontrait était aussi rouge. Les cônes qui suivaient étaient entièrement vides. IV® Observation. (Fig. ^ et 9.) Dans l'observation précédente, quoiqu'on vît que les cônes pénétraient les uns dans les autres , on ne pouvait cependant pas reconnaître exactement leurs rapports. Pour atteindre ce but, j'enlevai la matière pulpeuse de chaque cône , et alors je vis que chacun d'eux se pro- longeait en un tube étroit ( fig. 9) , et que les tubes des cônes inférieurs allant se réunir aux tubes des cônes su- périeurs , il en résultait un canal continu qu'on pou- vait suivre depuis le premier cône jusqu'à ceux dont le dessèchement amenait la destruction de cette espèce de canal. C'est pour donner une idée claire et faire con- cevoir facilement les relations de toutes les parties con- stituantes du bulbe que je viens de décrire que j'en ai fait représenter une coupe fictive ( fig. 7) , mais qui pour cela n'en est pas moins vraie. On voit les membranes co- niques se diriger de bas en haut en convergeant , suivant un angle aigu , et aboutir toutes au canal central qu'elles forment par leur réunion 5 et l'intervalle qui sépare les cônes non encore vides , est rempli par la pulpe plus ou moins colorée que nous venons de décrire. ( ^4i ) V^ Observation. (Fig. 40 Une seconde penne de la queue d'un hocco , qui avait une gaîne de deux pouces et demi de longueur , et dont le développement était parvenu au point à-peu-près où la face externe de la lige est formée , mais où cette tige n'est pas encore toute remplie de matière spongieuse , à sa partie inférieure du moins , m'a présenté un bulbe charnu {ad) , de deux pouces de longueur , surmonté par cinq cônes membraneux qui occupaient la longueur d'un pouce ; il était entièrement revêlu de la membrane sli'iée interne qui devenait toujours d'autant plus distincte qu'on s'élevait davantage vers les cône? naembraneùx. Cette membrane enlevée , il m'a fait voir, dans toute sa longueur , le caractère fibreux propre au bulbe dans les premiers temps de sa foi'raation , et les cônes n'avaient de rapports entre eux que par leur base 5 ils étaient piû- vés de prolongement tubuleux , et leur sommet était libre. VP Observation. (Fig. 5.) Une autre penne de même espèce , et arrivée au même degré de développement , m'a montré , au point corres- pondant à la naissance des barbes , l'origine de filets noirs (b) (la plume avait cette couleur) qui suivaient la direction du bord de ces barbes , et comme s'ils eussent pris part à leur formation. On détacliait sans efforts ces filets intermédiaires à la membrane striée et aux barbes , en suivant la direction de celles-ci. ( i40 VIP Observation. (Fig. 5 et 6. ) Ce bulbe avait une adhérence avec toute la surface interne de celle lige 5 mais un léger effort suffisait pour l'en détacher , et comme les bords de cette partie de la tige se relevaient et que le bulbe les embrassait , il en résultait pour ce dernier deux rainures très-marquées dans toute sa longueur et très-lisses, les bords de la tige l'étant eux-mêmes. Les parties latérales du bulbe qui s'étendait au-delà des rainures étaient minces et frangées , et la partie moyenne , correspondant à la partie moyenne et striée de la tige , était en saillie et striée comme cette dernière. L'une était le moule ou la contre-épreuve de l'autre. Il résulte de là que ce bulbe se composait d'une partie supérieure (fig. 5 , aa) , et d'une partie inférieure formée elle-même d'une portion moyenne striée (fig. 6 , bb) , et de deux parties latérales lisses et frangées que je désignerai par le nom d'AiLEs (aa.) La lige, à son origine inférieure (ûg. ^ , 5 , 6 , c ce), était mince , unie , d'une apparence membraneuse , et enduite d'une couche de matière noire. A deux ou trois lignes plus haut naissaient les stries longitudinales dont nous venons de parler, et qu'on suivait jusqu'au point où elles étaient entièrement cachées sous la ma- tière spongieuse. Ses bords ne se relevaient que graduel- lement : à leur origine , la matière cornée n'était point encore sensible ; mais , plus ou s'élevait , plus cette ma- tière devenait abondante 5 elle avait de la mollesse , s'en- levait par lanières minces , et les bords se rapprochaient en s'épaississant jusqu'au point où ils se réunissaient pour former la face interne de la tige. La matière spon- ( ^43) gîeuse la plus nouvelle avait déjà toutes les qualités principales qui distinguent la plus ancienne; seulement sa mollesse la rendait semblable à une pulpe. Aussi, après avoir enlevé le bulbe de sa tige, trouvai-je que plusieurs portions de celte matière y étaient restées atta- chées , et qu'elles remplissaient les stries de cet organe. Tels sont les faits qui me paraissent les plus importans à extraire de mes recherches sur le bulbe , et desquels je crois qu'on peut jusqu'à un certain point déduire sa structure et ses caractères essentiels. L'examen du bulbe des plumes à tige tubuleuse nous donne l'explication du bulbe des plumes à tige solide , quoiqu'en apparence plus compliqué , précisément parce que ses parties sont séparées , et que l'analyse en semble naturellement faite. En effet , si les bulbas de ces deux sortes de plumes ne se ressemblent point , ils produisent cependant les mêmes matières , d'où il est simple de con- clure qu'ils sont essentiellement les mêmes , que leur nature est absolument identique. Ainsi le bulbe doit être considéré comme un organe double , c'est-à-dire qu'il a une portion antérieure et une portion postérieure , depuis le point où la lige et les barbes naissent jusqu'à celui où elles finissent , depuis l'extrémité originelle de la plume jusqu'à son ombilic supérieur. A partir de ce point jusqu'à l'ombilic infé- rieur il devient simple et uniforme dans toutes ses parties 5 et cette portion simple du bulbe ne commu- nique jamais qu'avec le tube. Dans les plumes à tige tu- buleuse la portion antérieure du bulbe est entièrement séparée de la postérieure , tandis que dans celles à tige pleine la première est intimement unie à la seconde ; ( i44) mais , dans les unes et dans les autres , ces portions du bulbe conservent les mêmes rapports : l'une est en com- munication avec la partie centrale de la tige , l'autre en revêt la face interne. D'où il suit que nous devons con- sidérer la partie moyenne de la portion antérieure des bulbes simples comme analogue de la portion antérieure toute entière des bulbes doubles. Leur portion posté- rieure est formée des ailes et de toutes les parties que. la membrane striée interne recouvre. La tige et les barbes étant les premières parties de la plume qui paraissent , c'est aussi la partie du bulbe qui les produit qui se montre la première ; et comme la plume se développe successivement en longueur, le bulbe se dé- veloppe de même ; mais luie fois que la partie la plus avancée a rempli sa destination , elle s'oblitère , se des- sèche , et disparaît en partie. En effet , tant que le bulbe est actif, il présente, outre les vaisseaux qui pénèti'ent dans son intérieur ou qui rampent à sa surface , de? fibres longitudinales , blanches , molles , élastiques , que je comparerais aux fils des toiles d'araignée ; et son acti- vité parait principalement résider à sa base et dans une partie assez restreinte de sa longueur. Aussitôt que son activité s'affaiblit , la partie où ce phénomène se passe change de nature 5 des membranes , en forme de cônes très-allongés et qui s'emboîtent, se développent , et se remplissent d'une matière pulpeuse , laquelle disparaît petit à petit à mesure que ces cônes , de blancs et d'o- paques qu'ils étaient d'abord , se dessèchent et deviennent transparens. Pendant un temps , ces cônes commu- niquent entre eux par un tube central 5 mais ce tube s'oblitère plus ou moins promptement suivant les plumes, ( i45 ) tît éans doute aussi suivant l'influcace de plusieurs cir- constances diverses qu'il serait important d'apprécier. Du développement des plumes. Ce sont les observations que je viens de rapporter, les plus concluantes de celles que j'ai été à portée de recueil- lir, qui doivent me servir pour l'explication du déve- loppement des plumes , de ces singuliers produits or- ganiques , que les oiseaux seuls nous présentent et nous présentent toujours ; car ces tégumens piliformes qu'on trouve chez certains oiseaux , et qu'on a considérés comme des poils , ne sont que des plumes dépourvues de barbes. Malheureusement ces observations sont bien insuffi- santes pour qu'il me soit possible d'atteindre le but qu'elles ont eu pour objet ; elles doivent cependant en rapprocher 5 et, si je ne puis les compléter, je m'efforce- rai de ne présenter mon explication que dans les termes les plus propres à faire distinguer soigneusement ce qui est fondé en fait de ce qui n'est que conjectural. La plume naissant dans un état complet de mollesse et d'imperfection , à la circonférence inférieure du bulbe et de la gaîne , au point où ces deux parties se confon- dent , et ne présentant encore alors que la fade externe et cornée de la tige , les barbules et peut-être le bord externe des barbes , il est manifeste que c'est de ce point qu'elle tire son origine , et par sa face externe qu'elle commence j et que c'est du même point que sortent suc- cessivement toutes les autres parties qui la constituent. C'est un fait que nous devons prendre tel qu'il nous est donné par l' observation , et au-delà duquel on ne pour- IX. 10 ( ^40 ) rait remouler que par des hypothèses dont nous devons nous garantir : il faut être plus confiant dans ses propres forces ou plus riche de science que nous ne sommes pour se les permettre. Mais si c'est du cercle ombilical que sortent les pre- miers rudimens de toutes les parties de la plume , c'est le reste du bulbe , produit en même temps qu'eux , qui les nourrit et les accroît , qui en forme tout-à-fait d'au- tres , et qui fait acquérir à la plume le développement qu'elle peut atteindre 5 car ses parties n'arrivent à leur terme qu'au point où la gaîne , comme tout ce qu'elle enveloppe , est arrivée à un état de dessiccation tel qu'elle puisse tomber en lambeaux ou en poussière ; or nous avons vu des bulbes actifs non réduits à l'état de cônes membraneux de plusieurs pouces de longueur. Dans les premiers instans de leur formation , la face externe de la tige paraît avoir toute son épaisseur ; mais les barbes , si elles existent , sont réduites à leur bord externe et aux barbules qui y sont attachées , et les membranes striées , comme les cloisons transverses , se confondent avec les barbes , du moins pour nos instru- mens. Une fois en contact avec le bulbe , celui-ci four- nit à la nutrition de toutes ces parties , aux membranes striées internes et externes et à leurs cloisons trans- verses par la bride circulaire , seul point de commu- nication entre le bulbe et ces membranes , comme nous l'a fait voir notice troisième observation 5 aux barbes par les bords latéraux de sa portion postérieure , car les fi- lets noirs , que notre sixième observation nous a mon- trés , ne me paraissent guère pouvoir se rapporter à autre chose qu'à la lame des barbes ; ils pénètrent entre ( ^47 ) les cloisons iransverses ci naisscui dans Fintcrvallc des points où celles-ci naissent elles - mêmes 5 à la matière cornée des faces internes et latérales de la tige par la surface inférieure de ses ailes 5 enfin , à la matière spon- gieuse par sa portion antérieure. On dirait même que l'origine des barbes a quelque chose de commun avec celle des faces latérales de la tige ; car lorsqu'on les ari'ache dans une direction parallèle à la tige et en se dirigeant contre le tuyau , elles entraî- nent avec elles une partie de la lame cornée qui revêt ces faces latérales , surtout si l'effort est lent , et elles laissent la lame cornée de la face externe dans un parfait éiat d'intégrité. Le bulbe nait simultanément avec la partie externe de la tige , les barbes et leurs membranes 5 et dès le pre- mier instant de son apparition , il sécrète et dépose les diverses matières qui doivent résulter des forces qui agissent en lui. Cependant la capsule se développe , croit en longueur avec tout ce qu'elle contient , et bientôt sa gaine se décoiffe , desséchée à son extrémité , parce que le sommet du bulbe cesse de vivre , et qu'en cette partie la plume est tout-à-fait formée. Alors rextrémité de la tige paraît, elles premières barbes s'épanouissent, avec leurs membranes et les cônes l'éduits à de simples pelli- cules transparentes , qui tomberont bientôt , ainsi que ces membranes , par l'effet du contact de l'air et des frottemens des corps extérieurs. Dans les plumes à tige pleine , la face interne de la lige ne se forme que successivement ; elle commence par ses bords et finit par sa partie centrale , et à mesure que la matière spongieuse se dépose , le bulbe s'oblitère à sa ( i48 ) face antérieure , les bords de la tige se rapprochent , et celle-ci ne se trouve plus recouverte que par les ailes productrices de la matière cornée. C'est le rapproche- ment de ces bords qui forme la rainure des tiges dont nous parlons. Dans les plumes à tige tubuleuse , la por- tion antérieure du bulbe déposant tout autour d'elle la matière spongieuse , il ne se forme point de semblables rainures , dans le plus grand nombre de cas du moins 5 la forme de la face interne de ces tiges dépend unique- ment de celle de la partie du bulbe qui eu produit la couche cornée. Ce sont ces phénomènes qui se manifestent aussi long- temps qu'a lieu le développement de la tige et de ses barbes ^ mais une fois que ces parties ont cessé de se pro- duire , il s'opère tout-à-coup un changement considé- rable : le bulbe se simplifie , sa portion postérieure se ré- ti'écitgi^aduellement, les barbes deviennent déplus courtes en plus courtes, les deux lignes sur lesquelles elles nais- sent se rapprochent en même temps que la face externe de la tige s'étend et s'arrondit en tube -, et un moment arrive où le bulbe , comprimé par ce rapprochement , ne tient plus à la partie qui jusque-là a produit les barbes et la couche cornée de la face interne , à sa por- tion postérieure , en un mot , que par un léger pédicule qui reste entre la matière spongieuse et la cornée , c'est- à-dire dans l'ombilic supérieur. Ainsi , dans les plumes à lige solide , la partie antérieure du bulbe ne produit pas de matière spongieuse , d'une manière sensible du moins, au-dessous de l'ombilic supérieur, étant détruite, ou pour mieux dire, oblitérée en même temps que la por- ijon postérieure , tandis que , dans les plumes à tige lu- ( 1^9) buleuse, cette portion antérieure se continuant immétUa- lement avec le bulbe du tube, reste plus long -temps vivante , et la matière spongieuse se dépose encore long- temps après que les barbes ne naissent plus et que rom- bilic supérieur est fermé. Dès que les barbes cessent d'être produites , la partie cornée de la face externe de la tige se dépose en abondance dans toute la circonférence du bulbe , et le tube se foi'me. Dans cette formation , la gaine ou ses parois internes s'unissent au tube , et c'est de la réunion de cette gaine et de la matière cornée que ce tube se constitue , comme nous l'avons vu dans nos observations sur la gaine. Enfin le moment arrive où la capsule a produit tout ce que la somme de vie dont elle était pourvue lui per- mettait de produire 5 elle se rétrécit par degré ; le tube suit ce rétrécissement et se termine en une pointe plus ou moins obtuse au milieu de laquelle est l'ombilic inr f^rieur. CONCLUSIONS. Les détails imparfaits dans lesquels on était entre sur la structure de l'organe producteur des plumes suffi- saient déjà pour montrer le peu de ressemblance qui existe entre lui et l'organe producteur des poils , en ad- mettant la structure de ce dernier telle qu'elle a été don- née dans les ouvrages qui s'en sont occupé d'une mar nière spéciale. Ceux que je viens d'exposer aclièvent de montrer les nombreuses dilî'érences qui existent entre ces deux organes et éloignent bien davantage les plumes des poils que ne devraient le faire penser les première* analpgies qu'on avait cru reconnaître entre eux. ( 1^0) Ainsi les plumes et les poils ont reçu la même dcsii- nalion; ils résultent l'un et l'autre d'une excrétion de mêmes matières 5 enfin leur organe producteur a une oi'igine commune 5 mais il n'y a aucune ressemblance entre leur structure , enti-e la manière particulière dont ils sont produits , entre l'organe qui en fournit la ma- tière et c|ui la dépose. Rien , en un mot , dans l'organe producteur des plumes ne pourrait donner une idée de la foi^mation , par cônes successifs , des poils , comme rien dans l'organe producteur des poils ne pourrait ex- pliquer la formation de la lige , des barbes et du tuyau des plumes. Tant que la capsule des plumes ne consistait qu'en un cône plus ou moins allongé et renfermé dans un étui , ainsi qu'on l'admettait , on pouvait à la rigueur regar- der la plume sécrétée par ce cône comme une succession de cônes elle - même ; seulement les molécules déposées par cet organe s'arrangeaient en tige , en barbes , en bar- bules , etc. Aujourd'hui une telle supposition ne pour- rait se soutenir ; il n'y a rien dans la sécrétion d'une plume qui ressemble le moins du monde à un cône , et si jamais les tégumens des animaux étaient soumis à une classification et à une nomenclature régulières , on ne pourrait donner aux plumes le nom générique de poils , ou réciproquement , que par le plus étrange abus de lan- gage, du moins dans l'état actuel de nos connaissances sur la structure de l'organe producteur des poils ; car il ne se- rait point absolument impossible qu'une étude plus exacte de cet organe ne fit découvrir entre lui et l'organe pro- ducteur des plumes des ressemblances que rien n auto- rise à y reconnaître aujourd'hui. Mais , dans cet étal de ( i5i ) nos connaissances , y a-t-il une parité quelconque entre les deux organes que nous comparons ? On ne manque- rait pas de raisons povir en douter. Le poil , tel qu'on le conçoit , ne semble demander pour son développement que l'activité de la papille du derme qui lui donne nais- sauce , qui le sécrète. Cette papille conique produit des cônes successifs dont la réunion forme le cylindre du poil , et celui-ci sera d'autant plus long et plus épais que la papille conservera plus long -temps son activité et sera plus grosse. Pour cela elle n'a besoin ni d'une organisation plus compliquée , ni même d'un dévelop- pement plus grand 5 il lui suffit d'un peu plus de vie que dans le cas où elle serait improductive. Gr ce n'est pas la papille du derme qui, chez l'oiseau, produit la plume j il faut à celle-ci un organe spécial , et la papille ne sert que de base à la capsule productrice des plumes. C'est sur elle que cette capsule prend naissance , croit , gran- dit , et sans doute à l'aide de ses vaisseaux , qui alors prennent un développement nouveau ; mais il n'y a entre * la papille et la capsule aucun autre rapport 5 et , dans le corps animal , parce que les vaisseaux d'une partie en nourrissent une autre par leur extension , ce n'est pas une raison pour que ces deux parties soient identiques. En efl'et , la capsule et la papille dermique me sem- ' blent deux organes très - distincts. La seconde subsiste toujours , fait partie constituante du derme ; l'autre n'est que fortuite et temporaire 5 l'une naît avec l'animal et dure autant que lui , l'autre est une création passagère qui se renouvelle périodiquement et dont une foule d'ac- cidens peuvent empêcher la formation ou modifier la structure. C ^52) Ainsi la capsule productrice des plumes -vient s'ajou- ter à ces autres organes , si propres à exciter l'étonne- :pient , qui naissent comme elle de toute pièce par le fait d'une sorte de création nouvelle , dont le principe est dans les parties dont ils dépendent essentiellement , mais que rien, absolument rien , ne manifeste avant ses effets, et on ne saurait nier la formation spontanée de cette capsule sans se livrer aux hypothèses les plus arbitraires et les plus contraires au véritable esprit des sciences d'observation. Il en est pour moi de cet organe commç des bois du cerf , dont aucun indice , avant leur appari- tion , n'annonçait ni les formes ni même l'existence fu- ture , et ce phénomène est le môme que celui du déve- loppement successif de toutes les parties des corps orga- nisés . On serait cependant loin encore de concevoir tout cç que l'organe producteur des plumes peut avoir d'in- fluence sur l'existence des oiseaux , si l'on se bornait k l'envisager dans sa complication. Combien n'est -il pas plus étonnant par son développement , quand on songe qu'il acquiert constamment la longueur des plumes ; qu'il ne cesse point de se développer pendant qu'elles se développent elles-mêmes ; qu'il est des oiseaux chez les- quels toutes les plumes se renouvellent chaque année et pour ainsi dire en quelques jours 5 que parmi celles-ci on en trouve de plusieurs pieds de longueur, et que des époques fixes sont marquées pour ces renouvellemens , c'est-à-dire que les papilles du derme sont alternative- ment douées d'une activité prodigieuse et condamnées à un repos absolu. Des faits aussi considérables suffisent sans doute pour C i53) rendre raison des nombreux accidens qui accompagnent la chute et le développement des plumes , la mue en un mot; toutes les précautions que ce phénomène nécessite 5 les dangers pour les oiseaux du froid et de l'humidité à cette époque j l'ohligatiou d'employer alors pour eux ime nourriture excitante et qui surtout ranime l'activité de leur peau. Ils nous expliquent même , jusqu'à un cer- tain point , une des causes qui rendent si difficile dans nos climats froids la reproduction des oiseaux des pays chauds , car les forces de la génération sont d'autant plus faibles que celles de la vie sont plus partagées 5 et chez ces biseaux la mue ne se fait qu'avec lenteur et est pres- que continuelle , ce qui n'a point lieu pour les oiseaux de nos contrées , chez lesquels l'époque de la mue diffère toujours de celle des amours. Il est douteux que l'organisation animale nous pré- sente beaucoup de phénomènes plus dignes de nos re- cherches et de nos méditations que le développement de la capsule productrice des plumes. Les observations renfermées dans mon Mémoire ne sont point encore suf- fisantes pour expliquer la structure et les fonctions de ce singulier organe , et cependant elles sont bien propres déjà à exciter notre curiosité par les faits inconnus qu'elles nous montrent et les rapports nouveaux qu'elles nous font apercevoir. Ainsi , plus nos connaissances sur les productions de la nature se multiplient , soit que nous pénétrions dans leurs détails , soit que nous nous élevions à leurs généralités , plus le sentiment d'admi- ration qu'elles font naître en nous s'approfondit ; car c'est toujours à l'infini qu'elles nous conduisent , c'est toujours un pouvoir sans bornes qu'elles nous révèlent. ( i54 ) EXPLICATION DE LA PLANCHE XLIV. Fig. I . Plume entièrement formée présentant ses diverses parties ; a , le tube corné ; i , la tige à sa face interne ; c , les barbes ; J , barbes avec barbules; e, ombilic inférieur ;y, ombilic supérieur. Fig. 3. Capsule productrice d'une plume de hocco de grandeur naturelle; a, ombilic inférieur; b, ligne moyenne. Fig. 3. Capsule de plume de hocco ouverte , qui montre en a les parois de la gaine renversés; en b une 'portion de la membrane striée ex- terne ; en c les barbes reployées ; en J la membrane striée interne , et en e la partie inférieure du bulbe. Fig. 4- Capsule de plume de hocco ouverte , et montrant en a le bulbe revêtu de la membrane striée interne , excepté en i , où cette mem- brane a été enlevée. Fig. 5. Capsule de plume de hocco ouverte; a, bulbe dépouillé de sa membrane striée ; b , filets noirs naissant du bulbe et se prolongeant sur les barbes , comme si elles en étaient formées. Fig. 6. Le bulbe de la capsule précédente , détaché de la plume et ren- versé de manière à montrer sa partie inférieure ; b , portion moyenne correspondant à la face interne de la tige et produisant la matière spongieuse ; a , les ailes produisant la matière cornée de la face interne de la tige. Fig. 7. Coupe d'une capsule de la plume de hocco, des figures 8 et 9. Fig. 8. Bulbe d'une plume de hocco composé de membranes coniques qui s'emboitent les unes dans les autres. Fig. g. Le bulbe précédent dont les membranes ont été débarrassées des matières qui les remplissaient et qui font voir leurs rapports et la formation d'un canal continu dans le centre. Fig. 10. Plume de marabou dont le tube et une partie de la tige sont ouverts , et qui montrent en a le bulbe terminé par un cône b, lequel est surmonté par un cône membraneux c , que suivent deux autres cônes e. Sur la face interne de la tige se trouvent cinq autres cônes membraneux {f) qui ne tiennent au premier que par l'ombilic supé- rieur. Fig. n. Autre plume de marabou dont le tube et la tige sont ouverts dans toute leur longueur, et qui a pour objet de montrer de quelle ma- nière les cônes membraneux du tube et de la tige ,eetg, communi- queut avec les cônes membraneux extérieurs y. Cette communication se fait par le cône c , qui s'introduit entre la matière spongieuse et la matière cornée eu dd , et vient sortir par l'ombilic supérieur eu J... Fig. J2. Deux cônes membraneux vus en dessus et en dessous b, aux- quels sont encore attachés des restes de membranes transverses. Mémoire sur le Foie et sur le Système de la veine porte des Poissons {i); Par le docteur Rathke. Malgré la grande variété que l'on' observe dans la structure du système de la veine porte chez les pois- sons , et qu'on aurait déjà pu soupçonner en se fondant sur le principe expérimental connu , que l'oscillation dans la forme d'un seul et même appareil ne commence à se fixer que dans les animaux des classes supérieures j l'on a cependant négligé jusqu'ici , autant qu'il m'est connu , d'examiner et d'apprécier comparativement cette structure sous quelque point de vue que ce soit. Il n'y a que le docteur Miclirenliof , de Stralsund, qui ait pu- blié il y a huit ou neuf ans une Dissertation sur la forme du foie de quelques poissons du nord de l'Allemagne ; mais il n'y a que peu d'exemplaires de cette Dissertation qui aient été répandus dans le public 5 et malheureu- sement je ne puis en faire usage moi-même actuellement, l'ayant perdue par un accident. J'ose donc espérer que le Mémoire suivant ne sera point désagréable aux ana- (i) Archit^.fiir Anat. iiiul Physiol. , 1826. ( i56) lomistes , et qu'il pourra être de quelque utilité pour la Biologie. D'après le type d'un grand nombre de Mollusques dont les poissons peuvent être regardés en quelque sorte comme un degré de développement plus relevé , nous remarquons dans quelques-uns de ces derniers un foie d'un volume très - considérable dans lequel le canal intestinal se trouve tout- à -fait prolongé et commp enseveli. Nous trouvons ce degré le plus inférieur de développement du foie dans quelques Cyprins , et no- tamment dans le Cjprinus carassius. Dans cette es- pèce , il s'étend par toute la longueur de la cavité abdo- minale , entoure tout le canal intestinal , ç'insiixue dans tous les espaces que ses circonvolutions laissent entre elles et les remplit tous de sa masse. Le foie est moins étendu dans les autres espèces indigènes de Cyprins , au lieu que dans le Carassin on ne pouvait encore nullement distinguer des lobes 5 la masse du foie s'est concentrée davantage dans ces dernières , et elle forme déjà trois grands lobes assis tout-à-fait antérieurement par une pièce transversale , plus ou moins épaisse, située sous le commencement de l'intestin entre sa seconde circonvolution et le péricarde , et occupant le fond anté- rieur de la cavité abdominale. Cette pièce transversale est d'une épaisseur considérable dans le Cjprinus as- pius et le C. tinca j elle est au contraire fort mince dans le Cfprinus jeses, C. vimba, C. latus, C. ballerus^ C. brama. (Dans les deux dernières espèces, le lobe droit ne communique avec le lobe moyen que par quel- ques troncs veineux et par une petite bande du paren- chyme. La bande pareiicbymaleuse qui unit le Itjbe ( 1^7) gauche avec le moyen est un peu plus épaisse. On re- trouve la même chose dans le Cjprinus vimba.) Quant au nombre des lobes dans lesquels se partage le foie de la plupart des Cyprins , j'ai déjà remarqué que j'en ai toujours trouvé trois , savoir, un droit , un gauche , et un moyen ou inférieur. Dans les espèces ce- pendant dont les côtés sont très - aplatis et où l'abdo- men forme presqu'un tranchant en bas , le lobe moyen ne se trouve pas tout-à-fait en bas et dans le milieu , mais il remonte un tant soit peu vers le côté droit. Sous le rapport de l'étendue , c'est tantôt le lobe moyen et tantôt le lobe droit qui est le plus long ; le lobe gauche est toujours le plus court , mais aussi le plus épais de tousj en sorte que dans quelques espèces sa masse égale à- peu-près celle de chacun des deux autres. L'un ou l'autre des deux premiers s'étend ordinairement jusqu'à la cour- bure postérieure du canal intestinal , tandis que le lobe gauche se prolonge rarement au-delà de l'intersection de la vessie natatoire. Le lobe moyen est toujours très-étroit et mince , de manière qu'il représente presque une bande épaisse avec des échancrures nombreuses et diverses sur ses bords ; c'est tantôt antérieurement , tantôt au milieu , et tantôt postérieurement, qu'il est le plus mince et le plus étroit. Les autres lobes ont pour l'ordinaire une forme prismatique avec des surfaces d'une largeur iné- gale , mais dont la plus grande correspond toujours aux côtes , et dont la plus étroite est tournée en haut. Dans le Cjprinus ballerus, le lobe gauche est étroit et mince en avant , et ne prend une largeur et une épais- seur considérable que derrière la seconde circonvolution intestinale qui fait une forte saillie eu avant. La face des ( i58 ) lobes externes du foie qui correspond aux côtes est donc plus ou moins large , suivant que l'espèce respective de Cyprins est plus ou moins aplatie et plus ou moins haute. Au devant de l'orifice du conduit qui de la vessie na- tatoire s'étend à l'intestin , les deux lobes externes du foie dans les Cyprins sont toujours réunis par une pièce transversale d'une longueur et d'une largeur plus ou moins considérables. Cette pièce est contiguë à une partie de la face inférieure de la portion antérieure de la vessie natatoire et recouvre aussi en partie la face supérieure de l'intestin. On voit d'après cela que , dans les Carpes qui ont le foie composé de trois lobes , cet organe forme encore un anneau complet autour du canal intestinal. Les Clupées qui se rapprochent des Carpes sous plu- sieurs rapports , surtout dans le Cjprinus cultratus qui fait le passage de l'un de ces genres à l'autre , ont éga- lement le foie composé de trois lobes dont la position est identique ou analogue à celle qu'on observe dans les Carpes. Mais ces lobes diffèrent en général de ceux des Carpes par leur forme en ce que leurs bords ne sont point échanci"és ou crénelés, mais égaux et lisses. Le lobe gauche est le plus épais comme dans les Cyprins , et d'une lai'geur considérable , en sorte qu'il occupe presque toute la hauteur de la cavité abdominale , et que sa face interne recouvre la plus grande partie de l'es- tomac j le lobe droit, au contraire, qui est situé fort haut , est mince 5 il présente trois bords , et s'étend en arrière jusqu'auprès du milieu de la cavité abdominale. Le lobe moyen est le plus petit , court , aplati , trian- gulaire j il n'est pas situé exactement au milieu , mais un peu vers le côté gauche. ( i59) La pièce transversale située au - dessus du canal in- testinal, qui , dans les Carpes, unit le lobe droit au lobe gauclie , manque dans les Harengs. Dans le Gadus callarias ^ le foie se compose également de trois lobes , mais qui se réunissent antérieurement , en sorte qu'ils forment une pièce de communication irès- épaisse et très-large. Le lobe moyen est large , très- court , d'une épaisseur considérable , et fortement voûté à sa face inférieure. Le lobe droit n'est guère plus long que le moyen j mais son extrémité , au lieu d'être ar- rondie est pointue et présente trois bords sur ses côtés. Le lobe gauche est encore ici le plus long; il s'étend d'avant eu arrière par toute la cavité abdominale \ il offre trois bords et une épaisseur médiocre ; de ses trois faces , l'une correspond à la vessie natatoire , l'autre aux côtes , et la troisième au canal intestinal. Le foie se présente encore avec trois lobes dans le Gas- tej'osteus aculeatus et le G. pungitius. Le lobe droit , étroit et mince, s'étend jusqu'à l'extrémité de la cavité de l'abdomen 5 le lobe moyen , plus court , offre la plus gi^ande épaisseur , et se trouve un peu aplati sur ses côtés -, le lobe gaucbe est le plus petit , surtout dans le Gasterosteus aculeatus^ il est aussi fort étroit. Du reste, tous les lobes ne sont unis en avant que très-faiblement entre eux. Là où le foie s'est concentré encore davantage il se trouve partagé en deux lobes , dont l'un appartient à la moitié gauche et l'autre à la moitié droite du corps. Alors ils ne sont toujours que d'une longueur médiocre , de manière qu'ils n'atteignent guère le milieu de la cavité abdominale , quand même elle n'a que peu de longueur. ( i6o) Mais l'épaisseur des lobes du foie et de la pièce de cotn- munication antérieure est plus ou moins considérable , suivant que les diamètres transversaux de la partie anté- rieure de la cavité abdominale sont plus ou moins grands ; c'est ainsi que, notamment dans le Cobids fossilis , ces lobes sont fort minces et situés de manière que l'un de leurs bords se dirige en haut et l'autre en bas 5 ils sont unis entre eux antérieurement par une pièce transver- sale mince et étroite. Le foie du Gasterosteus spînachia ressemble à celui du Cohitis fossilisj les deux lobes enveloppent la pres- que totalité de la face inférieure de l'estomac et s'éten- dent en bas jusqu'à son extrémité 5 du reste , le lobe gauche est le plus large et le plus épais : celui du côté droit , situé entre l'estomac et la paroi latérale du tronc , est le plus long. Tous les deux ne sont unis que faible- ment entre eux à leUr partie antérieure (i). Dans le Blennius , au contraire, le foie ne paraît con- sister en quelque sorte qu'en une seule pièce partagée dans le sens de sa longueur par une scissure en deux lobes épais fortement voûtés à leur face inférieure et an- térieure. Le foie est conformé de la même manière dans YAm- modytcs tobianus^ il est seulement plus long, mais aussi plus mince en proportion de sa largeur que dans la Blennie. (i) D'après M. Cuvier , le foie du Gasterosteus spinachia serait com- posé de quatre lobes. N'ayant eu à ma disposition qu'un seul exemplaire, je ne sam-ais dire si ce n'est là qu'une difîérence individuelle. ( i6ï ) Le foie du Silure se compose également de deux lobes^ dont le gauche est aussi le plus long et le plus épais. Il en est de môme du foie des Pleuronectes qui a l'un de ses lobes bien plus grand que l'autre. Si on se repré- sente un de ces poissons placé de manière que son anus soit dirigé en bas , le petit lobe du foie se trouve sur le côté droit et le grand sur le côté gauche 5 en devant ils sont xuiis par une petite pièce transversale ; tous les deux sont fortement aplatis 5 le grand lobe a une figure obovée; sa grosse extrémité est tournée en arrière, et recouvre une grande partie de la surface externe de l'estomac et de l'intestin. Des deux surfaces de chaque lobe , l'une regarde en dedans et l'autre en dehors. Mais ici le Turbot fait exception , en ce que son lobe gauche n'est pas seulement beaucoup plus grand que dans les autres Pleuronectes , mais aussi parce qu'il pé- nètre par l'anse simple formée par le canal intestinal dans le côté droit , et forme ici le lobe droit. Les deux lobes ainsi réunis laissent entre eux une rainure profonde dans laquelle vient se loger le canal intestinal. Le lobe droit est considérablement plus petit que dans les autres espèces de Pleuronectes. Ordinai- rement le foie , quel que soit le nombre de ses lobes , est situé au-dessous du canal digestif 5 sa situation doit donc être d'autant plus frappante dans le Turbot , où il se trouve entouré par ce canal , comme nous venons de la faire remarquer. La situation du foie bilobé de l'Estur- geon n'est pas moins remarquable , car dans ce poisson il est également placé entre les circonvolutions de l'in- teslin. En l'examinant avec plus de soin , on le voit for- mer derrière le cœur et dans une étendue assez considé' IX. Il ( l62 ) rable une pièce simple occupant toute la largeur de la cavité abdominale et n'oflVant qu'une épaisseur mé- diocre j il n'y a que sa moitié postérieure qui se partage en deux lobes latéraux. Au-dessus de lui, l'œsophage se contourne sur la moitié antérieure de l'estomac. Mais là où les lobes commencent à la portion antérieure du foie , l'estomac se recourbe , se prolonge eu bas entre ^ ces deux lobes , s'applique contre la face inférieure de Ja moitié antérieure du foie en remontant vers le de- vant , et se termine au - dessous de cette portion du foie dans l'intestin grêle , de manière , par conséquent , que la moitié postérieure de l'estomac , une partie de l'intes- tin grêle et le pancréas se rencontrent au - dessous du foie. Des deux lobes , au reste , le gauche est encore ici le plus épais et le plus gros. Le passage au foie simple s'observe dans la Lotte franche dans laquelle cet organe a presque la forme d'un coin avec une scissure à sa face postérieure. Le foie est loul-à-fait simple dans le Lièvre de mer , ou Lump , les Cottes , le Saumon , la Lamproie , l'An- guille , le Brochet et le Goujon. Mais , à la vérité , la forme et la position de ce foie simple difïèrent beaucoup suivant les diverses espèces de poissons , et ces diiféreuces me paraissent dépendre en général de la conformation du corps entier ; si nous les passons en revue l'une après l'autre , nous voyons dans le Brochet et dans l'Anguille le foie ayant presque partout à-peu-près la largeur que présente antérieure- ment la cavité abdominale j sa longueur est médiocre , son épaisseur diminue graduellement d'avant en arrière en forme de cône 5 sa face supérieure conliguë à l'o- I ( i63) rigine du canal inlestinal , est concave dans le sens de sa longueur ; sa face inférieure est convexe. Dans l'An- guille , du reste , son extrémité est large et présente une petite scissure longitudinale 5 dans le Brochet , il est large et arrondi eu arrière. Dans les Saumons , le foie qui est court , étroit et en général mince, est situé dans la moitié latérale gauche de la cavité abdominale ; il recouvre en partie l'estomac à sa face inférieure et gauche ; il entoure ensuite avec une portion plus ou moins épaisse et large la coui'bure que l'intestin grêle forme avec le pylore , se placé ici entre celte courbure et le péricarde , et se prolonge enfin un tant soit peu dans la moitié latérale droite, sans ce- pendant y former un lobe particulier. Dans les Chabots et dans le Lièvre de mer , le foie est à-peu-près de la môme figure , et il n'est formé dans ces poissons que d'une seule pièce , renfermée en entier dans la moitié latérale gauche , recouvrant l'estomac dans sa plus grande partie, et contiguë par son bord droit aux appendices du pylore. Tout-à-fait antérieu- rement, le foie se prolonge par une pointe mince et étroite dans la moitié latérale droite du corps ; posté- rieurement, il ne s'étend pas lout-à-fait jusqu'à l'extré- mité de l'eslomac •■, il est arrondi sous forme d'arc en cet endroit. Il résulte de là que dans les poissons en question le foie forme un triangle irrégulier d'une hauteur peu considérable. Leur cavité abdominale étant assez vaste, le foie a pu prendre une largeur et une épaisseur notable qui sont cependant bien plus marquées dans le Lièvre de mer que dans les Cottes (i). (i) D'après M. Cuvier , le Cottus scorplus aurait cleii\ foies ; je u'.ii jamais rien observé de pareil dans aucun individu. ( i64 ) Dans les espèces de Perches , le foie est aussi simple et se trouve situé presque en totalité dans la moitié latérale gauche , où il descend en arrière jusque vers le deuxième tiers de la cavité abdominale ; cependant une portion de cet organe qui se prolonge le long du fond antérieur de la même cavité s'étend ensuite à quelque distance dans ta moitié latérale droite du corps. Dans le Goujon , le foie est large , arrondi en arrière, médiocrement épais , et se trouve situé pour la majeure partie dans la moitié latérale droite. l!n résumant ce qui a été dit jusqu'ici sur la si- tuation du foie , nous voyons que dans la classe des poissons, à l'inverse de ce qui a lieu dans celle des mam- mifères , cet organe tend absolument à se placer du côté gauche. Déjà dans les Clupées et les Gades , nous avons trouvé le plus grand lobe du foie , par conséquent sa par- tie prépondérante dans la moitié latérale gauche 5 dans le Lièvre de mer , dans les Pleuronectes , les Perches , les Saumons et les Cottes , cette moitié en renferme la masse presque entière. Dans ce cas , celle masse couvre aussi en particulier la moitié gauche de l'estomac. Cette observation réfute donc suffisamment l'opinion de ceux qui ont cru que le foie tendait toujours à se placer du côté droit. Tandis que le foie se place davantage dans la moitié gauche du corps chez les poissons , la rate tend à se rapprocher du côté droit jusqu'à ce qu'enfin elle parvienne à s'y placer réellement , comme dans l'Am- modyte (i). Mais là où la moitié plus considérable du (i) Koy. Rathke , Beilrœgç zur Geschichie der Thienvelt , vol. 2 j tab. II, fig, i,/ I ( i65) foie se trouve dans le côté droit, comme c'est le cas dans les Carpes , la rate entre dans la moitié latérale gauche ou descend tout-à-fait à l'extrémité de la cavité abdominale, comme dans le Goujon. Je réserve des dé- tails plus exacts sur ce sujet pour un Mémoire dans le- quel il sera question de la rate des poissons. Avant d'aller plus loin je crois pouvoir faire re- marquer encore une circonstance : nous voyons déjà dans d'autres animaux , mais principalement dans les pois- sons, que le foie se montre d'autant plus lâclie et plus mou dans son tissu , qu'il est plus gros , et que ce tissu est d'autant plus ferme et plus dense que la masse de l'organe est plus petite. Nous observons la même cliose dans les reins et dans d'autres glandes. Mais nous ne remarquons pas que la fonction de ces organes ait pris im développement proportionné à l'augmentation du, volume. Il n'y a pas même dans ce cas augmentation proportionnée dans la quantité de la matière sécrétée. Mais toujours , comme j'ai pu l'observer bien des fois , le produit de la sécrétion est d'autant moins travaillé que le volume de l'organe sécréteur est plus considérable relativement à la masse totale du corps. jVous ne pouvons donc nullement conclure de l'extension d'un pareil or- gane à une plus grande activité de sa part 5 car plus il occupe d'espace relativement au corps entier , moins il est parfait dans son intérieur , moins son tissu ojQTre la consistance nécessaire pour que la vie s'y prononce bien énergiquement. Ce que je viens de dire du foie des poissons peut déjà servir à confirmer la loi naturelle démontrée pas ( i66 ) J. F. Meckel (i) : « qu'en remontant dans l'échelle animale , les systèmes et les organes paraissent de plus en plus concentrés en eux-mêmes. » C'est-à-dire, que si dans la série des animaux un organe doit se perfec- tionner , il n'y a d'abord que des pièces homologues qui se réunissent , qu'ensuite ces pièces se fondent entre elles et formewt un tout , un ensemble , qui , au lieu de la composition qu'on observait d'abord dans son exté- rieur, la laisse apercevoir maintenant principalement dans son intérieur. Mais cette loi se montre d'une manière bien plus distincte encore dans la veine porte elle-même. Son examen anatomique nous présente déjà presque tous les modes de conformation connus dans les poissons qui occupent le rang le plus inférieur parmi les animaux; vertébrés, et à partir desquels tous les autres se sont élevés. Passons donc en revue les différentes variations qui se rencontrent dans la structure du système de la veine porte des poissons. Nous ne pourrons indiquer que très - généralement les formes particulières; une des- cription exacte de chaque branche et de chaque rameau vasculaire , n'étant pas seulement ennuyeuse pour le lec- teur, mais aussi inutile pour la science. Commençons notre examen par les Cyprins dans lesquels , parmi les poissons indigènes , la veine porte se trouve au degré le plus inférieur de son développement. On serait presqu'en droit de soutenir que dans la plu- part des Cyprins il ne se rencontre non pas trois lobes hépatiques différens , mais , à proprement parler, trois, (0 Beitrœge , vol. ii , i" <;ahier, p. 61, ( i67 ) différens foies qui ne sont que faiblement unis entre eux. Car , quoique les conduits biliaires viennent se réunir en un seul tronc , en naissant sous forme d'arbre des trois lobes , chacun de ces lobes a pourtant son système veineux propre qui , dans le Cyprinus ballerns sur- tout , parait n'avoir presque aucune communication par les terminaisons des veines avec celui des autres lobes , et qui prend toujours son origine d'une région détermi- née de l'abdomen. Je remarque en outre que dans les Cyprins tout le sang qui se rend aux parties de la géné- ration est aussi apporté au foie par le système de la veine porte ; ce cas ne se retrouve probablement , à un degré égal , que dans un petit nombre d'auti'es poissons. Cette extension , si frappante du système de la veine porte dont je ne connais pas d'analogue , si ee n'est dans les Tortues (i) , doit nécessairement entraîner aussi une grande différence dans l'économie intérieure de ces pois- sons, comparée à celle des autres espèces; et ellemérite- rait bien un examen approfondi du côté de la physiolo- gie. Je crois cependant que le temps n'en est pas encore venu , et que pour prononcer en cette matière il faudra avoir d'abord examiné soigneusement un bien plus grand nombre de poissons. Considérons donc maintenant de plus près chacune des parties du système de la veine porte dans les Cyprins. Dans les animaux des classes supérieures , et comme nous verrons plus tard aussi dans le plus grand nombre des poissons , les petites veines , qui environnent le canal intestinal et qui en sortent , se réunissent en plusieurs (i) yoy. BojAMJs dansl'/sii, année 1818, p. 1428. ( i68) branches, et celles-ci en un seul ou en un petit nombre de troncs principaux qui se l'endent alors dans le foie. Au lieu de cela nous trouvons dans les Cyprins , que chaque branche qui s'était formée par la réunion des petites vei- nules intestinales , après que celles-ci avaient formé sur les différentes portions de l'intestin de petits réseaux qui se rapprochent en procédant les uns d'avant en arrière , et les autres d'arrière en avant , nous trouvons , dis-je , que ces branches pénètrent après un court trajet , et en se dirigeant , soit en avant , soit en arrière , soit aussi toutes droites et transversalement , dans le lobe du foie qui en est le plus rapproché , ou bien aussi dans la pièce de conjugaison de tous les lobes. Dans le Cjprinus bal- lerus cependant , il y a quelques troncs qui , formés entre les circonvolutions intestinales , se rendent à la pièce de communication. Ce n'est que dans l'intérieur des différens lobes que ces réseaux veineux se réunissent en un tronc commun qui s'étend tout le long de la face supérieure et interne du lobe , et qui augmente en capa- cité en procédant d'arrière en avant, suivant que les ré- seaux veineux libres pénètrent dans le lobe à une plus ou moins grande distance entre eux. Mais tout-à-fait anté- rieurement le tronc recommence à diminuer en se ra- mifiant diversement , comme dans les autres vertébrés , pour se réunir de nouveau pour la formation des veines hépatiques. Dans le plus grand nombre des poissons , les veines ramifiées sur les organes de la génération se réunissent en uxi tronc commun en formant avec ce dernier des angles droits. Ce tronc augmente en grosseur d'arrièie en avant et se termine enfin dans le sac veineux du coeur ( ï69 ) ^ ( à proprement parler dans les appendices veineux (i) ) ,' sans avoir aucune communicalion organique avec le foie. Au lieu de cela on trouve dans les Cyprins sur la surface inférieure de l'ovaire ou du testicule (surface qui devient interne plus tard par suite de raccroissement des par- ties ) , un tronc veineux commun dans lequel se rendent les rameaux de la surface externe et interne de ces parties génitales 5 mais ce tronc veineux , au lieu d'augmenter toujours en capacité à mesure qu'il procède d'arrière en avant , devient au conli'aire plus gros de ses deux extré- mités vers le milieu de son étendue. La raison de cette disposition est la suivante : ce tronc ne s'éloigne pas des parties génitales pour se rendre directement au cœur, mais il envoie tantôt une brandie , comme dans le Cj- prinus ballenis , ou plus ordinairement à l'instar des veines du canal intestinal, un grand nombre de ra- meaux courts qui en sortent à des distances plus ou moins grandes, se dirigent transversalement en bas et en dedans et pénètrent également dans le lobe hépatique le plus rapproché (par conséquent les rameaux de la partie génitale droite pénètrent dans le lobe droit, et ceux de la gauche se rendent dans le lobe gauche) , pour contribuer à augmenter le tronc commun de ce même lobe. Le sang des parties génitales se rend aussi dans la veine porte dans la Lotte et dans quelques autres pois- sons. Dans le Turbot , qui a le foie eutouié par le canal in- (0 f^ojez sur ces appendices le Irav.iil tk- M, TietluraaHn sur la sliuc- iurc du cœur des poissous. ( I70 ) linal , le sang se réunit en partie dans quelques rameaux veineux plus considérables , à peu près comme dans les Carpes. Cependant la plus grande quantité du sang venant du canal intestinal s'amasse sur quelques points de l'intestin dans un grand nombre de rameaux plus pe- tits qui pénètrent dans le foie aux endroits les plus dif- férens. La veine splénique , qui est simple , s'est déjà réunie à l'un des rameaux hépatiques plus considérables ^ et les veines des parties génitales se rendent immé- diatement dans la veine cave. Au défaut d'ensemble que nous remarquons dans le système de la veine porte et dans ses ramifications chez les Cyprins et le Turbot se joint aussi l'absence du mé- sentère , qui probablement en est plutôt la suite que la cause. De l'absence du mésentère dans lequel les veines auraient pu trouver leur point de réunion , il résulte que les rameaux veineux différens de la veine porte se trou- vent à découvert sous la forme de filets minces et libres entre les différens organes de la cavité abdominale , et qu'elles servent comme les filets du péritoine à unir entre eux et à fixer dans leur position ces mêmes organes . C'est comme une conformation de transition , une sorte de tendance à la perfection du système de la veine porte , perfection qui se prononce par un en- semble bien circonscrit , que nous devons regarder le mode de structure de ce système tel qu'il se présente dans la plupart de nos poissons indigènes. Mais ici s'offrent quelques variations que nous pourrons peut-être réduire à la division suivante : 1°. Toutes les veines qui ramènent le sang des viscères abdominaux vers le foie se sont réunies en trois troncs ( 171 ) qui pénètrent dans le foie , séparés les uns des autres. Ce cas existe dans le Cottus scorpius. ( Je ne saurais indi- quer avec certitude si cela existe aussi dans le Cottus gobio. ) 2". La plupart de ces veines se sont réunies en deux troncs qui se rendent séparément dans le foie. Quel- ques rameaux isolés cependant ne s'y sont pas encore réunis , et pénètrent eux-mêmes dans le foie après un court trajet dans le Cohitis fossilis , le Narvaga , la Be- lone , le Hareng , les Epiuoches , les petites espèces de Pleuronectes. 3**. Toutes ces veines se réunissent en deux troncs qui entrent séparément dans le foie. ( Dans la Blenuie , le Brochet , l'Éperlan. ) 4°. La plus grande partie de ces veines forme enfin un seul tronc. Mais, outre ce tronc, il y a encore des ra- meaux plus petits qui pénètrent isolément dans la sub- stance du foie. ( Dans le Lump , l'Alose , l'Ammodyte , la Perche , la Lotte , le Silure. ) 5°. Toutes ces veines se réunissent en un seul tronc simple avant de verser leur sang dans le foie. (Dans l'Anguille , la petite Perche de rivière , la Barbotte , le Goujon , la Lamproie. ) Cependant je dois observer ici que celte division n'est prise que du terme moyen du nombre des individus des différentes espèces de poissons examinés. J'ai vu, quoi- que rarement , de légères variations individuelles. Il a été prouvé su^samment par des expériences des temps anciens et modernes que les veines du canal intestinal ne reçoivent pas seulement les résidus usés , provenant du procédé végétatif de la nutrition , mais ( 172 ) qu'elles président aussi à la réception du chyle. S'il est donc probable que la même cîiosc a lieu aussi dans, les Poissons , peut-être même à un plus haut degré que dans les Mammifères et les Oiseaux , on sait aussi que rien de certain n'est encore connu à cet égard. Cepen- dant plusieurs phénomènes parlent clairement en fa- veur de cette opinion 5 car plus le canal intestinal est court dans les poissons ( par rapport sans doute aux di- mensions de la cavité abdominale et de tout le corps ) , plus nous le voyons richement pourvu de réseaux vei- neux. Cela se rencontre surtout dans les Loches qui onî l'intestin d'une couleur rouge très -intense 5 je me suis même convaincu souvent que , dans la Loche d'étang , le sang s'accumule tellement dans les veines intestinales au moment de la mort qu'elles en sont déchirées et que le liquide qu'elles contiennent s'échappe dans la cavité abdominale. Après les Cobites , c'est la Bellone dont l'intestin me parait fourni des réseaux veineui les plus abondans ; viennent ensuite l'Anguille , la Lamproie et les Pleuronectes : dans quelques-uns de ces derniers ce- pendant l'inleslin a déjà une longueur assez considé- rable. Dans les poissons dont l'estomac s'est développé con- sidérablement quant à sa circonférence , mais dont l'in- testin n'a que peu de longueur , comme dans le Coltiis scorpius et dans le Brochet , les veines qui se distribuent sur l'estomac sont si nombreuses qu'elles semblent l'emporter de beaucoup sur celles de l'intestin. Dans d'autres poissons , au contraire , qui ont le rectum con- sidérablement développé , soit sous le rapport de la forme , soit sous celui de sa structure intérieure , ce der-» (173) ïiicr est plus rouge que la partie moyenne de l'inlestin ; l'on peut s'en convaincre entre autres dans quelques es- pèces de Saumons ainsi que dans les Harengs et dans la Blennie. Au reste , la teinte rouge de la portion mi- toyenne de l'intestin m'a toujours semblé diminuer d'a- vant en arrière. Les appendices du pylore sont également d'un rouge fort intense produit par le sang veineux 5 mais ici l'aug- mentation de la rougeur ne répond pas à une exaltation vitale déterminée par l'introduction des alimens 5 il est probable qu'un plus grand nombre de veines n'y est né- cessaire que parce qu'il faut un afflux plus considérable de sang artériel pour fournir à la sécrétion muqueuse qui s'y opère. A l'exception des Cyprins , toutes les veines qui dans les autres poissons proviennent de l'extrémité anale et de la portion mitoyenne de l'intestin , se réunissent en général en un seul tronc que nous nommerons désor- mais exclusivement la veine mésentérique. Si l'intestin est droit , ou s'il ne se compose que de quelques por- tions juxta -posées , les rameaux veineux particuliers se terminent dans la ■^eine principale sous des angles plus ou moins droits ; mais si l'intestin forme des circonvo- lutions nombreuses, les rameaux secondaires se réu- nissent sous des angles aigus pour former le tronc prin- cipal , comme dans les animaux des classes supérieures , et ce cas se rencontre particulièrement dans le Lièvre de mer et dans la Blennie. En général , les réseaux veineux qui apportent leur sang dans une veine mésentérique simple se réunissent en rameaux à la face supérieure de lintestin ; mais dans ( 174 ) la Blennic il y a aussi un gros rameau veineux qui suit la face inférieure de l'intestin et qui est formé par la réunion de deux autres rameaux , dont l'un appartient à l'intestin grêle et l'autre au gros intestin. La réunion s'opère là où l'intestin grêle se termine dans le gros in- testin 5 enfin , le rameau, dont il est question s'abouche dans la veine mésenlérique. Nous voyons quelque chose d'analogue dans les Epinoches , la Perche et le Cottus scorpius , dans lesquels ou trouve aussi une grande veine correspondant à la face inférieure du gros intestin , et se rendant enfin dans la veine mésentérique très - près de cet intestin et au-devaut de lui. • Dans l'Ombre on trouve un rameau particulier qui se dirige le long de la face inférieure de la portion mi- toyenne de l'intestin , et qui se réunit enfin également avec la veine mésentérique. Dans le Hareng enfin , où l'on observe un rameau veineux qui parcourt à peu près toute la longueur du canal intestinal , ce rameau se réu- nit avec les veines des appendices du pylore. Deux veines intestinales qui pénètrent séparément dans le foie s'observent dans le Cobitis fossilis ; l'une d'elles parcourt la longueur de l'intestin à sa face in- férieure et l!aulre à sa face supérieure. Deux troncs veineux pareils se retrouvent aussi dans la Bellone ; mais dans ce poisson l'un de ces rameaux est placé au côté droit , et l'autre , qui est plus gros , au côté gauche de l'intestin contre lequel ils sont à peine appliqués , le mésentère s'altachant au milieu entre l'un et l'autre. Dans les petites espèces de Pleuronectes il y a même trois troncs principaux pour les veines intestinales, qui se rendent séparément dans le foie , et qui sont situées ( '75 ) sur les côtés gauche et droit de l'intestin , comme dans la Bellone ; cependant chaque tronc se trouve ici dans un mésentère particulier, et tous les trois communi- quent assez fréquemment entre eux par de petites anas- tomoses avant de pénétrer dans le foie. Les veines de l'estomac se réunissent avec la veine mésentérique dans l'Ombre ( avec son rameau infé- rieur ) , le Lièvre de mer , le Hareng , l'Ammodyte , la Perche, la petite Perche de rivière, le Goujon. Elles s'y réunissent eu partie et entrent en partie séparément dans le foie dans l'Alose, le Brochet, les petits Pleuro- uectes , le Cottus scorpius , le Narvaga et la Barhotte. Dans ce dernier cas , du reste , les veines de l'estomac qui vont au foie se réunissent en un seul tronc, comme dans le Brochet et le Cottus scorpius , dans lequel ce tronc reçoit encore la veine splénique qui est simple, ou elles se rendent au foie sous forme de petits troncs : la Blennie appartient aussi à cette section. Dans ce pois- son , la plus grande partie des veines de l'estomac se réunit aux veines des appendices pyloriques et avec quel- ques ramuscules de la partie la plus antérieure de l'in- testin , pour entrer ensuite dans le lobe gauche du foie : toutes ces veines forment très-près du foie un rameau transversal qui communique aussi par une anastomose avec la veine mésentéx'ique : outre cela , un nombre bien plus petit de veines de l'estomac se termine encore dans la veine mésentérique. Dans les Eperlans, les veines de l'estomac se rendent dans le foie , unies seulement aux veines des appendices pyloriques. Les veines qui prennent naissance sur ces mêmes ( 176) appendices , et eiilre eux, n'entrent pas dans le méseii' 1ère proprement dit , mais elles se réunissent en géné- ral aux veines méseutériques très -près et au - dessus du foie. Ce cas existe dans l'Ombre (elles sont unies dans ce poisson avec la veine qui parcourt la longueur de la face inférieure de l'intestin), le Lièvre de mer, la Percîie , la Barbotte ; elles se joignent aux veines de l'es- tomac dans la Blennîe ; elles entrent séparément dans le foie dans l'Ammodyte en ne formant qu'un rameau unique 5 elles se rendenf en partie au foie et en partie dans la veine mésentérique dans l'Alose , le Narvaga , les Eperlans. Quant aux veines de la rate , celles des Carpes , dont la raie est ires-volumineuse^, se réunissent en un seul gros tronc , ou eu plusieurs autres plus petits , et se rendent directement et après un trajet très -court , dans le lobe gauche du foie , en sorte qu'ici la rate se trouve très - rapprochée du foie. La veine splénique se rend également dans le foie dans la Lotte j mais elle est unie à la veine des parties génitales. Au contraire , les veines spléniques , réunies en un seul tronc , se termi- nent dans le tronc principal de la veine mésentérique dans les Eperlans et les Harengs ', dans vm tronc des veines de l'eslomac dans le Chabot 5 réunies en cinq branches, elles se rendent dans l'une des veines mésen- tériques dans la Bellone 5 en quatre branches dans les petits Pleuronectes , en deux dans le Lièvre de mer. Dans le Brochet , la veine splénique , qui est simple , se ter- mine dans une branche secondaire de la veine mésenté- rique , à une assez grande distance du foie. Dans les Epi- noches , l'Ammodyte, la Perche, la Blennie , la Barbotte ( Ï77 ) et le Goujon , elio va s'unir avec le tronc des veines mé- sentériques. Dans l'Ombre, il y a cinq ou six veines spléniques qui se réunissent à l'une des veines de l'es- tomac. Dans les poissons où il se rencontre un estomac dont la portion pylorique et cardiaque forme une fourchette, la veine mésentérique passe en général de haut en bas par cette même fourchette pour entrer dans le foie 5 mai» là où l'estomac passe tout simplement à l'intestin grêle , ou lorsqu'il n'existe point du tout , la veine mé- sentérique , qui est simple , se dirige de haut en bas le long de l'intestin. Il est remarquable que dans quelques Poissons toutes les veines de l'intestin et de l'estomac se réunissent non pas à quelque distance du foie , mais seulement à sa sur- face supérieure et concave. Ce cas se rencontre surtout dans la petite Perche de rivière et dans la Blennie : nous voyons aussi quelque chose d'analogue dans le Brochet, où la réunion de la plus grande partie des veines intes- tinales s'opère tout près du foie , ou plutôt sur le foie même , tandis cju'une autre partie plus petite pénètre isolément dans cet organe. Un objet plus remarquable encore c'est la réunion des veines intestinales dans la Perche , dans laquelle les veines de l'intestin, des appendices pyloriques , et la plupart des veines de l'estomac se réunissent enfin en un large demi -cercle contigu à la face inférieure de la portion pylorique de l'estomac , au devant des appen- dices du même nom 5 ce demi - cercle envoie ensuite au foie trois branches séparées. Nous voyons les veines se réunir d une manière ana- IX. 12 (178) logue dans la Baibolle el le Narvaga. Dans la première il y a également trois branches séparées qui vont au foie après avoir pris leur origine dans un tronc veineux , gros et court , qui reçoit tout le sang du canal alimentaire et , n'est point ce que l'on appelle une coupe théorique , c'est-à-dire dans laquelle on a repré- senté , en les réunissant sur un même point de vue, des faits qui se seraient présentés dans des lieux et quelquc- tois dans des circonstances dirférentes. M. Jouannet nous ( igo ) apprend, dans une lellre postérieure à celle-ci, que c'est une représentation exacte du terrain tel qu'il se montrait dans le lieu où il en a pris le dessin ; que ce terrain se monti'e ainsi sur les bords d'un plateau graveleux et ondulé de plus de cent mètres d'étendue , et qui a été excavé à environ dix - sept mètres de profondeur. Il est assez difficile de dire exactement à quelles couches du terrain de sédiment supérieur du bassin de Paris répon- dent ces diverses couches , mais on peut présumer que le gravier ^ représente le calcaire grossier, le sable de ses assises inférieures et celui qui recouvre la partie su- périeure du dépôt d'argile plastique qu'on nomme les fausses glaises. B paraîtrait représenter l'argile plasti- que. L'absence de corps organisés et la présence du fer limoneux concourent, avec la position, à établir cette analogie. CDE pourraient être le terrain de craie 5 les coquilles ne sont pas précisément de l'espèce , ni même du genre de celles qu'on trouve le plus ordinairement dans la craie, mais elles ne présentent non plus aucun fait eu contradiction complète avec ce qu'on a observé jusqu'ici* ( 19Ï ) Note sur la Présence de deux genres de Pachy- dermes ., Cliœropotame et Palœotherium, dans Im brèches de Sète (^Hérault) et de plllefranche- Lauragais (^Haute-Garonne^; Par M. Marcel de Serres. Les deux genres înconnus de Pachydermes que M. Cu- vicr a décrits sous les noms de Chœropotame et de Palseo- llierium, ont été observés jusqu'ici dans les terrains d'eau douce inférieurs et les terrains marins supéi'ieurs, mais principalement au milieu des gypses calcarifères qui ap- partiennent à la première de ces formations. Ces genres, qui n'ont plus aujourd'hui de représentans sur la terre, ne sont point uniquement bornés à des terrains aussi peu répandus et aussi circonscrits. Du moins dans le cours des i-eclierches que nous avons entreprises pour nous as- surer si dans le midi de la France des brèches osseuses n'ont pas été produites dans tous les lieux où des fentes verticales se sont opérées dans les rochers rapprochés des terrains tertiaires , nous avons découvert les Chœropo- tnmes et les Palœothériuin au milieu de ces biêches (i). Le premier genre y a été reconnu par une molaire et un germe d'une pareille dent. Celle molaire serait la (i) Depuis que nous nous occupons de ces recherches, nous avons dé- couvert dix localitcs à ajouter à celles où l'on avait mentionné des brèches osseuses. L'une de ces localités , celle de Villefranche (Avcyron) , est très-remarquable, en ce qu'elle présente des brèches osseuses à plus de trois cents toises d'élévation cl à une distance d'environ vingt -cinq lieues de la Mcdilerranéc. ( Ï92 ) troisième ou la cjvratrième tuberculeuse presque sem- blable à celles figurées dans le troisième volume des Re- cherches sur les Ossemens fossiles de M. Cuvier (pi. li, fig. 3, B. C). Celle molaire amionce un pachyderme de la famille des cochons , et en parliculicr le genre perdu des Chœropotanies . La forme de sa couronne, à-peu-près rectangulaire , offre quatre tubercules principaux , au milieu desquels on eu voit deux plus petits avec quel- ques inégalités autour de leurs bases. Cette molaire se distingue encore de celle des autres pachydermes de la famille des cochons , en ce que moins allongée , elle est plus arrondie vers ses bords antérieurs et postérieurs , et enfin, parce que ses tubercules, surtout les quatre principaux , offrent à leurs sommets une cavité arrondie, mais peu profonde. Nous ignorons si c'est un caractère dis*nctif , mais notie molaire est recouverte d'un émail plus sombre et plus brunâtre que celui que l'on observe dans les dents fossiles des autres genres de pachydermes. Cependant notre molaire était empâtée dans vme brèche calcaire non colorée , en sorte qu'elle n'a pas pu com- muniquer à Témail la couleur brune qui la distingue. Nous serions plus certain de la détermination du genre auquel nous rapportons notre dent, si nous avions trouvé avec elle les incisives, la canine, et surtout la première molaire qui offre le caractère remarquable pour cette fa- mille, d'être conique et pointue 5 cependant, malgré l'ab- sence de ces dents , notre molaire sufQt pour constater la présence des Chœropotanies au milieu des brèches cal- caires osseuses de Villefranche-Lauraguais (haute Ga- ronne ) . Les mêmes brèches renferment de nombreuses co- ( 193 ) quilles fluviatiles et terrestres , parmi lesquels nous ci- terons deux espèces de Bulimes qui conservent encore leur tôt, et qui ont appartenu à de grandes espèces ^ des jnaillots (Pupa), des Hélix et des Néritines. L'intérieur de ces coquilles est assez généralement rempli de spath calcaire cristallise. Quant au Palœotîieriimi, nous en avons constaté l'exis- lence au milieu des brèches osseuses de Sète par deux molaires , luie canine , et plusieurs portions d'os longs qui sont tous étroits dans leur milieu en s'élargissant considérablement vers leurs extrémités, soit antérieure, soit postérieure ; caractères des os longs dePalceotherium. Ces portions , avec une foule d'autres , se trouvent dans le même bloc qui renferme nos dents 5 mais comme elles n'offrent aucune de leurs extrémités articulaires , on ne peut guère les déterminer. Leur grosseur jointe aux di- mensions des dents annonçait un Palœotherium de la taille du Palœotlierium médium. Nos molaires sont assez bien conservées , quoique brisées en partie, pour être certain qu'elles appartenaient ■A la mâchoire inférieure. En effet, elles ont leur cou- ronne disposée en deux ou trois croissans simples, placés ;i la suite les uns des autres , en sorte que les croissans Je nos dents n'ont que deux lignes d'émail , ce qui les distingue à-la-fois des dents des ruminans et même de celles de la mâchoire supérieui'e qui ont une forme pres- que carrée chez les Palœotherium. Mais comme l'une de nos màchelières a trois portions de cylindres au lieu do deux comme la seconde , et que la septième inférieure offre seule ce caractère , il s'ensuit que notre fiagmcnt était la septième molaire inférieure et du côté droit , -a IX. i3 ( n)l ) raison de la poslliou du cylindre mojon le plus élevé et le plus disposé en dehors. Quant à notre seconde molaire, il n'est pas aussi fa- cile de fixer la place qu'elle occupait dans la bouche. Cependant comme elle n'a que deux portions de cylindre, et que sa largeur est considérable , il est probable qvi'elle était la cinquième ou la sixième postérieure , c'est-à-dire une de» plus rapprochées du fond de la bouche. L'émail qui recouvre ces molaires est extrêmement épais, comme chez la plupart des pachydermes 5 cette épaisseur est au delà de deux millimètres dans des dents qui ont au plus trente millimètres de largeur. Enfin notre canine paraît avoir appartenu au côté gauche du maxillaire supérieur, ce qu'annoncent ses dimensions, et la position de sa face arrondie, qui ré- pondant au côté externe de la bouche , fait juger à quel côté elle a appartenu. La longueur de la poi'tion de cette dent qui reste encore , annonce combien la racine en était grosse , et pénétrait avant dans l'os maxillaire. Cette portion offre une longueur de soixante-cinq millimètres, et cependant la pointe manque totalement. Notre canine formée par une substance compacte dure et comme émaillée, est conique et légèrement recourbée. Si nos déterminations sont exactes , ce que les dessins que nous devons autant à l'obligeance qu'à l'habileté de M. Piron fils feront facilement juger , il s'ensuit qu'à l'époque du dépôt des brèches osseuses , des genres in- connvis dans la nature vivante existaient encore, puisqu'ils y ont laissé leurs débris. La présence de deux genres perdus des Chœropotames et des Palœotherium semble- rait rapprocher la formation des brèches à ossemens des I ( ^9^ ) terrains d'eau douce inférieurs , ou des terrains marins supérieurs , si ces brèches pouvaient être considérées comme de formation marine. Du reste , il devient tous les jours de plus en plus probable , que les formations supérieures au calcaire grossier ne se sont point déposées à de grands intervalles les unes des autres , et que la suc- cession que l'on observe dans les terrains tertiaires entre les formations marines et les formations d'eau douce, n'a point dépendu du déplacement successif du lit des mers , comme on l'avait d'abord supposé , faute peut-être d'avoir fait attention à ce qui se passe actuellement sur la surface de la terre. Quoique celle question soil en quelque sorte étrangère à notre sujet , nous ferons ce- pendant remarquer que si le niveau de la Méditerranée venait à baisser au dessous du point où le Rhône va se perdre , on y trouverait ( à en juger du moins par les nombreux débris des corps organisés des terres sèches que ce fleuve y entraîne) des bancs alternatifs des pro- duits des eaux douces et des eaux salées, phénomènes qui ont lieu par le cours ordinaire des choses , et non point par suite du déplacement du lit des mers, dépla- cement qui ne pourrait s'effectuer que par des catastro- phes plus ou moins violentes, en supposant môme que la profondeur des mers n'est qu'une petite fraction de la différence qui existe entre les deux diamètres terrestres. EXPLICATION DE LA l'LANCUE XLVI. Fig. 1. Cinquième ou sixième molaire inférieure de Palœollierinin Fig- 2. Septième moluire inférieure de Palœotherium. a indique la brêclic oîi cette dent se trouve crupâlée. ( >9^> ) Fig. 3. La même molaire , vue latéralement en dessus pour faire aperce- voir les trois cylindres. Fig. 4. Canîae supérieure de Palœotherium ; le trait la rétablit conimo si elle avait sa pointe. Fig. 5. Coupe de la même canine. Fig. 6. Troisième ou quatrième molaire tuberculeuse de Choeropotame . Note sur la Caverne à Ossemens de Banwell ( Sominersetshiré) ; Par M. Beutrand-Geslin, De la Société d'Histoire naturelle de Paris. Dans la course géologique que je viens de faire en Angleterre , pendant les mois de juin et juillet derniers^ avec mes amis MM. de Basterot et Desnoyers , j'ai eu oc- casion de visiter une caverne à ossemens qui vcCa pré- senté beaucoup plus en grand le fait que j'avais remar- qué en 1824 dans la caverne d'Adelsberg en Carniole. C'est d'après ce fait , exposé dans les Annales des Sciences naturelles, avril 1826, que j'avais été con- duit à penser qu'une partie des ossemens des cavernes y avait été transportée par une catastrophe contempo- raine de celle des brèches osseuses. Cette caverne à ossemens d'Angleterre est dans Ir comté de Sommerset , à une petite lieue à l'O. N.- O. du bourg de Banwell. Découverte en septembre iHaf) par le fei-mier de l'endroit, M. Bcard , elle fut visité;^ quelque temps après par M. Buckland. D'après ce qu'on m'a dit à Londres , ce savant s'est seulement borné à en doimer connaissance à la société géologique. ( 197 ) Celte caverne est située vers le sonunol d'un chaînon de calcaire de montagne (mountain Limeslonc) faisant partie du groupe de montagnes appelées les Mendipes. Le calcaire de cette cliaiue , compacte , noir ou gris , fé- tide , contient des Encrines , des Productus , et est divisé en couches puissantes inclinées au N.-N.-E. de ^S". De la surface du sol on descend à dix pieds de profon- deur, par un escalier {A, PL l]jS) taillé dans le roc , pour entrer dans une petite salle {B) de dix pieds environ de largeur, laquelle sert de vestibule à la caverne. De ce vestibule on entre dans une seconde salle (C) qui peut avoir trente pieds de large svu' quai'ante-cinq de long et dix de haut, laquelle est la caverne proprement dite. A quelques pas , à gauche de l'entrée de cette grande salle, on remarque une fente verticale {D) de sept à huit pieds de large , laquelle part du sol de la caverne , traverse la paroi , et se prolonge dans le plafond,. A l'extrémité de la caverne , par conséquent eu face de l'entrée , on descend dans un couloir (E) incliné de trente degrés , qui a quarante-cinq à cinquante pieds de long et dix de haut à son entrée. Ce couloir finit par se rétrécir tellement à son entrée , qu'il faut se mettre à ge- noux pour passer dans une petite chambre {F) , au-delà de laquelle il n'est plus possible de pénétrer, quoique la fente se prolonge encore. Cette caverne de Banwell , qui s'étend dans la direction de l'O. à l'E. , est une miuia- lure auprès d'une des salles de la caverne d'Adelsbexg. D'après ce que nous a dit M. Beard , qui a découvert et le premier fouillé cette caverne de Banwrell , il paraît rjue le vestibule était cncombié par un. amas {G) de li- mon argileux rouge , avec beaucoup d'osscmcns , tandis ( 198 ) que , dans la grande salle , le limon argileux n'était pas également répandu sur le sol 5 il y formait un amas al- longé {H) dans la partie N.-O. , lequel , partant de la fente de la paroi , se dirigeait vers le couloir, en coupant obliquement cette grande salle : les ossemens n'étaient pas , dans cet amas , aussi abondans que dans celui du vestibule. Malheureusement , le zèle trop ardent de M. Beard pour la découverte des ossemens a fait disparaître cet amas de limon argileux ; on voit actuellement tous les ossemens rangés symétriquement le long des parois de la caverne. Le Ijmon argileux rouge n'existe plus en place que dans deux endroits 5 d'abord dans cette fente verti- cale (D) de la paroi de la grande salle , qu'il remplit en- tièrement, puis dans le couloir incliné qui est en pro- longement de la grande salle. Ici le limon argileux rouge (1) est pétri d' ossemens , avec fragmens anguleux de cal- caire compacte noir , semblable au calcaire de la mon- tagne, tandis que dans la fente les os sont moins abondans. Cet amas de limon argileux (/) n'a pas rempli entiè- rement le couloir , à l'entrée duquel il peut avoir sept à huit pieds d'épaisseur , autant en largeur , et quinze en longueur. La masse limoneuse qui se précipitait a été arrêtée dans sa marche par l'abaissement du plafond , de sorte qu'elle n'est pas arrivée dans la petite chambre qui ter- mine le couloir. Parmi le grand nombre d'ossemens que nous avons vus entassés dans la grande salle et dans la maison de M. Beard , nous avons remarqué que beaucoup d'osse- mens étaient brisés , et que les ossemens d'herbivores do- ( 199 ) minaienl , icls que ceux d'une grande espèce de bœuf et de cerf: nous n'avons vu qu'une grande têle d'ours et des mà<;hoires de petits carnassiers. M. de Blainville, au- quel j'ai remis plusieurs de ces os , y a reconnu les es- pèces suivantes : deux espèces de ruminans à cornes 5 une espèce de ruminant à bois 5 deux carnassiers , l'un de la taille d'un loup , l'autre de celle d'un renard. Nul doute qu'il n'y ait eu continuité entre le limon argileux de la fente du plafond et celui du couloir avant qu'on eut enlevé le limon du sol de la grande salle. Cet amas de limon argileux rouge avec ossemens bri- sés et fragmens calcaires non roulés sera arrivé dans cette caverne , tant par la fente du plafond de la grande salle que par le trou de l'escalier qui conduit au vesti- bule , comme il est facile de le vérifier; en outre, il y sera arrivé instantanément , car le tovit est tellement mêlé et de même nature , qu'on ne peut supposer qu'il y ail été introduit à différentes reprises , ou qu'il soit dû à l'effet d'un covirant d'eau, puisqu'il n'offi'e aucune trace de lavage ni de décantation. Il faut donc que cet amas de lin^on argileux soit un éboulement venu de l'ex- léricur , lequel est du à un phénomène de remplissage produit par une catastrophe assez violente , ainsi que l'atteslent les fragmens aigus du calcaire compacte. Ces faits me conduisent aux suppositions suivantes. i". Si des infiltrations calcaires eussent pénétré cet amas de limon argileux dans l'état où il se trouve , n'eùt- on pas eu une véritable brèche osseuse ? 2**. Si , d'un autre côté , un volume d'eau plus ou moins considérable eût traversé celte caverne plus ou moins rapidement , ne peut-on pas supposer qu'il aurait ( 200 ) d'abord attaqué cet amas , puis déposé plus ou moins également sur le sol des chambres de la caverne les os- semens et le limon argileux. Admettant cette dernière supposition , le gisement des ossemens fossiles dans la caverne de Banwell se fut alors présenté de la même manière qu'il s'offre en grand dans la caverne d'Adelsbei'g , où les ossemens sont en- veloppés dans une couclie horizontale de limon argileux déposé sur le sol des chambres. Mais au contraire , dans la caverne de Banwell , le gisement général des ossemens est un amas , lequel a la plus grande analogie avec le petit amas que j'ai rencontré dans la caverne d'Adcls- berg , où celui-ci n'est qu'une exception de gisement. Ainsi donc , d'après ces deux faits observés dans deux localités très - éloignées l'une de l'autre ( Adelsberg et Banwell) , je suis encore plus porté à attribuer la pré- sence des ossemens , dans un grand nombre de cavernes, à des éboulemens qui aui'ont pu être détruits en tout ou en partie et étendus sur le sol des cavernes , et à regar- der la catastrophe qui a produit ces éboulemens comme due à une cause de même nature que celle des brèches osseuses , mais qui a pu agir à une époque différente. Note sur les Cavernes à Ossemens et les Brèche^ osseuses du midi de la France ; Par M. Marcel de Serties. Dans la Note que vous avez insérée dans le cahier de décembre 182,5 de vos Annales, sur les cavernes ;\ ] ( 201 ) ossemens des environs de Montpellier, j'ai avancé que l'étrange rassemblement des animaux fossiles qui s'y trouvent comme accumulés était probablement dû à un cours d'eau , ce qui s'induit des terres meubles et d'al- luvion où ils sont dispersés et confondus. Comme cette cause n'a rien d'analogue à celle que l'on a supposé avoir agi dans d'autres lieux , il était naturel de cher- cher à reconnaître si , dans nos contrées , ce cours d'eau aurait eu une direction déterminée , et s'il n'existerait pas d'autres cavités, soit longitudinales (les cavernes), soit verticales (les brèches), dans cette même direction , qui offriraient également un certain nombre d'ossemens d'animaux fossiles. Conduit par cette idée , et de concert avec M. de Chris loi qui m'a constamment secondé dans ces recher- ches , j'ai déjà découvert de nouvelles cavernes à osse- mens à Saint-Antoine et à Saint- Julien , toujours près de Montpellier, et de nouvelles fentes verticales rem- plies de brèches osseuses semblables à celles de Sèle, les unes à ciment rougeâtre , comme celles de Billargues et de Vendargues (Hérault), les autres sans ciment coloré, comme celles d'Anduze et de Saint-Hippolytc (Gard) , d'Aix ( Bouches-du-Pi-hône ) , de Pézenas ( Hérault) , de Villefranche-Lauraguais ( Haute-Garonne ) , et de Per- pignan (Pyrénées orientales). Toutes ces cavités, soit celles qui sont longitudinales et que l'on désigne ordi- nairement sous les noms de grottes et de cavernes (i) , (i) Ces cavernes sont désignées en patois languedocien sous le nom de las Caves. Nous éciivons Sèle et non Cette , comme plus conforme à l'ctymologie, la montagne de Sètc u''étanf autrn que le Sif;ius mons de tous les gcographes. ( 202 ) soit celles qui , verticales , ont été presque enlièremcul remplies de brèches à ossemens , ont cela de commun d'avoir leur direction à-peu-près parallèle au méridien, en sorte que le courant qui les a remplies en tovit ou en partie de limon , de terres meubles , de sables , de gra- viers , de galets et d'ossemens , semble avoir agi du nord au sud ou du nord -est au sud -ouest. Quant au nombre d'ossemens réunis dans les fentes longitudinales ou ver- ticales , il parait assez proportionnel à la grandeur des cavités qui les ont reçus et en raison inverse de la dis- tance du point de départ du courant qui les a charriés 5 aussi le nombre des animaux ou de leurs débris que l'on découvre dans ces fentes , soit longitudinales , soit verti- cales , est-il constamment plws grand dans les premières que dans les secondes. Il semble donc résulter de ces faits qu'au moins dans le midi de la France la même cause qui a amoncelé tant d'ossemens dans nos cavernes , en a porté également dans les fentes verticales des formations préexistantes , où les ossemens se sont solidifiés avec les terres avec les- quelles ils avaient été transportés. Aussi , les brêclies os- seuses ne sont point restreintes , comme on l'a pensé jusqu'à présent , aux rochers isolés et avancés des bords de la Méditerranée , puisqu'il en existe un assez grand nombre loin de celle mer et tout-à-fait dans l'intérieur des terres. Comme nous en avons observé partout où il s'est opéré des fentes , soit dans le calcaire grossier, soit dans le calcaire jurassique , soit dans la dolomie grise ou dolomite compacte, nous ne craignons pas d avan- cer que , dans nos contrées méridionales , 1 ou trouvera des brèches osseuses dans presque toutes les fentes qui ( 203 ) se sont opérées dans ces formations , et cela indépen- damment de leur éloignemenl de la Méditerranée, pour- vu toutefois que le calcaire du Jura et la dolomie ne soient pas à une trop grande distance des terrains ter- tiaires : le nombre de ces ossemens y sera probaLlement proportionnel à la grandeur des cavités qui les auront reçus , comme il en est dans toutes les localités obser- vées jusqu'à présent , et enfin l'on sera d'autant plus cer- tain d'y en découvrir, que l'on se trouvera plus rappro- ché de la direction générale que nous avons déjà indi- quée. Ce qui prouve encore que les terrains à ossemens des cavernes , comme les brèches osseuses , ont été pro- duits par les mêmes causes et sont les uns et les autres des formations indépendantes , età-peu-près contempo- raines , c'est que l'on y découvre presque généralement des animaux analogues ; tels sont , par exemple , les ru- minaus , qui ont des représentans partout , parmi les- quels il y a deux genres^ les chameaux et les moutons , qui , jusqu'à présent , n'avaient pas été rencontrés à l'é- tat fossile , et qui se trouvent , du moins les derniers , non-seulement dans nos cavernes à ossemens , mais en- core dans les brèches osseuses de Villefranche-Laura- guais , de Perpignan et de Sète , à ce qu'il paraît (i). Les (i) Cette constance des ruminans dans nos terrains d'eau douce , (juelle que soit la distance qui les sépare, annonce que les causes qui les ont déposés n'ont pas agi de la même manière que par rapport aux ter- rains parisiens, où les ruminans ne se montrent pas, tandis que les pa- chydermes y sont en très-grand nombre ; aussi nos terrains d'eau douce ( car c'est h des formations de ce genre que nous rapportons les terrains à ossemens de nos cavernes et nos hriVlies) foiuinillcul-ils de bnnifs, de ( M ) oiseaux et les x'epliles , quoique plus rares parmi ces for- mations , s'y moutrcnl également ; ce sont des espèces de rivage et des Gallinacés parmi les premiers , des lé- zards , des couleuvres et des tortues parmi les seconds. Les rongeurs , les pachydermes et les solipèdes offrent également leurs débris dans ces diverses formations 5 et , parmi les fossiles qui appartiennent à ces diverses fa- milles , il en est des tailles les plus opposées , comme des éléphans , des rhinocéros , des hippopotames , de grands chevaux , des rats , des souris , et enfin des lapins d'un tiers plus petits que nos lapins domestiques. Les carnassiers ont aussi des représentans dans nos cavernes comme dans nos brcclies , et s'il en est dont la taille n'est guère au-dessus de celle de nos chats et de nos re- nards , il en est d'autres qui surpassent de beaucoup en grandeur et en force nos lions et nos tigres actuellement vivans , étant , relativement à nos espèces existantes , ce que les cerfs à bois gigantesques sont par rapport aux cerfs actuels. D'un autre côté , les ours de tios brèches ne sont pas au-dessus des ours actuellement vivans ni pour la taille , ni pour la force. Mais jusqu'à présent., les carnassiers ne paraissent pas avoir des représentans partout ; du moins ne les avons-nous pas observés dans les brèches de Biilargues , de Vendargues et de Sèle , quoiqu'ils soient en grande abondance dans les cavernes de Lunel-Viel , de Saint- Julien et de Saint-Antoiue , peu cerfs et même de moulons, que M. Cuvier, dans sou beau diseours sui les révolulious de la suiface du globe, dit ne pas exister à i'ûlat fossile , parce qu'il u'a pas été comme uous à portée d'observer des tcrraius. que les rumiuaus semblent caraelériseï d'uuc manière spéciale. ( 2()5 ) éloignées des brèches de ces diverses localités. Les ron- geurs sont , après les ruminans , les quadrupèdes ter- restres les plus répandus , soit dans les terrains à osse- mens de nos cavernes , soit dans nos brèches , surtout dans celles dont le ciment est coloi'é en rouge; et après eux on peut signaler d'abord les solipèdes , et en second lieu les pachydermes. Cette antique population qui a vécu sur le dépôt du calcaire grossier, et dont nos cavernes et nos brèches con- servent de nombreux témoins , offre cela de particulier , c'est que tandis qu'elle se compose de carnassiers de la taille du lion, du tigre, et quelquefois supérieurs en taille ot en force à ces animaux, de diverses espèces d'hyène , de pachydermes gigantesques, des éléphaus, des rhinocéros, des hippopotames , accompagnés d'une grande quantité tic chevaux et de plusieurs grands ruminans, comme des chameaux et des bœufs d'une taille énorme , elle réunit en môme temps des espèces bien rapprochées de celles (pii vivent encore sur le sol d'où les premières ont dis- paru pour toujours. Ainsi taudis que les unes ressem- blent aux espèces que la zone torride nous offre mainte- nant, quoique toutefois aucune de nos espèces fossiles ne soit absolument la même, les autres n'indiquent pas un. climat différent , ni des conditions d'existence autres que celles dont ces animaux pourraient jouir encore, si la vie leur était rendue. En effet, certaines espèces de bœuf, de moulons, de lapins , de rats, de sangliers, de castors enfoncés dans nos cavernes ou disséminés au milieu de nos brèches , n'offrent pas des différences bien grandes avec nos espèces actuelles, ei cependant elles sont en- sevelies dans le même limon et dans les mêmes terres ( 206 ) (l'alluvion que nos énormes lions ou tigres ou nos hyènss, dont l'existence dans nos climats même méridionaux n'est guère plus admissible que celle des rhinocéros , des hip- popotames , des éléphans et des chameaux qui les ac- compagnent. Chose non moins singulière , avec ces quadrupèdes terrestres, on observe des débris de tortues , de lézards, de couleuvres, et avec eux des restes d'oiseaux, soit des palmipèdes, soit des gallinacés , et parmi ces derniers dé- bris , il en est de fort rapprochés des espèces qui vivent encore dans nos climats. Tels sont, par exemple, certains ossemens que l'on ne peut guère distinguer des mêmes par- ties qui ont appartenu , soit au cygne , soit au canard. Et pour comble de singularité, tous ces fossiles sont accom- pagnés d'une grande quantité de coquilles terrestres de divers genres , parmi lesquels abondent le Bulimus de- collatus et le Cyclostoma eïegans de Draparnaud. Ces coquilles conservent encore leur têt , et comme il eu est un certain nombre d'entières , on peut s'assurer qu'elles ne diffèi'ent pas spécifiquement de nos espèces actuelles, car un peu pl*is de renflement et de brièveté dans les tours de la spire , ne saui'aient constituer des espèces di- verses. Cependant ces coquilles se trouvent dans le même limon que les ossemens de nos lions et de nos rhinocéros, comme à Sète; dans les mêmes brèches qui récèlent des ruminans, des rongeurs et des pachydermes. Il est dif- ficile de leur supposer ime origine et une date différente, puisqu elles se trouvent dans les mêmes couches , sou- vent dans le même fragment , et par conséquent à la même profondeur que les débris des quadrupèdes , des reptiles et des oiseaux , que nous venons de signaler. ( 207 ) Ces faits , avec taiil d'autres que nous avons déjà in- diqués , aunoncent , ce semble, qu'une pareille réunion a été fortuite , et que la cause qui a amené dans nos ca- vernes le sable , le gravier et le limon qui les remplit , comme les fragmens de calcaire roulé que nos brèches ont saisi , y a aussi entraîné les ossemens des animaux qui s'y trouvent dispersés et confondus. Ce qui semble l'annoncer d'une manière plus positive, ce sont les dé- bris de mammifères et de mollusques marins, que l'on observe dans le même limon ou dans les mômes brèches qui recèlent tant de débris d'animaux terrestres. Ces es- pèces marines , les mêmes que celles qui appartiennent à la formation du calcaire grossier , ne paraissent s'y rencontrer que parce qu'elles en ont été détachées. Dès lors on n'est pas étonné de les voir mêlées avec les espèces terrestres , surtout dans les lieux comme Pézenas et Per- pignan où les brèches osseuses ont été le plus tumul- tueusement formées, si l'on peut s'exprimer ainsi. Mais ce mélange n'en indique pas moins qu'il a été produit par des courans 5 car il serait aussi difficile d'admettre que des tortues des eaux douces ont vécu dans des ca- vernes où des lions , des tigres, des hyènes entraîuaieut des herbivores pour les dévorer, que de supposer que les mammifères marins des brèches osseuses de Pézenas et de Perpignan ont vécu avec les ours , les chevaux , les castors et les cerfs à bois gigantesques qui leur sont réunis. On sent dès lors combien l'excrément composé de dé- bris d'insectes et de "petits poissons d'eau douce , que nous avons déjà décrit , confirme l'idée que tous ces fos- siles ont été entraînés dans nos cavernes, puisque cet V ( 208 ) excrément ne peut guère se rapporter qu'à des tortues dos eaux douces et courantes , et qu'il est difficile d'admettre que de pareils animaux aient vécu dans les lieux où on les observe aujourd'hui. Enfin les ossemens de nos cavernes sont quelquefois fixés au rocher , par les sucs lapidifi- ques et les eaux qui les y ont transportés, et comme d'après leur volume l'on doit les rapporter à de très-grands her- bivores , il n'est pas présumable que si les animaux dont ils proviennent y étaient morts après y avoir été dévorés, on les trouvât ainsi fixés sur les parois latérales des cavi- tés , absolument comme on observe les ossemens em- pâtés par les brèches 5 car ils devraient être au contraire enfouis dans le limon , et au-dessous des carnassiei-s , qui nécessairement y seraient morts plus tard , sans que leurs ossemens fussent jamais mêlés avec les animaux dont ils auraient fait leur pâture. Ou ne devrait pas non plus les trouver dispersés dans les cavités latérales de ces ca- vernes, cavités remplies de limon , et dont l'étroitesse est telle qu'il est impossible que les ossemens que l'on y ren- contre n'y aient pas été entraînés avec le limon et le gravier , déjà séparés des squelettes auxquels ils avaient appartenu, et réduits à l'état d'ossemens isolés. On doit d'autant plus le supposer , que ces cavités latérales, dont le niveau est bien supérieur à celui des cavernes , offrent des ossemens isolés de carnassiers etd'herbivoresjusqucs dans les couloirs les plus étroits , où il est possible de faire parvenir un instrument propre à en retirer le gra- vier qui les récèle. En supposant que les ossemens enfouis dans nos ca- vernes ou dispersés dans nos brèches, y ont été entraînés par des courans d'eau , il s'agit de déterminer, si l'on C 209 ) doil attribuer ces courans à des eaux douces ou à des eaux salées ou marines. Si les ossemens des quadrupèdes , par des raisons qu'il est hors de notre sujet de de'velopper, conduisent à des résultats plus rigoureux qu'aucune autre dépouille de corps organisés , il semble que leur nombre est trop considérable dans nos formations , pour ne pas les considérer comme des formations d'eau douce , qui ont cela de particulier , d'être tout-à-fait indépendantes des terrains où on les rencontre. En effet , nos brèches osseuses se montrent indifféremment dans le calcaire grossier , le calcaire du Jura , et la dolomite compacte , ainsi qu'au-dessus et au-dessous de la Méditerranée, parce que ces brèches étant des formations de transport et d'alluvion , elles se sont accumulées dans tous les lieux où des fentes ont pu les recevoir. Il en est à-peu- près de même des terrains à ossemens des cavernes , avec cette différence cependant, que jusqu'à présent, nous ne les avons pas observés dans la dolomite compacte, ni au-dessous de la Méditerranée. Quant aux ossemens de mammifères marins ou aux débris de mollusques et de poissons de mer, que l'on rencontre soit dans nos cavernes , soit dans certaines de nos brèches , comme celles de Pézenas et de Perpignan , nous avons déjà fait observer qu'ils ne s'y trouvent que parce qu'ils ont été détachés des formations préexis- tantes , et qu'aussi leurs espèces sont les mêmes que celles du calcaire grossier. Ces débris d'ètx^es marins y sont aussi beaucoup plus brisés que les fossiles tei'restres, et leur nombre y est moins considérable. Ils ne se trou- vent même pas généralement partout , tandis qu'il en est tout autrement des restes des corps organisés lerreslrea IX. 14 ( 210 ) OU tluviatiles. Ces débris d'êtres marins sont aussi acci- dentels dans nos formations , que les laves , les scories et les obsidiennes des brèches osseuses de Pézenas. En effet, les êtres marins, comme les produits volcaniques, ne paraissent se trouver dans nos brèches , que parce que leurs débris , à portée du ciment qui empâtait des osse- mens d'animaux terrestres , y ont été réunis fortuite- ment 5 aussi ne peuvent-ils les caractériser , car s'il en étaitainsi, nous aurions des brèches osseuses d'eau douce, marines et volcaniques, ce qui n'est guère admissible d'après les circonstances de leur gissement. Le rapprochement que nous venons de faire entre les terrains à ossemens et les brèches osseuses du midi de la France , outre qu'il donne un grand intérêt à la décou- verte de nos cavernes à ossemens, puisqu'il indique que les sables et les terres meubles qui en recouvrent le sol y ont été transportés par une cause générale , pouri'a s'é- tendre à d'autres localités , où l'on n'a pas supposé qu'il y eût des brèches osseuses , parce que celles indiquées jusqu'à présent avaient toutes offert un ciment rougeàlre qui les avait fait remarquer , caractère que l'on avait cru particulier aux brèches à ossemens. Ce ciment coloré dépend pourtant de circonstances accidentelles et de pure localité; il est même sujet à éprouver des variations dans une même localité 5 car à Sète , il existe des brèches os- seuses sans ciment rougeâtre , comme avec cette sorte de ciment. Ainsi , en y faisant bien attention , l'on reconnaîtra , nous croyons du moins pouvoir l'avancer, que la plu- part des ossemens de mammifères tenestresdécrits comme provenant de rocs si durs qu'on ne pouvait les en dé- ( ^lï ) tacher que par fragmens , étaient des osscmens enve- loppés par des brèches solides et compactes. Tel nous paraît avoir été le fameux cerf fossile dont paxle Spada ( Catal. lapidwn ojeronensiuni , p. 45 ) , et qui était in- crusté dans un loc si dur ( comme les débris du cerf à. bois gigantesques que nous avons découvert dans les brèches de Pézenas et de Perpignan ) , que l'on ne pou- vait Ten arracher que par morceaux. C'est aussi en voyant les nombreux échantillons de brèches osseuses que nous avons recueillies, que M. Soulier nous a dit qu'il en exis- tait de pareilles dans les environs de Villefranche, dans le département de l'Aveyron. Ces brèches osseuses lui ont présenté divers débris de pachydermes et entr'autres des dents. Plusieurs de ces dents ont été remises à M. Du- fresnoy, ingénieur des mines fort distingué, qui sans doute les fera connaître, ainsi que les brèches osseuses où elles ont été découvertes , et d'autant plus que ces brèches seraient les premières qui auraient été observées à un niveau aussi élevé. Du reste , quel que soit le degré de dureté et de com- pacité des brêclies osseuses , ces brèches sont loin d'être d une époque aussi ancienne que les derniers de nos bancs pierreux et calcaires , disposés en couches régu- lières et continues; par conséquent elles peuvent re- celer des quadi'upèdes terrestres d'une grande taille , ce qui suppose nécessairement l'existence de terres sèches et de coutiuens hors du sein des eaux. Elles le peuvent , parce qu'elles sont d'une date postérieure au calcaire grossier , ayant souvent coulé entre, les couches de ce < alcaire ou rempli les fentes qui se sont opérées entre leurs masses. Dès lors , il n'est pas plus étrange de renr ( 212 ) contrer dans nos brèches diverses espèces de cerfs, des ours , des moutons , des chevaux , des lapins , des cas- tors ou des rongeurs analogues et niôme des oiseaux de la famille des Gallinacés, qui, comme ces quadrupèdes, annoncent des terres sèches , que de voir des mammifères terrestres dans les bancs réguliers des gypses à ossemens. D'ailleurs il n'est nullement contraire aux théories reçues , d'admettre que les brèches osseuses , quoique souvent elles aient une grande compacité , peuvent ren- fermer , comme elles renferment en effet , des débris de quadrupèdes vivipares et ovipares avec des oiseaux , puis- que ces brèches , comme les terrains à ossemens de nos cavernes, sont des formations de transport qui surmontent les terrains marins supérieurs , et par conséquent le cal- caire grossier. Aussi les brèches osseuses, quoique sou- vent solides et compactes , ne sont jamais disposées en couches régulières et continues \ dès-lors, elles n'ont rien de commun avec les derniers bancs qui annoncent un séjour long et tranquille de la mer sur nos conlinens , tels que le sont ceux du calcaire grossier , où l'on ne peut espérer de découvrir des restes de quadrupèdes vi- vipares et où il n'existe en effet que des débris de mam- mifères marins mêlés et confondus avec des poissons et des mollusques également marins. Ces faits qui indiquent que nos terrains à ossemens , comme nos brèches osseuses, sont les dernières forma- tions des terrains d'eau douce inférieurs , qui font partie de la série tertiaire, appelleront sans doute l'attention des géologues sur un sujet d'un si haut intérêt. Nous appel- lerons d'autant plus l'atlenlion des géologues sur cet objet , que nous nous croyons fondés à penser , que les (3i3 ) brèches osseuses cl les cavernes à osscmens sont beau- coup plus répandues qu'on ne l'a penséjusqu'à présent. Si elles sont liées à des causes générales , elles doivent l'être nécessairement, et l'observation de ces formations, suivie d'après l'idée que nos contrées fait naître, prou- vera ou non , s'il existe un rapport constant entre des formations que l'on a été si loin d'assimiler jusqu'à pré- sent , faute probablement d'avoir eu comme nous des termes de comparaison si rapprochés. Observations sur les Resedacées ; Par M. Robert Brown (i). Je considère les Resedacées , qui comprennent le genre Reseda, susceptible d'être subdivisé eu plusieurs sections ou sous-genres , et le genre Ochradenus , qu'on ne doit peut-être considérer que comme une de ces sub- divisions , comme très-voisines des Capparidées et ap- partenant à la même classe naturelle. Elles diffèrent par le nombre variable des divisions des enveloppes florales des autres familles de cette classe , dans lesquelles ce nombre est constamment quaternaire ou binaire , et elles sont particulièrement très- remarquables par leur ovaire ouvert , même dans son état le moins avancé. Les Rer scdacées diffèrent aussi des Ci^ucifères et des Cappari- dées , les deux familles de celte classe dont elles se rap- prochent le plus , par la relation apparente des stigmate.s (t) Article extrait de l'Appeadic^ botanique du Voyage dans l'Afrique ceutraledu docteur Oudiiey, du major Denham et da capitaine CLipper Ion. X 2i4 ) et des placenta. Les stigmates , dans cette famille , ter- minent les lobes du pistil , et , comme ces lobes sont les portions stériles et ouvertes des feuilles modifiées dont la réunion dans la partie indivise donne naissance , à ce que je suppose , à l'ovaire composé , ils alternent néces- sairement avec les placenta : j'ai trouvé cependant, en général , la partie supérieure de chaque placenta recou- verte par un appendice charnu ou fongueux qui est uni aux bords des lobes , et par conséquent aux stigmates , et qui probablement est essentiel à la fécondation des ovules. La singulière transposition apparente du pla- centa dans le Sesamoides de Tournefort , si bien dé- crite par M. Tristan dans son ingénieux Mémoire sur les affinités du Reseda (i) , me paraît une conséquence nécessaire de l'extrême brièveté de la partie indivise de l'ovaire 5 car en supposant que celle base s'allongeât , les placenta deviendraient pariétaux , et les ovules qui, dans ce cas , sont résupinés , reprendraient leur direction ordinaire dans celte famille. M. de Jussieu , dans ses Gênera Plantarwn, a com- pris le Reseda parmi les Capparidées , et je crois qu'il persiste encore dans cette opinion. M. Tristan , dans le Mémoire cité , est porté à en former une famille parti- culière , intermédiaire entre les Passiflorées et les Cisti- nées , mais plus voisine de ces dernières. M. Decau- doUe qui , le premier, forma du Reseda une famille distincte , la plaçait, en 1819 (2) , entre les Polygalées et les Droseracées , et par conséquent plus près des Cap- _ (i) Annales du Mus. d'Iliit. nat, , 18 , j>. 392. (2) Théor. élément. , éd. -î , p. 244- ( 2i5 ) paridées-, mais il parait depuis avoir changé complèle- tement d'opinion à cet égard , car la famille des Rese- dacées n'est renfermée ni dans la première ni dans la seconde partie de son Prodrome , et je ne puis trouver aucune observation à ce sujet dans ces deux volumes : ii est probable , par conséquent , qu'il a l'intention de les placer auprès des Passiflores, comme M. Tristan l'avait suggéré , ou , ce qui est plus probable , qu'il a adopté l'hypothèse ingénieuse que M, Lindley a présentée ré- cemment sur sa structure el ses affinités. Suivant cette supposition , dans le Reseda la partie nommée calice par tous les auteurs est un involucre ; les pétales sont des fleurs neutres , et le disque ou nectaire devient le calice d'une fleur fertile centrale : par suite de cette manière de considérer sa structure , ce genre a été rapproché des Euphorbiacées. Ce qui parait avoir conduit M. Lindley à cette hypo- thèse , c'est la présence et l'apparence , dans le Reseda , du disque hypogyne , la structure anomale des pétales , et la singulière estivation de la fleur. Mais une forte con- firmation de l'exactitude de l'opinion de M. de Jnssieu , c'est l'existence à un plus ou moins grand degré de toutes ces anomalies dans les Capparidées , tandis qu'on ne les trouve réunies dans aucune autre famille de plantes. L'es- tivation remarquable du Reseda existe égalemirti't datis le Crateva et dans plusieurs des sections du genre Cleome. Le disque hypogyne est très-développé dans plusieurs Capparidées , et une irrégularité du même genre dans les pétales s'offre à un moindre degré dans deux sections des Cleome. L'analogie seule suffirait peut - èlrc povir conclure ( 2i6 ) contre cette hypothèse ; mais la question en ce qui re- garde les pétales , et par conséquent la supposition de l'existence d'une fleur composée , peut être décidée d'une manière encoi'c plus satisfaisante par d'autres faits. MM. Tristan et Lindley regardent tous deux la partie supérieure et divisée des pétales comme un appendice de la partie inférieure qui est généralement charnue. D'un autre côté , je pense que l'anomalie consiste dans l'é- paississement , la dilatation et l'appendice intei'ne de cette partie inférieure des pétales , et que toutes ces dé- viations de la structure ordinaire sont des changemens qui n'ont lieu qu'après la formation primitive du pétale. Pour établir cette opinion , et par conséquent pour prou- ver que ces organes sont des pétales simples et ne résul- tent pas , comme M. Tristan le suppose , de deux enve- loppes adhérentes , ou , suivant l'hypothèse de M. Lind- ley, de Ja réunion d'un calice et d'une étamine avortés , je yais décrii-e leur développement successif, comme je l'ai observé dans le Reseda commini, plante dans la- quelle toutes les anomalies qui ont conduit à ces hypo- thèses existent à un très-haut degré. Dans le bouton du Reseda odorata , lorsqu'il coni- menceà paraître , les divisions du calice sont légèrement imbriquées et renferment entièrement les autres parties ; à cette époque , l'onglet de chacun des deux pétales su- périeurç es^ extrêmement court ; il n'est pas plus large que la base du limbe et est parfaitement simple , sans aucun rudiment de cet appendice inférieur si remarqua- ble dans la fleur complètement développée. Le limbe , à la même époque, peut être dit palmalo-pinnalidde ; ses diyisiops sont toutes dans le mêmiî plan ; le segment ter- ( 217 ) minai ou moyeu est blanchâtre ou opaque , et beaucoup plus long que les segmens latéraux, qui sont demi- transparens. Des quatre autres pétales , les deux moyens sont di- midiato-pinnatifides , leurs segmens latéraux n'existant que sur le bord supérieur, et les deux inférieurs sont en- tiers ou réduits au seul segment moyen. Tous les pétales sont dressés et ne couvrent nullement les élamines ni à cette époque , ni à aucune autre ; le disque est à peine visible ,• les anthères sont plus longues que leurs filets , d'une couleur verte pâle 5 celles du côté supérieur ou pos- térieur de la fleur sont évidemment plus grandes et d'une teinte légèrement brunâtre. Le pistil est très-petit et ouvert au sommet. Dans un âge plus avancé , le calice n'est plus imbriqué , mais étalé j les pétales ont leurs segmens dans une proportion relative presque semblable j le bord intérieur de l'onglet commence à paraître , mais le passage de l'onglet au limbe est encore insensible , le sommet du premier n'é- tant pas plus large que la base du second. Il est inutile de suivre le développement de la fleur dans un âge plus avancé , les faits déjà établis me paraissant concluans pour fixer la nature réelle de ces organes , et je puis ob- server que de semblables recherches sur quelques genres de Caryophyllées , particulièrement sur les Dianthus , Ljchnis et Silène , établissent clairement l'analogie entre leurs pétales et ceux du Reseda. Je puis ajouter à ces preuves , tirées du développement successif des pétales des Reseda oixlinaires , qu'vme es- pèce nouvelle de ce genre (Reseda propinijua)^ irouvéo près de Tripoli par M. Rilchio , et entre Tripoli cl Moiir- ( 2^8) suk par le docteur. Oudney , est remarquable en ce que les onglets des pétales sont simples , c'est-à-dire qu'ils ne sont ni dilatés , ni épaissis , et sans aucun appendit\e au point où ils s'unissent au limbe trifide , avec lequel ils se confondent insensiblement ; nous avons par con- séquent ici une espèce de Reseda dont les pétales ne dif- férent en aucune manière de ceux de plusieurs autres familles de plantes , et quoique ce soit une exception à leur structure ordinaire dans ce genre, cependant on voit que cette déviation de leur foi^me habituelle est en rapport avec l'état plus simple de ces organes avant leur développement complet. Te sais qu'on a proposé dernièrement de ranger parmi les Resedacées le Datisca , dont l'ovaire offre une struc- ture presque semblable , ainsi que M. de Jussieu l'a re- marqué depuis long-temps ; mais c'est la seule analogie qui existe entre ces plantes , car le calice du Datisca est certainement adhérent , et il diffère par plusieurs autres caractères , non-seulement du Reseda , mais de tous les autres genres publiés jusqu'à présent. Parmi les nombreuses découvertes faites à Java , par M. Horsfîeld, il existe cependant un genre nouveau ( Tetrameles Nob. ) dont l'analogie avec le Datisca est évidente , et qui est remarquable par la division réguliè- rement quaternaire de toutes les parties de ses fleurs dîoïques. Ces deux genres forment une famille très-dif- férente de toutes celles établies jusqu'à présent , à la- quelle on peut donner le nom de Datiscées. ( 219 ) Notes sur V Astérie commune ; Par M. Eudes - Deslojnchamps. Je ne rapporlcraî ici que quelques observations faites sur la plage de Collevillo le 6 mars dernier j elles sont relatives à l'Astérie commune ( ^. rubens L. ) , Fifote des pêcheurs. La plage en était pour ainsi dire couverte , et je n'en parle que parce que je l'ai observée au moment où elle dévore les mollusques, A mesure que les vagues abandonnaient la plage , et lorsqii'il restait encore un à deux pouces d'eau sur le sable , on voyait rouler des Astéries réunies au nombre de cinq ou six , leitrs rayons entrelacés et formant une sorte de boule. J'examinai un grand nombre de ces boules : il y avait constamment au milieu des Astéries ainsi réunies une Mactre Lisor (Mactra slultoriun Linn.), non petite, mais adulte (d'im pouce à un pouce et demi de longueur ). Les Astéries étaient rangées autour du bord des valves , qui toujours étaient baillantes de deux à trois lignes : elles y étaient appliquées par le milieu de leur face inférieure. En les détachant de dessus la coquille qu'elles emprisonnaient ainsi , je remarquai qu'elles avaient introduit entre ses valves de grosses vésicules arrondies , à parois très- minces, et remplies d'un liquide transparent. Chaque Astérie présentait cinq vésicules pendantes , r.mgées symétriquement autour de sa bouche; elles é aient de grosseur inégale 5 il y en avait ordinairrnîcnt deux plus volumineuses , et égalant environ une très-grosse ave- line. Les trois autres , plus ou moins contractées , n'a- vaient que le volume d'un pois. Elles paraissent tenir à ( 220 ) l'Astérie par un pédicule étroit et très-court-, à Textré- mité opposée , il y avait un trou rond béant , par lequel le liquide contenu dans la vésicule s'écoulait lentement et goutte à goutte. Les parois de ces vésicules étaient très-minces 5 cependant la moitié supérieure, c'est à-dii'c celle tournée du côté du pédicule, était plus épaisse que l'autre et ridée longitudinalement; l'inférieure était tout- à-fait transparente. Au bout de quelques instans, les vésicules conti'actées et vidées du liquide qu'elles con- tenaient , étaient à peine grosses comme un petit plomb de chasse. Il est à remarquer que, lorsque la mer avait laissé quelques instans les Astéries à sec , elles abandonnaient l'animal qu'elles étaient en train de sucer. Je voulus en conserver, occupées à cette opération 5 mais à peine furent- elles dans le panier, qu'elles se détachèrent de la co- quille , et bientôt après on ne pouvait plus distinguer la place des vésicules. Je trouvai les coquilles saisies par ces zoophyles à di- vers états de destruction : quelques-unes étaient à peine entamées, et d'autres n'avaient plus que leurs muscles adducteurs; mais quelque peu entamées qu'elles fus- sent , toutes avaient perdu la faculté de reserrer leurs valves', et paraissaient mortes. Si les Testacés sont la nourriture habituelle des As- téries , elles doivent en faire une énorme deslruclion , à en juger par le nombre prodigieux de ces zoophytes. Mais comment peuvent-elles introduire des vésicules si molles entre les valves des coquilles , sans que celles- ci , en se fermant subitement , ne coupent avec leur bord tranchant l'arme birigulicrc de retmcmi qui veut les dé- É ( 321 ) vorer ? Peut-èlre les Astéries n'allaquenl-elles les Tes- lacés qu'après leur mort. J'examinai et flairai avec alten- lion vingt ou trente des Mactres saisies , aucune n'avait la moindre odeur. Il est possible et même présumable que les Astéries , après avoir saisi leur proie , fassent couler entre ses valves une humeur engourdissante qui leur permet ensuite de les dévorer sans danger. J'ignore si elles attaquent les autres bivalves et les univalves comme elles attaquent les Mactres 5 cela est pi'ésuma- ble. Je n'ai trouvé que l'espèce indiquée plus haut as- saillie ainsi 5 il est vrai que c'était à -peu -près la seule que l'on vît sur le sable avec son animal , à l'exception pourtant du Cardium echinatum ,• mais il n'y en avait que peu de cette dernière espèce , et celles que je trou- vai étaient depuis plusieurs instans à sec. ( Mem. Soc, liim. du C'ali^ados , t. m.) Notice sur le Pilobolus Crystallinus ; Par M. DuRiEu de Maisonneuve. J'ai observé par milliers cette frêle et singulière cryp- togame sur les fientes de porc , dans les champs. Elle commençait à se montrer dans les derniers jours de no- vembre 5 d'innombrables individus s'y sont succédé sans interruption jusque vers le i5 décembre , époque où elle avait entièrement disparu. J'ai suivi avec soin son déve- loppement . et voici ce que j'ai observé. Cette plante sort immédiatement du fumier sur lequel elle croit, et l'on n'aperçoit aucune membrane ni fila- mens bissoïdes à sa base. Un petit point jaune se montre d'abord 5 ce point s'allonge, et dès le premier jour il offre l'aspect d'un filament très-délicat , liaut de ■i-'^ mil- limètres , blanchâtre à la base . d'un jaune clair au som- [ '22:i ) met. Le lendemain , le sommet de ce filament se renfle en tête un peu déprrmée , d'un millimètre de diamètre au plus, en conservant toujours sa couleur jaune. En cet état , la jilaule peut facilement induire en erreur : ou pourrait fort liien la classer dans les champignons , et la rapporîer au genre Stilbwn. Mais environ trente- six heures après le développement de la petite tête globu- leuse , on voit se renfler le frêle pédicule qui la sup- porte ,• il reste aminci à la base , s'évase au sommet en une petite vessie qui prend la forme d'une poire ren- versée. Cette bulle est pleine d'eau, transparente, de 2 millimètres de diamètre dans sa plus grande largeur. Cependant le petit globule terminal a changé de couleur ; il est devenu brun-noir, luisant, un peu plus déprimé , et il est placé exactement comme un opercule au som- met de la bulle d'eau. On reconnaît alors dans cet or- gane \g peridium renfermant les corpuscules reproduc- teurs. Il semble n'être point adhérent 5 cependant , si on veut l'enlever, on s'aperçoit qu'il est continu avec la membrane de la bulle , laquelle se déchire si on l'ar- rache. Une petite portion de la base du pédicule ne se renfle point , de sorte que la plante à l'état parfait est courlement slipitée. Elle atteint dans son plus grand dé- veloppement 3 à 5 millimètres de hauteur. Elle se main- tient en cet état un jour ou tout au plus un jour et demi. Au bout de ce temps , la vésicule se crève latéralement , l'eau qu'elle contient s'écoule , la membrane disparait : il ne reste plus que le peridiuni qui s'atTaisse , se colle contre le fumier, où il persiste long-temps après la dis- parition de sou support. On le prendrait alors pour un Sclerolium ou pour un tubercule à' Erysiphe dégagé de sa basebyssoïde. 11 est charnu, ne s'ouvre point pour don- ner passage avix gongyles , et offre enfiu tous les carac- tères des Tuberculaires. Peut-être même le Sclerolium, décrit par les auteurs sous le nom de Scleiotium stei'co- rariiim , n'est • il que le peridiuni du Pilobolus observé après la disparution de sou réceptacle fugace. Souvent le peridiuni operculaiie n'existe pas -, il est alors remplacé par une deuxième bulle pleine d'eau , exactement sphérique , plus transparente encore que ( ^^^ ) l'inférieure , et d'un volume un peu moindre. A l'aide d'une forte loupe , on voit de Irès-petits animalcules, de forme allongée , nager en tournoyant dans le liquide qu'elle contient , ei se mouvoir avec une rapidité ex- trême. 11 est vraisemblable que la bulle inférieure con- tient aussi des infusoires semblables , mais je n'y en ai point aperçu , sans doute parce que son enveloppe est plus opaque. Note sur la Présence de VAnatase dan?, les mines de diamant du Brésil. On a remis dernièrement à M. Vauquelin un certain nombre de petits cristaux jaune -pâle, d'une grosseur qui allait depuis celle d'un grain de millet jusqu'à celle d'un pois , et qui venaient , disait-on , des mines de dia- mant du Brésil. Ces cristaux, examinés par M. Brongniart, ont été rapportés uniquement , d'après leur foime , au titane anatase. Ce sont des octaèdres symétriques , qui parais- sent résulter du groupement par empilemens de l'oc- taèdre aigu , forme primitive de l'anatase , et de l'octaè- dre , regardé par Haùy comme une modification sur l'angle A de l'octaèdre primitif de ce minéral , et dans lequel l'incidence de deux faces r opposées des pyra- mides serait de 54° a'. Cependant ces cristaux n'offrent pas celte forme dans toute sa pureté. Les octaèdres qu'ils présentent ne font que l'indiquer, leurs faces étant travei'sées de sillons profonds , parallèles aux côtés de la base des pyrami- des , et montrant ime suite alternante de facettes bril- lantes , parallèles à l'octaèdre secondaire , et d'autres en- core plus brillantes, parallèles aux faces de l'octaèdre primitif de l'anatase. Ces cristaux sont donc comme le résultat de la succession de lames décroissantes appar- tenant à ces deux octaèdres. Les cristaux confiés à M. Brongniart lui ont été lais- sés trop peu de temps pour qu'il ait pu clioclicr à me- C 2-i4 ) surcr rincidence des laces des pyi'amides ; celte me- sure eût été d'ailleurs difficile à obtenir et incertaine à cause des sillons et des stries qui courbent les faces et qui émousseni les arêtes des deux pyramides. On doit remarquer que cette soi'te d'altération est, comme un état habituel des cristaux d'anatase , portée au plus haut degré dans ceux-ci. Parmi les échantillons que M. Brongniart a eu sous les yeux , deux ou trois présen- taient à un de leurs sommets , et d'une manière assez nette , les petites facettes qui appartiennent aux variétés dioctaèdre et proéminente , et peut-être même à d'autres variétés non décrites par Haùy. Ces cristaux d'anatase sont d'un jaune de paille très- pâle ; ils sont transparens et ont la couleur, l'aspect et l'éclat particulier des diamans bruts. Le seul essai ac- cessoire à l'examen de la forme que M. Brongniart ait pu faire , est celui de la dureté ; ils se laissent entamer par la lime. Néanmoins ces caractères ont suffi pour lui faire présumer que ces cristaux étaient de l'anatase 5 et l'examen que M. Vauquelin en a fait a confirmé complè- tement cette présomption , et a fait connaître en môme temps que c'était de î'oxide de titane parfaitement pur. Le brun ou le bleu ne sont donc pas , comme on l'a cru , la couleur propre de l'anatase , et ce minéral qui jusqu'à présent ne s'était montré qu'implanté sur des roches primordiales , vient de se trouver en cristaux iso- lés , disséminés dans le terrain meuble qui renferme les diamans du district de Minas Geraes , au Brésil. Cefaitétaitouinconnuoupeuconnu.M.deMonllevadc avait indiqué de petits cristaux de titane oxidé cristallisé de Sahara et de Villa-rica , mais on ne dit pas que ce soit de l'anatase. Léonhard cite dans sa Minéralogie l'anatase dans le sable d'un ruisseau à Minas-Geraes , sans autre renseignement , et comme nous ne nous rappelons au- cune indication plus précise de la présence d'une variété d'anatase si pure, en cristaux aussi volumineux, dissé- minés dans le terrain diamantifère du Brésil , il nous a paru intéressant de constater et de recueillir ce fait. i ( 225 ) IvEGHF.r.ciiES sur l'Organisation de quelques espèces d^Oxjures et de Vibrions ; Par M. Ant. DuGÈs, Professeur à la Faculté de Médecine de Montpellier. Parmi les èlres animés qui font l'objet de l'histoire naturelle , il en est un nombre immense que leur peti- tesse soustrait à noire étude. Ce n'est pas seulement en échappant à la vue , c'est plutôt en se refusant à nos moyens mécaniques d'investigation , à nos dissec- ' lions , etc. , que les animalcules dits infusoires nous ont laissés sur leur compte dans beaucoup d'incertitudes. Le microscope a suffi pour nous faire connaître leurs formes extérieures et soupçonner leur organisation ^ mais leur transparence , tantôt imparfaite, et tantôt trop uni- forme , n'a pas permis d'aller plus loin, si ce n'est pour quelques espèces de Crustacés. Certains Vibrions ont été , d'après ces données incertaines , rapprochés dubi- "lativement des Vers (Lamarck, Anim. sans J^ert.^ t. i, p. 4^9 5 Bory de Saint-Vincent, Microscopiques^ ou des Entomozoaires apodes ( de Blainville , Dict. Se. nat. ). C'est ce doute que je me propose de changer en certitude en faisant mieux connaître et les organes diges- tifs et les organes génitaux , à peine entrevus par Mul- 1er et Bruguière. C'est avec raison que les auteurs que j'ai cités plus haut ont regardé comme de nulle importance la diffé- rence de taille entre les Vibrions et les Vers intestinaux. Le Vibrio t? itici , observé récemment par M. Bauer IX. — Novembre 1826. l5 ( 226 ) ( Ann. des Se. nat. , t. 2 , p. i54) , a quelquefois trois lignes de long , et selon Bremser , l'Oxyure vermicu- culaire mâle n'a que la moitié de cette longueur. J'ai trouvé d'ailleurs , dans l'estomac de la chenille encore jeune du grand paon de nuit , une multitude de vers longs d'une ligne environ , menus , grisâtres et transpa- rens , munis d'une boucbe à bords renflés , terminés par une pointe effilée 5 en un mot , semblables en tout pour la forme aux Vibrions du vinaigre : c'était sans doute une espèce du genre Filaria ., quoiqu'on n'en ait point encore décrit d'aussi petite. Bien plus , en mettant dans l'eau une portion du vais- seau dorsal d'un Monocéros femelle récemment mort , je vis , au fond du liquide , sept à liuit vei's demi-trans- parens , remplis de globules en chapelets , longs d'envi- ron un quart de ligne , assez gros , et terminés d'ime part en pointe aiguë , de l'autre par une bouche un peu renflée , enfin fort ressemblans aux Vibrions de la colle de farine et aux Oxyures ou petits Ascarides (fîg. 5). Un ver fort analogue a été décrit et figuré par Goëze sous le nom àH Ascaride microscopique , tiré des humeurs d'un Lombric terrestre : ces vers , ainsi que les pre- miers , étaient immobiles et diversement contournés j les premiers même étaient comme pelotonnés ensemble. Mais établissons nos points de comparaison entre des espèces plus connues. Un coup-d'oeil jeté sur les quatre premières figures fera voir aisément combien se ressem- blent 1°. l'Oxyure vermiculaire (Ascaride vermiculaire de l'homme) et le Vihrio aceti j a*'. V Oxyuris brevi- caudata ( Ascaris breuicaiid. , Rud. ) et le J^ihrio glu- tinis. Ces quatre individus, du sexe féminin (je n'ai ( 327 ) point eu à ma disposition d'individus niàles de ces deux espèces d'Oxj'ures ) , oflVent une tète un peu effilée , un corps cylindroïde terminé par une extrémité conique et fort aiguë (subulée). Le Vibrion du vinaigre est plus long ( I ligne) , plus mince , plus grisâtre que celui de la colle (trois quarts de ligne (i)) , comme l'Oxyure hu- main {Ox. vermic. ) est plus effilé que celui du ci'apaud (Oj:. bi'ewic), quoiqu'il soit à-peu-près de la même taille ( trois à quatre lignes ) : ces animalcules ont aussi , comme nous Talions voir, une organisation analogue. Tous quatre ont la peau vinie et lisse. Pendant la vie ils jouissent d'une certaine rigidité el d'une agilité qu'ils doivent à des fibres charnues adhérentes à la peau , et formant un plan longitudinal à l'extérieur, transversal à l'intérieur. Ces fibres ne sont bien visibles que chez les Oxyures , et seulement à l'aide du microscope ^ mais on doit en supposer l'existence chez les Vibrions , d'après le raccourcissement et le resserrement circulaire des tronçons qu'on sépai'e de l'animal. C'est celte contraclilité qui m'a donné moyen d'exa- miner à nu les organes des uns et des autres 5 c'est en les blessant , en les coupant pendant leur vie , que je les ai forcés d'expulser leurs viscères. Voilà quelle a été ma méthode de dissection , méthode irrégulière sans doute , difficile même , et dont les tentatives ont besoin d'être répétées à l'infini pour être fructueuses , mais qui donne des résultats bien plus certains que la simple (i) Je donne ici rextrètne de leur grandeur : ils sont alors tris - visi- bits à l'œil uu. ( 228 ) inspection au travers des tégumens , quelle qu'en soit la pcl lucidité. Organes digestifs. Si l'on fait abstraction des ailes ou vésicules mem- Lraneuscs et contractiles Çvojez-en les diiTérentes formes Cg. 12 , i3 , i4) qui entourent la tète de l'Oxyure ver- micnlaire , on trouve peu de différence entre cette tète et celle de nos Vibrions. Si parfois les lèvres et le con- tour de la bouche semblent former ces petits tubercules que Goëze n'a pas toujours aperçus , que Rudolplii ad- met , et que nie Bremser, on voit aussi celle des Vibrions se former en tubercules , en bouton , en entonnoir (fig. i5 , i6 , etc. ) , et simuler parfois ce caractère at- tribué exclusivement aux Ascarides. L'œsopliage est de longueur vai'iable , mais toujours à parois épaisses et à cavité étroite , du moins chez les Oxyures (fig. 17, 18, 19, 20, 21); de là ce renflement qu'il forme à sa réunion à l'estomac ; celui - ci , globu- leux dans nos quatre animalcules , est suivi d'une nou- velle dilatation en forme de pilon , pour me servir des expressions de Goëze. C'est l'origine du canal intestinal qui parcourt , soit en ligne droite , soit avec quelques flexuosités (Ox. hrev.), la longueur de l'animal en con- servant un diamètre uniforme et partout rempli d'une matière globuleuse , brune , jaune ou grisâtre , dont les petits globules égalent à - peu - près ceux du sang de l'homme. De semblables globules se retrouvent dans l'humeur qui remplit la cavité où flottent les viscères. Les globules sont plus nombreux , plus foncés chez le ( 22() ) f^ibrio aceti , dont le canal intestinal est aussi le plus large. Arrivé à la partie postérieure du corps , le canal intes- tinal s'élargit (rectum), occupe presque toute la lar- geur de la cavité du ver, puis se rétrécit graduellement comme la q»eué dont il remplit le cône 5 là il est plus fréquemment vide , et souvent si transparent qu'on a peine à l'apercevoir. Une petite ouverture arrondie ou transversale , peut - être semi - circulaire (Ox. verni. ) , donne parfois issue aux globules susdits. C'est l'anus qui est placé vers le milieu de la portion conique que nous nommons la queue (fig. 22 , 28 , 24) 5 ses bords sont souvent relevés en lèvres saillantes : on sait qvie cette disposition est commune à un grand nombre de Néma- todes. Organes géniiaiix femelles. La rareté des individus mâles , leur petite taille , qui les fait souvent rejeter par les observateurs ou regar- der comme appartenant à une autre espèce , ont pu faire croire facilement que les vers (Redi et Vallisnieri ) et les Vibrions ( Bauer ) étaient hermaphrodites , et ce n'est que par une observation long - temps soutenue que j'ai évité cette eri^eur. Chez l'Oxyure de l'homme , on voit , après le quart antérieur du corps , une ouverture ou fente transversale îi lèvres saillantes , et qui donne parfois issue à des ovules dans les mouvemens spontanés de l'animal (fig. i)^ c'est la vulve qui , chez l'Oxyure du crapaud comme chez nos Vibrions et celui du Blé carié ( Bauer ) , se trouve au contraire vers le commeucement du tiers ou ( 23o ) du quart postérieur (fîg. a , 3 , 4 j 4° ) • ^lle est ordi- nairement fermée , mais une fois ouverte par l'accouche- ment , elle reste béante cliez nos Vibrions (fig, 25 , 26 , 27). L'oviducte est une sorte de longue bourse contractile, quoique très-mince , sans doute plissée et resserrée dans l'animal , car elle sort en s'allongeant et s' élargissant beaucoup à travers ses blessures. Elle occupe toute la longueur de l'animal , à part la tcle et la queue , mais elle ne paraît ouverte que vis-à-vis de la vulve ; vers la tèle elle s'amincit beaucoup, et semble s'y terminer chez les Vibrions \ chez les Oxyures elle semble seulement devenir plus étroite, plus flexueuse, et redescendre dans l'intérieur du corps. Vers la queue , elle se termine en cul-de-sac ou en pointe chez les Vibrions et l'Oxyure vermiculaire , mais elle semble encore se reployer (i) chez VOxjuris brevicaudata (fîg. 6 , 7, 8 , c) , lo, 22, 3o, 3i, 32). Ce qu'il y a de certain c'est que , chez ce dernier ver, une blessure du milieu du corps donne issue à deux oviductes dont l'un est large , l'autre étroit , dis- positions que la transparence des tégumens permet même quelquefois d'apercevoir. J'ai aussi observé , quoique rarement , la même chose chez les Vibrions , et l'on peut penser qu'il existe parfois , chez l'Oxyure vermiculaire, un semblable repli à la partie postérieure de l'oviducte, (i) On peut comparer celte longue bourse , amincie à ses extrémités , ouverte vers son milieu, à l'oviducte bifurqué et terminé en filamens fort étroits des Ascarides. Ici , les deux branches de la bifurcation sont Opposées bout à bout et plus grosses que le tronc, qui n'est autre que le canal vaginal qui conduit à la vulve, et n'a qu'une longueur équivalente à l'épaisseur des envtloppes dcrmo-niusculaircs du vcv. I ( 23l ) à en juger par le mouvement des ovules , qui semblent monter d'un côté et descendre de Tautre (fig. 28 , 29). Quant aux ovules renfermés dans cet oviducte , l'a- nalogie n'est plus aussi complète dans les quatre es- pèces que nous comparons , mais il est facile de passer de l'une à l'autre , comme nous Talions voir. 1''. L'Oxyure humain ne contient autre chose qu'uu nombre prodigieux de petits ovules elliptiques , aplatis , lisses et réguliers , formés de plusieurs enveloppes et remplis d'une substance gélatineuse et transparente (fig. 34)- Leur diamètre est de cinq à six fois plus con- sidérable que celui des globules du sang humain. 1°. La partie la plus rélrécie de l'oviducte de l'Oxyure du crapaud contient des ovules foi't petits, translucides, et que l'on peut mettre en parallèle avec ceux que je viens de décrire 5 mais , à mesure qu'on arrive à une por- tion plus élargie , on voit les ovules acquérir plus de vo- lume et d'opacité , et enfin prendre un diamètre tel que cinq à six mesurent la largeur du ver : ces derniers sont aussi en nombie immense ; il y en a plusieurs milliers , mais bien moins sans doute que chez l'Oxyure vermi- culaire dont les ovules sont tous si petits. Libres et flot- tans , ils sortent de l'oviducte à la moindre blessure , et alors j examinés isolément, ils font voir que leur inté- rieur est rempli par un petit ver roulé en double spi- rale ( fig. 35 ) ; de là la forme arrondie ou un peu ovale ou lenticulaire de ces œufs (i). Le ver renfermé dans celte vésicule membraneuse est d'autant plus visible que (i) Quelques-uns semblent réunis deux ît deux ou trois k troii» ïoui une même enveloppe ( fig. 35). ( 230 l'ceuf est plus gros ; il s'y meut quelquefois avec viva- cité^ autant que le permet son attitude et le peu d'espace qu'il occupe. Dans certaines circonstances même , on trouve les choses plus avancées encoi'e : déjà des foetus ont rompu leurs enveloppes 5 ils s'agitent vivement et parcoui'cnt tout l'oviducte , rompant aussi par leurs mouvemens les entraves de ceux qui sont arrivés comme eux à leur ma- turité. Ils ont environ un quart de ligne de longueur, et les trois quarts postérieurs de leur corps sont un peu opaques et peut-être déjà remplis d'ovules (fig. 36), La moindre ouverture faite à l'oviducte de la mère leur fournit le passage qu'ils semblent désirer , et leur permet de s'échapper à la nage si l'expérience, comme c'est l'ordinaire , se fait dans un liquide. C'est ce qu'a vu Goëze , qui en a conclu naturellement , que ce ver était vivipare 5 c'est ce que j'ai aussi constaté par moi- même {Voyez Goëze, tab. 4 et 5-, Rudolphi, t. 2, p. i36et i48). 3°. Nos Vibrions ne paraissent plus contenir de ces ovules libres et si ténus qu'on trouve dans l'Oxyure hu- main : la partie la plus étroite de leurs oviductes ren- ferme un ou deux chapelets (fig. 33) de globules ar- rondis , gélatineux , agglutinés ensemble , marqués vers leur centre d'un point plus opaque (fig. 37 ). Ces ovules deviennent de plus en plus grands , prennent alors la forme lenticulaire , et libres, flottans , isolés , ils laissent voir aussi dans leur intérieur un petit Vibrion roulé en double spirale ( fig. 38 ). La membrane qui les ejiveloppe devient graduellement moins épaisse , moins gélatineuse et plus diaphane 5 les plus grandes des vésicules qu'elle ( 233 ) conslilue , ont un diamètre égal à la demi-largeur du Vi- brion , qui j par cela même , en renferme bien moins que l'Oxyure du crapaud. On peut les distinguer parfois confusément à travers la peau (fig. 2, 4 5 10, 22 ). Muller avait bien aperçu la double rangée qu'ils for- ment 5 d'autres les ont prises pour des viscères. Leur nombre n'est quelquefois que de quatre à cinq 5 il peut aller jusqu'à cent. De même que chez le ver dont nous parlions à l'ins- tant, ces œufs éclosent dans l'intéi-ieur du corps de la mère dont ils parcourent la cavité en tous sens , cher- chant une issue et repoussant l'oviducte vers la tête ou la queue (fig. 3i , i^o), jusqu'à ce qu'enfiu ils rencontrent la vulve et s'échappent avec rapidité après l'avoir lente- ment dilatée. Je les ai vu chercher pendant un jour en- tier 5 au grand tourment de la mère qui bientôt, ridée et flétrie , aurait péri sans doute et se serait rompue dans quelque point si je n'eusse hâté cet événement. Dans les cas même où les choses se passent le plus régulièrement , la mèi'e reste déformée , presqu'immobile , et périt peu après l'accouchement. Les Vibrions sont donc vivipares , fait déjà reconnu par Néedham (Rech. micr. , p. 180) et par Baker (Op. Haller, t. 8 , p. 109) j et, quoi qu'en dise Linné , je ne les ai jamais vu déposer un seul œuf, même en les observant dans toutes les saisons , l'hiver ex- cepté, car on n'en trouveplus guère alors. SelonM. Bauer le Vibrion du blé carié pond des œufs ou vésicules sem- blables à celles que j'ai décrites 5 mais j'ai peine à conce- voir que cela ait lieu sans une déchirure véritable de la mère. Néedham le disait vivipare. Nos Vibrions naissans ont à-peu-près la huitième (234) partie de la longueur de leur mère j ils sortent vivans de leurs œufs , si on les rompt lorsqu'ils n'ont encore que la moitié de cette taille 5 mais ils ne lardent pas à périr. Parmi ceux qui ont la grandeur convenable, il en est qui ne laissent voir à travers leurs corps transparens , qu'une ligne représentant le canal intestinal ; d'autres , soumis à un fort microscope , présentent une double rangée de globules que M. Bauer a vus aussi dans les fœtus du Kibrio tritici , et que nous avons fait sortir en chapelet par une section fort difficile à exécuter, vu la petitesse et l'agilité de l'animal (fîg. ^i ). L'Oxyure du crapaud ne serait pas le seul qui pût nous fournir des points de contact entre les Vibrions et les Entozoaires. Le Cucullanus elegans (Goëze, lab. 9, A el B ; Rudolphi, t. i , page 289 , planche 3 5 et t. 2 , p. io5), VOphiostoma mucronatus (Hud. , tom. 2, p. 118), sont aussi vivipares et ne donnent issue à leurs petits que par la destruction du corps de la mère. Organes génitaux mâles. ^ Ce n'était guère qu'à l'absence des ovules que Goèze avait cru reconnaître l'individu mâle chez l'Oxyure hu- main, et c'eslà ce premier indice que je l'ai reconnu chez les Vibrions. On n'a pu jusqu'ici apercevoir le pénis chez cet Oxyure , ni distinguer nullement les vaisseaux spermatiques (Bremser, p. i55 ) dont cependant l'ana- nogie avec les Ascarides doit faire supposer l'existence. Chez les autres Oxyui-es , sans acquérir plus de lumière sur les organes intérieurs, on a pu du moins voir le pénis, soit simple comme chez celui du lapin sauvage (Bremser;, ( 235 ) Le), soit double comme chez celui du crapaud ( Goëze , tab. 35 , fig. 9. G. Zeder , ap. Rud. , t. 2 , p. i65). Parmi nos Vibrions , il en est qui , plus transparens que les grandes femelles et plus petits qu'elles d'un tiers , ne laissent voir bien distinctement dans leur état d'inté- grité que le canal alimentaire plus libre et plus flottant : leur forme est , du reste , toute semblable à celle que nous avons déjà indiquée. Vers la partie postérieure du corps de ces individus , on voit constamment un ou deux traits linéaires dirigés obliquement vers l'anus (fig. 43 j 44) aux environs duquel ils se terminent. J'avais pu croire d'abord que ces traits n'étaient dus qu'à la terminaison du rectum ; mais j'ai vu bien distinctement cet intestin s'étendre jusqu'au bout de la queue ( fig. 4? ) ? comme cbez les femelles , et j'ai ainsi évité l'illusion qui paraît avoir trompé Goëze (i) relativement à VOxyuris hrevi- caudata (Rud., t. 2 , p. 167^. Sans doute, chez cet Oxyure comme chez nos Vibrions , ces traits obliques lie sont qu'un commencement des canavix spermatiques. J'ai en effet aperçu plus haut une espèce de cordon très- flexueux , grenu et pellucide (fig. 4^ 5 4" ) ? ^"^ lorsque j'ai fait la section de l'animal , avec son intestin j'ai vu sor- tir un cordon transparent , gaufré ou granuleux ( fig. 4^ , 49 ) , plus étroit et plus fragile que lui. La compression de ces individus a plusieurs fois fait sortir de l'anus ou de son voisinage un corps allongé (fig. 4^) transparent et très-fi-agile : était-ce un pénis ? était-ce un des canaux spermatiques reuvex'sé ? était-ce enfin une matière sortie ^ ,^-_^ — ■■ (i) Il décrit un autre canal descenJaut dans la queue , au-delà de l'a- nus j c'était évidemment la continuation du rectum. ( 236 ) du x'ectum ? Celte dernière question seule peut être ré- solue négativement, car le rectum ne contient guère qu'une matière globuleuse et colorée. Les deux pénis vus par Zeder et par Goëze répondent sans doute à deux ca- naux spermatiques 5 la structure de nos Vibrions semble l'indiquer par analogie , et l'inspection pourra aisément confirmer cette présomption. Il n'en sera pas de même des inductions que nous allons tirer de l'accouplement de nos Vibrions : nous ne pouvons en effet observer comme eux dans l'état libre et dans leur séjour naturel les vers intestinaux 5 aussi est-il si rare de les trouver accouplés, que Ton a l'évoqué en doute l'observation de Goëze (Ox. brev.^ tab. 35), malgré la véracité et la pers- picacité reconnue de ce célèbre lielmintliologiste (Rud. , t. i,p. 307). Copulation ffig. 5i ). Plusieurs fois j'avais observé, comme Muller, que les Vibrions de la colle mis dans l'eau , semblaient adhérer par leur queue subulée aux corps flottans dans ce li- quide ; je les avais vu adhérer de la même manière les uns aux autres , quoique cette queue parût peu suscepti- ble de flexion : c'est en observant les Vibrions du vi- naigi^e au milieu du liquide qu'il habite d'ordinaire, que j'ai pu voir un accouplement bien réel. Le niàle nage vers la femelle, la suit, l'environne de replis, et bientôt entoure la l'égion de la vulve avec la partie postérieure de son corps tournée eu spirale. La fenielle continue de nager avec des mouveraens un peu plus vifs , tandis que le mâle reste immobile , contourné en anneaux ou livré à des mouvcmeus convulsifs. Celte copulation dure ( 237 ) , quelquefois plusieurs minutes ; puis , le mâle , toujours roidi et contourné , tombe au fond du liquide , où il reste quelque temps presque immobile. Le coït est rci- téi'é plusieurs fois et souvent à peu de distance pour- la même femelle et par des mâles dilFérens ; ceux-ci sont quelquefois infiniment plus petits qu'elle , et môme seulement de la taille des foetus naissans , tandis que la femelle contient parfois des œufs près d'éclore. Les mouvemens qu'exécutent ces animalcules sous le mi- croscope, et la liberté dont ils ont besoin , ne m'ont pas permis d'examiner assez attentivement les objets pour reconnaître si la queue du mâle pénètre dans la vulve , comme cliez l'Oxyure observé par Goëze , ou s'il y a in- tromission d'un pénis , ou enfin seulement rapproche- ment de deux orifices. J'observe néanmoins que la vulve n'est pas , après ce coït , sensiblement plus dilatée qu'a- vant. L'analogie nous porte à penser que la queue du Vibrion du vinaigre , plus flexible et plus longue que celle de ceux de la colle et de l'Oxyure du crapaud, em- bi'asse simplement le corps de la femelle , comme on le voit chez la plupart des grands Nématodes. ( J. Cloquet.) Cetle copulation parait indispensable à la fécondation. En eifet , j'ai mis dans un tube de verre effilé et fermé aux deux bouts , un petit Vibrion femelle avec de l'eau mêlée de colle : ce Vibrion n'ofl'rait encore que les cha- pelets que l'on voit dans les foetus naissans. Il a vécu ainsi en prenant un certain accroissement pendant près d'un mois (juin) sans faire ni oeufs ni petits. A cette épo- que , il était dans un état de mort apparente qui se dis- sipa dès qu'il eut été mis dans de l'eau nouvelle : une section pratiquée au milieu du corps en a fait sortir un ( 238 ) canal alimentaire coïitenanl peu de matières opaques, et un oviducte transparent et ue renfermant que des glo- bules diaphanes et fort ténus ( lig. ii). Dans l'état libre , au contraire , les premiers Vibrions qui paraissent dans la colle sont déjà pleins de foetus au bout de cinq à six jours. Fie et Mort. Nous savons peu de chose sur la durée de la vie et les habitudes des vers intestinaux 5 il serait po.ssible d'ac- c^uérir des renseignemens plus exacts sur les Vibrions , et surtout sur ceux du vinaigre ; mais pourrait-on en appli- quer les conséquences aux premiers ? L'analogie serait plus grande entre ceux de la colle et les Oxyures qui ram- pent à la surface des intestins dans les mucosités qui en favorisent le développement ou dont ils produisent eux- mêmes la surabondance. Ces Vibrions rampent en ser- pentant dans les parties les plus liquides de la colle de farine , en glissant tantôt de la tète à la queue , et tantôt en sens inverse 5 mais , dans l'eau ;, ils nagent en serpen- tant toujours la tête la première , sans preiidi'e presque aucun repos , et de la môme manière que ceux du vi- naigre qui occupent ordinairement la surface du liquide et les bords du vase. Le vinaigre tue en quelques mi- nutes ceux de la colle 5 l'eau-de-vie les fait périr plus lentement : il en est de même des huiles essentielles ; mêlées à l'eau , ces huiles ne les font point périr. ( Ces derniers effets sont les mêmes pour ceux du vinaigre. ) Le froid les empêche de se développer ; il les engourdit , mais on prétend qu'ils peuvent être congelés sans pex'dre la vie (Linné). Une chaleur de soixante à quati'e-vingts degrés centigrades les tue irrévocablement eux et leurs i ( ^39 ) embryons 5 leurs cadavres sont alors élendus en ligne droite ; ils ne tardent pas à se déformer et à se détruire. Quelle est la durée de leur vie naturelle ? Je n'ai guère trouvé de cadavres dans la colle que trois semaines après leur première apparition. La colle qu'ils habitent est né- cessaire à leur nutrition , car dans l'eau pure ils cessent de croître et ne vivent que sept à huit jours 5 si l'eau ne suffit pas à leur nutrition , du moins elle est nécessaire à leur existence. Mis à sec , les Vibrions se contour- nent, puis i-estent immobiles. Tant que l'intérieur du corps n'est pas desséché , l'humidité leur rend la vie , mais cet eflet vme fois produit, ils sont morts sans re- tour. Le plus long espace de temps qu'un Vibrion du vinaigre ait passé sans périr à l'air libre , dans une sai- son sèche et chaude , c'est vin quart d'heure 5 il a pu vivre après une heure de dessiccation et de mort appa- rente , dans une saison plus fraiche et plus humide. Il n'en est donc pas d'eux comme du Rotifère de Spallan- zani ou du Vihrio tritici ( Bauer, /. c. ,• Haller, Phy^s. , t. 8 , p. III ) , qui revivent plusieurs années après avoir été desséchés. Quoique privés de nerfs appareils , ainsi que la ma- jeure partie des Entozoaircs (Rudolphi) , nos Vibrions ne sont pourtant pas insensibles , et le nom d'apathiques donné par M. Lamarck à cette classe d'êtres vivans, me paraît au moins trop significatif. La vivacité de leurs mouvemeus s'accroît quand on les tourmente ; ils recu- lent ou se détournent quand ils rencontrent des ob- stacles , et il m'a semblé même qu'ils fuyaient la lumière et la chaleur trop forte. Enfin si on les blesse , on voit l'extrémité du corps la plus voisine du mal se tordre, ( 240 ) so tourner vers la blessure, la palper et cherclier à re- pousser cette cause de douleur. Tout tronçon , quelle que soit la région à laquelle il appartienne, continue ainsi de vivre pendant plusieurs heures s'il a une lon- gueur convenable ; seulement j'ai remarqué qu'à longueur égale , le tronçon de la tête vivait plus long-temps que celui de la queue, et celui-ci plus qu'un tronçon du milieu du corps. Le Vibrion de la colle semble aussi mieux résister aux blessures que celui du vinaigre. Origine. Avoir trouvé des analogues aux vers intestinaux hors du corps des animatix , ce n'est pas avoir inûrmé la doc- trine de leur génération spontanée si bien établie par Bauer, Rudolphi et Bremser 5 surtout si nous démon- trons que ces analogues mêmes semblent susceptibles du même mode de production. Mais avant d'aller plus loin , avant d'énoncer des argumens propres à soutenir cette doctrine , je dois prévoir vme objection grave , et je ne veux point passer outre , avant de l'avoir radicalement détruite. Cette doctrine , jadis universellement ap- prouvée, est de nos jouis regardée comme attentaloii'e à la majesté divine et à l'autorité des livres saints. On ne peut qu'approuver sans doute le zèle et les bonnes intentions de ceux qui craignent cpi'une pareille théorie n'attaque les dogmes de notre religion 5 mais ils ne font , par ces vaines terreurs , que donner aux incrédules des armes qu'il serait facile de leur arracher en rétorquant ou réfutant les argumens dont ils se servent : c'est ce donton va juger. Je prouverai, je l'espère, sans difficulté , 1". que la génération spontanée n'est nullement contra- ( ^4i ) dicloii'G aux expressions du texte sacré, et 2". que de la générallou spoutane'e des infusoires et des vers iritestî- iiaux , on ne peut rien arguer pour celle des animaux plus parfaits. Rapportons d'abord les propres termes de la Genèse , et nous verrons qu'ils favorisent plutôt qu'ils ne con- damnent la génération spontanée 5 que les eaux produi- sent des animaux vivans qui nagent dans l'eau , et des oiseaux qui volent sur la terre, sous le firmament du ciel -, que la terre produise des animaux vivans , cha- cun selon son espèce, les animaux domestiques, les rep- tiles et les bêles sauvages de la terre selon leurs diffé- rentes espèces. « Prodiicantaqiiœ omne reptile animœ ■viventis et omne volatile super terrant, subjirmaniento cœli Producat terra animam viventeni in génère xuo , jumenta et reptilia et bestias terrœ secundiim spe- cies suas. « Dieu donne aux eaux et à la terre la faculté de produire des animaux vivans , et nulle part il ne li- mite la durée de cette force productrice , nulle part il n'est dit qu'elle ait été bornée à une première formation. Pour les herbes vertes et les arbres fruitiers seulement , il est dit dans un des versets qui précèdent , que leur se- mence sera désormais contenue dans eux-mêmes, et qu'ils renferment la semence en eux-mêmes pour se re- produire sur la terre (trad. de Sacy). « Cujus semen in semetipso sit. » C'est ainsi qu'en avaient jugé toutes les écoles de pîiilosophie qui , sur la foi d'Aristote , ad- mirent , jusqu'au siècle de Louis XIV , la génération spontanée qu'ils étendaient même bien au-delà des li- mites que nous lui donnons. Avouez que les serpeus , les sauterelles , les vers , les mouches , les rats , les IX. iC ( 240 cliauve-souris , les taupes et autres animaux semblables naissent spontanément et sans germe, de la matière en putréfaction. « Serpentes , locustas , vernies , muscas , mures , vespertiliones , talpas et id genus alia quœ- ciimque fateberis sponte sua nullo seniine , de putrî tnaterid , de cœnosa colluvie exoriri , » a dit notre cé- lèbre Fernel {de abd. rec. caus.^ lib. i, cap. 8). D'où leur vient cette vie , cette âme dont ils jouissent ? Undenàni hanc animam accepere ? C'est, dit-il, l'in- fluence céleste qui la leur fournit (cap. 6)5 c'est la di- vinité partout présente et sans cesse agissante qui gou- verne le monde et préside à tous ses phénomènes, pour qui rien n'est vil ni méprisable , et qui , comme dit Lafontaine , s'occupe autant du partage d'un brin d'herbe entre c[uelques fourmis que des combats de l'é- léphant et du rhinocéros. Est -ce là de l'impiété, de l'irréligion ? Occupons-nous maintenant du deuxièrrie point que j'ai promis d'éclaircir. Parce que du seigle gâté peut four- nir de petits vermisseaux , en concluera-t-on , dit Vol- taire , que des hommes puissent éclore dans du pur fro- ment ? Qui ne sent au premier abord le lidicule de ces sortes d'induction. Les animalcules infusoires dont il s'agit, de même que les vers intestinaux, sont privés d'un système nerveux centralisé 5 ce sont les agens uni- versels ( calorique (i) , lumière, électricité, magnétisme) (i) C'est , à peu de cliose près , l'idée d'Aristote quand il concevait que Tair, la chaleur et l'humidité atmosphériques produisaient , dans la géné- I ntion spontanée , les mêmes efiets que les humeurs et la chaleur ani- male dans la génération par sexes. ( Voy. Fernel , l. c.) i < ^43 ) qui leur tiennent lieu d'agent nerveux, qui entretiennent en eux le mouvement et la vie ( Lamai'ck ). Ils sont privés de coeur et de vaisseaux , etc. . et leur corps géla- tineux semble se nourrir par une sorle d'imbibilion que la digestion des matériavix nutritifs ne précède pas toujours (Toenias, Monades, etc. ). Il n'est donc pas étonnant qu'ila puissent naître au milieu de ces conditions , sub quarum injluxu vivere possunt (Prochaska , disq. hum. corp. org. , p. 160 ). En est-il de jnême de ceux qui ne peuvent vivre que sous rinfluencc d'un agent nerveux coercé dans des organes loutparliculicrs, organes qui, d'après les expé- riences de MM. Prévost et Dumas, sont exclusivement et seuls fournis par le mâle (animalcules spermatiques), et dont la production ne peut par conséquent avoir lieu que par l'union des deux sexes. Donc, je le répète , on ne peut appliquer aux animaux des ordres supérieurs ce qui est propre et exclusif à cette dernière classe du règne ani- mal. La même différence d'organisation s'observe entre les végétaux dont on peut rapporter l'origine à la géné- ration spontanée ( moisissures , champignons , al- gues , etc. ) et les autres qui, soit dit en passant, sont seuls désignés dans le verset de la Genèse que j'ai l'ap- porté plus haut. {Herbain virentevi et. lignum pomi- feruin. ) Craindrait-oïi encore d'autres inductions hypothéti- ques et qui ne sont fondées sur aucune analogie réelle, telles que celles qui supposent qu'une fermentation plus puissante et plus étendue a pu donner naissance à des animaux parfaits , comme une fermentation ordinaire fait naître sous nos yeux des animalcules infusoires 1' mais toute fermentation de ce geni-e s'opère dans des ( ^44 ) malières organisées , et l'existence de la matière orga- nisée suppose une création antécédente. Après avoir ainsi démontré que noire théorie n'est nul- lement réprouvée par les principes religieux les plus purs , voyons si elle a quelque chose qui répugne à la raison. Au premier abord , l'esprit s'effarouche aisément delà comparaison qu'établissent les fauteurs de la géné- ration spontanée entre des êtres organisés et des corps inorganiques. Je suis persuadé que les moisissures , les champignons les moins parfaits , les lichens et même les animalcules infusoires et les zoophytcs , peuvent naître par génération équivoque , c'est-à-dire par l'effi- cacité de l'organisme universel , comme les sels et les cristaux. « Mucores et gastromjcetas , ipsos que im- per fectiores fungo s et lichenes , dein animalcula infu- soria et zoophyta pariter posse œquivocâ generatione , id est per unwersalis organismi efficientiam oriri , ac sales et crjstallos , persuasissimum habeo , » dit Sprengel (Inst. phys. , § 4^7 )• C'est en effet aller un peu trop loin 5 mais rappelons toujours qu'il ne s'agit ici que des animaux dont l'organisation est la plus simple (i) , comme le dit expressément Rudolphi ( t. i , p. 4^3) j et ajoutons que les faits que l'on invoque tous les jours pour nous les opposer sont relatifs à des ani- maux plus composés , à des animaux doués d'un sys- tème nerveux 5 les mouches et leurs lai'ves , par exemple, qui ne ressemblent pas plus aux vers intestinaux ou axix (i) Les Crustacés microscopiques ( Monocles , Cyprls , etc.) ne doi- vent point être rangés parmi les infusoires ; aussi ne les trouve- t-on que tlans les grandes masses d'eaux et nou dans nos infusions artificielles. ( 245 ) Vibrions que les lombrics terrestres qu'on leur a quel- quefois comparés. C'est sur ces animaux qu'a expérimenté Redi : Redi dont on répète cbaque jour le nom comme d'un antagoniste de la génération spontanée , sans sa- voir qu'il admet celte génération pour les vers intesti- naux , sans savoir qu'il en a été de même de Malpighi et de Vallisnieri qui ont confirmé les autres observa- lions de Redi et ont été plus loin que lui encore , en prouvant que les vers des fruits et des galles végétales n'étaient point dus à la génération spontanée , comme il l'avait cru. Enfin , si l'on veut tenir compte des raison- nemens et des faits apportés en preuve par Muller (Prœf., p. ^4 ) , par Buffon , pnr Frey , Treviranus ( dont je ne puis malheureusement parler que d'après autrui), par Priestley , Gelilen, Gruithuisen (ap. Sprengel pliysiol., § 4^9) j P^^' Bory-Saint-Vincent (Dict. se. nat. , t. 29 , p. 324) ; si l'on veut même s'en tenir à ce qu'ont de vrai- semblable les explications de M. Lamarck ( Anim. sans Vert. , t. I , p. 1^5 ) , on concevra, sans grande peine , que des molécules organiques dissociées par la fermenta- tion et tendant à se réunir pour former de nouveaux produits (comme la chimie le déniontie) , peuvent donner lieu , par cette réunion , à des aggrégats nouveaux et susceptibles de se mouvoir sous l'influence des agens vmiversels qui président à tout mouvement intestinal et moléculaire des corps de la nature. Exposons maintenant les données que l'observation nous a particulièrement fournies relativement à nos Vi- brions et surtout à ceux qui habitent la colle de farine. Les Vibrions paraissent dans celle-ci lorsqu'elle com- mence à feraienlcr et à s'aigrir 5 d'abord rares , et de la. ( 246 ) taille des foetus naissans , ils deviennent bientôt plus grands et pins nombreux. Un peu avant leur apparition , la colle , qui jusque-là n'avait offert au microscope que des flocons irréguliers , fait voir un grand nombre de disques paraissant arrondis sur leurs bords , amincis vers leur centre , et souvent sillonnés en spirale , de manière à simuler parfaitement un jeune Vibrion roulé dans sa membrane ovulaire (fig. Sg). Le volume de ces disques est le même que celui des oeufs du Vihrio glutinis près d'éclore ; ils sont toujours mêlés à des flocons ou à des globules beaucoup plus petits et moins réguliers qu'eux, et ne s'en séparent bien que par une sorte de lavage. Si on les laisse séjourner dans l'eau , on les voit se résoudre en ces mêmes globi;les dont je parlais tout-à-l'lieure, et qui existent seuls lorsque la fermentation est très-avan- cée. J'ai cru d'abord , je l'avoue , trouver là le point de transformation ; peut-être quelques observateurs ont-ils pris aussi ces disques pour des œufs , et , d'après cette seule donnée, déclaré les Vibrions ovipares. Restés en masse , ces disques se comportent-ils autrement que dans l'eau ? L'électricité en faciliterait-elle la transformation en véritables oeufs (i)? Je l'ignore-, je sais seulement que l'eau arrête la fermentation , et qu'elle ne peut ser- vir seule à l'accroissement , à la nutrition de ces animal- cules. Si c'était là la véritable origine des Vibrions , on pourrait donc encore concilier avec la génération spon- (i) Je dois avertir que jusqu'ici je n'ai pu rencontrer aucuu Vibrion dans la colle fermentée depuis que j'habite le Languedoc ; cependant cette colle renferme des disques semblables à ceux que j'ai décrits ci- dessus , mais en nombre moins considérable. I ( ^47 ) tanée cet axiome de Harvey, omne animale ex osfo. Si ces preuves positives paraissent peu concluantes , il n'en sera pas de même, je pense , des preuves négatives. Si ces petits êtres ne se forment pas , poiu; ainsi dire , de toutes pièces dans la colle , d'où viennent-ils ? quel a été le véhicule des germes, des œufs qui les ont produits? avaient -ils été déposés par d'autres Vibrions dans l'eau ou la farine? Mais , i'^. je ne sache pas qu'on ait jamais trouvé le F^ibrio glutinis dans l'une ou l'autre de ces substances 5 la taille, la forme , les habitudes , etc. , dis- tinguent trop complètement les Vibrions du blé carrié , ceux de l'eau putride, d'avec les nôtres, pour qu'on puisse recourir à celte origine. Il s'en faut de beaucoup que la ressemblance soit portée au même point que celle qui existe entre le Vibrion de la colle et celui du vinaigre, et pourtant nous avons vu que le premier ne pouvait vivre dans le même liquide que le deuxième 5 2°. l'eau et la farine ont subi une ébullition qui , à raison de la vis- cosité que prend la matière , a produit une chaleur bien supérieure à + 100° ; or, nous avons vu qu'une chaleur beaucoup moindre faisait périr les parens et leurs em- bryons. La colle , pleine de cadavres de Vibrions ainsi tués , n'en produit plus un seul , quelque temps qu'on la conserve 5 je m'en suis assuré plus d'une fois. Et en effet, comment des êtres si mous , si petits et si délicats, comment surtout leurs embryons , plus mous et plus frêles encore , résisteraient-ils à la coction la plus com- plète ? Les expériences par lesquelles Spallanzani a cru prouver que les germes des infusoires résistaient à l'é- bullition , prouvent en faveur de la génération sponla- uée plus qu'en faveur de l'opinion de ce célèbre obscr- ( 248 ) valeur (t. i*', p. ^^). Des décoctions végétales ou ani- males , faites et conservées en vase clos , ont donné des animalcules quand la fermentation a pu s'y établir. Cela prouve , à mon sens , que les germes ne sont point ap- portés par l'air, et Needham en avait judicieusement tiré cette conséquence (iîec/i. microsc, p. 193). Et quant aux germes de nos Vibrions , pouvaient -ils avoir été apportés ainsi ? 1°. Les Vibrions ne sont point des larves d'insectes , comme on l'a dit bien faussement de celui du vinaigre (Haller, Phjs. , tom. 8 , p, 1 13 ) j le foetus ressemble à ses parens , et ceux-ci ne peuvent , sans être sur-le-cliamp arrêtés par la dessiccation , sortir du milieu humide qu'ils habitent (1). Dira-t-ou que les œufs se volatilisent et sont transportés sous forme de va- peur ? Mais ces oeufs , quelque petits qu'on les suppose, se dessèchent comme ceux de l'Oxyui'e vermiculaire 5 leurs restes ne reprennent point la vie quand on les hu- mecte , et ils ne tardent pas à se décomposer, à se dis- perser par lambeaux ou par molécules toutes visibles au microscope , mais qui n'ont aucune régularité et ne peu- vent être , en aucune façon , prises pour des ovules plus petits. Ces restes ne peuvent donc point être enlevés fructueusement , sous forme de poussière , par le vent ou par tout autre moyen de transport •, je ne parle pas de l'obstacle que leur aurait offert la gaze dont je couvrais la colle pendant mes recherches. Voudrait-on supposer que cette volatilisation n'est (i) «cils sont trop pesans pour être trausportés par l'air, et trop aqua- tiques pour subsister hors de l'eau ou pour parcourir la terre sèche. » (Needham , Rech. microsc. , p. i8o.) I ( 249 ) réelle que pour des ovules si pelits que notie micros- cope même ne pouvait nous les faire soupçonner ? Mais je me suis assuré vingt fois que des ovules très-percep- libles , que des foetus môme qui avaient moitié du vo- lume qu'ils ont en naissant ne pouvaient vivre hors du corps de leur mère , et ne tardaient pas à se décomposer si on les en lirait, du moins lorsqu'on faisait l'expéience dans de la colle délayée qui , seule , permet de sembla- bles recherches , et qui suffit très-bien à la vie et à l'ac- croissement des foetus extraits du corps de la mère avec la taille convenable. Tout ce que je viens de dire des Vibrions pourrait s'appliquer à bien d'autres animalcules (i) , mais je dois me borner à ce qui les concerne , en faisant valoir les probabilités que je viens d'énoncer comme un nouveau point de rapprochement qui les unit aux Entozoaires, et notamment aux Oxyures. Ce rapprochement m'a paru assez intéressant comme objet d'histoire naturelle , mais peut-être même la médecine en pourrait-elle tirer quel- ques conséquences utiles : i°. faire prosciire plus soi- gneusement , par exemple , l'usage des bouillies et autres ali mens farineux si souvent nuisibles aux enfans 5 2°. faire remédier à la formation des mucosités intestinales qui servent de nounnture et peut-être de berceau aux Oxyu- res , si pourtant ceux-ci n'en sont pas la cause plutôt que l'eftet 5 3°, faire prescrire des injections propres à (i) Un argument de plus serait fourni par ceux qui ne se reproduisent point par germes , par accouplement , etc. , par scission , comme nous l'avons vu souvent s'opérer dans le champ du microscope , soit en long ( Vorticelles) , soit en travers ( Paramères,'. ( 250 ) dissoudre ces muscosités (alcalis) qui servent d'abri à ces vers et les empêchent d'être entraînés par les matières fécales , etc. EXPLICATION DES PLANCHES XLVII ET XLVIII. Fig. 1. Oxyure ou Ascaride vermiculaire femelle grossi (longueur natu- relle , 4 lignes). Sa demi -transparence laisse voir le canal alimentaire, l'oviducte ; la vulve laisse sortir des ovules. Fig. 2. Vibrion du vinaigre femelle (grandeur naturelle, i ligne) ; il laisse voir aussi ses œufs et son canal alimentaire. Fig. 3. Oxyure du crapaud {brevicaudaia') femelle (4 lignes de longueur naturelle ). Son canal alimentaire et son oviducte se dessinent fort bien à travers la peau. Fig. 4- Vibrion de la colle femelle (grandeur naturelle , f de ligne). Fig. 5. Oxyure microscopique trouvé dans un Scarabée nasicorne. Fig. 6. L'Oxyure vermiculaire dont la tète est séparée ; le canal alimen- taire et l'oviducte sortent du corps. Fig. 7, 8 et 9. Parties supérieure moyenne et inférieure de VOxyuris breuicaudata ; le canal alimentaire et l'oviducte sortent par des bles- sures. Fig. 10. Vibrion de la colle, blessé versla tête et le milieu du corps pour faire sortir le canal alimentaire et l'oviducte ; le premier s'est rompu , le deuxième est entier. Fig. II. Vibrion femelle vierge, blessé vers le milieu du corps ; les mêmes parties sortent par la plaie. Fig. 13, i3, 14. Diflérentes formes de la tête de l'Oxyure vermicu- laire. Fig. i5 , 16. Id. de la bouche des Vibrions. Fig. 17. Œsophage, estomac et intestin de l'Oxyure du crapaud (O. bre- ficaud. ). Fig. 18. Mêmes parties de l'Oxyure de l'homme ( O. verniic). Fig. 19, 20, 21. Mêmes parties du Vibrion du vinaigre (19) et de la colle (ao , ai). Fig. 22. Fin du canal alimentaire et de l'oviducte du Vibrion de la colle j. les tégumens en ont été séparés par un coup de scalpel. Fig. a3 , 2^. L'anus du même. ( 25l ) Fig. 25. Portion d'intestin avec les globules qu'il renferme. Fig. a5 bis. La vulve du même Vibrion trcs-grossi. Fig. 26 et 27. Même partie après l'accouchement. Fig. 28. Fin de l'oviducte, avec ses ovules, chez l'Oxyure vermicu- laire. Fig. 29. Repli inférieur de l'oviducte chez l'Oxyure du crapaud. Fig. 3o, 3i. Fin de l'oviducte chez le Vibrion de la colle; un fœtus le repousse jusque dans la queue (3i). Fig. 32. Portion d'oviducte du Vibrion du vinaigre, irrégulièrement contractée. Fig. 33. Tète et chapelets d'ovules du Vibrion de la colle. Fig. 34. Ovule d'Oxyure humain, très- grossi. Fig. 35. Œufs de l'Oxyure du crapaud ; en y voit le foetus roulé en spi- rale : quelques-uns sont doubles ou triples sous une seule enveloppe. Fig. 36. Fœtus naissaus du même ver (grandeur naturelle, i ligne ). Fig. 37. Ovule tiré du chapelet d'un T^ibrio glutinis , très-grossi. Fig. 38. Œuf plus avancé du même. Fig. 39. Disques de colle fermentée, ressemblant aux œufs des Vi- brions. Fig. 4o. P^ibrio glutinis plein de fœtus à terme ; l'un d'eux sort par la vulve. Fig. 4i. Mêmes fœtus très -grossis ; on y voit deux chapelets d'ovules non fécondés. Fig. 42 , 43. Canal spermatique du Vibrio glutinis mâle. Fig. 44 , 45* ^'^- '^^ f^ibrio aceti. Fig. 46. Pénis du même. Fig. 47. Rectum du même. Fig. 48. Tronçon du même; il en sort le canal spermatique et l'intes- tin. Fig. 49, 5o. Le même coupé en deux ; mêmes objets. Fig. 5i . Deux Vibrions du vinaigre accouplés. ( 202 ) Matériaux pour servir à une Monographie de la Molasse f ou Recherches ge'ognostiques sur les Roches et les Corps Jossiles qu'on trouve entre les Alpes et le Jura / Par M. Studer. {Extrait.) L'auteur de cet ouvrage est parti, pour ses travaux géo- guosliques , du principe lrès-ju,ste que , dans l'état actuel de la science, les progrès de la géognosie dépendent prin- cipalement de l'examen détaillé des différentes régions considérées isolément eu autrement , des progrès de la géographie minéralogique, et, qu'en particulier, l'obscu- rité qui règne encore à l'égard de la chaîne des Alpes , ne pourra être dissipée que par cette voie. D'après cela, il a commencé par examiner le sol qu'il habite lui-même , et il publie, dans l'ouvrage dont il s'agit, une Monographie, ou bien , suivant sa propre et modeste expression , des matériaux pour servir à une monographie de la forma- tion du grès qui se trouve enti'e les Alpes et le Jura , et qui en outre a pénétré , dans quelques endroits , au mi- lieu de ces deux chaînes de montagnes. Pour désigner cette formation , l'auteur a choisi le nom français de Mo- lasse , usité dans une partie de la Suisse, mais qui pourrait être remplacé avec avantage par la dénomina- tion de grès à lignites , établie par les géognostcs fran- çais. Cette dénomination désigne un caractère distinclif de la formation ; savoir, la présence fréquente de dépôts de lignites au milieu de ses couches , et ce nom est ap- ( 253 ) plicable sans contradicliou à toutes les modifications de celte formation , tandis qu'on n'entend proprement par molasse que le grès à grain fin et facilement friable , et qu'on ne peut guère comprendre sous ce nom sans faire violence à la langue un poudingue (Nagelflue) solide et susceptible de poli , comme par exemple celui de la montagne du Rigi ou du Speei'. Cependant nous devons savoir gré à l'auteur de ce qu'il n'a pas augmenté d'un nouveau nom la foule de ceux qui existent déjà pour les roches d'aggrégation. L'exposition des formes extérieures des montagnes , des collines et des vallées qu'embrasse celle formation de grès est présentée avec beaucoup de détail. L'auteur fait voir comment ce grès forme , avec quelque exception cependant , le long de la lisière des Alpes , des chaînes élevées et régulières ; comment il se montre ensuite , en s' abaissant peu à peu du côté du Nord , sur des plateaux montagneux étendus et diversement échancrés , et com- ment il se perd enfin dans les bas-fonds , au pied du Ju- ra. Ce n'est que sur les points où ses couches sont for- tement inclinées , comme dans le voisinage des Alpes , que ce grès pouvait se former en crêtes montagneuses continues , tandis que la situation plus ou moins hori- zontale habituelle de ses couciies devait exclure toute régularité dans les inégalités du sol. Les directions sui- vies que l'auteur croit encore trouver dans les inégalités du grès horizontal ne sont sans doute que des apparences accidentelles ^ il en est de même de la distinction des vallées en longitudinales et en transversales , si impor- tante ailleurs, mais inapplicable au grès horizontal. La desci'iplion géognoslique de celte formation com- ( ^54 ) mence par la délermination de ses limites , limites dout celle du sud pouvait seule être douteuse. Il s'agissait ici principalement de savoir si les grands gisemens de Na- gelflue, qui alternent avec le grès et qui accompagnent les chaines septentrionales des Alpes dans la plus grande partie de la Suisse , et qui atteignent sur le Speer et le Rigi la hauteur de 5,5oo pieds , font partie d'une for- mation plus ancienne , comme le pensent des géognostes distingués , ou bien s'il faut les mettre au même rang que la Molasse. Les recherches profondes que l'auteur a faites l'ont conduit au dernier de ces deux résultats , sur lequel nous devons aussi être d'accord , puisqu'on ne peut pas trouver une limite entre les deux formations, ni indiquer aucune différence essentielle dans leur com- position. Au contraire , l'auteur regarde comme une for- mation plus ancienne, et étrangère à la Molasse , le grès dont se compose la chaîne la plus voisine des Alpes , étendue de la Bera et des montagnes dites Sclnveins" bei'g , dans le canton de Fribourg, jusqu'au Gurnigel, dans le canton de Berne , et il donne pour cette raison , à ce grès , le nom de grès du Gurnigel {Gurnigel-Sands- teiji ) -, il en fait de même à l'égard d'un gisement qui se trouve au pied des montagnes dites Ralligstoecke , et dans lequel le grès , la marne et le calcaire schisteux al- ternent entre eux. Parfaitement d'accord a\ec l'auteur sur le principe qu'ici ce ne sont que les rapports de la stratification qui doivent décider la question , nous ne pouvons trouver aucune raison suffisante dans ce qu'il nous fait connaître sur ces rapports , pour distinguer le grès du Gurnigel de la Molasse , et la différence entre les deux espèces de roches n'est pas plus grande qu'on ( 255 ) ne la trouve , surtout dans la partie occidentale de la formation. Il en est autrement du gisement du grès , au pied du Ralligstoecke ; si l'immersion de ce gisement sous la roche calcaire des Alpes n'a pas été tirée simple- ment par induction des rapports de stratification , mais si l'auteur l'a réellement observée , comme nous croyons devoir l'entendre , il ne reste guère de doute que ce gise- ment ne soit subordonné à la roche calcaire des Alpes , quelque isolée que puisse être cette observation. Après avoir ainsi fixé ce qu'il entend par la Molasse de Suisse , l'auteur passe à la description de celte roche, en y distinguant comme membres différens de la forma- tion , la Molasse proprement dite , le Nagelflue et le grès coquillier 5 il cherche à combiner ici l'exposition topo- graphique avec l'exposition systématique , en suivant chacune des trois divisions dans les régions qu'il a exa- minées , en énumérant soigneusement les diverses modi- fications sous lesquelles elles paraissent , ainsi que les roches subordonnées et entremêlées avec elles (i) , et en développant leurs rapports de gisement et de stratifica- tion. C'est particulièrement par l'examen soigné du Na- gelflue en fragmens , de plusieurs localités , que l'auteur s'est acquis un grand mérite 5 car en cherchant à suivre l'origine de ce Nagelflue , il est arrivé au résultat , qu'il y en a une partie assez considérable qui est éti'angère aux (i) L'auteur regarde les roches dures qui se rencontrent fréquem- naent dans le grès désagrégé comme l'analogue des Septaria de l'arciilc de Londres. Nous croyons plutôt que les géognostes anglais désignent par cette expression les roches traversées par du spath calcaire sous forme de cellules et appelées autrefois Ludus Helinontii. ( 256 ) Alpes et qui pourrait bien provenir des montagnes pri- mitives de la Forêt noire. Si le grès coquillier dont ou fait visage dans la Suisse allemande sous le nom de Mke- gcnweiler - Stein , et dans la Suisse française sous celui àe pierre de la Molière ^ comme d'une excellente pierre de taille , pai'aît ici au rang des membres de la formation de la Molasse (ce qu'il mérite sans doute , puisqu'on le rencontre si fréquemment) , nous pensons que la chaux fétide qui y forme des gisemens intermédiaires encore plus puissans n'aurait pas dû être omise dans cette série. Des formations plus récentes se rencontrent sur la Mo- lasse ; on peut les désigner en adoptant les noms des géognostes anglais , par les expressions de formations di- luviales et de foi^malions alluviales , sans cependant joindre à la première l'idée hypothétique qui lui sert de base. Par formations diluviales_, M. Studer entend prin- cipalement les gisemens de sable , de gravier et de frag- mens de roches qui , alternant assez souvent avec du grès compacte et du Nagelflue , forment en partie le sol des vallons , et en parlie la couverture des collines. Ces gi- semens , qu'on trouve en Angleterre et probablement partout où la formation de la Molasse se présente sous des circonstances analogues à celle de la Suisse, ont reçu une importance particulière , parce qu'ils doivent servir comme une preuve irréfragable d'une inondation subite et générale appartenant encore aux temps historiques. Dans les endroits où ils sont à la portée des eaux ac- tuelles , il n'est pas difficile de démontrer qu'ils pro- viennent de couches de grès et de Nagelllue qui ont été détruites , et là où ils se montrent à une hauteur que les ( -^^1 ) eaux n'ont pu atteindre , ils doivent pro]);djlement leur origine à la destruction, par efflorescence, de ces couches, ou bien , ce qui est tout aussi possible, ils ont toujours existé sous forme de débris détachés et non cimentes ; mais dans tous les cas ils ont été déposés simultanément avec les gisemens compactes. L'auteur avoue aussi qu'on est souvent en doute pour savoir si on a devant soi du terrain diluvial ou de la Molasse , et dans la description de cette dernière , où il est plus d'une fois question de sable et de fragmens détachés qu'on trouve au milieu des couches compactes de grès et de Nagelilue , ou peut éga- lement trouver une confirmation de celte manière de voir. L'auteur fait aussi mention des blocs de roches alpi- nes , qu'il considèi'e comme faisant partie des formations diluviales , et il fournit des matériaux instructifs pour l'histoire de ces masses dans les bassins de l'Aar et du Rhône , principalement en détermijiant les élévations auxquelles ces blocs se rencontrent j il indique, parmi les difficultés qu'on trouve à donner une explication de leur origine , qu'en général , à l'exception du seul bas- sin de la Linlh , les blocs de granit sont l'espèce de roche qui prédomine j tandis que le gneiss, le schiste micacé et le calcaire se rencontrent bien plus fréquemment dans les Alpes. Nous devons faire remarquer à cet égard qu'il existe encore plusieurs autres exceptions à cette règle , puisque, entre autres, un.des vallons qui font partie du bassin de la Reuss , le Wynethal, est presque exclusive- ment encombré de blocs de calcaiie alpin. L'auteur énu- mère, comme formations alluviales , les bancs de galet, IX. 1^ ( 358 ) (le sable et d'argile , les dépôts de tuf calcaire et de tourbe. La description des restes organiques contenus dans la formation de la Molasse , complète l'histoire de ce ter- rain. L'auteur commence par la remarque très-fondée , qu'on ne doit pas toujours conclure l'identité des forma- tions de l'idenlité des corps fussiles. Cependant nous ne saurions être d'accord avec l'explication que l'auteur donne du contraire. Suivant lui , il serait possible que dans une formation déjà achevée, un mélange de corps organiques ait encore pu s'opérer plus tard avec le ter- rain peu compacte du fond de la mer ou d'un lac , ce qui nous parait impossible pour les corps organiques qu'on trouve ensevelis dans l'intérieur d'une formation. Mais comme les mêmes espèces animales se rencontrent quelquefois dans les différens membres d'une même formation dont le dépôt a pourtant exigé un temps assez long , de même certaines espèces de corps fossiles peii- vent s'être maintenues à travers une série de formations , et plus d'un fait démontre que c'est là ce c[ui a réellement eu lieu. La seule proposition générale qui paraisse cer- taine , c'est que les restes organiques de l'un et de l'autre règne s'éloignent d'autant plus ou d'autant moins des êtres vivans actuels , que la formation qui renferme ces restes est plus ancienne ou plus récente , et cela nous fait jeter un regard profond dans l'histoire de la terre et de ses habitans , sans nous permettre de tirer des obser- vations , à peine commencées , d'autres conclusions qui seraient encore prématurées. Si l'auteur aperçoit aussi cette loi dans les corps organiques fossiles de la Molasse et s'il fait observer entr'autres , dans son appréciation <. 259 ) crilîque des assertions contradictoires émises à leur égard, que les Térébra Iules qui furent trouvés près de Saiut-Gall par Razoumovsky , et qui ne se moulreut ailleurs que dans les formations plus anciennes, n'é- taient sans doute que des cardium ; on peut encore expliquer cette anomalie d'une autre manière, car nous avons aussi trouvé des Térébralules dans ces localités , mais c'était dans des galets de calcaire alpin , entremêlés avec la Molasse. Les corps fossiles de cette formation sont rangés par l'auteur en trois sections , savoir : les restes de végé- taux, ceux d'animaux d'eau douce et ceux d'animaux marins ^ mais dans la première de ces sections il n'est question que de matières cliarbonneuses , d'empreintes végétales , de bois fossiles et bitumineux, ainsi que des dépôts de lignites , tandis que la description du gisement de lignite n'est donnée que dans la seconde section avec celle des gisemens du calcaire fétide , parce que les lignites et le calcaire contiennent tous les deux , pour la majeure partie , des testacés d'eau douce. Il aurait été facile d'augmenter encore le catalogue des gisemens de lignites, qui, malgré leur peu de puissance, doivent un jour acquérir une grande importance pour la Suisse , et la dénomination de grès à lignites aurait de nouveau pu être justifiée à cette occasion. Nous nous contentons de rappeler ici les gisemens qui existent près deBurgdoif, à Haglingen où l'on exécute des travaux pour essayer une exploitation , à Rued , à Urnach où le gisement consiste en bois bitumineux , et nous ferons remarquer que la collection de roches formée par Escher offre des échantillons de lignites , recueillis dans presque toutes ( 26o ) les parties de la Suisse orientale. Le mauvais état dans le- quel sepréscntent ordinairement les teslacés fossiles d'eau douce, est cause que l'auteur n'a pu parvenir à en déter- miner qu'un petit nombre d'espèces. En revanche , la section des fossiles marins , que nous regardons comme une des plus importantes de l'ouvrage , est beaucoup plus riche, sous le même rapport. L'auteur y décrit d'abord les restes d'animaux qui se trouvent dans le *grès co- quillier ; dans leur nombre paraissent aussi , un peu con- iradicioirement avec le titre du chapitre , les ossemens de pachydermes et d'hyènes -, l'auteur énumère ensuite les teslacés contenus dans les dilïérens gisemens du grès ordinaire, dans le voisinage des Alpes, ou, suivant sa propre expression , les corps pétrifiés des collines subal- pines. Grâces à ses recherches infatigables, ces fossiles ont été recueillis en quantité considérable , pour la plu- part, aux environs de Berne, et ils peuvent contribuer es- sentiellement à donner des lumières sur la nature et sur l'ancienneté de la formation qu'ils accompagnent. En énumérant ici les fossiles, non-seulement d'après leurs localités , mais en les coordonnant aussi et en les déter- minant systématiquement, l'auteur a suivi un chemin que nous aurions désiré lui voir suivre dans tout le chapitre consacré aux corps fossiles. Ce n'est cjue par une coordi- nation méthodique , par un aperçu sur l'ensemble du règne animal qui se trouve enseveli dans une formation, que nous pouvons acquérir des lumières sur la piogres- sion simultanée des deux grands règnes de If nature , tandis que dans le chapitre dont il s'agit, il faut cher- cher par exemple les restes de mammifères , tantôt dans ( :^6i ) la formation dile cVciui douce el tantôt parmi les produc- tions marines. Pour l'cconnaître si les gisemeus de fossiles d'une même espèce qu'on trouve à des distances horizontales plus ou moins grandes , et à diflerens degrés de hauteur, forment un plan incliné continu cl s'ils sont par consé- quent la continuation l'un de l'autre, l'auteur a mis eu usage le calcul analytique , cl il est arrivé à un résultat auquel on pouvait s'attendre , savoir, que cette identité au moins apparente des gisemeris existe pour les uns, tan- dis qu'elle manque dans les autres. Les couches des mon- tagnes ne sont malheureusement pas des plans géomé- triques, en sorte qu'il y a peu d'espoir de voir un jour la géognosie , susceptible , comme d'autres branches des sciences naturelles , de s'appuyer sur les mathématiques appliquées. Mais c'est précisément pour éclaircir ce point que de pareils essais doivent être entrepris , et celui dont il est question doinie du moins la preuve des connaissances étendues de l'auteur. Ce qui a le plus de prix à nos yeux , ce sont les déterminations des dilï'é- rentes hauteurs où il a trouvé des gisemens de corps fossiles , ainsi que du degi'.é d'élévation de beaucoup d'autres endroits où il a fait des observations. A propre- ment parler on ne devrait faire aucune recherche géo- gnostique sans avoir le baromètre à ses côtés. Dans celte partie de son travail , l'auteur compare encore les fos- siles des régions subalpines avec ceux du grès coquil- lier el avec ceux de quelques formations étrangères , et il tire de sa comparaison une conclusion dont la jus- tesse ne saurait guère être mise en doute, c'esl que le grès coquillier est uu membre subordonné de la INIo- ( 262 ) lasse, et que parmi les formations étrangères ce sont les collines subapennines , regardées par l'auteur comme faisant partie de la formation marine supérieure de la France , qui ont le plus de ressemblance avec la Mo- lasse. L'auteur voudrait aussi pouvoir assigner leur rang aux formations d'eau douce ou aux gisemens de lignites , mais il trouve cette détermination difficile , à cause de la distance qu'il y a entre ces dépôts et ceux des fossiles marins. Nous pouvons cependant lui faire connaître lUie localité où les uns et les autres se trouvent Irès-rappro- chés et dans des rapports qui ne permettent pas d'ad- mettre entre eux aucune différence d'âge , ce qui sera , en général , difficile à faire accorder avec la théorie , qui fait naître les formations d'eau douce dans des bas- sins isolés. Celte localité est une des collines de Mo- lasse du canton d'Argovie, appelée le Majengrun^ si- tuée entre la vallée de la Reuss (ReusstJuil) et celle de Burntzen ( Buî'ntzenthal) , et séparant ces deux vallées l'une de l'autre, près de leur confluent. Le côté nord de la colline , dans lequel se trouvent les carrières de Magenwjl el d'^thmarsingen, se compose non -seu- lement sur la hauteur , mais jusqu'au fond de la vallée , de grès coquillier avec ses testacés marins ordinaires , avec des glossopètres et des bufonites , parfois aussi avec des cornes d'antilopes et des vertèbres de croco- diles ; le côté sud est formé par de la Molasse ordinaire qui renferme un gisement de lignites avec des Planorbes et des Lymnées. Les deux masses de loche qui sont à jour , non pas à la vérité à leur point de contact mu- tuel , mais seulement à une distance de quelques mil- liers de pieds , se trouvent situées à une hauteur égale , ( 263 ) leur slratificatiou el leurs gisemcns sont hoiizonlaux, en sorte qu'il n'y a pas lieu à penser à quelque dépla- cement , au moyen duquel on rendrait l'explication fa- cile, comme on l'a fait souvent dans d'autres occasions. Il est donc fort probable que les deux formations datent de la même époque et qu'elles doivent leur origine au même milieu ambiant. Les naturalistes qui ont mis au rang des formations les productions d'eau douce , ont enrichi la géognosie , aussi bien que la science des corps organisés fossiles , d'un grand nombre de faits importans , et ils ont sans contre- dit bien mérité et de l'une el de l'autre de ces deux sciences , mais nous doutons que leurs conclusions aient un égal degré de justesse. Il est démontré que depuis les terrains de transition , toutes les formations qui contien- nent des corps organisés pétrifiés offrent des animaux d'eau douce isolés , il est vrai , au milieu d'êtres marins , sans qu'on puisse apercevoir pour cela aucune modifica- tion dans la nature des couches de ces formations. Il se pourrait donc que l'explication de cette coexistence dût être cherchée ailleurs que dans la direction qu'on a suivie jusqu'ici , et elle ne paraît pas offrir à beaucoup près autant de diflicultés que l'apparition d'animaux et de grandes masses de végétaux terrestres (ce que sont au moins les Lignites ) à côté et au milieu d'êtres oi'ganisés marins. Il résulte de celte manière de voir que la distinction de plusieurs formations marines successives el séparées par de longs intervalles , admise dans les terrains tertiaires , ne nous parait pas très - fondée , quelque grandes que soient les autorités en sa faveur,, tandis que nous aperce- ( ^64) vous dans la distinction des terrains tertiaires eux-mêmes un des progrès les plus imporlans de la géognosie. Ces terrains paraissent offrir, comme caractère essentiel, celui d'êlrc des roclios composées de débris pendant la forma- tion desquelles, et par sédiment, les précipités chimiques ont plus ou moins continué à s'opérer, en se manifes- tant soit dans le moyen de liaison , le ciment de la roche, soit dans des gisemens intermédiaires , et dont les dé- Lris se sont déposés principalement dans les vallées qui existaient déjà auparavant dans les terrains plus anciens. Jl faut donc s'attendre d'après cela que ces roches offrent, suivant la nature des débris et suivant les circonstances sous lesquelles ceux-ci sont formés , des différences plus grandes d'une région à une autre que certaines autres formations , et il faut plutôt s'étonner de voir le grès et le Nagelffue répandus avec les mêmes caractères de com- position et de gisement, depuis les limites de la France jusqu'en Hongrie , que de rencontrer dans le bassin de Paris ou de voir en Angleterre la formation entière bor- née simplement à l'argile de Londres et à l'argile plas- tique. Mais l'observation attentive des modifications sous lesquelles cette formation se montre dans les différentes régions de la terre n'est pas pour cela moins importante, car dans toute observation de la nature il faut commen- cer par séparer ce qui est hétérogène , afin de pouvoir réunir ce qui est homogène. Nous croyons en général qu'on ne saurait donner trop d'application à l'examen des montagnes tertiaires, précisément parce qu'elles sont les plus récentes. Si on veut connaître quelque chose de la structure de la terre , il ne faut pas « aianearum mo- re telas ex se ejicero ^ » comme dit Bacon , mais il faitt ( 265 ) procéder du connu à l'incounu , des changemens qui ont lieu sous nos yeux à ceux qui ont eu lieu immédiate- ment auparavant , et, dans cette voie il faut tâcher d'a- vancer autant que l'observation , seul guide certain , le permet : c'est ce que l'auteur parait aussi s'être proposé dans les remarques qui terminent son ouvrage. En sui- vant la manière de voir ordinaire , il regarde la chute des couches de la Molasse comme une suite du changement de leur situation horizontale , puisque leur inclinaison est , quoiqu'avec quelques exceptions , la plus forte dans le voisinage des Alpes , et qu'elle correspond à l'incli- naison des couches de ces dernières. L'auteur pense qu'elles ont participé au mouvement par le moven du- quel un célèbre naturaliste a fait élever les chaînes des Alpes du fond des profondeurs dans lesquelles elles se sont formées ; il va même jusqu'à élever la question si les collines subapennines cjui ne font qu'une seule for- mation avec la Molasse de la Suisse n'ont peut-être pas formé un jour un tout continu avec cette dernière , mais il ne dit pas ce que sont devenues alors les montagnes tertiaires qui occupaient la zone intermédiaire sur une largeur de trente lieues , ni comment le nouvel Atlas cjui souleva les géans des Alpes a secoué de leurs épaules ces montagnes tertiaires. Si celles-ci ont été simplement per- cées par les chaînes des Alpes qui s'élevaient , leurs cou- ches ont dû se placer de manièi'e à se tourner vers ces chaînes , tandis que c'est précisément le contraire qu'on observe. L'auteur cherche tout aussi peu à indiquer les directions suivant lesquelles les forces souterraines ont dû agir sur les couches de Molasse pour produire les di- verses déviations de la situation horizontale de ces cou- ( 266 ) ches , telles par exemple que la chute septentrionale qui succède , dans le voisinage des Alpes , à la chute niéi'i- dionale , ou l'inclinaisou des couches à base horizon- tale. Si l'auteur s'abandonne encore dans d'autres en- droits de son ouvrage à des considérations spéculatives analogues aux précédentes , il a en revanche le mérite de ne jamais se laisser écarter par elles du chemin de l'ob- servation , et , lorsqu'il s'agit d'établir des faits , de se tenir dégagé de l'influence d'opinions préconçues. ( Schweizer Litteraturbl. , n° 9 , 1826.) .Sur la nouvelle famille des Gillie'sie'es ; Par M. John Lihdley. Deux genres nouveaux découverts au Chili, composent seuls jusqu'à présent cette famille, que ses caractères unissent d'une part aux Asphodélées et de l'autre aux Cyperacées et aux Resliacées par l'intermédiaire des genres Schœnus et Xjris. Le genre Gilliesia fut décou- vert dans les environs de Valparaiso par M. James Mac- Rae ; sa structure est si singulière qu'on pourra peut- être regarder comme plus paradoxale que juste la défini- lion et la description que nous donnerons des diverses parties de la fructification 5 et cependant si on compare avec soin ses divers organes avec ceux des autres [)lantes, on pourra difficilement expliquer autrement sa structure. Quant aux cinq feuilles pétaloides que nous décri- vons comme des bradées et qui ont beaucoup d'analogie ( 267 ) avec un périanllie , on verra que celle ressemblance est plus apparente que réelle. Elles ne répondent ni par leur insertion ni par leur nombre aux segmens du pé- rianthe desMonocolylédones, et n'ont pas les mêmes rap- ports de position avec les parties qu'elles enveloppent; les trois extérieures ne sont pas insérées sur la même ligne , mais sont évidemment imbriquées à la base , et les deux internes ne complètent pas la seconde série , comme cela devrait avoir lieu dans le périanllie régulier d^une plante monocotylédone. Si nous admettons pour un instant que ces bractées sont les segmens d'un périanllie , comnienl expliquerons- nous les appendices sélacés qui partent de leur base ou du corps central cliarnu en forme de lèvres , qui donne naissance aux étamines. Les premiers n'ont, par leur in- sertion, aucun rapport déterminé avec les autres parties de la fleur. Ils sont sujets à beaucoup de variations, tant pour la forme que pour le nombre. Quelquefois on en trouve huit qui consistent en deux corps inégaux, subu- lés , naissant de chacun des bords de chaque segment latéral , le plus externe des deux étant plus large que l'interne, et étant assez souvent un appendice évident du bord du segment lui-même. D'autres fois leur nombre est réduit à quatre par la suppression des appendices exté- rieurs de chaque segment latéral , et dans certains cas ces appendices manquent à un des segmens et ne man- quent pas à l'autre. Dans les diverses fleurs que j'ai eu occasion d'examiner , ces appendices étaient toujours formés uniquement de tissu cellulaire sans trachées ou vaisseaux tubuleux. En considérant ces diverses circon- stances , on ne sera pas portée à ce que nous présumons, ( 268 ) à les rcgai'der comme des étamînes .ivorlées. Si , rejetant notre première hypotlièse, nous les regardons comme le périanthe lui-même , que deviendront les segmens ex- térieurs que nous avions d'abord considérés comme le pé- rianthe , car on ne trouve aucune analogie entre le Gil- liesia et ces genres de Monocoiylédonesdans lesquels on observe une troisième série de division-, mais rien ne s'oppose à ce qu'on regarde ces segmens comme des bractées réduites ou avortées. Quant au corps central d'où naissent les étamines qu'on peut rapporter à ce que les botanistes linnéens nomment nectaire, il consiste en une masse cbarnue et labiiforme , portant quelque- fois deux orcillctles à la base, et de l'intérieur duquel sort la cupule des étamines. Son insertion, par rapport aux parties que nous venons de décrii'e, est très-obscure 5 il est toujours opposé à la bractée solitaire externe , mais on n'a pas pu encore déterminer quelle est sa position par rapport à l'axe de l'inflorescence. Les raisons que nous avons données en faveur de la manière dont nous considérons les parties qui environnent ce corps , prou- vent d'une manière claire , qu'il doit être considéré lui- même comme le périantlie. Nous reviendrons plus tard sur ce sujets mais pour le moment il suffira d'observer, qu'il existe évidemment une relation intime entre lui et les étamines , son oblitération ayant lieu dans le même sens et au même degré. D'après celte manière de consi- dérer les diverses parties qui composent celle fleur, nous regardons les segmens pélaloïdes comme des bractées parfaites , les appendices subulés intérieurs comme des bractées avortées, et le corps central charnu et labiiforme comme le périaulhc. ( ^^9 ) Quelqu'extraordiuaire que celte description du Gil- tlesia puisse sembler , elle paraîtra plus probable par sa comparaison avec la structure du Mwrsia. Dans le Miersia les bractées sont au nombre de six , dont deux sont intérieures et quatre extérieures, une raison <[ui nous semble concluante pour ne pas regarder ces parties comme un périanthe. Les appendices subulés prennent vme forme plus régulière et un mode d'inser- tion plus constant -, mais ils n'ont cependant aucun rap- port apparent avec les bractées, et le corps central charnu et labiiforme est représenté par une coupe urcéolée à six dents , dans l'orifice duquel sont renfermées six éla- mines fertiles. Dans le Miersia par conséquent , le pé- rianthe , qui dans le Gilliesia était sujet à vin certain degré d'imperfection auquel les étamines participaient _, a repris une forme régulière commune dans plusieurs monocotylédones et sans aucune irrégularité dans les étamines. Comme il ne peut y avoir aucun doute sur l'analogie étroite qui existe entre le Gilliesia et le Miersia pour la fructification , et comme on ne peut conserver pres- qu'aucun doute que le corps central de ce dernier genre ne soit le périanthe, il en résulte , comme conséquence nécessaire , que les appendices surnuméraires de ce genre étant externes par rapport à ce périanthe^ et ne pouvant par conséquent être ni un périanthe, ni des étamines , les appendices analogues du Gilliesia ne peuvent pas non plus être le périanthe , et le corps central ayant été reconnu pour le périanthe , toutes les parties qui l'en- tourent sont nécessairement des bractées ou des modifi- cations des bractées. Les rapports qui existent entre ces ( 270 ) deux genres deviendront plus évidens en comparant leurs caractères essentiels que 7ious exposerons plus bas. L'affinité naturelle de ces plantes est très-obscure , et jusqu'à ce que nous possédions des renseignemens plus exacts sur la structure de leurs graines , elle est néces- sairement sujette à beaucoup d'incertitude , et même lorsque ces points importans seront éclaircis , il n'est pas probable qu'on leur trouve des rapports très-intimes avec les autres familles monocotylédones déjà établies. Leurs bulbes tuniques , leur inflorescence spatliacéeel leur aspect général^ les rapproclie des Aspliodelées, dont quelques genres , tels que les Muscari et Puschkinia , ont beaucoup d'analogie avec le Miersia , du moins par la structure du périantlie. Mais nous ne connaissons au- cun genre d'Asphodelées auquel la fructification des Gilliésiées puisse être comparée sous les autres rapports. On peut regarder comme analogue , sous le point de vue de l'inflorescence, les espèces de Schœnus uniflores, dans lesquelles une seule fleur nue est entourée par plusieurs écailles imbriquées \ et en poursuivant la comparaison , on trouvera une identité d'origine et de fonctions entre les bractées avortées du Gilliesia et les soies hypogynes des Scirpus , et de plusieurs autres Cypéracées 5 mais les Gilliésiées se rapprochent peut - être davantage par la présence du périantlie, et par leur capsule triloculaire polysperme, des Resliacées , dont leur inflorescence im- briquée ne saurait les éloigner beaucoup. m ( 271 ) GILLIESIA. Bracteœ patentes , basi imbricalaî : quinque exlerio- ribus petaloideis , interioribus indefinitis depauperatis.. Perianthiuni irrcgularc , carnosum , indivisum , anlicè labelliforme carnosum , poslicè depauperatum. Stamina sex , in cyaiho perigyuo ovarium cingenle connata , tri- bus anlicis fertilibus , posticis sterilibus dentiformibus. 0\>arium superum , triloculare. Stylus filiformis. Stig- ma capitatum , triangulare. Capsula oblonga , trilocu- laris , trivalvis, polysporma : valvis mcdio septiferis. Seniina parva , subrolunda , testa nigra corrugala , fu- niculo concolore vesicalo seminum magniludine. Nn- cleus... Herbse (Chilenses) bulbosœ,foliis Unearibusflaccidis radicalibus , Jloribus viridibus inconspicuis vasculosis. Oes. Spcciem forte alteram intcr icônes Domini Miers exarainavi , prope Concon inventam , omnibus partibus majorem. Descriptio fructùs ex icône Miersiano. G- CRAMINF.A. Gilliesia graminea. Lindl. in Miers trav. Chil. 2. Bag. Bulbus ovatus, elongalus, tiuiicatus , nucis avellana; magnitudine, pal- lidù fusco-puipureus. Folia radicalia , liumifusa , linearia, canalicu- lata , loete viridia. Scapus debilis , teres , decumbens , foliorum iongitudine. f7n/ie//a pauciflora, divaricata. ly/^ai/in bivalvis, viridis, erecta , persistens. Flores virides , incouspicui , cernui ( post antliesia secundùm Dotn. Miers erecti). PediceUi filiforaies. Bracteœ diflbr- mes; exteriores 5 , petaloidcae, ovatae , acutae, caruosae , basiimbri- catae, duabus interioribus oppositis, miuoribus; interiores depaupe- ratae , inœquales , obtusae , subulatie , omninô cellulosae , vasis spi- ralibus tubulosisve nullis , purpurascentes , sub lente papillosx , numéro variae, ssepiùs 4 v. 6 , rariùs 8 , nunc basi braclearum latera- lium utriuque solitariè insertse , nunc geminatim *, nunc in altéra ( 272 ) Lractcâ solitaviè iu altéra geuiinutim ; posticis laiiùs cuni cyatho sta- mlnuin connatis; harum exteriorcs, quandu adsunt , sempcr caeteris sont minores , et f erè semper ex ipso margine hractearum proveniunt. Perianlhium forma nonuihil varium, posticè obliteratum , auticè car- iiosum , ovatuQi, obtiisura, posticè auriculiitum , cum cyjtho sta- minum connatum , cjuandoque venis duabiis à basi iu auriculas transeuntibus ; aa igitur rêvera è partibus tribus conferrurainatis conflatum , quarum anterior perfectissima , posteriores paulalum depauperatse ? Stamina ■sex , Clameutis in cyatho carnoso perigyno conuatis , quorum auteriora fertilia , posteriora sterilia deiitiformia. Antherœ iutrorsœ , ovato - oblougoe, innata;, loculis parallelis bival- vibus iu facie couueclivi caruosi , lougitudiualiter dchiscentibus ; i/j- termeJid perfcctâ biloculari ; lateralibus sxpiùs dimidiatis. Pollen..., uunquam inveni. Ot^arium superura, oblongum , triloculare , poly- spermum , ovulis placentae ceulrali affixis, iiorizontalibus. Slrlus liliformis. Sligma concavum , capitatum , triangulare , papillosum (uunc 3-partitum laciuiis bilobis , monstrosum, ut in icône). Cap- sula ex icône D. Micrs, oblonga , pallidè brunuea, torulosa, trilo- cularis , 3-valvis , polyspcrma : valvis medio septiferis. Semina parva nigra corrugata , funiculo nigro vesicato seminis ipsiusmagnitudine. MIERSIA. Bracteœ patentes , basi imbiicalae : sex exlerioribiis petaloideis ; inleiioribus toi bifidis coloralis depaupera- tis. Perianthium regulare, monophyllum , virceolatum, caruosuni , oi^e conslricto sexdentalo. Stamina 6 , nii- nima , fauce peiiaulliii iiiserla. 0\'arlum supei'um , tri- loculare. Stylus filiformis. Stigriia capitalum. Capsula triquelra , Iruncata , liilocularis , ad verlicem taiilum 3 valvis , polyspeima. Semina Hei'ba ( Chilensis ) bulbo sphœrico tunicato , nucis castaneœ magniludine. Folia linearia, erecta, obtusa, glabra. Scapi Jiudi , spithamœi , foliis longiores. Um- bella l\-Jlora ^ abbreviata. Spatha diphjlla , erecta y i (273) suhventricosa , persistens. Flores virîdes inconspicui. Bracteœ exteriores in duabus phalangibus dispositœ , quaruin altéra superior , altéra injerior ; in utrdque adsunt bractéœ très ovatœ acurninatœ , intermediâ in- teriore. Braclesc depauperatae coccineœ , bipartitœ : su- perioribus? perfectioribus , sub perianthîo insertœ , sec. schedas Domini Miers bracteis exterioribus alternée. Periantliluni leviter obliquuni , striis sex purpurascenti- hus. Species unica est M. Cliilensis Lindl, in Miers tra\^. , vol. 1 , p. Saj). Descriptio ex icône et mss. Do- mini Miers. Rapport verbal sur un Ouvrage iiititidé : Re- chex'ches sur les Ossemens fossiles du départe- ment du Puy-de-Dôme (i)j (Fait à l'Acad. royale des Sciences, le aS octobre iSzS. ) Par M. le baron Cuvier. Depuis long-temps l'Auvergne est une terre classique pour la géologie 5 les cratères nombreux dont elle est hérissée , les immenses coulées de laves et de basalte qui la couvrent de toute part , les dégradations diverses que ces matières ont subies , et qui annoncent dans leurs ori- (i) Recherches sur les Ossemens fossiles du département du Puy- de-Dôme; par MM. Bravard , l'abbé Cioiset et Jobert aîné ; in-4°, avec figiu-es litbograpliiées. — A Paris , chez Dufour et d'Ocague , quai Vol- taire, II" i3. Nota. Cinq livraisons ont paru; l'ouvrage en aura quinze. Le prix de chacune est fixé à 5 francs pour les souscripfeuj's. IX. 18 ( ^H) giiies des époques dislincles et éloignées *, le soulève^ ment que la masse générale sur laquelle reposent les produits des feux souterrains paraît avoir éprouvée , sont aujourd'hui au nombre des faits les plus instructifs qu'ait acquis la science de la terre, et les observations qui les ont constatées se font remarquer parmi les plus beaux titres que les Desmarels, les Dolomicu , les de Bucli , les Ramond , se soient acquis à la i-econnaissance des naturalistes. Mais depuis quelque temps ce n'est plus assez pour la géologie de connaître les diversités des substan- ces déposées lors de ces grandes révolutions , ni même l'ordre de leurs dépositions et de leurs alternatives ; elle demande à l'observateur de lui rendre compte de l'état de la vie à chaque époque -, de lui représenter et de lui nommer les animaux ou les plantes qui furent les victimes de ces bouleversemens , et même d'entrer dans le détail de ceux qui furent atteints par chaque catas- trophe. Sous ce rapport encore l'Auvergne paraissait déjà depuis long - temps devoir offrir à l'historien du globe les matériaux les plus intéressans. M. Brongniart y avait observé d'immenses couches i^emplies de co- quilles d'eau douce sous des teiTains évidemment volca- niques ; on y avait recueilli quelques ossemeus de qua- drupèdes appartenans à des genres perdus ; l'on savait que les os fossiles d'oiseaux , si rares ailleurs , s'y dé- couvrent en plusieurs endi'oits , et dans les bancs pier- reux les plus solides. Mais ce n'était pas là un genre de recherches qui pût être porté bien loin par des natura- listes qui ne faisaient que passer dans le pays , ni par ceux qui recevaient des fragraens isolés de ces reliques (275) des anciens temps. Des hommes éclairés , assidus , éta- blis sur les lieux , pouvaient seuls , par une longue per- sévérance , recueillir assez de matériaux pour arriver à des résultats certains ; car un tel travail exige que l'on stimule soi-même le zèle et l'attention des ouvriers -, que l'on aille souvent dans les carrières pour ne laisser perdre aucune parcelle 5 que l'on ait le loisir de rappro- cher ces parcelles , de les combiner de toutes les façons jusqu'à ce que l'on en ait retrouvé les vrais rapports. Il y a quelques années , l'on aurait espéré en vain de trouver dans nos provinces la réunion d'instruction et d'intérêt pour ces matières, propres à remplir avec succès toutes ces conditions ; mais l'ouvrage dont nous avons à rendre compte , et un autre qui a commencé à paraître sur le même sujet, nous paraissent des preuves d'un heu- reux changement dans la manière de penser des habitans de nos déparlemens , et des progrès que le goût des sciences fait chaque jour parmi eux. Ils ont été occa- sionés par la découverte faite auprès d'Issoire , dans une montagne dite de Périer , d'un banc sablonneux rempli d'une quantité innombrabled'ossemens de diverses sortes. A peine la nouvelle de cet événement fut-elle l'épanduû que deux sociétés différentes s'empressèrent d'en com- muniquer les résultats au public par le moyen , main- tenant si commode et si prompt, de la lithographie. Un de ces recueils , imprimé in-folio par MM. Devèze , de Chabriol et Bouillet , est à sa quatrième livraison 5 celui dont l'Académie nous a demandé un rapport , et qui est le fruit des travaux communs de MM. Bravard, élève des mines , l'abbé Croiset , et Jobert aîné , receveur du dé- partement , tous les trois membres de la Société acadé- ( 276) mique de Clermont- Ferrand , est du format in- 4*, et compte déjà cinq livraisons. Comme nous avons eu les ossemens sous les yeux , nous pouvons déjà annoncer à l'Académie que Ton a retiré de ces carrières des os et des dents d'Éléplians , d'Hippopotame , de Rhinocéros , de Tapir, de Cheval, d'une petite espèce de Mastodonte, d'un Ours , de trois espèces au moins du genre du Tigre, d'une Hyène , d'un Chien , d'une Loutre , de deux ou trois espèces du genre Viverra , de Bœufs qui appartien- nent peut-être à deux espèces , et d'au moins dix espè- ces de Cerfs , tous diffcrens entre eux , tous différcns de ceux qui vivent aujourd'hui dans notre climat. Cette infinité d'êtres divers dont les débris sont ense- velis presque sur un seul point , est une forte preuve de ce qu'avançait , en terminant son ouvrage , l'auteur des Recherches sur les Ossemens fossiles , que tout ce qu'il avait découvert ne formait probablement encore que de faibles échantillons de ce qui reste à découvrir quand la surface de la terre aura été un peu mieux explorée. Mais ce qui n'est pas moins remarquable , celte énu- mération est aussi une preuve de la loi établie par l'au- teur que nous venons de citer touchant l'âge des diffé- rentes espèces. Toutes celles que nous venons de nommer sont du même âge, et il ne s'y mêle aucune des espèces plus anciennes , ni Palœotherium , ni Lophiodons , en- core moins d'Ichtyosaurus , ou d'autres de ces mons- trueux Reptiles qui paraissent avoir été les premières races des animaux à poumons 5 mais les auteurs ont re- trouvé de ces animaux plus anciens dans d'autres endroits et ils en parleront dans la suite de leur ouvrage. Les livraisons actuelles ne contiennent encoi'e que des ( 277 ) planches au nombre de vingt-cinq, sans aucun texte, en sorte que nous ne pouvons dire comment les auteurs entendent nommer et caractériser les animaux dont les ossemens proviennent. Mais comme nous avons eu occa- sion de comparer leurs figures avec les objets originaux, nous pouvons en attester la fidélité. Elles représentent des fragmens d'Eléplians , de Mastodonte , de Rhinocé- ros , d'Hippopotames , de Tapirs , de Chevaux , et sur- tout des nombreuses espèces de Cerfs , qui forment la partie essentielle et la plus nouvelle de ce curieux dé- pôt. Leur exécution a toute l'élégance et la précision que la lithographie comporte , et elles suffisent parfaitement pour qu'un anatomiste instruit saisisse les caractères des morceaux qu'elles représentent ; d'ailleurs les explica- tions des auteurs suppléeront sans doute à ce que les figures pourraient encoi'e laisser à désirer. Tous les os gravés jusqu'à présent ont été tirés, comme nous l'avons dit , de la montagne de Périer ou de Bou- lade. Ils s'y trouvent dans des couches arénacées prove- nant de la dégradation, des montagnes primitives et qiû contiennent des fragmens de laves et une portion consi- dérable de sable ferrugineux. Ces couches reposent sur un banc puissant de galets d'un gros volume , la plu- part volcaniques , et les autres primitifs , sous lequel ou trouve un calcaire d'eau douce immédiatement appuyé sur les terrains primitifs. Sur les couches à ossemens est un tuf volcanique dont la masse est une ponce blanchâtre et légère et qui ren- ferme des fragmens et des portions considérables et non arrondies de laves de diflférentes natures , dont les analo- gucs ne itn retrouvent que dans le Mont-Dore, éloigné de cinq ou six lieues. Ce tuf est interrompu par un lit do galets arrondis et d'un assez gros volume. On verra en détail dans l'ouvrage comment ce terrain particulier se lie aux terrains généraux qui forment la masse du dépar- tement et même de l'Auvergne. Les auteurs pensent et espèrent pouvoir établir par des preuves solides que le cataclysme dont ces dépôts sont les résultats , a, eu lieu après les éruptions des volcans de cette province que l'on désigne par le nom d'anciens , ^t que ceux qu'on appelle modernes , ceux dont les cra- tères se distinguent encore lui sont postérieurs. Nousne pouvons qu'exprimer un vif désir de voir se ter- miner promptement et avec succès une entreprise qui in- téresse l'histoire naturelle d'utie de nos provinces et celle du globe tout entier. Puisse le zèle dont les naturalistes du Puy-de-Dôme ont donné l'exemple , animer bientôt ceux de tant de déparlemens non moins riches en produc- tions rares et importantes , qui demeurent encore igno- rées 5 lorsque l'on va avec tant de peines et de dépenses en chercher dans les climats lointains , qui ne sont ni plu3 curieuses ni plus fécondes en conséquences graves. ( ^79 ) Essai sur la Domesticité des Mammifères , précédé de Coîisidérations sur les divers états des Ani- maux , dans lesquels il nous est possible d'étu- dier leurs actions ; Par M. Frédékic Ccvier. On s'est laissé aller à des préventions si étranges sur Vétat des animaux retenus en captivité , et on a porté un jugement si singulier des travaux auxquels leurs actions ont donné lieu, que je dois craindre qu'on ne se fasse pas des idées plus justes de cet Essai sur la Domesticité des Mammifères. Aussi je crois devoir commencer par des considérations propres à rectifier ces idées et à don- ner de plus justes notions que celles qu'on parait avoir sur les animaux et sur les divers états dans lesquels il nous est possible de les étudier. J'y suis d'autant plus porté , qu'à cet égard les animaux domestiques n'ont guère été jugés plus sainement que les animaux captifs , et qu'avec les erreurs où l'on est tombé , il serait impos- sible qu'on accueillit sans préventions un travail sur les actions des animaux , considérées sous un point de vue général et philosophique. On s'est persuadé qu'on ne peut étudier avec fruit les animaux que lorsqu'ils jouissent d'une entière indépen- dance. A la vérité , ou accorde que ceux qui sont domes- tiques peuvent nous procurer quelques connaissances utiles 5 que leur étude est propre à nous diriger dans les moyens de les subjuguer, de les conduire et de les per- fectionner, relativement à nos besoins ; qu'elle nous ap- prend les services que nous en avons reçus et ceux qu'ils ( 28o ) sont capables de nous rendre encore 5 que par son se- cours , nous parvenons même à découvrir les vues de la Providence lorsqu'elle les plaça sur la terr-e. Mais , ajoute-t-on , que pourraient nous euseigner des animaux réduits en esclavage ? Sous le poids de la contrainte où nous sommes forcés de les tenir, nous n'obtenons d'eux que des actions artificielles , peu propres conséquem- ment à nous dévoiler leur nature. Il en serait tout au- trement s'ils étaient en liberté. Alors leur naturel se manifesterait , et d'autant mieux qu'ils éprouveraient moins de contrainte de la part des circonstances au mi- lieu desquelles ils vivraient : car , comme l'esclavage le plus complet est la situation la moins favorable à l'exer- cice des facultés , l'indépendance la plus entière , l'état de nature en un mot , est le plus propre à leur emploi et à leur développement. « L'animal sauvage , dit Buffon » (tom. IV, p. 169), n'obéissant qu'à la nature, ne » connaît d'autres lois que celles du besoin et de la li- » berté. » C'est en effet ce qu'on pense sur les secours qu'on peut tirer des animaux , pour leur étude , dans les trois états où ils se présentent à nos observations , à en juger du moins par le peu qui a été publié sur ce sujet. Les ani- maux domestiques et les animaux captifs ne nous font connaître qu'un état contre nature , dont les conséquen- ces , pour les premiers , ne se rapportent qu'à l'homme, et , pour les seconds , qu'aux moyens qu'on a mis en oeuvre pour les faire agir et les observer. Les animaux libres seuls se montrent à nous tels qu'ils sont , tels qu'ils ont été faits , avec le complément de leurs facul-? lés ; eux seuls enfin nous mettent à même de remontey (38l ) sans erreur à la véritable origine de toutes leurs déler- minations. La source de ces idées est facile à reconnaître-, elle est la même que celle de la plupart des erreurs qui se sont répandues sur la nature des animaux : on a appli- qué à ces êtres les idées que l'élude de 1 homme avait fait naître. Mais si l'esclavage , si une soumission absolue à la volonté d'autrui est la situation la plus contraire au développement moral et intellectuel de l'espèce humaine, dont un des caractères essentiels consiste dans la liberté, quelle raison y aurait-il pour que des animaux qui sont jirivés de toute liberté proprement dite , éprouvassent de l'esclavage les mêmes effets que nous ? Il y a plus , les erreurs où l'on est tombé sur cet état de nature ima- ginaire , le seul où l'homme put , disait-on , se montrer dans toute sa grandeur et toute sa beauté , ont dû rejaillir sur les idées qu'on s'est faites des animaux , dont l'état le plus sauvage a toujours été considéré comme l'état de nature par excellence ^ et nous persuader encore plus que nous chercherions vainement à les connaître hors de leur état d'entière indépendance. On se serait épargné la plupart de ces erreurs si l'on eût réfléchi qu'en établissant en principe que ces ani- maux ne nous dévoilent leur nature que dans une indé- pendance absolue , et en reconnaissant cependant qu'ils peuvent agir en domesticité , et même en esclavage , c'é- tait dire en d'autres termes qu'ils ont la faculté de ne pas agir suivant leur nature , qu'ils sont susceptibles d'o- béir à des penchans qui ne leur ont point été départis , qu'ils peuvent manifester d'autres dispositions que celles qu'ils ont reçues j en un mot , qu'ils peuvent être autre (282) chose que ce qu'ils doivent être en vertu des lois de l'u- nivers , et que l'homme aurait le pouvoir de changer leur essence et de détruire les lois de la création. Il suffisait donc d'examiner cette idée et d'en presser les conséquences pour en montrer au moins la faiblesse : quelques développemens achèveront de renverser tout ce qui pourrait encore la soutenir. Si la liberté était nécessaire aux animaux pour qu'ils se manifestassent à nous tels qu'ils sont sortis primiti- vement des mains de la nature , aucun d'eux ne le ferait, pas plus les animaux sauvages que les animaux domes- tiques et les animaux captifs : les uns , pas plus que les autres , ne jouissent de cet état imaginaire d'indépen- dance absolue qu'on appelle état de nature. Tous se trouvent sous l'inévitable poids des circonstances au mi- lieu desquelles ils sont placés. Ces conditions peuvent changer, la nature des animaux ne change point ; si les unes agissent différemment des autres , elles produisent des effets différons ; mais ces effets sont toujours relatifs aux facultés de l'être qui les manifeste. Un animal sau- vage , au milieu des forêts des pays déserts , ne ressem- blera point à ce qu'il serait au milieu d'un pays très- peuplé ; il se montrera différemment encore s'il est réduit en captivité , et il ne sera plus reconnaissable si l'on parvient à en faire un animal domestique : mais quelques différences que ces divers états puissent offrir , cet animal sera toujours lui -môme -, ce n'est qu'en lui que se seront rencontrés les moyens propres à le mettre en harmonie avec celte diversité de situations , et les faits qu'il nous présentera dans les unes pourront, s'ils sont nombreux et variés , nous donner les moyens de dé- I ( 283 ) tluire ses facultés tout aussi exactement que nous le fe- rions des faits présentés par les autres. Tout consiste à savoir observer et à faire la part des conditions dans les- quelles les faits se manifestent. Mais voyons ce que nous apprendraient les animaux dans le plus grand état d'indépendance que nous puis- sions supposer, c'est-à-dire dans cette situation qu'on regarde comme l'état de nature le plus parfait 5 et pour que l'indépendance soit plus complète , prenons un des animaux dont les besoins peuvent être le plus aisément satisfaits , un ruminant , et plaçons-le avt milieu de ces riches savannes de l'Amérique méridionale , d'où nous écarterons même les animaux qui pourraient le moins du monde troubler sa tranquillité. Tant que ses besoins seront assoupis , il restera en repos dans le gite qu'il s'est choisi , plongé dans un sommeil d'autant plus pro- fond , que sa sécurité sera plus grande \ si la faim l'é- veille , il trouvera à quelques pas de lui de quoi se re- paître ; si c'est la soif, le ruisseau voisin le désaltérera, et rien ne changera dans cette existence jusqu'au moment où les tournlens de l'amour viendront le troubler. Alors poussé par une fureur aveugle , il cherche une femelle, l'appelle à grands cris , suit ses traces , l'atteint , la tue si elle lui résiste et ne peut le fuir, satisfait ses besoins si elle les partage, et s'il reste vainqueur des rivaux qu'il a dû rencontrer et combattre. Bientôt ses forces sont af- faiblies , son ardeur s'apaise , et il retourne dans §a re- traite chercher un repos qui lui est devenu nécessaire , et que la passion de l'amour, la seule que sa situation le mette dans le cas d'éprouver , viendra périodiquement troubler une fois chaque année. ( 2^4 ) Sî , à la place d'un herbivore , nous prenons un car- nassier , qu'aurons-nous à ajouter au tableau uniforme que nous venons de tracer ? Au lieu de paître , ce nouvel animal guettera sa proie ou la poursuivra 5 ce qui l'o- bligera à des soins et à des efforts dont il aurait été dis- pensé s'il se fût nourri de substances végétales. Plus de repos alors lui sera peut-être nécessaire ; mais les qua- lités nutritives de la chair en lui rendant le besoin de la faim plus rare le lui permettront. Ainsi toute la diffé- rence que cet animal nous présente , comparé au pre- mier , c'est que la recherche de sa nourriture pourra exiger de lui plus ou moins de ruse , de prudence ou de force , soit qu'il n'ait qu'à veiller à sa conservation in- dividuelle , soit qu'il ait à veiller de plus à celle de ses petits. Que conclure de la vie de tels animaux ? Rien de plus que de la vie d'animaux qu'on retiendrait dans la plus étroite captivité. Mais arrachons les uns et les autres à l'état d'inactivité presque complet où nous les suppo- sons -, plaçons-les , comme ils le sont naturellement sur la terre , dans des conditions plus compliquées ; varions leur situation , comme elle varie au milieu des circon- stances fortuites qui se succèdent sans cesse ici-bas ; mul- tiplions leurs besoins , augmentons même les dangers auxquels ils sont exposés ; que de nouveaux rapports fas- sent en quelque sorte rejaillir d'eux-mêmes de nouveaux penchans , de nouvelles ressources , alors nous verrous un tout autre tableau se dérouler devant nous. Ce serait toutefois commettre une nouvelle eri'eur que de sup- poser que l'état où se trouvent naturellement les ani- maux sur la terre , quelque compliqué qu'il soit , est le ( 285 ) plus propre à avancer leurs développemens et à les faire Lien connaître. Ce ne sont jamais les conditions coni- munes , celles qui se présentent les premières dans toutes les circonstances où l'industrie de l'homme n'intervient pas , qui sont les plus propres à faire agir les animaux d'une manière favorable au déploiement de leurs fa- cultés. L'équilibre qui tend sans cesse à s'établir entre toutes les forces qui agissent ici-bas simultanément , donne aux plus puissantes sur les plus faibles une pré- pondérance qui ne laisse jamais à celles-ci la liberté d'a- gir 5 et ce n'est qu'en maîtrisant ces forces dominantes , qu'en les atténuant, qu'on est parvenu à découvrir les autres, à rendre sensibles et à varier leurs effets. Dans leur indépendance naturelle, c'est-à-dire, telle qu'elle peut être dans toutes les circonstances où ils se trouvent naturellement , les animaux sont sous le joug de ces forces prépondérantes 5 et ils' peuvent bien alors nous apprendre quelle est la place qu'ils occupent parmi les autres êtres soumis aux mêmes forces , quels sont les rapports qu'ils ont avec eux, quelle est l'influence qu'ils exercent dans l'économie générale : mais dans cet état ils ne peuvent ordinairement nous donner que des notions irès-restreintes et toujours douteuses sur leurs facultés générales ; car, dans ce cas , il ne dépend pas de nous de les soumettre à des expériences pour confirmer nos con- jectures. Demandons en effet quelles sont les connais- sances qu'on avait obtenues de la seule observation des animaux en liberté.^ La réponse sera facile et imposante : c'est au plus gi^and des naturalistes que nous la devons , à lîuffon qui nous dit ce que chacun a répété après lui , « qu'à la fierté, au courage, à la force, le lion joint Li ( 286 ) » noblesse , la clémence , la magnanimité que sôu- » vent il oublie qu'il est roi , c'est-à-dire le plus fort » de tous les animaux que marchant d'un pas tran- « quille, il n'attaque jamais l'homme , à moins qu'il ne )) soit provoqué qu'il ne précipite ses pas, ne court, » ne chasse que quand la faim le presse. Tandis que le » tigre est bassement féroce , cruel sans justice , c'est- » à-dire , sans nécessité qu'il semble toujours altéré M de sang quoique rassassié de chair , que sa fureur n'a » d'autres intervalles que ceux du temps qu'il faut pour » dresser des embûches , qu'il saisit et déchire une nou- » velle proie avec la même rage qu'il vient d'exercer et M non pas d'assouvir en dévorant la première , etc. etc. » Or ces différences enti-e le lion et le tigre ne peuvent être que relatives aux circonstances oii avaient vécu les individus qui les ont présentées , car ces animaux ontà- peu-près le même naturel. Placés dans les mêmes con- ditions , ils nous ont constamment présenté les mêmes phénomènes 5 ils nous ont montré qu'ils s'apprivoisent aussi facilement l'un que l'autre , qu'ils s'attachent de même à ceux qui les soignent, éprouvent les mêmes sentimens pour les bienfaits qu'ils reçoivent , et que leur haine ou leur colère sont provoquées par les mêmes causes 5 que leurs jeux se ressemblent ainsi que les té- moignages de leurs craintes ou de leurs désirs ; qu'ils saisissent avec la même avidité leur proie et qu'ils la dé- fendent avec la même fureur -, en un mot, que leurs dis- positions naturelles sont absolument les mêmes. Que n'a-t-on point dit de l'hyène ? Son nom seul est de- venu l'emblème de la cruauté la plus sanguinaire: et, à l'imitation de Buffon , les naturalistes les plus sagca ( 287 ) ont adopté le préjugé qui place cet animal au premier rang de la férocité. La véi'ité est que l'hyène , traitée avec douceur , vient au pied de son maître, comme le chien ;, lui demander des caresses et du pain. L'expé- rience nous l'a plusieurs fois fait voir. Je pourrais mul- tiplier à l'infini les exemples de ce genre , et prouver par là , d'une part , que , dans l'indépendance , les ani- maux se trouvent dans des conditions tellement cachées , que nous ne pouvons que très-rarement apprécier l'in- fluence qu'elles exercent sur eux ; et de l'autre, que la captivité , en nous donnant les moyens de soustraire les animaux aux forces qui , dans l'état contraire , les do- minent ou les contraignent , pour les soumettre à d'au- tres forces , nous permet d'en faire une étude plus exacte et plus complète : et à cet égard nous voyons que toutes les productions de la nature sont soumises aux mômes règles. Que counaitrait-on en physique si l'on s'en était tenu aux phénomènes qui se présentent d'eux- mêmes dans l'état actuel du monde , si l'on n'eût agi sur eux avec des appareils, des inslrumens propres à les mo- difier? Et vint-il jamais à l'esprit de personne que les résultats que le chimiste obtient par artifice ne sont pas naturels , et ne peuvent pas lui révéler les lois qui font l'objet de ses recherches ? Mais pour montrer l'avantage que l'étude des animaux peut retirer de leur esclavage , des exemples plus imporlans que ceux que nous venons de rappeler sont nécessaires. C'est sans contredit parce qu'on avait constamment suivi la seule voie de l'observation des animaux sau- vages en liberté , parce qu'on s'était borné à décrire les actions qui se présentaient alors accidentellement , que ( 388 ) cette branche împorlante de riiistoire naturelle restait condamnée à ne s'enrichir qne de faits isolés , qni sou- vent semblaient être sans concordance l'un avec l'autre , parce qu'aucun lien ne les unissait, et qu'aucun prin- cipe ne dirigeait l'observateur ; car aucun principe ne pouvait naître de ces hypothèses auxquelles avait donné lieu le désir d'expliquer la cause des actions des brutes , pour la coordonner à l'idée qu'on s'était faite de la cause des actions de l'homme. Ces hypothèses , n'ayant point leur fondement dans la nature , ne pouvaient qu'égarer ceux qui s'appuyaient sur elles ; mieux valait encore le pur empyrisme. Malheureusement le cercle étroit dans lequel l'empyrisme était renfermé devenait un obstacle presque invincible à ce que la science en naquît. Au contraire , depuis que les animaux captifs ont été soumis à une observation raisonnée , la branche de l'histoire naturelle , qui considère les actions des animaux et leurs causes , a pu s'élever au rang d'une science , par les vé- rités générales dont elle s'est enrichie. Pendant long-temps on avait admis en principe que la perfection morale de l'homme dépendait de la perfec- tion de ses organes 5 et si cette erreur avait enfin cédé à l'évidence , elle s'était reportée toute entière sur les ani- maux. Ceux qui avaient les sens les plus fins , les mem- bres les plus souples et les plus favorables aux mouve- mens devaient être les plus inlcUigens 5 et les singes , les carnassiers , semblaient confirmer cette règle. Mais la possession de plusieurs phoques , c'est-à-dire de Mammi- fères dont les membres sont changés en nageoires , qui sont privés d'oreilles externes , dont les yeux , formés pour un liquide , ne peuvent voir qu'imparfaitement I ( ^89) dans l'air , dont les narines ne s'ouvrent que quand l'a- nimal inspire, et dont le corps, revêtu d'une épaisse couche de graisse, n'a pour ainsi dire de toucher qu'aux points où sontGxées les moustaches, vint démontrer , au moyen d'actions provoquées artificiellement , que chez les animaux, pas plus que chez l'homme, l'étendue de l'intelligence n'est proportionnelle à la perfection des or- ganes (i). Et celte vérité nous fait concevoir quela connais- sance la plus exacte des parties organiques des animaux ne peut rien nous apprendre de satisfaisant sur leur nature et leurs rapports avec les autres êtres , si nous ignorons la cause qui les anime, qui les conduit , la puissance qui agit sur leurs organes , et qui dirige et détermine leurs mou-' vemens. Toutes les analogies , fondées sur l'observation des animaux en liberté , faisaient généralement regarder comme un fait certain que l'intelligence de chaque ani- mal , dans son développement, suivait la progression que nous observons dans le développement de l'intelli- gence humaine : ainsi l'animal, comme l'iiomme, nais- sait avec des facultés intellectuelles dont on ne pouvait d'abord apercevoir que le simple germe; dans sa jeu- nesse ces facultés montraient plus de vivacité que de force , et elles n'arrivaient à leur perfection que lors- qu'elles avaient été mûries par l'âge. L'étude seule des animaux captifs a pu détruire ce préjugé; car il fallait les comparer à eux-mêmes aux différentes époques de (i) Observations zoologiques sur les /''acuités physiques et intellec- tuelles du Phoque commun; /4nn. du If lus. d'Hist. nat. , toin. 17, p. 337. IX. 19 ( 290 ) leur vie , et par conséquent suivre leur développemeiit pour reconnaître que les jeunes sont sans comparaison plus inlelligens que ceux qui ont atteint Tàge de la force. Et tous les animaux n'étaient pas propres à ce genre de recherches : nous ne pouvions compter sur les espèces modifiées par la domesticité 5 ceux dont l'intelli- gence est bornée ne donnaient aucun résultat sensible-, et les carnassiers , sans cesse obliges d'exercer toutes leurs facultés , se trouvaient dans le même cas. Il fallait s'atta- cher aux espèces qui , sous le rapport de rintelligcnce , ont été le plus favorisées , et dont cependant l'existence ne dépend pas absolument de l'emploi qu'ils en font ; en tm mot, aux singes cjui vivent de fruits, nourriture toujours abondante dans les climats qu'ils habitent, dont les analogies organiques avec l'homme sont nombreuses, et qui ne peuventjamais être pour nous que des animaux captifs. Mais cette observation ne s'est pas bornée à éta- blir un fait important et nouveau -, elle a de plus porté la lumière dans une question d'un haut intérêt. En obser- vant que dans leur première jeunesse les facultés intel- lectuelles dont les animaux ont été pourvus ont acquis toute l'étendue et toute l'activité qu'elles peuvent avoir , et que l'afl'aiblissement commence dès que l'âge de la force arrive , nous avons acqxiis une démonstration nou- velle de la différence fondamentale qui les distingue de l'homme. Jusque-là nous n'avions pu , com.me plusieurs observateurs , trouver cette diiïérence que par l'analyse de leurs actions fortuites , dans lesquelles la faculté ré- flexive ne se manifeste jamais 5 aujourd'hui elle sort du phénomène même que nous venons de signaler. En efîet, ce phénomène aurait élé impossible à observer si les ani- ( 291 ) maux qui nous l'ont présenté avaient pu nourrir el ac- croître, dans Tàge où elles s'afl'aiblissent naturellement, les facultés qu'ils ont reçues et qui nous sont communes avec eux , par celle qui nous appartient exclusivement, et nous permet de prolonger en quelque sorte indéfini- ment l'exercice des premières 5 si , en un mot , pour leur conservation , la nature , au lieu de la force , leur eût accordé la réflexion. Ce ne sont pas seulement des vérités qui peuvent se déduire des actions contingentes et fortuites que nous obtenons des animaux retenus en captivité: ces animaux nous éclairent encore sur celles qui résultent dé leurs actions nécessaires , des actions qui semblent être le plus invariablement déterminées par leur nature intime , par la destination qu'ils ont reçue sur le point de la terre où ils ont été jetés ^ de celle , en un mot , que pi'odnil leur instinct 5 et l'instinct n'existe guère sans altération que chez les animaux de race sauvage. Tant que les castors n'avaient été observés que dans leur liberté native , on avait vu que ceux (jui vivent réunis en troupes , dans les contrées sauvages , se con- struisent des habitations ; et que les individus solitaires , tels qu'on en renconti^e quelquefois , surtout dans les pays très peuplés, faisaient leur letraite dans les excavations naturelles des rivages , sur les bords des lacs et des ri- A ières 5 et on avait conclu de ces faits « que ces animaux » ne travaillent et ne bâtissent point par une force ou )) par une nécessité physique comme les fourmis , les » abeilles ; qu'ils le font par choix , et que leur indus^ •)y trie cesse dès que la présence des hommes est venue » répandre la terreur parmi eux. » C'est Buffon qui ( 292 ) nous le dit (t. VI , p. 6i et G2 ) , cl c'est lui que je cîte de préférence-, car , de tous les auteurs qui ont écrit sur la nature des animaux, c'est incontestablement celui qui s'en était fait les idées les plus élevées et les plus justes. Cependant si ce grand naturaliste eut été disposé à observer quelques - uns d* ces castors solitaires 5 s'il eût eu l'idée de les placer dans des circonstances conve- nables et de leur donner les matériaux qu'ils emploient ordinairement dans leurs constructions , de la terre , du bois , des pierres , il aurait vu que leur solitude et la présence de l'homme n'ont point fait cesser leur indus- trie , qu'ils songent encore à bâtir 5 et, au lieu de voir dans les huttes et les digues des castors réunis en troupe, « le résultat de projets communs fondés sur des conve- » nances raisonnables , de talens naturels perfectionnés » par le repos, m il n'aurait vu que les fruits d'une indus- trie toute mécanique , que les résultats d'un besoin pure- ment instinctif. En effet , plusieurs castors solitaires des bords de riser, du Rhône, du Danube, nous ont montré, dans les nombreuses expériences auxquelles nous les avons soumis , qu'ils sont constamment portés à cons- truire , sans cependant qu'il puisse en résulter pour eux aucun autre avantage que celui de satisfaire un besoin aveugle auquel ils sont en quelque sorte forcés d'obéir. Une des erreurs que l'observation exclusive des ani- maux sauvages avait fait naître et avait entretenue , et dont Vinfluence s'est exercée si manifestement sur tous les systèmes qui ont eu pour objet l'état naturel de l'homme , et l'effet des alimens sur son développement moral , consistait dans la croyance que les herbivores ont un caractère plus doux , plus iraitable . plus affec- ( 293 ) tueux que les carnassiers. La gazelle était devenue Tem- hlènie de la douceur comme de la beauté , et il en était à-peu-près de même de la biclie et de plusieurs autres animaux aux grands yeux et à la démarche timide et lé- gère , tandis que le tigre , la panthère , l'hyène , le loup, n'avaient qu'une férocité brutale, ne montraient que des sentimeus haineux et cruels. L'observation plus in- time , plus circonstanciée , plus propre à nous faire voir ces animaux tels qu'ils sont en réalité , nous oklige de renverser complèteiaent l'application de ces idées, et de transporter aux uns ce que nous appliquions aux autres^ Eo effet , tous les ruminans adultes , les mâles surtout ,. sont des ar>iraaux brutes , grossiers , qu'aucun bon trai- tement n'adoucit , qu'aucun bienfait ne captive : s'ils reconnaissent celui qui les nourrit , ils ne lui sont point attachés, et en leur donnant ses soins il doit continuel- lement être en défiance ; car dès qu'il cesse de les inti- mider, ils sont prêts à le frapper; il semble qu'un sen- timent secret les porte à fuir ou à traiter en ennemi toute espèce d'animal étrangère à la leur. Nous avons vu qu'il en est tout autrement , même pour les animaux qui se nourrissent le plus exclusivement de chair. C'est (jjie les uns ont une intelligence grossière et bornée , tandis que les autres ne sont pas moins remarquables par l'étendue que par la finesse et l'activité de la leur. Tant il est vrai que , même chez les animaux , le déve- loppement de cette faculté est pins favorable que nuisi- ble aux bons sentimeus. Je crois avoir fait connailre que si les animaux en li- berté sont propres à nous instruire du rôle qu'ils jouent sur la terre , ils le sont peu à nous dévoiler les causes ( ^94 ) générales de leurs actions , les facultés de leur inlelli- gcnce , et que ce n'est qu'à l'aide des animaux captifs que nous pénétrons jusqu'à celle-ci. En conclura-t-on qu'il faut renoncer à la connaissance des animaux tels qu'ils sont dans la nature , qu'il faut cesser toute re- cherche sur l'économie de ce monde , à laquelle ils pren- nent une part si étendue , et que cette importante bran- che de l'histoire naturelle doit être tout-à-fait abandon- née ; car il est trop évident que la difficulté d'étudier les animaux en liberté est si grande , qu'elle équivaut pres- que à une impossibilité absolue. Dès qu'ils peuvent obéir à leurs sentimens , ils se défient de tout ce qu'ils ne connaissent pas , et fuient ou attaquent tout ce qui les importune. D'ailleurs comment atteindre , pour les observer, ceux qui habitent ces contrées sauvages ou re- culées que nous connaissons à peine .^^ Il y a plus , la seule poursuite d'un animal change entièrement ses con- ditions naturelles , et on ne peut plus l'envisager alors que comme un animal contraint par la violence et placé dans des conditions tout aussi forcées que celles où se trouvent les animaux captifs. Ces difficultés seraient invincibles sans doute : des pro- blèmes dont la solution est aussi éloignée sont plus pro- pres à ralentir les eilbrts qu'à soutenir le zèle; heureu- sement il n'est point nécessaire de les surmonter pour atteindre le but au - devant duquel elles semblent pla- cées , et la connaissance de ce monde , en ce qui concerne les animaux , n'est point fondée sur des vues purement rationnelles ou sur des espérances chimériques. S'il n'est pas possible d'y parvenir directement , sans des obstacles piesque insurmontables , ou peut du moins y être con- ( 295 ) duit d'une manière indirecte , et la voie que nous ouvrons est certainement pour cela la plus courte et la plus cer- taine. En efi'et , si Texistence , si la manière d'être d'un ani- mal , sur un point quelconque de la terre , est la consé- quence des facultés et des penchans dont il est doué , et des circonstances fixes ou passagères qui sont propres à ce point du globe , c'est-à-dire la conséquence des forces à l'aide desquelles cet animal lutte et se soutient contre celles qui lui sont opposées , dès que nous connaîtrons 1-es facultés générales de son espèce , et ses dispositions , nous pourrons déterminer, même d'avance , ses actions individuelles dans toutes les situations où il se trouvera; et dès - lors il ne s'agii'a plus , pour déterminer la ma- nière d'être de telle ou telle espèce dans une contrée quel- conque , d'en découvi'ir les individus , de les suivre dans tous les détails de leur existence , de les chasser pour les atteindre , il suffira d'apprécier exactement les condi- tions au milieu desquelles ils vivent , ce qui est beau- coup plus facile et beaucoup moins sujet à erreur. C'est de la sorte que toutes les sciences pi'ocèdent , et la zoo-' logie propi'ement dite ne se fondera véritablement que lorsqu'elle procédera comme elles. Ainsi , de quelque coté que nous envisagions la ques- tion , nous arrivons constamment à celle vérité , que l'ob- servation raisounée des animaux en esclavage est une des voies les plus sûres qui nous aient été données pour par- venir à les étudier et à les connaître comme ils dqivent Têlrc par le naturaliste. Maintenant (ju'il est bien établi (jue les animaux ne se ( -"•96 ) conduisenl jamais que conformémenl à leui' silualîon et à leurs facultés , e'esl-à-dire aux puissances qui agissent en eux et à celles qui agissent hors d'eux , je puis entrer dans mon sujet et considérer la source et les effets de la domesticité , sans craindre que les faits que je pourrai rapporter ou les conséquences que j'en tirerai soient re- ponssées , sous prétexte qu'ils ne sont point naturels. La soumission absolue que nous exigeons des animaux, l'espèce de' tyrannie avec laquelle nous les gouvernons , nous ont fait croire qu'ils nous obéissent en véritables esclaves 5 qu'il nous suffit de la supériorité que nous avons sur eux pour les contraindre à renoncer à leur penchant naturel d'iudépendance (i) , à se ployer à notre volonté, à satisfaire ceux de nos besoins auxquels leur organisa- lion , leur intelligence ou leur instinct nous permettent de les employer. Nous concevons cependant que si le chien est devenu si bon chasseur par nos soins , c'est qu'il l'était naturellement , et que nous n'avons fait que développer une de ses qualités originelles ; et nous re- connaissons qu'il en est à-peu-près de même pour toutes les qualités diverses que nous recherchons dans nos ani- maux domestiques. Mais pour la domesticité elle-même, pour la soumission que nous obtenons de ces animaux, c'est à nous seuls que nous l'attribuons 5 nous en sommes la cause exclusive ; nous leur avons commandé l'obéis- sance , comme nous les avons contraints à la captivité. (i) Le penchant des animaux à l'indépendance consiste dans le besoin qu'ils ont de s'éloigner de tout ce qui leur inspire de la défiance , de tout ce qui est nouveau , de tous les objets avec lesquels l'habitude ne les a point familiarisés et qui leur donnent de la crainte. ( 297 ) La cause de notre erreur esl que , jugeant sur de simples apparences , nous avons confondu deux idées essentiel- lement distinctes , la domesticité et l'esclavage -, nous n'avons vu aucune différence entre la soumission de l'a- nimal et celle de l'homme 5 et du sacrifice que l'homme esclave se trouvait forcé de nous faire , nous avons pensé que l'animal domestique nous faisait un sacrifice équi- valent. Cependant ces deux situations n'ont rien de sem- blable 5 la distance entre l'animal domestique et l'homme esclave est infinie ', elle est la même que celle qui sépare la volonté simple de la liberté. L'animal en domesticité , ainsi que celui qui vit au milieu des bois , fait usage de ses facultés dans les li- mites marquées par sa situation : comme il n'est jamais sollicité à agir que par des causes extérieures et par ses instincts , dès que sa vojonté se conforme aux nécessités qui l'environnent , il n'en sacrifie rien ; car la volonté (i) consiste dans la faculté d'agir spontanément suivant tous les besoins qu'on sent et par lesquels on est naturelle- ment sollicité , mais qu'on ne connaît pas. Cet animal n'est donc point au fond dans une situation différente de celle où il serait , livré à lui-même^ il vit en société sans contrainte de la part de l'homme , parce que sans doute il était un animal sociable , et il a un chef à la volonté duquel il se conforme dans certaines limites , parce que probablement sa troupe aurait eu un chef, et que cette (i) L'activité simplement déterminée par des pencliaus ou des be- soins, quelle que soit leur origine , c'est la volonté ; déterminée par la connaissance que l'esprit a acquise de ces pcnchans et de leur cause , ou de ces besoins , en les soumettant à son examen par la réflexion , c'est la liberté , le libre arbitre. ( ^os ) volonté est une des conditions les plus fortes de celles qui agissent sur lui. 11 n'y a rien là qui ne soit con- ibrme à ses penchans : ce sont ses besoins qu'il satis- fait ; nous ne voyons point qu'il en éprouve d'autres 5 et c'est l'état où il serait dans la plus parfaite liberté : seu- lement son chef est un maître qui a sur lui un pouvoir immense, et qui en abuse souvent 5 mais souvent aussi ce maître emploie sa puissance à développer les qualités naturelles de l'animal , et sous ce rapport celui-ci s'est véritablement amélioré 5 il a acquis une perfection qu'il n'aurait jamais pu atteindre dans un autre état , sous d'au- tres influences. Quelle différence entre cet animal et l'homme esclave , qui n'est pas seulement sociable , qui n'a pas seulement la faculté du vouloir, mais qui déplus est un être libre : qui ne se borne pas à se conformer spon- tanément à sa situation , par l'in^uence aveugle qu'elle exercerait sur lui , mais qui peut la connaître , la juger , ; ' ( 336 ) Je puis citer, parmi les autorités respectables et in- contestables , un propriétaire nommé le Senhor Paulo du Vargem grande , piès la rivière du Paraïbrena j il fut le premier à diriger mon attention sur cet objet , et m'a assuré qu'il avait souvent guéri radicalement divers hy- dropiques désespérés , par l'administration de cette ra- cine. M. le lieutenant - colonel Guide Marlière de Minas- Geraes considèi'e le Chiococca racemosa comme une pa- nacée dans le même cas. Il en a obtenu des succès qu'il regarde comme miraculeux. Le docteur Guddoy, premier médecin dans la pro- vince des Mines depuis douze, ans , a publié , dans un journal périodique , le Patriote , à Rio- Janeiro , les cures qu'il avait obtenues par la racine de Chiococca ra- cetnosa dans des cas d'iiydropisie invétérée. L'intelligent et respectable prêtre de Santa - Luzia de Sabura m'a aussi communiqué l'information de diverses guéiûsons opérées par le même spécifique. Il en est de même du docteur Charles Euglpç de la villa de Ytà , pro- vince de Saint -Paul 5 ce dprnier est un médecin alle- mand d'un graijd talent, et bien.çpnnu comme chimiste. Le célèbre docteur Woolarlon n'avait d'abord employé le Chiococca racemosa , et d'après l'ancien usage , que comme un remède contre la morsure des reptiles veni- meux : je lui signalai ses propriétés dans l'hydropisie , l'année, dernière 1826 5 4*^puis il n'a cessé de l'employer avec avantage , et^çOj'a, fait connaître les mervqilleuses guérisons qu'il a dues en peu de temps à la décoction de cette racine. , 1 ,, - ■ La plante dont je parle croît privçcipalement dans, l'in-^ (337 ) térîeur du pays j il est rare qu'on la trouve à la proxî*- mité des côtes , ce qui , sans doute , fit qu'elle échappa à Piso , actif observateur qui^ en 1649, rechercha le pre- mier de quelle plante provenait positivement la racine d'ipecacuanha. Elle préfère une terre végétale riche et légère 5 cependant M. Riedel l'a trouvée quelquefois dans des terroirs sablonneux... Elle aime l'ombre et l'humi- dité , et se trouve parmi les broussailles. La racine rampe sur la surface de la terre , et comme elle ne pivote ja- mais , on peut l'arracher facilement. L'odeur de la racine est acrimonieuse, volatile et dés- agréable , ressemblant un peu à celle de la valériane ou de l'ipecacuanha 5 son goût est aromatique , amer, nau- séabond , âpre et irintant dans le gosier. En attendant que des expériences soignées et une bonne analyse fixent l'opinion à l'égard de cette racine, je la recommande principalement dans l'hydi'opisie. Une simple infusion de la racine agit comme un doux laxatif (i). Ou s'en sert aussi comme drastique pour produire des évacuations immédiates et copieuses ; le docteur Engler l'a administi'ée avec un succès surprenant (2). Quand le système lymphatique est supposé attaqué , le docteur En- gler l'administre avec le plus heureux succès , coujoin- (i) Voici la formule : Pr. radie. Càinccc 5jj Aquce comm. îbj§. — Coque ad dimld. et cola. — Dos. Bis vel ter in die magna cochlearia sumenda. (î) Voici les proportions : Pr. radie. Càincœ §j. — Aquœcomm. Ifejj. — Coq. ad dimid. et eola. — Dos. Ter quaterve in die cochlearia duo magna sumenda, IX. 22 ( 338 ) icnient avec des prcpaialions mercuricllcs , et la préfère infiniment au Lohelia siphililica Linn. C'est dans l'écorce extérieure de la racine que sa vertu médicinale existe , comme celle de Tipecacuanha *, car la substance ligneuse interne ne possède aucunes proprié- tés particulières. J'ai envoyé à l'Académie de Saint-Pétersbourg quel- ques livres de celte racine, pour qu'on puisse en faire l'analyse , et la soumettre à des expériences convenables. Note sur une sorte de Torpeur très - longue ^ particulière aux racines du Mûrier noir ; Par M. DuuEAu DE La Malle, Membre de l'Institut. ( Exti'ait d'une Lettre aux Rédacteurs.) J'avais un mûrier noir (Munis nigra L. ) très- vieux , à Landres , dans la cour de ma maison -, cet arbre fut fendu par le vent en quatre quartiers , en 1790. On en coupa deux qui avaient été renversés ; les deux autres subsistèrent et donnèrent des fruits pendant (quelques années. Le dernier des quartiers de cet arbre , qui avait été écartelé jusqu'à la racine, fut arracbé en 1802 : un sureau avait cru à la place du mûrier ( probablement de graines tombées au milieu du tronc creux de cet arbre) , et y avait végété avec une grande vigueur. Ce sureau vient de mourir, et depuis un an qu'il a commencé à languir, il a poussé hors de terre une douzaine de petits mûriers (339) noirs , dont deux ont déjà un pouce de diamètre et deux, pieds de haut. J'ai fait arracher devant moi le sureau dont le troue a par le bas un pied de diamètr» , pour m'assurer si ces Frétons de mûrier provenaient de graines conservées en terre pendant vingt -quatre ans , ou bien des racines du vieux mûrier , qui auraient vécu si long -temps de cette vie subîerranée sans pousser hors de terre aucun jet , quoic|ue le sol soit très -bon , bien exposé au soleil , et qu'ils n'y pussent être gênés que par le sureau , qui en- core était isolé au milieu de cette cour herbée , qui a un demi-hectare d'étendue et est située au levant. L'expérience a prouvé ce fait curieux de longue vie , dans une sorte de torpeur , des racines enfermées sous la terre , séparées entièrement du tronc , et qui subsi-teut sans pousser au dehors aucuns rejetons. En déracinant le sureau , on a coupé avec la pioche une très grosse racine du vieux mûrier, détruit entière- ment au-dessus du sol depuis vingt-quatre ans 5 cette ra- cine , de cinq pouces de diamètre , était bien vivante , et lors de l'incision a rendu , de l'écorce et de l'aubier , un suc très -épais et très -abondant , blanc, visqueux, semblable à du lait qui tourne en crème , ou au suc épaissi du Tithymale. J'ai fait enlever la terre avec soin dans la direction de cette racine , et je me suis assuré que les rejetons du mûrier dont j'ai parlé naissaient de sa partie supérieure. J'ai fait arracher avec précaution le sureau , et j'ai pu conserver les deux plus beaux rejetons de mûrier , qui restent en place , comme pièces probantes , pour con- stater ce fait singulier de physiologie végétale. ( 34o ) Il parait que le sureau ayant poussé avec une grande vigueur, a enlevé à la racine du mûrier les sucs qui lui auraient été nécessaires pour pousser des jets hors de terre , sans pourtant pouvoir parvenir à lui ôter la vie ; il l'a réduite à un état d'engourdissement et à la vie sub- terranée , dont elle n'est sortie qu'au moment où la force végétative du sureau a commencé à décliner. J'avais observé à Paris un fait semblable , mais pour une période bien moins longue. En reconstruisant ( Tan 1823 ) un mur de mon jardin , rue de La Roche- foucault , n° 11, une Clématite ( Clematis viticella ) avait été enfouie sous les fondations 5 elle n'a commencé à pousser des jets hors de terre qu'en iSaS , et depuis cette époque , sa végétation est toujours faible. Note sur quelques Circonstances de la gestatioîi des jemelles de Kajiguroos , et sur les Moyens qu'elles mettent en œuvre pour nourrir leurs pe-. iits suspendus aux tétines ; ' Par M. Geoffroy Saint-Hilaire , Membre de l'Institut. (Lue à la Société d'Hist nat. de Paris, le i«f décembre 1826.) Aujourd'hui , i*"^ décembre , on me donne avis qu'une de nos femelles de Ranguroo, dont le Jardin du Roi est redevable à la munificence de madame la duchesse de Ber- ry, porte un petit , maintenant visible et détaché dans sa bourse : on ignorait qu'elle fût pleine. Les circonstances de la gestatîo;! sont curieuses, et c'est là le fait que je porte (34i ) à la connaissance de la Société. C'est en juin dernier que S. A. R. enrichit la Ménagerie d'un couple (i) de Kan- guroos ; le mâle périt dans les derniers jours de juillet. On n'eut aucun soupçon d'accouplement-, mais, hier matin, on aperçut du sang dans la litière de la femelle, et ce matin on vit la bourse, jusque-là tenue soigneusement fermée , s'ouvrir, et le petit présenter la tète en dehors. Y en a - t- il un ou plusieurs ? on l'ignore encore. Pour ménager la mère , j'ai défendu qu'on fît cette recherche. Le fâcheux événement de la mort du mâle , arrivé quatre mois avant l'apparition du fœtus , nous vaut un document certain sur la durée de la vie embryonaire, puis (i) L'un de ces Kanguroos est né à Kosni. Le gardien-surveillant des animaux de S. A. R. , homme attentif et annotateur exact, a consigné sur un registre d'observations des faits analogues à ceux de la présente Note : je les publie ici. Une femelle fut couverte , à Rosni , le 6 mai iSaS ; elle mil bas , c'est- à-dire qu'elle introduisit dans sa bourse un être dans l'état d'embryon le 6 octobre suivant. Cet événement fut signalé par du sang et de la ma- tière muqueuse ou gélatineuse mélangés ensemble , étant tantôt très- fluides , et tantôt plus ou moins visqueux et sous forme de Slamens : la femelle fut deux jours dans cet état. Depuis, la poche resta exactement fermée jusqu'en janvier 1826 ; alors eut lieu la seconde naissance du su- jet , annoncée , comme dans la première époque , par un état de malaise , c'est-à-dire que le fœtus fut détaché de la tétine ; prenant alors plaisir à venir respirer plus à l'aise vers l'ouverture de la bourse, en portant sa tète au dehors. Enfin , étant devenu plus fort , il fit sa première sortie le 5 mars 1826. La bourse grandissait au fur et à mesure que le petit ac« quérait plus de volume ; le plus souvent la mère l'appelait à elle et par un] signal qui consistait en un grognement doux. Elle se courbait pour augmenter la capacité et l'ouverture de sa bourse , et le petit s'y rendait par un bond qui ne manquait jamais son ellet ; il arrivait à fond la tête la première , mais pour se retourner et se montrer tout aussitôt, la tête en dehors. 1 (342) fœtale des pelils -, du moins quant à une limite de cette époque. Car le sang aperçu à la litière est un indice qu'à ce moment le foetus s'est détaché de la tétine , et qu'il est né définitivement à la manière des marsupiaux, c'est- à-dire qu'il a quitté la vie fœtale pour entrer dans l'exis- tence d'un lactivore. Conséquemment quatre mois sont au moins nécessaires pour que cette deuxième naissance arrivât. Je saisis cette occasion pour faire connaître un autre fait concernant la nourriture d'un fœtus , ou peut-être seulement d'un lactivore de Kanguroo. Voici comment , et dans quelle circonstance , j'ai reçu cette information. M. le docteur Busseuil , aux soins duquel la science est redevable des travaux zoologiques de l'expédition de la Thétis, frégate de l'Etat, nouvellement de l'etour d'un voyage de circum - navigation , voulut bien avoir l'extrême obligeance de m'adresscr de Brest , lieu de sou débarquement , un bocal contenant une glande mam maire de Kanguroo , qu'il s'était procurée dans une re- lâche à la Nouvelle-Hollande. Cette glande était revêtue de ses tégumens et pourvue de tétines plus longues et plus renflées , comme elles le sont après la mise bas \ de l'exti'émité d'une tétine pendait un fœtus.. Cette pièce m'a vivement intéressé , d'abord par son parfait état d'in- tégrité . puis par les moyens qu'elle me fournissait de poursuivre d'anciennes recherches. Car, alors que je rédigeai un très-long article pour le Dictionnaire des Sciences naturelles , le mot Maksu- puux , je m'étais fait , sans les résoudre , plusieurs ques- tions sur les rapports du fœtus avec sa nièr<: , auxpre-. mieis nioniciis où il est \isiblc à la tctiue. Ce fœtus ^ ( 343 ) Uonl la conslante suspension à la létinc est un fait de premier âge, y est-il retenu mécaniquement, ou adlic- rent par un ellet de soudure ? puis, de quelle nalture serait le fluide qui fournit à son alimentation ? et enfin quelle force détermine le transport de la nourriture de la mère au foetus? Car, est-ce la mère qui l'injecte? Est-ce le fœtus qui s'en empare par un effet de succion? La pièce de M. Busseuil donne, d'une manière satisfaisante , quel- ques élémens, pour une partie de ces questions. Il est de fait que le foetus n'a point encore acquis d'or- ganes musculaires , qu'il est dcjà adhérent à la tétine ; il est donc privé des ressources mises en œuvre , durant la succion , par tous les Mammifères dans la condition de lactivore. J'ai d'abord porté mon attention sur le mode de rete- nue du fœtus à la tétine 5 et , j'en préviens , sans que cela fût entièrement concluant à l'égard des journées an- térieures , je me suis assuré qu'alors il y était retenu mécaniquement , et non par un effet de soudure 5 la té- tine formait un tuyau long de huit lignes, renflé considé- rablement à son extrémité. C'est ce bout renflé qui , une fois introduit dans la bouche du fœlus , bouche rélrécie vers les commissures des lèvres, et ne s'ouvrant ou ne se fendant que fort tard -, qui , dis-je , introduit , forme une tubérosité et comme un arc-boutant d'arrêt. L'extrémité de la tétine est percée de plus de douze trous visibles à l'œil nu. En outre de la longueur de la tétine , telle que cette longueur existe visible au dehors , la tétine se pro- longe , par delà la peau , par un tuyau de quatre lignes au-devant de la glande mammaire. J'ai examiné le tissu de ce tTiyau , et j'ai vu avec surprise que sa couche ex- ( H\ ) icrnc était musculaire ; sur sa surfiicc sont des vaisseaux émanes de la glande mammaire, en même temps qu'il en arrive d'autres sur le gland terminal de la lédne , lesquels proviennent de ceux répandus dans le derme. Cela posé , il m'a paru que la mère , profitant de ce singulier appareil , injecte elle-même le fluide qui doit servir à l'alimentation de son foetus ; car le tuyau mus- culaire venant à se contracter, c'est-à-dire, opéi'ant , par une diminution de diamètre , l'allongement de la partie inscrite , il faut tien qu'alors tous les fluides y contenus se répandent en dehors. Mais dans mon article Maj'supiaux ,] &\ fait déjà con- naître un appareil de déglutition chez le foelus , propre à se concerter avec celui que donne la conformation de cette tétine chez la mère; j'ai montré que le larynx plonge dans les arrières-narines , quand le fluide nutritif se ré- pand de chaque côté de lui pour arriver dans l'œsophage. De là résulte que la mère , faisant usage et de son étui musculaire autour de la tétine et de muscles répandus dans le derme de la bourse , n'a qu'un seul mouvement de va et vient à faire pour injecter le fluide qui remplit la tétine. Elle approche, puis écarte le foetus à l'égard de la glande mammaire 5 et le fluide qui gonfle le gland et toute la tétine va se répandre et humecter la bouche du petit, d'où rien ne peut sortir 5 car, je le répète , les commissures des lèvres sont alors exactement fermées. Mais est-ce un fluide séreux , un fluide muqueux , ou du lait dans un premier état d'élaboration , qui arrive à la bouche du fœtus ? Voilà ce que ne peut nous appren- dre la pièce anatomique de M. Busseuil , et ce que je laisse indécis. (345) Mémoire sur la Nicothoé, animal singulier' qui suce le sang des homards ; Par MM. V. Audouin et Milke Edwards. ( Lu à l'Académie des Sciences le i3 uoTembre 1836. ) On rencontre dans la nature , indépendamment de cer- tains insectes parasites à l'état de larve , et de la classe entière des vers intestinaux , un grand nombre d'êtres dont les habitudes sont analogues , mais qui vivent tous à l'extérieur. Trop faibles pour affronter un danger , n'ayant sou- vent point d'yeux pour l'apercevoir, ne sachant ni fuir ni avancer, parce que leurs pattes sont devenues trop courtes pour traîner leur énorme corps , incapables par conséquent d'aller à la recherche de leur nourriture , ces animaux , s'il est permis de le dire , sont réduits à vivre de la vie des autres. C'est peu de temps sans doute après leur naissance , qu'ils se cramponnent à l'animal dont ils ont fait choix ; bientôt ils enfoncent leur bouche dans ses chairs , et y restent fixés aussi intimement que le jeune didelphe au mamelon de sa mère 5 à les voir immobiles , on croirait vraiment qu'ils sont tous redevenus foetus. Placés dans quelque lieu propice où leur corps faible et dénudé est à l'abri du danger, ils y puisent tranquillement une nour- riture succulente et copiense , qui fournit à leur exis- tence et à leur accroissement. La nature impose donc à l'étranger auquel ils ont confié leur sort, le tribut onéreux d'èlre à la fois leur égide et leur mère. IX. — Déccnobre i8.i6. 23 (346 ) Tels sont parmi les animaux articulés, les Tiques , les Achlysies , les Bopyres, etc. ; telles sont les Lernées , et tel est aussi le petit être dont nous allons entretenir l'A- cadémie (i). C'est en étudiant à Granville , et dans les derniers jours de septembre , le homard commun de nos côtes , que nous l'avons découvert. Il adhérait à ses branchies, et ce qui nous surprit d'abord , ce fut la singlilarilé de son aspect. Qu'on se représente un animal pourvu de quatre pro- longerùens , qui le font ressembler à un papillon dont la tête et le ventre auraient disparu , et qui ne montrerait plus que son thorax avec séà deux paires d'ailes -, qu'on s'imagine qu'il à tout au plus une demi-ligne de lon- gueur, tandis que son diamètre transversal atteint près de ■ .^^'.r- ■•'">- . (i) M. Latreille , l'un des commissaires chargés par l'Académie de rendre compte de notre Mémoire , a émis dans son rapport plusieurs idées ingénieuses, qu'il nous a paru utile de faite connaître par des notes : telle est la suivante , qui a rapport aux animaux articules para- sites. « Pour suppléer à la faiblesse de certains êtres, la nature;a employé, qu'on me permette celte expression , le parasitisme. Fixés liabituelle- ment sur d'autres animaux , ces êtres , privés d'organes de locomotion, ou n'eu ayant que de rudimentaircs , y puisent leur nourriture et s'y propagent quelquefois même en si grande quantité, que ceux-ci , hors d'état de se délivrer d'hôtes si tenaces et si voraces, finissent par succom- ber d'épuisement. En nous bornant à la série des animaux invertébrés articulés , nous voyons que chaque classe , ou grande coupe, se termine par des animaux de cette sorte ou paTasites. Nous citerons les Branchio- podes suceurs , ou les Caligcs de Millier ; les genres Acurus , Pediculus et Pulox de Linnœus ; celui d'Hippobosque ; et quant aux Annclides , ce- lui d'Hirudo ou de Sangsue. Sur les dernières limites , ce parasitisme devient général , témoin la classe des vers intestinaux . » ( 347 ) trois lignes ; qu on se figure enfin que ses espèces d'ailes sont opaques , cylindriques , étroites , sans aucun mou- vement , et déjà on aui'a pris une idée générale dû petit être dont il s'agit. Son corps est mou et enveloppé par une membrane épidermique , incolore , assez semblable à du parchemin qu'on aurait mouillé , mais diaphane , et laissant voir à travers elle les couleurs propres à l'animal. Ses deux prolongemens antérieurs sont d'un rose un peu jaunâtre 5 les postérieurs ont une teinte rosée assez vive. Si on s'arme d'une bonne loupe , on n'aperçoit point d'antennes , point d'yeux , point de pattes ; seulement on croit voir antérieurement une petite éminence qu'on juge être la bouche , et cela avec d'autant plus de vraisem- blance , que c'est par cette extrémité antérieure que l'a- nimal adhère à la branchie du homard. Au contraire , on dislingue très - nettement l'organisation des quatre prolongemens latéraux dont il a été fait mention ; les an- térieurs sont des expansions tégumenlaires contenant des viscères ; les seconds sont ^ à n'en pas douter, des es- pèces de sacs qui renferment un grand nombre d oeufs. Cet animal nous parut donc très -simple, et celle simplicité , jointe à la molesse de sa peau , à l'anomalie de ses formes , à l'existence des deux grappes ovifères qu'il porte suspendues à son corps , et à son genre de vie , ne nous donna pas le choix sur la détermination qu'il fallait en faire. Nous le regardâmes comme une Lernée , et tous les naturalistes auxquels nous le mon- trâmes n'hésitèrent pas à le juger tel. Bien que la description que nous venons de donner soit aussi complète que la plupart de celles fournies par ( 348 ) les zoologistes qui ont étudié les Lernées , fious jyeii- sions qu'on pouvait faire plus , et nous étions loin d'être contens de nous - mêmes ; car dans les sciences de fe- cherches , la satisfaction de l'esprit ne se mesure pas tant sur la conscience d'avoir bien observé que sur l'espoir d'avoir vu tout ce qu'il était possible de voir. Ce scrupule nous préoccupait d'autant plus que nous avions à faire à un de ces êtres dont l'organisation est encore un problême , et l'existence une bizarrerie. Nous nous proposâmes donc de mieux étudier la Ler- née du homard. Nous la plaçâmes au foyer d'une très- forte loupe , puis à celui d'un excellent microscope , et ce ne fut pas sans une grande surprise que nous aper- çûmes en elle un être tout différent de celui que nous avions vu d'abord. On distinguait alors un test ou thorax pourvu de deux yeux , et formé par la réunion de quatre segmens ; les grandes ailes les embrassaient sur les côtés, et semblaient avoir leur origine derrière le quatrième anneau 5 elles occupaient en longueur un espace assez étendu , puis venait un abdomen effilé , formé de cinq anneaux très- distincts , le premier donnant insertion aux seconds pro- longemens que nous avons dit être des sacs ovifères , et le dernier étant terminé par deux longs poils. Si on ren- versait l'animal , on apercevait l'insertion de deux an- tennes assez longues, la bouche , et cinq paires de pattes ; enfin le petit animal qui nous avait semblé être une Ler- née lorsque nous le regardions sous une loupe qui déjà le grossissait plus de neuf fois , était devenu un véritable Crustacé , très - voisin de ceux que Liiuié , Geoffroy , Degeer et Jurine ont décrit sous le nom de Monocle , et ( 349 ) que d'autres naturalistes, tels que Muller et M. Latreille, nomment Cyclope. L'inspection de nos dessins fera participer tout, le monde à l'étonnement que nous éprouvâmes en consta- tant ce fait curieux. La figure i représente le crustacé de grandeur naturelle. Lorsqu'il est grossi neuf fois on ne distingue encore que les œufs contenus dans leurs sacs , et rien de plus 5 l'animal , dans cet état , ressemble encore à une Lernée. Si on jette ensuite les yeux sur la figure 2 , dont le grossissement est considérable , on ne peut hésiter à reconnaitre en lui un véritable Crustacé. Ce qui en impose d'abord sur l'organisation de ce pe- tit être, ce sont les prolongemens latéraux de son corps. Qu'on fasse abstraction de ces espèces d'ailes , et qu'on rapprocbel'abdomendu thorax, ton trentrera dans la classe des foi-mes ordinaires. Au fait, les expansions latérales antérieures ne nous paraissent être autre chose qu'un dé- veloppement excessif du cinquième anneau du thorax. Dans les Monocles , il est très - court , toujours plus mou que les autres , et transparent (i)-5 ici , il s'est ac- cru outre mesure , particulièrement dans le sens trans- versal : voilà toute la différence. Ces deux expansions la- térales (2) sont assez transparentes pour qu'on puisse distinguer les parties qu'elles contiennent 5 on voit que la membiane extérieure , diaphane et un peu coriace qui les constitue , est garnie par une seconde enveloppe translucide , mais colorée , qui laisse apercevoir dans (1) Jurine le considère comme le premier anueau de l'abdomen. (2) M. Latreille soupçonne que ces deux expansions ne sont pasctran- gcrcs à la respiration j uous partageons entièrement sa manière da voir. ( 35o ) l'intérieur deux espèces de boyaux dont le point de dé- part est sur la ligne moyenne du corps , et que nous croyons être deux cœcums ou divisions du canal intesti- nal , qui auraient fait hernie. Les ayant examinés pen- dant plusieurs heures , nous avons vu qu'ils étaient doués de mouvemens péristaltiques très - prononcés , qui ces- saient quelquefois tout d'un coup, et reparaissaient en- suite avec la même énergie. Quand on place le Crustacé sur le dos , on aperçoit moins nettement les cœcums , parce qu'ils se trouvent en partie maslqués par un organe opaque , rameux , ou plutôt digité , qui paraît être l'o- vaire interne. Dans cette position renversée , on distingue la bouche, les antennes , les pattes , et l'on peut , avec beaucoup de patience et quelqu'adresse , isoler chacune de ces par- lies. Nous avons compté onze anneaux aux antennes , et autant de poils insérés à leur côté interne. Les pattes sont au nombre de dix : la première paire diffère beaucoup des autres 5 elle est terminée par une sorte de long cro- chet à trois ongles pointus , étages et courbés en dedans : ce dernier article s'infléchit sur la jambe , et sert pro- bablement au petit Crustacé pour s'accrocher aux bran- chies qu'il veut sucer. Les autres pattes sont bifides et assez semblables entre elles 5 deux pièces composées de trois articles poi- lus les terminent et leur donnent l'apparence de rames. Quant aux parties de la bouche, nous devons dire que leur petitesse excessive ne nous a pas permis de les dé- tacher sans opérer leur décliirement, et que c'est pour cela qu'on ne les voit point fîguiées sur la planche. Toutefois nous avons cru reconnaître des mandibules peu consis- ( 3^1 ) tantes , et Jeux paires de mâchoires formées de plusieurs pièces , ressemblant aux mâchoires auxiliaires de cer- taius Crustacés : de telle sorte qu'il est bien possible que les mâchoires , proprement dites , existent indépendam- ment de celles que nous avons distinguées ; ce qui por- terait à six paires d'appendices le nombre des pièces buc- cales de ce Crustacé microscopique (i). Leâ deux sacs ovifères sont insérés au côté , et à la partie supérieure du premier anneau abdominal ils ne présentent rierï de re- marquable ; les œufs s'en échappent et se dispersent aussitôt qu'on les ouvre. Ces œufs, lorsque nous les avons étudiés , étaient très -peu développés , et ne ren- fermaient qu'une matière gélatineuse encore informe. La représentation fidèle de toutes les parties qui vien- nent d'être décrites nous dispense d'entrer dans de plus minutieux détails ; nous croyons en avoir dit assez pour qu'il soit facile d'assigner à notre animal microscopique une place dans la série des êtres. Il appartient évidemment à la classe des Crustacés , personne n'en doute ; il n'est pas moins certain qu'il doit être rangé dans l'ordre des Branchiopodes de M. La- treille 5 mais il devient assez difficile de lui assigner une (i) M. Latreille, qui a pris soin de vérifier toutes nos observations, dit avoir aperçu sur le disque inférieur de la tête une ouverture circulaire assez grande ; il soupçonne qu'elle fait l'office de ventouse , et donne issue à un suçoir. « Mes présomptions sont d'autant mieux fondées, dil-il, que tous les Brancliiopodes parasites sont suceurs et pourvus a cet efTetd'un siphon tantôt extérieur, tantôt caché ou nul , mais suppléé par d'autres moyens. Les Dichek'stions , quoique munis d'un siphon extérieur et très-distinct, ont néanmoins sur les côtés , et en f»areil nombre , des appendices sem- blables à ceux mentionnés ci - dessus , et que Hermann fils prend pour des palpes. » ( ^52 ) place plutôt dans la section des Poecilopes que dans celle des Lopliiropes (i). Quelqu'opinion que l'on adopte , on conviendra qu'il avoisine les Cyclopes , que c'est auprès d'eux qu'il faut nécessairement le placer, et que , malgré la réserve qu'on ne saurait trop avoir dans la création des nouveaux gen- res , il faut bien ici en établir un pour cet animal sin- gulier, dont la différence essentielle ne consiste pas tant dai^s l'existence bizarre des prolongemens latéraux , que dans la présence de deux yeux. Si ce dernier caractère, qui les éloigne nécessairement des Monocles , n'existait pas, nous ne songerions pas à les distinguer de ces animaux. Ce nouveau genre portera le nom de Nicothoé , Ni- cothoë (p.). Nous le caractériserons de la manière sui- vante. Deux yeux, deux antennes, une bouche pourvue «le mâchoires; cinq paires de pattes ; la première en crochet, les quatre autres en rames. Un test formé desegmens transversaux ; l'abdomen droit, terminé par deux filets , et supportant ( dans les femelles adultes ) deux sacs ovi- fères. Deux prolongemens herniformes , en arrière et sur les côtés des anneaux visibles du thorax ( ces prolongemens existant dans les indi- vidus que l'on trouve fixés). L'espèce que nous avons décrite sera nommée Nicothoé du Homard , Nicothoë astaci Nob. Elle est de couleur rosée. Les expansions antérieures ont une teinte jau- nâtre , et les grappes ovifères sont d'un rose tendre. Elle adhère très- intimement aux branchies du homard , et s'enfonce profondément (i) M. Latreille , prenant en considération l'état parasite de ce Crus- tacé , ne balance pas à le ranger dans la section des Pœcîlopes, (a) On appelait ainsi une des Harpyes. ( 353 ) (çnlre les filamens de ces organes.. Longueur, ~ ligne ; largeur, pfès» de 3 lignes ( la longueur et la largeur étant dues aux prolougemenS' antérieurs et aux deux sacs ovifères : si on les supposait enlevés , l'ani- mal serait à-peu près invisible à l'œil nu ). Tous les homards n'en présentent pas, et on les trouve en petit nombre. ' Pour compléter l'histoire de cette espèce , nous ren- drons compte de quelques expériences que nous avons lenlées , afin de découvrir son genre de vie. La petitesse extrême des pattes , comparativement au yolume total de l'animal , nous porta à examiner jusqu'à quel point ces appendices rudimentaires pouvaient en- core servir à la locomotion. Ainsi que nous l'avons déjà dit , la Nicothoé se trouve toujours intimement fixée aux filamens branchiaux du homard : nous cherchâmes , en premier lieu, si elle pouvait se détacher à volonté du point où elle semblait être pour ainsi dire greffée. Dans cette vue , nous mîmes à découvert la cavité branchiale d'un homard vigoureux que les pêcheurs venaient de retirer de la mer 5 il portait trois Nicothoés : nous les excitâmes par des moyens mécaniques , mais elles se laissèi'ent dé- chirer en morceaux sans faire le moindre mouvement , et sans lâcher prise. Nous plongeâmes dans de l'eau privée d'air un se- cond homard, ayant sur ses branchies un certain nombre de ces Crustacés parasites : il s'asphyxia bientôt , mais les Nicothoés restèrent toujours immobiles ; le besoin de respirer ne les excita point au mouvement , et lorsque le homard mourut et se putréfia , elles moururent et se pu- tréfièrent avec lui , sans avoir cherché à gagner un autre gite , ni même à se détacher des branchies qui ne pou- vaient plus fournir à leur alimentation. Dans une autre expérience , nous mîmes dans de l'eau, ( 354 ) mêlée d'alcool , et même dans de l'alcool pur, des hran- cliies chargées de Nicotlioés bien vivantes , sans que ces animaux exécutassent la moindre contraction , et nous devons dire que , dans cette circonstance , nous les exa- minions à la loupe de manière à pouvoir distinguer le plus léger mouvement. Enfin nous détacliàmes , avec toutes les précautions qu'exigeait une opération aussi délicate , une Nicothoé de la brancKie d'un homard. Nous la plaçâmes dans un petit godet en verre , rempli d'eau de mer, et nous Texa- minâmes au microscope pendant plusieurs heures con- sécutives ; dans cette circonstance , l'animal était libre , mais il n'exécuta aucun mouvement de locomotion : ce- pendant il vivait , nous en avions la preuve sous les yeux , car on distinguait dans l'intérieur des prolonge- meus antérieurs de son corps, les contractions succes- sives et ondulatoires des cœcums intestinaux. Ici se terminent les observations que laous avons été à même de faire , et nous pourrions finir là notre Mémoire, si nous ne pensions que l'hisloire naturelle , en même temps qu'elle s'enrichit de nouveaux faits , doit s'a- grandir des conséquences qui eu découlent , et que , pré- senter les uns sans offrir les autres , c'est accumuler de précieux produits pour ne pas les mettre en œuvre. Nous réclamerons donc encore quelques instans l'attention pour faire part des réflexions que nous a suggérées le petit fait dont nous venons d'entretenir l'Académie. Et d'abord nous nous sommes demandés , et chacune des personnes qui nous entendent se font la même question : Comment la- Nicothoé, dont le corps est si énorme , dont les pattes sont si petites, et qui reste immobile lors ( 355 ) même qu'on la détache du lieu où elle semble greflee , a-t-elle pu arriver pour la première fois aux branchies du homard ? Seraiu- ce que l'œuf dont elle provient a été déposé dans ce lieu lors de la rupture du sac ovifère d'un individu qui aurait occupé la même place 5 ou bien les oeufs y auraient-ils été portés par des causes fortui- tes ; ou bien enfin , ces animaux singuliers ayant , dans les premiers temps de leur vie , une organisation toute différente de celle qu'on leur voit ensuite , n'ont-ils pas joui d'abord de facultés locomotrices qu'ils auraient per- dues plus tard , et à cette première époque de leur exis- tence ne pouvaient -ils pas courir après leur proie, la choisir et l'atteindre ? La première supposition ne sau- rait guère être admise que pour expliquer la reproduc- tion de ces êtres sur un même individu ; mais il faut l'a- bandonner si l'on veut concevoir comment ces parasites sont transmis au jeune homard. La seconde hypothèse pourrait l'expliquer 5 mais on conviendra que la con- servation de l'espèce serait soumise à des chances bien fortuites, s'il fallait admettre que , pondus dans l'eau de la mer, les œufs n'arrivent aux branchies du homard que par le fait du passage du liquide à travers les organes respiratoires de ces animaux. On doit regarder comme "plus probable la dernière supposition 5 c'est-à-dire admettre que , lors de sa soi'tie de l'œuf, la Nicothoé peut se mouvoir, et qu'elle doit cette faculté à l'absence , ou du moins à l'état rudimen- tairc des prolongemeus énormes qui la surchargent \ alors aussi elle est sans doute privée de sacs ovifères (i), et (i) Tous les individus que nous avons observés étaient, à peu de ( 356 ) comme , abstraction faite de tontes ces parties , elle serait (l'une petitesse microscopique , et invisible à l'œil nu , on conçoit que sans la circonstance de sa monstruosité , on eût été sans doute long- temps sans le découvrir. Du reste , la conjecture que nous venons de présenter, et que le temps et les circonstances ne nous ont pas per- mis de vérifier, a été démontrée vraie pour un autre ani- mal , qui présente , avec celui dont nous nous occupons en ce moment , une foule d'autres traits de ressemblance non moins remarquables. En effet , un naturaliste habile , M. le docteur Surri- ray, du Havre , en étudiant une Lernée qui porte son nom , et que M. de Blainville range dans son genre Ler- nocère , a trouvé dans les oeufs de cet animal de très- petits foetus qui ne ressemblaient nullement à leur mère ^ cliose près , de la même taille , et tous portaient des œufs dans leurs sacs abdominaux. Cette particularité, jointe à des considérations d'un autre ordre , nous porte à croire que ces individus femelles se fixent seuls aux branchies du homard ; que les mâles restent vajjabpnd^ pendant toute la durée de leur existence ; qu'ils n'acquièrent jamais les prolon- gemens antérieurs qu'on voit dans la femelle , et que par conséquent ils ont une forme normale, sont très-petits, et ressemblent beaucoup à des Monocles. Il serait possible aussi que ces animaux fussent hermaphro- dites ; mais, comme dans l'état actuel de la science on n'accueillerait cette supposition que parce qu'on n'a point encore trouvé le mâle , on conçoit qu'on doit être très-réservé pour admettre, à l'égard de ces êtres mi- croscopiques, un fait négatif de cette importance. Quoi qu'il en soit , on peut croire que si les mâles existent , ils fécon- dent les femelles avant qu'elles ne se fixent aux branchies du homard , lorsqu'elles jouissent encore de leur agilité , et sous leur forme de Crus- tacés branchiopodes ; ou bien on peut supposer que leur fécondation n'a lieu qu'après qu'elles sont devenues adhérentes, immobiles et monstrueu- ses. L'obseryatioa seule peut prononcer entre ces opinions. (357) îl les regarda avec raison comme des Crustacés mono- cles , car ils avaient un corps bien proportionné dans toutes ses parties , et des pattes propres à la natation : leur mère , au contraire , était monstrueuse , inliabile au mouvement , et fixée sur une espèce de poisson. Cette découverte , à laquelle ou n'a point donné toute l'importance qu'elle mérite , nous suggéra l'idée que leà Lernées , sur l'organisation desquelles on a été et on est encore si peu d'accord , pourraient bien n'être , pour la plupart , que des Crustacés brancliiopodes qui , tous mi- croscopiques , ne seraient devenus visibles à l'œil nu que par l'addition des appendices cutanés qui les rendent monstrueux et méconnaissables. Aujourd'iiui nous ne présentons ce résultat que comme une supposition 5 c'est dans un mémoire spécial , et qui fera suite à celui-ci , que nous pourrons expliquer notre sentiment tout entier, parce qu'il sera étayé de toutes les preuves qui pourront le faire adopter. Nous terminerons ce Mémoire par une réflexion que nous aurons occasion de reproduire en parlant des Ler- nées , mais qui s'applique également au petit Crustacé que nous avons fait connaître. C'est que ces animaux , qui sont monstrueux lors- qu'ils engendrent , ne donnent pas naissance à des êtres également monstrueux , et que leurs enfans sont tout aussi parfaits dans leur petitesse qu'ils sont eux-mêmes difformes dans leur grandeur. On remarquei'a aussi que c'est sous l'influence des conditions où ils sont placés qu'ils acquièrent les foi'mes bizarres qui cliangent si comT plètement leur aspect. En effet , du moment où la Nico- thoé devient parasite , le homard qui la porte la lient à ( 358 ) l'abri de tout danger extérieur, et lui fournit un aliment abondant et déjà élaboré. Si ce petit animal eût été libre, celte nourriture succulente eut profité aux organes de la locomotion comme à toutes les autres parties du corps^ mais étant irrévocablement fixé , l'aliment a nourri les viscères. Les pattes de la Nicotlioé , en perdant de leur importance , conservent le volume qu'elles avaient d'a- bord, tandis que le canal digestif, l'appareil générateur, mais surtout les tégumens , se développent outre me- sure, et constituent bientôt à eux seuls la presque tota- lité de l'individu (i). EXPLICATION DE LA PLANCHE XLIX. Fig. I. Nicotlioé du homard, de grandeur naturelle. Fie. 2. Le même individu , trcs-grossi et vu en dessus. On aperçoit les antennes , les quatre segmens du thorax ; le pre- mier supporte une paire d'yeux. On voit les deux prolongemens la- téraux antérieurs qui sont doublés par une tunique membraneuse , la- quelle renferme deux cœcums qui se réunissent sur la ligue moyenne du corps. Les deux autres prolongemens sont les sacs remplis d'œufs et attachés à Tabdomen , qui a cinq anneaux, dont le dernier est termine par deux longs filets. Fig. 3. Le même individu en dessous pour faire voir, j". l'insertion des antennes au-dessous du premier anneau du thorax ; 2°. les pattes ran- gées sur deux lignes : lus trois paires antérieures sont dirigées eu (i) Dans une note jointe à ce Mémoire, et communiquée à l'Acadé- mie , nous aviçns étîibli une comparaison entre cet animal parasite , de- venu monstrueux, et certains fœtus humains qui, greffes sur un autre individu , acquièrent également des formes moustrueuses. Sur l'obser- vation de notre rapporteur, M. Latreille , nous avons reconnu que cette comparaison était pour le moins étrangère à l'objet principal de notre Mémoire ; en conséquence nous l'avons supprimée. ( 359 ) avant, et les deux paires postérieures le sont en arrière; 3". deux masses , aa , découpée^ur leurs bords , et qu'on peut supposer être les ovaires internes. Fig. 4- Antenne excessivement grossie. Fig. 5. Première patte. — Fig. 6. Deuxième patte. — Fig. 7. Troisième patte. — Fig. 8. Quatrième patte. — Fig. 9. Cinquième patte. Ces pattes , de mûrae que l'antenne , sont représentées dans une proportion beaucoup plus forte que les figures 2 et 3. (Les figures 10 et 1 1 appartiennent à la Note suivante. ) Appendice au Mémoire précédent , à V occasion d'un petit Crustacé isopode qui vit sous le test de la Callianasse. MM. -Audouin et Milne Edwards ont cilé plusieurs animaux ayant une vie parasite , comme la Nicothoé ; ils ont parlé entr'autres du Bopyre , qui vit sous le lest du Palemon 5 et dans une note placée à la page 355 , ils ont émis une opinion sur les sexes de la Nicotlioé : il pourrait se faire ;, suivant eux , que les mâles fussent tou- jours vagabonds et n'acquiérassent jamais les appendices qu'on remarque dans les femelles. L'observation sui- vante de Montagu (i), dont ils n'avaient pas connais- sance lors de la rédaction du Mémoire précédent , vient à l'appui de cette manière de voir. Il s'agit d'un Crustacé parasite, dont la femelle est toujours fixée et très-peu agile , tandis que le mâle reste (i) Description of several marine animais found on the south coast oj' Det'onshire ; by G. Montagu. (^Transactions of the Linnean Society of London , vol. 9, p. io3 , pi. 3 , fig. 3 . /(.) ( 36o ) Vagabond. Cette femelle monstrueuse présente cette par- ticularité singulière , qu'elle est pourvue d'appendices , comme la Nicothoé , avec cette difFércnce, qu'elle en possède autant de paires qu'il existe de segmens au corps. Le mâle n'offre rien de semblable : il est agile , très- petit , régulièrement conformé, et tel enfin qu'on a sup- posé élre le mâle de la Nicotlioé. « Corps ovalaire, inéquilatéral , ayant environ quinze articulations indis- tinctes et marquées sur les côtes par des dentelures ; les sii postc- lieures pourvues d'appendices latéraux allongés , rameux , charnus et fascicules; l'extrémité postérieure garnie de six appendices simples et recourbés , deux desquels sont plus grands que les autres ; quatre an- tennes courtes , les externes plus longues que les internes , et seules visibles lorsqu'on regarde l'animal par le dos. Les deux premières ar- ticulations du corps pourvues chacune de deux nageoires ou cirrhes charnues , allongées , aplaties , et semblables à des rames : les autres articulations garnies d'appendices analogues , mais plus courts. Qua- torze pattes très-courtes , crochues et cachées sous l'animal. Les val- ves abdominales sont très - grandes ; elles recouvrent toute la partie inférieure du corps , et forment une espèce de réceptacle pour les œufs. Dans les individus sous mes yeul , ce réceptacle est très - for- tement distendu par plusieurs mille œufs d'une couleur orangée pâle. » «Longueur, y compris les appendices postérieurs, à peine un demi- pouce. » « Couleur en général oranger ; appendices latéraux blanchâtres. » « Le mâle est beaucoup plus petit, d'une forme plus allongée , et dépourvu d'appendices k la partie antérieure du corps : ceux dont sont pourvus les anneaux postérieurs du corps ne sont pas rameux , comme dans la femelle; du reste les deux sexes se ressemblent. » Celte espèce curieuse ( Oniscus thoracicus Montagu ) se trouve sous le test du Cancer suhterraneus (Callia- nasse souterraine ) 5 elle se cache entre la carapace et les parties charnues, et forme une tumeur d'un côlé du corps. ( 3Gi ) Je suis parvenu à reffrer cet animal vivant de sa de- meure , et à le conserver eu vie pendant plusieurs jours dans de l'eau de mer. Sur quelques individus de l'espèce rare de Crustacé dont je viens de parler (Callianassc), j'ai trouvé deux ou trois de ces parasites qui étaient toujours nccompagués du mâle , qui se fixe solidement aux appen- dices abdominaux de la femelle , à l'aide de ses pinces. Comme cet animal ne parait jouir que de peu ou même point de pouvoir locomoteur, il est probable que la majeure partie de ses œufs ou de ses petits doivent périr -, car ce doit être dans un de ces états que l'animal arrive sous le test de la Callianasse , où il reçoit la nour- riture , sans laquelle il ne pourrait probablement pas exister (i). Explication des Figures lo et ii de la Planche xlix. Fig. 10. Le mâle. Fig. 1 1 . La femelle. La grauJeur naturelle est placée à côté de chaque individu. (i) Ce Crustacé bizarre constitue le genre lone; mais le savant qui Ta établi ne paraît avoir connu que la femelle ; or , cette femelle étant monstrueuse , il en résulte que les caractères génériques ne conviennent pas au mâle dont nous reproduisons la figure. De plus on remarquera que la description de Montagu , que nous donnons littéralement, est assez diflérentc de celle qu'on assigne au genre loue. Puisque cet auteur dit expressément qu'il existe quatorze pattes crochues, très-courtes, etc., d'après cette indication, M. Latrcille croira sans doute nécessaire do modifier les caractères du genre lone. M. Desmarets a consacré l'omis- sion , en faisant figurer ( Z>ict. des Se. nat.) seulement la femelle de ce Crustacé , et en ne s'apercevant pas que l'individu placé à côte , dans la planche de Montagu , n'était autre chose que le mâle. A ( 562 ) Recherches microscopiques sur la Structure intime des tissus organiques des Animaux ; Par M. H. MiLNE Edwards, M.-D. (Lues à la Société pliilomatique , le ig août 1826.) De tout temps on a senti combien les progrès de la physiologie dépendaient de ceux de nos connaissances anatomiques , et l'on s'est appliqué de bonne heure à l'é- tude de l'organisation , d'abord dans les animaux qui res- semblent le plus à l'homme , puis dans les êtres qui ont avec nous des rapports moins intimes. Swammerdam , Vicq-d' Azyr et un grand nombre d'autres savans ont cul- tivé cette branche des sciences naturelles avec autant d'ardeur que de succès ; mais ce n'est que depuis un pe- tit nombre d'années , qu'eniichie des travaux des Hun- ier, des Cuvier, des GeoÛroy, et de plusieurs autres naturalistes célèbres , l'anatomie comparée parait devoir tenir tout ce qu'on en attendait. On a étudié les modifi- cations que les organes les plus importans pour l'entre- tien de la vie présentent chez la plupart des animaux : on a constaté leur absence chez d'autres que la nature a formés sur un plan moins compliqué -, enfin , après avoir rassemblé un nombre immense de faits particuliers , on a cherché à les ramener à des principes généraux ou lois, en les coordonnant de manièi^e à faire sentir les rapports qu'ils ont entre eux. Mais il est vm autre point de vue sous lequel il importe aussi de considérer l'organisation. L'étude de la structure intime des tissus est un champ vaste ouvert à l'observateur, et elle me paraît devoir con- ( 565 ) (luire à des résultats également utiles aux progrès de la physiologie générale. En effet , si pour comprendre le mécanisme de la locomotion , par exemple , il faut con- naître la disposition des muscles qui servent de puis- sauces motrices , et celle des os ou des autres parties dures qui leur fournissent des points d'appui et qui jouent le rôle de leviers , il est évident que pour acquérir quelques données exactes sur la nutrition et sur une foule d'autres phénomènes encore inconnus dans leur nature , nous devons examiner d'abord la texture inlimo de toutes les parties douées de vie , et faire, pour chaque tissu organique , ce qu'on a déjà fait pour l'être en gé- néral. Cette partie délicate de l'analomie est cependant restée long-temps en dehors du mouvement imprimé aux au- tres branches des sciences naturelles, et, depuis les essais de Leuwenhoeck , elle n'a été rappelée au souvenir des physiologistes que de loin en loin, et par des observations trop peu multipliées pour pouvoir exciter tout l'intérêt dont elle est susceptible. Les éludes de cette nature pré- sentent , à la vérité, de grandes difficultés, et seraient entièrement inabordables si nous ne pouvions , au moyen du microscope , faire paraître les objets de notre exa- men plusieurs centaines de fois plus volumineux qu'ils ne le sont réellement 5 mais aidé de cet instrument dont on s'est déjà servi avec tant d'avantage dans l'élude de l'organisation des végétaux, et dont l'usage devient de jour en jour plus général , la structure intime des ani- maux ne paraît pas devoir se soustraire à nos recher- ches, et je ne sais à quoi attribuer l'espèce de défaveur que l'on a jetée sur ce genre d'observations, tout en admet- (564) tant cependant dans les autres sciences les résultats ob- tenus par des moyens analogues : cela dépend peut-être de ce que la plupart des micrograplies se sont peu arrê- tés aux observations qui ne s'accordaient point avec les leurs , et n'ont point cherché avec assez de soin à déter- miner les causes de ces différences , qu'il est cependant souvent assez facile d'expliquer. Du reste , ces diffé- rences y comme nous le verrons par la suite , sont bien moins nombreuses qu'on ne le croit communément , et elles ne devraient pas nous étonner, puisque l'on en trouve de semblables sur presque tous les points les plus importans de la physiologie , quel que soit le moyen d'investigation que l'on ait employé ; elles se représen- tent même dans la méthode trauma tique d'après laquelle, pour arriver à des résultats positifs , on parait n'avoir qu'à couper et à noter les résultats de l'opération (i). (i) C'est par la raison que je viens d'indiquer, que je crois devoir dire ici quelques mots des observations microscopiques faites sur les globules du sang; travaux qui ont avec le sujet de ce Mémoii'e les liai- sons les plus intimes. On donne le nom de globules du sang à des particules solides et ar- rondies qui , pendant la vie , sont tenues en suspension et nagent dans le sérum , et qui , après la mort , se réunissent pour constituer le caillot. Ces corpuscules ont été examinés par un grand nombre de microgra- phes ; mais c'est principalement à MM. Prévost et Dumas que l'on est redevable des connaissances exactes que l'on possède aujourd'hui à ce sujet. Il résulte des rechercbes de ces physiologistes que les globules du sang sont circulaires dans tous les mammifères et elliptiques dans les oiseaux , les reptiles et les poissons; leur diamètre est constant dans le même animal , mais varie beaucoup d'une espèce à une autre , comme on peut le voir en e.^amioant le tableau suivant. i565 ) JVi donc pense qu'en étudiant la struciiue des divtr Aniiiiaux a irlobules circulaires ■ ■ <~i ,. .., N03I DiE"E,'AI«IMAL. Diamètre appabent, avec, un ' ■ grossissement de 3oo foi:* le dtaa)ètre. Callitriclie d'Afrique ' a™™' 5 Homme , chien , lapin , cochon , hérisson, cabiais, muscardin. 2 00 Ane Vf Vf - • I 85 Chat , souris , surmulot, ..... i ^5 Mouton , oreillard, cheval, mu- let, bœuf. t 5o Chamois , cerf. 1 87 Chèvre i 00 Animaux à globules allongés. . . , . I .! DiAMET. KÉEL < PlAHET. «KIL en fraclions vulgaires. fractions écimalcsv omm.oo833 o 0066O o 00617 o co583 o oo5qo o 00456 o 00386 grand petit diamèl. diaiuèt. Orfraie, pigeon .... (^,00 2,00 Dinde , canard. . . . . • 3,84 '*'• Poulet 3,67 id. Papn. . ., 3,5a id. Oie , chardonneret , cor- beau , moineau. . . . 3, 47 id. Mésange, 3, 00 id. Tortue terrestre. ... 6, i5 3,85 Vipère 4>97 3)0° Orvet . 4.5o a,6o grand diam. petit grand dîa'mclrd. ■ petit diamètre. Tî T5^ o,oi333 0,00666 TS id. 0,01266' id. sT id. o,oiaa3 id. ïV id. 0,01173 id. sîT id. 0,01 156 id. 7^ id. 0,01000 id. 4^ 77 0,0205 0,0 ia8 eÎt T^ô o,oi65 0,0100 ^ râ. . TTÎ 0,01 5o o,o8Q6 ( 565 ) SCS parties qui , par leur réunion , constiluenl le corps grand petit diamct. diamèt. Couleuvre de Razo- ruousky 5, 80 3,oo Lézard gris 4>^^ 2,ji Salamandre 8,5o 5,a8 Crapaud , grenouille. . 6,80 4» " Lotte , véron , dormille, anguille 4>" 2,44 ma petit diam. diam . 0,0193 0,0100 o,oi5i 0,0090 o,oa83 0,01 ^G' o,oîa8 0,0123 o,oi33 o,o8i3 La détermination du diamètre des globules dn sang ofire bien des dif- ficultcs; aussi trouve-t-on des dificrences très-grandes entre les résul- tats obteuus par la plupart des micrographes. Le tableau suivant pré- sente l'évaluation de la grosseur des globules du sang humain , d'après la plupart des observateurs qui se sont occupés de ce sujet. POUCES ANCL. JORIKE Id. d'après de nouvelles ex- périences Bauer YOUNG- WotLASTON • Kater • Id. MM. Prévost et Dumas ont constamment trouvé 75^ de millimètre ; ils ont examiné une vingtaine de sangs sains et une quantité bien plus considérable de sang malade , et il leur a toujours été impossible de per- cevoir la moindre différence due à l'âge, an sexe, ou à l'état morbide. Toutes les personnes qui ont eu la curiosité de s'assurer par elles-mêmes de leurs principaux résultats n'ont poiut hésité à donner 3 millimètres aux globules du sang humain , dans les mêmes circonstances où ils les avaient mesurés : l'erreur ne pouvait donc dépendre que du pouvoir am- plifiant qu'ils attribuaient à leur microscope. Du reste, cette détermi- ( 507 ) des animaux , je pourrais arriver à des résultais inléres- natiou ne s'éloigne pas beaucoup de celle que M. Wollaston a obtenue en suivant une autre méthode, et ne diffère guère de celle obtenue par le capitaine Kater dans la première des deux expériences rapportées plus haut , et faites d'après une méthode analogue à celle employée par MM. Prévost et Dumas. Dans une autre expérience , M. Kater ne trouva que -J77 , et il crut devoir prendre le terme moyen de ces deux résultats pour mesure définitive ; mais il est bien probable que dans le premier cas il avait examiné un globule du sang dans son état naturel , taudis que, dans le second, il aura mesuré un globule dépouillé de sa matière colorante , ou un des globules albumineux dont nous aurons l'occasion déparier par la suite, et dont le diamètre est ellectivemeut beaucoup plus petit. Du reste , le capitaine Kater employa un microscope dont le pouvoir amplifiant n'était que de 200 diamètres , ce qui diminue beau- coup les chances d'exactitude dans la mesure d'objets si minimes. Les expériences de M. Bauer ont été faites au moyen du micromètre ordi- naire, et l'on peut avancer sans crainte qu'elles ne sont pas exactes , à cause de la nature même de cet instrument ; en efl'et , le globule que l'on place sur le micromètre , et les divisions de cet instrument , ne peu- vent pas être simultanément au foyer de l'objectif. Quant aux observa- tions de Jurine , elles sont évidemment erronées , et celles du docteur Young ayant été obtenues à l'aide de l'érinomètre , nous ne pouvons eu parler avec connaissance de cause , car cet iustrumeut ne se trouve dans aucun des cabinets de physique de cette ville. La structure des globules du sang a également donné naissance à plusieurs opinions dissidentes ; mais ici encore les recherches de BIM. Prévost et Dumas ont non - seulement jeté un nouveau jour sur ce sujet, mais nous ont fait connaître la cause de ces différences. Leuwen- hoeck , Fontana , Home , etc. , ont figuré ces globules comme étant des sphéroïdes portant une tache lumineuse. Délia Torre et Styles ayant aperçu un point noir dans leur centre , (pensèrent qu'ils avaient une forme annulaire; enfin Heuson les regardait comme étant des vésicules aplaties et renfermant dans leur intérieur un corpuscule central. MM. Prévost et Dumas ont trouvé qu'en observant ces globules avec une lentille très-faible , ils présentent l'aspect d'autant de points noire , qui , examinés avec un instrument plus puissant , prennent l'apparence d'un cercle blanc , au milieu duquel on voit une tache noire j enfin ce ( 568 ) snns , et qu'au moyen du microscope , los observations point central , au lieu d'être opaque , devient une tache lumineuse lors- que le pouvoir amplifiant du microscope a atteint 3 ou 4oo. ( Ployez pi. 5o, fig, I et 2,) Il résulte aussi des travaux de ces physiologistes que les globules du sang sont composés (comme Tavait peusé Heuson) d'un sac l'oruié par la matière colorante et d'un corpuscule central, semblable par son volume aux globules en lait , du pus , du chyle , etc. Dans l'état ordinaire , cette espèce de vessie est déprimée , en sorte que l'assemblage prend la l'orme d'une pièce de monnaie , avec un petit rcufleuient au milieu. Pour les globules circulaires , ceci paraît clairement prouvé j mais quant aux par- ticules elliptiques, a il existe, ajoutent ces auteurs, quelques diflicul- tés; cela tient à ce que la petite sphère est déjà enveloppée d'une autre substance fixée autour d'elle , et que ce système roule dans la vessie de matière colorante , comme la sphère simple dans les autres cas. « D'a- près les figures qui accompagnent le Mémoire que je viens de citer , et d'après les dessins que 31. Dumas a bien voulu mç communiquer , on voit que chez tous les animaux à globules sanguins circulaires ces cor- puscules centrales et incolores sont de la même grandeur, quel que soit le volume de leur enveloppe de matière colorante. Chez le callitriche , comme chez la chèvre , leur diamètre est de -^ de millimètre. ( Voyez pi. 5o, fig. 3 à 8. ) Chez les animaux dont les globules du sang sont ellip- tiques , on n'obtient pas d'abord le même résultat, \ cause de la. dispo- sition dont il a été question plus haut; le noyau central parajt égale- ment elliptique et d'un volume plus ou moins considérable ; mais si à l'aide d'un acide affaibli on détermijie la dissolution de l'enveloppe ex- térieure sans altérer le noyau central, ou trouve ce dernier circulaire et semblable à ceux des mammifères. Quant à la structure intime de l'espèce de sac qui est formé de ma- tière colçrante et qui entoure les globules dont nous venons de parler, nous ne savons encore rien de précis; mais il paraît probable qu'il est formé à son tour de corpuscules globuleux. En effet, l'examen de la matière colorante des mélanoses et celle du sang , séparée des globules fibriueux, m'a convaincu que cette substance affecte aussi une forme primitive glo- bulaire, mais que ces globules sont beaucoup plus petits que ceux de l'albumine , de la fibrine , etc. Cela expliquerait l'observation de Heu- «on , qui trouva que lorsque le sang commence à se putréfier, la surface ( 5Gy ) que je ferais seraient susceptibles de toute la précision nécessaire pour ari'iver à la connaissance de la vérité. Dans un premier IMémoire publié il y a environ trois ans (i) , j'ai rapporté les résultats que m'avait fourni l'examen de la plupart des tissus organiques des animaux vertébrés, résultats que mes observations ultérieures n'ont fait que confirmer, quant aux points les plus es- sentiels 5 la texture globuleuse de ces diverses parties , et la grande uniformité de ce que Ton pourrait appeler les élémens organiques. Le tissu cellulaire de toutes les parties de l'économie animale , celle qui est la plus généralement répandue , et dont la texture parait la plus simple , a été l'egardée par plusieurs anatomistes comme l'élément généi^aleur de tous extérieure de ces vcsi.çuje3 prend une apparence framboisée. Des expé- riences récentes de M. Raspail sur les tégumens de la fécule , et quelques autres faits dont il sera fait mention dans le courant de ce Mémoire , viennent à l'appui de cette o-piiiion. Enfin il en est encore de même des observations que j'ai faites , conjointement avec mon ami Audouin , sur le sang des Mollusques. Cliçz ces animaux, les globules du sang ont la forme de véhicules membraneuses , incolores , demi-transparentes , d'uu volume variable , mais en général Irès-considerable ,' renfermant un noyau central, et plus ou moins distendues par un liquide. Comme ici il n'y a plus de matière colorante , et que la membrane vésiculaire que je viens de décrire paraît être formée de fibrine ou d'albumine , il était h présumer que l'on pourrait, sans difiîculté, y distinguer la struc- ture globulaire commune aux autres tissus. C'est en efiet ce que nous avons trouvé , et les globules élémentaires nous ont paru semblables par leur diamètre et par leur aspect à ceux du tissu cellulaire , par exemple, ( f^oyez pi. 5o , fig. 9, représentant les globules du sang de la Maclra glauca Lam. , grossis trois cents fois leur diamètre.) (i) Mémoire sur la Structure élémentaire des principaux tissus or- ganiques des Animaux ; Archives générales de 3fédecine, lom. 111. Paris, i8a3. C 570 ) Ifs autres tissus , cl cependant c'est celui qu'où avait le moins étudie. Fontana est le seul qui , à ma connais- sance , eut jusqu'alors cherché à déterminer, par des ob- servations microscopiques , la disposition de ses parties élémentaires (i). Les recherches de ce savant l'ont conduit à regarder ce tissu comme formé par l'assemblage de cy- lindres tortueux et d'une finesse extrême : c'est effecti- vement l'apparence que présente l'élément cellulaire lorsqu'on l'examine avec des lentilles dont le pouvoir amplifiant est d'environ 500. Mais en me servant d'in- slrumens plus puissans , j'ai trouvé que ces cylindres , dont Fontana dit n'avoir pu déterminer la nature , sont eux-mêmes formés de corpuscules globuleux, disposés en séries irrégulières , et dont le diamètre est d'envi- ron j^ de millimètre. {Koj. pi. 5o , fig. i5.) Je ne reviendrai pas ici sur les autres faits que me fournit l'exa- men du tissu cellulaire , il me suffira de rappeler que par- tout sa structure intime m'a paru identique , et ses glo- bules élémentaires semblables , par leur forme et leur diamètre , à ceux que l'on voit nager dans le pus (2) , dans le lait, etc. , et au noyau central des globules du sang. (i) Traité sur le p^enin de la P^ipère. Florence, 1781, in-4'', tom. 11, p. 234. (2) Je n'ai pas eu l'occasion tl'exammer par moi-même de pus dans un état de pureté assez craud pour pouvoir constater le diamètre dos globules qui le composent ; mais M. Dumas a bien voulu me communi- quer la note suivante à ce sujet. « Le pus sain nous a toujours offert certains caractères qui autorisaient à le regarder comme une véritable sécrétion ; il est blanc, laiteux, légère- ment acide, et renferme toujours des globules du même diamètre ; mais le plus souvent celui d'un ulcère a subi une altération qui le modifie et ( ^70 Le savant observateur que j'ai cité plus haut avait éga- lement soumis à l'examen microscopique les membranes muqueuses et séreuses , et leur texture ne lui a paru dif- férer que peu de celle du lissu cellulaire. C'est aussi le résultat que me fournirent des observations analogues ; car j ai constaté que les cylindres tortueux découverts par Fontana dans ces membranes , sont formés de glo- bules semblables par leur aspect , par leur grandeur et par leur disposition , à ceux qui constituent le tissu cel- lulaire. Ces corpuscules m'ont paru sensiblement les qui forme le caractère spécifique de chaque espèce de pus : celui des ab- cès , qu'on emploie volontiers dans des recherches de ce genre , est tou- jours sanguinolent ; il est alors alcalin , rose ou de couleur rouillée , et ses globules sont de diamètres variés, à cause du mélange de ceux, du sang. C'est probablement ce qui a causé l'erreur de M. Youug , car sa mesure du globule du pus coïncide avec celle que nous avons donnée du globule du sang. Il faut uneattention très-particulière pour rencontrer un pus sain exempt de tout mélange. Celui que nous avons exan^iué avait été pris dans le sinus frontal droit d'un mulet , auquel cette maladie avait causé la mort : la cavité en était entièrement remplie. Sa couleur était d'un blanc faiblement jaunâtre ; sa consistance celle d'une crème fort épaisse ; son aspect grenu ; et lorsqu'on l'examinait au microscope , il paraissait rempli d'une immense quantité de globules égaux à j~^ de millimètre, ou 0,0033°; il rougissait le tournesol; délayé dans l'eau froide il formait une émulsion qui laissait déposer une espèce de ma- tière blanche , floconneuse , par un repos de quelques jours. En le por- tant à la température de 70 c. , il se formait un coagulum granuleux et blanc ; celui-ci , lavé convenablement , oflrait tous les cEiractères d'une matière albumiueuse , si ce n'est toutefois que l'acide muriatique en opérait la dissolution avec facilité. Les lavages soumis à l'évaporation répandaient une odeur de fromage passé très-désagréable : réduits à siccité , ils laissaient un extrait jaune , attirant vivement l'humidité de l'air, d'une odeur très-forte et analogue à celle de certaines plaies. Traité par l'alcool faible , il s'y dissolvait entièrement , à l'exception do quelques flocons albumineux. Cette solution , étendue d'eau, ne s'est mômes partout où je les ai examinés , dans l'homme , le chien , le bœuf, le lapin , le coq , le moineau , la gre- nouille, la carpe, etc. Aussi ai-je regardé des recherches plus multipliées comme inutiles pour justifier l'opinion que ces observations ont fait naître , et pour m'autoriser à conclure , par analogie , que chez tous les animaux vertébrés au moins , ces divers tissus ont une texture commune, et que les globules dont ils sont composés présentent des caractères physiques identiques. L'examen microscopique des membranes qui tapîsseni l'intérieur des artères et des veines , a fourm- de- nou- velles preuves en faveur de l'opinion des physiolofristes qui regardent ces vaisseaux comme n'étant que du tissu cellulaire modifié de manière à former des canaux au lieu de ne laisser entre ses lames que des lacunes ou cellules irrégulières , comme cela a lieu en général. J'ai trouvé pas troublée ; elle renfermait up acide libre , beaucoup de muriate de soude, et du phosphate d'ammoniaque en petite quantité. Eu résumé: 820,0 eau; i65,o matière albutnineuse ; 12,5 matière animale, soluble dans l'eau et dans l'alcool ; muriate , phosphate et acide lactique libre. 997,5 pus sain. (f Ces essais, bien imparfaits sans doute, mais que d'autres occupations ne nous permirent pas de pousser plus loin , semblent établir , qu'à la substance grasse près, il existe quelqu'aualogie entre le pus sain et le lait. Gomme il ne nous a pas été possible d'eu retrouver un spécimen aussi pur, nous espérons que notre analyse , toute incomplète qu'elle est , aura du moius le mérite d'en amener une meilleure. Il y a beaucoup de variétés de pus que noua n'avons pas encore soumis à l'examen ; tels sont ceux de la variole , du cancer, etc. » ( 375 ) ofcs tuniques composées de globules du diamètre d'euvi- r^n-j^ de millimètre, réuuis en séries de longueurs di- verses, tantôt droites ou légèrement courbées, tantôt plus ou moins tortueuses •, la direction et la situation relative de ces espèces de fibres moniliformes varient presque pour chacune d'elles 5 enfin leur caractère essentiel est de n'avoir entre elles aucun rapport déterminé. D'après les recherches de Fontana , les tendons pa- raissent être formés de petits faisceaux composés eux- mêmes de fils extrêmement fins , semblables entre eux , et qui marchent parallèlement en décrivant des ondes ré- gulières \ mais ici encore , l'usage d'instrumens d'opti- que plus puissans ou mieux combinés m'a permis d'aller plus loin que l'habile observateur qui m'avait précédé. En effet , j'ai constaté que ces espèces de fibrilles élémen- taires sont fo) mées de globules du diamèire d'environ j^ de millimètre. Ces globules sont donc en cela semblables à tous ceux que nous avons trouvés jusqu'ici dans les di- vers tissus 5 seulement la disposition qu'ils affectent dans leur ari-angement n'est pas tout-à-fail la même : les ran- gées qu'ils forment sont à-peu-près parallèles et présen- tent des ondulations plus ou moins régulières. ( F^oy . pi. 5o , fig. 1 1.) La textui'e intime des aponévroses , des facias , du derme et de la tunique moyenne des artères , présente la plus grande similitude avec celle des autres parties fibreuses, et il est important de remarquer qu'en exerçant une traction assez forte , et dans im sens déter- miné , sur les lames du tissu cellulaire , on parvient quelquefois à y produire une apparence très-analogue à celle dont nous venons de parler. ( Voyez planche 5o , fig. 1 1 .) Ce résultat s'accorde parfaitement avec d'autres ( 374) faits déjà counus j car tous les jours ou voit chez l'homme le tissu cellulaire se condenser et former des membranes dont l'aspect albuginé les fait regarder comme les véri- tables aponévroses , et cette transformation a lieu prin- cipalement dans les points où se fait sentir une pression forte et continue j de même que , par l'effet du frotte- ment , on voit le tissu cellulaire se changer en bourses synoviales. La structure globulaire des dernières fibrilles , dont les muscles sont composées , a été reconnue vers le mi- lieu du dix-septième siècle par Robert Hooke (i) et par Leuwenkoeck. Ce dernier observateur dit expressément, et dans plusieurs lettres différentes, que ces filamens sont formés de globules d'une petitesse extrême (2). Cov\'per pensait que la substance des fibrilles charnues est composée de cellules séparées et distinctes (3) -, IMuys a trouvé ces fibres ténues tantôt cylindriques , tantôt (i) f^oy. Haller , Elementa Physiologiœ , tom. iv, p. 4io. (a) Voici comment Leuwenhoeck s'exprime dans la première lettre où il est question de ses observations microscopiques sur la texture glo- bulaire des fibres charnues. « Having exposed them to my microscope I saw to my wonder tliat tliey were made up of very small conjoined glo- bules , -whicb in smalness seemed to surpass ail the rest. This I took. no- tice of frequenlly. » PhilosopJiical Transactions , 1674» vol. ix, n» 106, p. 121. Dans une autre lettre, il dit encore : « I bave used se- veral mctbods of observation to see the particles of thèse carneous fila- ments aud bave always found that tbey are composed of sucb parts to ■which I can give no other figure thau a globule. » Phil. Trans. , 1677, vol. XII, n° i36, p. 900. Plus tard cependant il crut devoir attribuer cet aspect à un phénomène d'évaporation. {Phil. Trans. , i683, V- xiii, n** i5a , p. 35a.) (3) Myotomia reformata, in- S». Lond. , 1694. ( 375 ) iicaeuses (i) : Foutana les décrit comme étant des cylin- dres solides , égaux entre eux , et marqués à distances égales par de petits signes , comme autant de diaphragmes ou de rides , ce qui produit une apparence globulaire ; mais il ajoute que l'observation n'allant pas plus loin , il n'ose rien décider touchant leur véritable nature. Swammerdam (2) , Stuart (3) , Prochaska (4) , au con- traire , les ont vus formés de petits globules. Les observations des anciens micrographes sur la tex- ture des muscles, diffèrent donc peu entre elles quant aux points les plus essentiels , et il suffirait des détails qu'ils ont rapportés pour se faire à ce sujet des idées as- sez justes. Du reste , les recherches récentes de Bauer (5) et de MM. Prévost et Dumas (6) confirment pleinement la manière de voir de Hooke , Swammerdam , etc. , et ne laissent plus aucun doute sur la forme globulaire des élémens organiques du tissu musculaire. Les observa- lions curieuses de ces derniers physiologistes sont trop généralement connues pour que j'aie besoin d'en rappe- ler ici tous les détails; il me suffira de dire qu'ils ont trouvé les fibres élémentaires des muscles identiques , (1) Investigatio fabricœ quce in partibus muscutos coniponentibiis extat. In-4°. Lugduni Batavorum , i']t{i. (2) Collection académique, tome vu (v de la partie étrangère), p. 579. (3) Lectures on muscular Motion , 1739. (4) De Carne muscularis tractatus , in-S". Vienne , 1778. (5) Croc nian Lecture. On the changes the blood undergoes in theact f\f Coagulation ; by sir E. Home ; Philos. Trans. , 1818, part. i. (6) Examen du Sang et de son Action dans les dii'ers phénomènes de la vie; Bibliothèque universelle des Sciences et Arts de Cenèi'C , tom. xvti. ( 076 ) soit par leur forme cl leur disposition , soit par le dia- mètre des globules dont elles sont composées , quel qu'ait été l'animal à qui elles appartenaient ; et enfin que par leurs propriétés pliysiques ces globules ne diffèrent en rien du noyau central des globules sanguins et des glo- bules du pus , du lait , etc. Le résultat de mes observa- lions s'accorde parfaitement avec les faits constatés par ces savans. En effet , des exemples nombreux et pris au hasard , non-seulement parmi les vertébrés , mais aussi les classes moins élevées , m'ont invariablement présenté la structure élémentaire du tissu musculaire telle que je viens de la décrire^ j'ai mesuré avec soin le diamètre des globules qui , par leur réunion en séries linéaires , constituent les fibres charnues primitives , et partout je les ai trouvés du diamètre d'environ j^ de millimètre , et par conséquent semblables sous ce rapport à ceux qui composent les tissus cellulaires , muqueux , séreux , les tuniques des vaisseaux , les tendons , les aponévroses et le derme ; à ceux qui se trouvent suspendus dans le lait , le pus , et enfin aux globules du sang, lorsqu'ils sont dépouillés de leur enveloppe de matière colorante. (P'oj . pi. 5o , fig. i5.) La substance du cerveau avait été également étudiée par la plupart des anciens micrographes , et ici encore nous sommes loin de trouver des différences d'opinion aussi grandes qu'on parait le croire communément , pourvu toutefois qu'on ne s'attache qu'aux faits princi- paux , et qu'on les dépouille des idées spéculatives avec lesqtieiles on les trouve eil général mêlées dahs les ou- vrages de ces auteurs. Ainsi, peu importe que Délia Torro ait supposé que les globules , do)U il a vu le tissu C -77 ) médullaire com^iosé, soient en nioiivciiH-iil dans une sub- stance claire et visqueuse , ou que ces mêmes gloLulos soient des cellules renfermant elles-mêmes la substance nerveuse, comme l'avancent les frères Wenzel (i) ^ il nous suffit de savoir que la texture globulaire du cerveau a été reconnue par Leuwenlioeck (2) , Délia Torre (3) , Prochaska (4) , Wenzel , Bauer (5) , etc. C'est aussi ce que j'ai constaté chez divers animaux appartenant aux quatre classes des vejlébrés j et les globules , qui sont pour ainsi dire les élémens organiques de cette partie , ne m'ont présenté , quant à leur caractère pbysique , au- cune différence susceptible de les faire dislinguor de ceux dont nous avons déjà parlé tant de fois. Enfin il en est de même pour le prolongement racbidieu et les cordons nerveux qui en pai'tent. (F^f;) » pi. 5o, fig. i5.) D'après ce résumé, on voit donc que la texture glo- bulaire indiquée depuis long - temps comme étant celle des muscles et du cerveau , se montre de même dans la plupart des autres tissus organiques des animaux. Il ré- sulte également des recherches que je viens d'exposer, que les globules élémentaires de ces diverses parties ne .diffèrent pas sensiblement entre eux, soit par leur as- pect , soit par leur volume. En effet , je les ai constam- (i) De penitiore structura revebri hominis et /irutorutn. Tubingeii , 1812 , in 8», p. 24. (3) Philosophical Transactions , i685 , n*> 168 , p. 883. (3) Nuofe osseri'azione microscopiche , p. Sç). (4) Opère min, , part. l , p. 34^. (5) The Croonian lecture. Mlcroscopical Observations on the brain and nerves sIio%ving that the maleriats ojwhich ihey are coniposed exist in the blood , etc. ; by sir E. Home ; Pltil, Trans. , 1820 , part. 1. IX. 2^ (378) ment irouvés si semblables , que je nV'tals pas éloigné de croire que les molécules animales , solides et organisées, affectent toujours une forme primitive, constante et dé- tcruiinée , celle de globules du diamètre d'environ j^ de millimètre. Depuis cette époque , plusieurs savans ont publié des recherches analogues sur la texture intime des animaux 5 aussi, pour ne point mériter le reproche que j'ai adressé plus haut à d'autres micrographes, crois-je devoir com- parer ici ces observations avec les miennes avant que de passer à l'exposé de mes travaux ultérieurs. Dans un. Mémoire sur les phénomènes qui accompagnent la con- traction de la fibre musculaire , lu à l'Institut en août 1828, MM. Prévost et Dumas (i j reviennent sur la struc- ture intime des muscles , et confirment les résultats que j'ai rapportés plus haut. Il en est de même de l'examen que ces physiologistes ont fait des fibres nerveuses ; sur ce point , comme au sujet de la texture des muscles , les recherches de ces savans sont entièrement en concor- dance avec ce que j'avais avancé d'après des observations du même genre. M. Dutrochet , dans un ouvrage riche d'un grand nombi^e de faits du plus haut intérêt en physiologie , a également tiailé de la structure intime des animaux , et confirmé l'opinion que j'avais émise sur la structure toute globuleuse des divers tissus c[ui entrent dans la compo- sitiou de ces êtres 5 il assure avoir vérifié l'exactitude de mes observations , et n'avoir ti'ouvé partout , dans les or- ganes des animaux , que des corpuscules globuleux , {i) Journal de Physiologie , tom. ni. (379) tantôt réunis en séries longitudinales et linéaires , tantôt agglomérés d'une manière confuse. « C'est sous ce der- nier aspect, ajoute-t-il , que ces corpuscules globuleux 5e présentent dans les organes sécréteurs, tels que le foie , les reins , les glandes salivaires , les testicules, etc. La raie et les ovaires ne présentent point une aulre struc- ture intime , et cette similitude fondamentale du tissu de tous les organes parencliymateux est telle chez la grenouille , qu'il est presqu'impossible de distinguer les uns des autres , au microscope , les tissus du cerveau , du foie , des reins et de la rate -, partout on n'aperçoit (jue des corpuscules globuleux , agglomérés d'une ma- nière confuse, et constituant ainsi par leur assemblage le parenchyme de l'organe (i). » D'après le passage que je viens de citer , on voit que les observations de M. Dutrochet s'accordent parfaite- ment avec les miennes. Il a été également frappé de la grande uniformité que l'on observe dans la texture intime ( 392 ) faisant agir la pile élecli'ique sur de ralbumine liquide, il se forme au pôle positif , comme chacun le sait , un coagulum blanchâtre -, or , à l'aide du microscope , ces physiologistes ont reconnu dans ce produit des globules très-distincts , semblables en tout à ceux du sang lors- qu'ils sont décolorés , à ceux du pus , du lait , etc. , même apparence , même diamètre , même disposition à former des rangées ou des aggrégats (i). J'ai constaté que des phénomènes semblables ont lieu toutes les fois que l'albumine se coagule , soit par l'effet de la chaleur, soit par l'action de réactifs chimiques. Le sérum du sang charrie en général un nombre con- sidérable de ces globules albumineux 5 mais par l'éva- poralion , l'addition de quelques gouttes d'acide hydro- chlorique ou d'alcool , on en voit se former des quantités immenses- Il eu est de même lorsque, par l'action de ces réactifs , on détermine la solidification de l'humeur vitrée de l'oeil , du mucus sécrété en si grande abon- dance par les limaçons , ou de celle qui entoure les œufs de grenouille. L'ichthyocolle , que l'on peut regarder comme de la gélatine presque pure , est formée d'un grand nombre de filamens d'une grande ténuité, et dont la texture glo- bulaire devient manifeste par l'addition d'une petite quantité d'acide acétique -, or, si après avoir fait dissou- dre celte substance on en détermine la solidification , les globules élémentaires dont nous venons de parler se mon- trent de nouveau. Enfin , il en est encore de même pour la fibrine; car, si après avoir fait dissoudre ce produit (i) Voy. Mém, sur le Sang , l. c. ( 393 ) immëdiat dans de la potasse, par exemple, on neutralise ce réactif, des globules de fibrine se forment aussitôt , et ne paraissent différer en rien de ceux qu'on séparerait du tissu musculaire par des moyens mécaniques. Nous voyons donc que la forme globulaire des élé- mens organiques de toutes les parties des animaux est aussi celle qu'affectent toujours , en passant à l'état so- lide , les principales substances que l'on nomme pro- duits immédiats de ces êtres , quelle que soit du reste la cause qui détermine ce changement d'état 5 fait dont la connaissance me parait devoir conduire à l'explication d'un grand nombre des phénomènes de la nutrition , et sur lequel je me propose de revenir lorsque j'aurai com- plété ce travail. EXPLICATION DE LA PLANCHE L. Fig. I. Globules du sang humain. >^ , grossissement linéaire de 18; B, id., ii\C,id, 3o: Z), id.^ 5o] E , id. , io5 ; F, id. , aaS ; G , id. , 3oo. Fig. 3. Globules du sang de la grenouille ; même grossissement. Fig. 3. Globule du sang de callitriche , amplifié mille fois. Fig. 4- Globule du sang humain ; même grossissement. Fig. 5. Globule du sang de chat ; id. Fig. 6. Globule du sang de mouton ; id. Fig. 7. Sang de chamois ; id. Fig. 8. Sang de chèvre ; id. Fig, 9. Sang de la Mactra glauca; grossissement de 3oo. Ou ne confondra pas dans cette figure les petits globules albumi- neux avec les véritables globules du sang , qui sont au nombre de quatre , et infiniment gros. Fig. 10. Tissu cellulaire du bœuf; même grossissement. Fig. II. Une lame de tissu cellulaire du même animal, tiraillé de ma- nière à donner la même direction ;i la plupart de ses fibres élémen- taires, lig. 11. Tissu cellulaire filamenteux, contenant des vésicules adipeuses, IX. 2Ô ( 39i ) Fig. i3. Tissn fibreux humain. l'ig. i4- Tissu musculaire du bœuf. Fig. i5. Filamens nerveux delà grenouille. Fig. i6. Globules du tissu cellulaire du veau (a) et de la fibre musculaire de la grenouille (i), vus au microscope solaire, avec un grossissement d'environ 5oo. Fig. 17. Globules provenant des gapglions nerveux de l'écrevisse , am- plifiés 3oo fois. Fig. 18. Vésicules de substance médullaire des ganglions nerveux du li- maçon ; même grossissement. Note sur un Calcaire d'eau douce , renfermant des débris de tortues de terre ; Par MM. Dubreuil et Marcel de Serres. Les reptiles terrestres et fluviatiles , comme les mol- lusques qui ont les mêmes genres de stations , générale- ment fort restreints dans leurs habitations , caractérisent par cela même plus particulièrement une contrée ou une formation , que la plupart des espèces marines. Sous ce point de vue , leurs débris fossiles fixent l'altentiou des géologues, en même temps qu'ils intéressent l'histoire naturelle descriptive , surtout lorsque leurs débris, plus négligés jusqu'ici que ceux des Mammifères , se rappor- tent à des espèces perdues et cjiii n'ont plus aujourd'hui de représentant sur la terre. C'est au milieu de la mer des Indes , à Flacq ( ilo Maurice ou Ile-de-France) , à une demi-lieue du rivage, qu'a été découvert le calcaire d'eau douce remjili de dé- bris de tortues terrestres , qui fait l'objet de cette Noie. M. Cuvier, auquel aucun fait intéressant concernant les ( 395 ) fossiles semble n'avoir échappé , a déjà signalé l'exis- tence des tortues fossiles à l'Ile -de -France (i) -, aussi est-il remarquable que des ossemens de tortues , peu dif- férens de ceux de ces énormes tortues terrestres , dites des Indes , que l'on apporte assez souvent de l'Ile-de- France , aient été trouvés à des époques assez éloignées les unes des autres , dans le même lieu et dans des cir- constances géologiques toutes difiérentes. Ce fait est d'autant plus remarquable , que ces tortues ont été àé^ couvertes dans la môme île des pays chauds de l'ancien continent , où les fossiles paraissent cependant d'une grande rareté. C'est eu faisant des fouilles pour trouver de l'eau , que l'on a découvert au milieu d'une grande et belle fo- rêt , à plus d'un mètre au - dessous du sol , le calcaire d'eau douce dans lequel existent de nombreux débris de tortue. Ces ossemens sont empâtés , non dans une lave, comme ceux décrits par M. Cuvier , mais dans un cal- caire dont la puissance parait ne pas s'étendre au-delà d'un mètre. Ce calcaire , à couches peu épaisses , se re- trouve également , d'après le docteur Guet auquel nous empruntons ces détails , immédiatement superposé ou appliqué sur des fragraens de roches primitives gisant sur la surface du sol , et à une distance -d'environ vingt ou trente pas du lieu où l'on a découvert le calcaire à os- semens qui nous a été adressé. Rien n'annonce, dit le docteur Guet, que la mer ait jamais recouvert ce cal- caire 5 pour nous, nous n'y avons vu aucune trace de corps marins qui puisse le faire supposer. (t) Recherches sur les Ossemens fossiles , tona. v, p. 248. ft ( 396 ) Comme tous les calcaires d'eau douce , celui de l'Ile Maurice a un tissu lâche , poreux , traversé par une grande quantité de bulles ou de petites cavités ii-réguliè- res , tapissées par un calcaire argileux concrétionné , blancbâlre , fort tendre. La pâle de ce calcaire , dont la couleur est d'un brun grisâtre , est fort dure , ne se lais- sant pas entamer par l'acier -, elle est sonore , et répand , lorsqu'on la brise , luie odeur particulière que nous ca- ractériserons plus tard. Les os de tortues qui s'y trouvent sont pour la plupart brisés et disséminés de la manière la plus irrégulière-, i]s ont en général une couleur noi- râtre ou d'un brun foncé. Ces os font quelquefois corps avec le calcaire et à tel point , qu'ils semblent se fondre dans sa masse , ne s'en distinguant que par leur nuance plus sombre et les vacuoles de leur tissu spongieux. L'on n'observe aucune trace de coquilles , soit terres- tres , soit marines , dans ce calcaire , en sorte que , faute de données suffisantes sur son gisement , il est difficile d'en assigner avec quelque certitude l'époque de forma- lion. Tout ce que l'on peut présvimer, d'après les osse- mens de tortue qu'il renferme, et qui y sont en trop grand nombre pour être accidentels , c'est qu'il pourrait bien appartenir à la formation d'eau douce inférieure , c'est-à-dire à celle qui recouvre le calcaire grossier. Les principaux ossemcns que nous avons pu recon- naître dans le calcaire de l'Ile-de-France sont , ou des os longs , ou des portions de plastron ; le plus considé- rable de ces os longs , et le seul qui soit délerminable , C5t un humérus droit , dont il n'existe que les quatre cin- quièmes supérieurs. La détermination de cet humérus présentait quelques ( 3^7 ) difBcullés , deux des éminences qui le caractérisent es- senliellement ayant élé détruites ^ mais sa forme et sa courbure nous ont conduit au genre de reptile auquel il a appartenu. On sait que l'humérus des tortues de terre est singulièrement conformé , qu'il se distingue par sa forme contournée et ses inflexions , caractères que l'on retrouve dans notre fossile 5 aussi en comparant notre humérus avec celui de la tortue grecque (tesluclo grœ~ ca) , on voit qu'il n'en diffère que par sa grandeur, qui est quatre fois plus considérable , et par quelques autres caractères qui sont purement spéciGques. L'humérus des tortues de terre , indépendamment de la tète et de la petite lubérosité qu'il présente , offre en- core derrière cette tète une éminence saillante olécrani- forme , et qu'avec M. Cuvier nous appellerons grosse- tubérosité. Malgré l'autorité de ce grand anatomiste, il ne nous paraît pas que l'olécrane manque au cubitus des tortues de terre 5 seulement cette éminence , qui n'y est jamais tiès -développée , y existe à Téiat rudimentalre , mais d'une manière distincte. Notre humérus fossile , qui ne présente que les quatre cinquièmes de sa longueur totale , offre encore une éten- due d'environ 190 millimètres , dimension qui peut don- ner une idée de la grandeur de l'espèce à laquelle il avait appartenu. Le corps ^ mesuré dans sa plus grande épaisseur, a de 26 à l'j millimètres, tandis que la lai- geur de l'os est de 34 millimètres 5 enfin le diamètre an- téro-postérieur de la grosse tubérosité est de 43 à 44 ^^U" limètres. Notre humérus s'est trouvé placé , dans la gangue , dans la position naturelle à l'animal. (39^ Pour le décrire avec précision , nous y distinguerons deux faces, deux bords et deux extrémités. La face supérieure , large et légèrement excavée dans l'intervalle qui sépare la grosse lubérosité de la tète . est épaisse et convexe à sa partie moyenne. Vers son tiers inférieur, l'absence de la substance compacte laisse aper- cevoir les vacuoles du tissu spongieux , et démontre la non-existence du canal médullaire. La face inférieure offi-e une cavité profonde entïe les trois éminences qui constituent l'extrémité supérieure 5 dans tout le reste de son étendue , cette face est plani- formc : le bord antérieur, qui nait au-dessous de la tête , à une forme convexe , tandis que le bord posléiieur con- cave a une plus grande étendue , et une direction obli- que de baut en bas. Quant à l'exti'émité supérieure , elle offre , en haut et en arrière , la grosse tubérosité dont l'extrémité supé- rieure a été seule détruite. Cette éminence , d'une forme triangulaire , est légèrement convexe dans la partie pos- térieure de sa face inférieure : la convexité de sa face su- périeure est moins marquée. En avant , et un peu au-des- sous de la grosse tubérosité , existe une sorte de base triangulaire , seul vestige de la lête de l'humérus 5 en- fin , à la partie postérieure et inférieure de l'extrémité supéi'ieure de cet os , on aperçoit un col ou pédicule qui soutenait l'apophyse appelée petite tubérosité. L'extré- mité inférieure de l'huméi'us manquant totalement , il nous est impossible d'en décxûre la forme. En résumé , le caractère principal qui distingue notre Lumérus fossile de celui de la tortue grecque , tient à la forme plus recourbée de ce dernier, forme qui s'approche ( 3 99 ) assez de celle d'un S italique. La couilnire du fossile , sensiblement moindre , forme aussi un angle plus aigu , avec une ligne droite qui passerait par sa base. Les portions de plastron qui se trouvent eiupâlées dans le même calcaire où existent les os longs de tortue , se font remarquer par leur petite épaisseur, épaisseur qui ne dépasse guère un millimètre et demi dans les portions les plus étendues : il ne paraît pas cependant que cette faible épaisseur, qui est bien au - dessous de celle du plastron des tortues de terre d'Europe , soit accidentelle et tienne à la compression que ces plastrons auraient éprouvée. Comme nos tortues fossiles annoncent de fort grandes espèces, nous n'osons dire, faute d'objets de com- paraison , si ce caractère est réellement spécifique ou pu- rement individuel. Cette moindre épaisseur existe, du reste , dans tous les fragmens de plastron , qui sont en grande quantité dans le calcaire de l'Ile-de-France. Les os de tortue fossile , chaufTés dans un tube de verre , noircissent fortement , en développant une odeur suave et aromatique 5 les vapeurs qui se dégagent bleuis- sent le papier de tournesol , rougi par les acides. Les mêmes os non calcinés , mis à digérer dans l'al- cool pur , pei'dent une partie de leur poids. Ce liquide dissout une substance légèreuient jaunâtre, qui possède à un plus liaut degré que les os eux-mêmes l'odeur aro- matique dont nous avons dt\jà parlé , odeur qui est ex- trêmement agréable. Cette substance , soluble dans l'al- cool , insoluble dans l'eau et dans l'élher, ne brûle pas avec flamme , comme les résines , auxquelles son odeur nous l'avait d'abord fait rapporter ] chauffée dans une cuiller de platine, elle noircit fortement, en se charbonant ( 4oo ) d'une manière complète. Elle sedislille en partie, chauffée dans des vases clos ^ le liquide qui en provient bleuit , mais faiblement , le papier de tournesol rougi par les acides. D'après ces caractères , cette substance aromati- que serait une matière organique animale, mais d'une nature toute particulière. C'est probablement à sa pré- sence que les os de nos tortues fossiles doivent l'odeur aromatique qu'ils développent spontanément , ou lors-^ qu'on les frotte avec force. Ces os font fortement effervescence , mis en digestion dans l'acide liydro-clilorique , à raison '^'e la grande quan- tité de carbonate de cliaux qu'ils conlienneni. Outre ce carbonate , ils renferment du phosphate de chaux , de la ^ silice et de l'oxide de fer : ce dernier y est en assez grande quantité , à en juger du moins par la couleur jaune que prend l'acide hydro-chlorique , mis à digérer sur les os non calcinés. En résumé , les tortues de terre fossiles de l'Ile-de- France , plus rapprochées des espèces vivant encore dans les Indes que des espèces d'Europe ;, s'y rencontrent dans des circonstances géologiques très-diverses , et dans des formations très-différentes , puisque , d'une part, on les y trouve dans dps terrains volcaniques , et de l'autre , dans les terrains tertiaires ou de sédiment supérieur. Ces tortues fossiles des pays chauds de l'ancien continent, ne sont dpnc point , comme la plupart des fossiles des terrains tertiaires de l'Europe , en disparate avec les cli- mats où l'on trouve aujourd'hui leurs débris. ( 4oi ) Observations sur deux nouveaux genres de Plantes y Par M. Desvaux, Directeur du Jardia de Botanique , à Angers. Nouveau genre de la famille des Ericiwées. CALODRYUM, tab. 5i. Caljx quinquepartitus. CoroUa lubulosa incurva : limbo subconlracto quinquefido. Stamina lo , inclusa, monadelpliia : vagina lubulosa , staminibus apicè libe- ris. ^«tAe/'œ lanceolato-hastatîB , cuspidato mucronalse. OvariujnWhcrxxm echinato-pilosum. iSy/u^unicus. Slig- nia capitatum, apicè quinquedcntalum. Fructus quinque- locularis ... Fruteo^ divaricato - ramosus 5 folia alterna ; flores axillares soîilarii. Calodryum tubiflorum. Caule erecto , ramoso, glabro; foliis nitidis , coriaceis , ovato-oblon- gis, grandideutatis. Habitai ad C. B.-Spei. Tige ligueuse , ramifiée , dressée , glabre , ainsi que les rameaux , qui sout brun-cendré. Feuilles alternes , sans stipules , très-glabres , cour- tement pétiolées , coriaces , luisantes , à nervures pres- que nulles , et sensibles seulement par la dessiccation j ovales-lancéolées, comme acuminées, et à pointe obtuse ; bords un peu enroulés en dessous , et à trois ou quatre grandes dents en scie de chaque côté 5 base un peu atté- nuée et entière ; surface supérieure verte , l'inférieure d'un vert pâle , et la côte rousse. Fleurs solitaires dans l'aisselle des feuilles au som- ( 402 ) met (les rameaux , à pédoncule court ( 3 lignes), un peu renflé sous la fleur. Calice glabre , à cinq divisions presque complètes , roides et comme trigonées , et trois sillons entre les arê- tes des divisions trigones. Corolle allongée , tubuleuse , coudée et un peu dila- tée vers son milievt \ rose à la base et vert -jaunâtre au sommet 5 à cinq divisions courtes , droites , un peu ob- tuses. Etamines (pi. 5 1 , f. 3 ) incluses , monadelphes , non insérées sur la corolle , et formant un tube un peu moins grand que la corolle , coudé comme elle , et terminé dans son sixième supérieur par les filets libres des dix etamines qui sont incluses dans le tube de la corolle j mais à-peu-près de la même longueur qu'elle. Anthères ne paraissant formées que d'une seule loge anthérique surmontée d'une longue pointe. Pistil (pi. 5i , f. I, 2) formé d'un ovaire liérissé de gros poils ; style allongé , filiforme , de la longueur des etamines ; stigmate en tête ou courtement turbiné , re- levé de cinq côtes correspondant à cinq très-petites divi- sions qui surmontent le stigmate. D'après la forme de la fleur et de l'ovaii'c , on peut supposer que le fruit que nous n'avons pas vu est non symétrique , mais composé de cinq loges , dont plusieurs avortent peut-être , et que ce fruit est hérissé de pointes. Cette jolie plante nous a été envoyée par une per- sonne point botaniste , mais qui avait eu la complaisance de nous recueillir, à l'Ile-de-France et au Cap , une sé- rie de curieuses espèces de ces deux contrées ; de ma- ( 4o3 ) nière que c'est avec quelque doute que nous attribuons j)lutôt notre nouveau genre au cap de Bonne-Espérance plutôt qu'à l'Ile-de-France. Le nom que nous avons clioisi , 5',«)ioç , beau , et ^ouç , chêne, indique le rapport du feuillage, en petit, de notre végétal avec le chêne. Tous les rapports de conformation nous semblent por- ter cet arbuste dans les Triciuées , dont il forme un chaînon très -distinct , si , dans ce que nous n'avons pu observer, rien ne contrarie cette opinion. Nouveau genre de la famille des Lythraires. PHYSOPODIUM. Caljx turbinatus , quinquedentatus , intus piloso- slrigosus, pedicellatus : pedicello articulato tumido. Co- rolla pentapetala 5 stamina decem ; alterna paulô brevio- ra. Anilierœ oblongse, incumbentes, exertse. Ovarium oblongum. iStj/u* capillari s. Stigma subulatum. Fruc- ius... Fi'utex glaber, volubilis, alternifolius 5 folia in- tegerrima 5 flores spicalo-paniculati , secuudarii , termi- nales , bracteolati. Ph ysopodium volubile. Gaule volubili, tereti; foliis elongato-lanceolatis submucrouatis , mu- cronulatis, rigidis, ncrvosis, Htrinque uitidis; floribus spicatis, unila- teralibus, breviter petiolatis , distantibus. flab. in in&ulâ Borboniae. ^ Tige ligneuse , tortile , volwbile , bi'une , ponctuée. Feuilles alternes , très-glabres , luisantes , nerveuses, un peu coriaces , ovales-lancéolées , comme mucronées, et à pointe aiguë : longues de trois pouces. Fleurs portées par un pédicule articulé long d'une ( 4oC ) nent les résultats des travaux prématurés de plusieurs cé- lèbres botanistes. § SOPHOREiE. I, Delahia. Calyx 5 -denticulatus , spalhaceus , maccidus. Co- rolla : vexillo majore subpatente. Stamina lo, fertilia , basi distiiicta , persistentia. Ovariiim sessile aut stipita- lum. Stigma acutum. Legumen elongatum , oligosper- mum. Fruf ice5 allernifolii : foliis simplicibus. D. cvalifolia N., tab. 5a. Cassia simplicifolia Desv. , Journ.bot. , i8i4, I, p. 72 ; Decand. , Prod., 2 , p. 5o5, n" i84- Caule frulicoso ; ramis pubescentibus, fusco-bruneis ; foliis subdisti- chis , breviter petiolaiis , obovalis , obtusis , penninerviis , pubescenti- bus ; floribus i-3 axillaribus , pedunculis liirtis dimidio foliorum longis; carina caducà ; leguminibus sessilibus ( juuioiibus hircis ) , falcatis, los- tratis. Hah. in Brasilia. ^ D. pyriJolia'N. , tae. 53. Caule fruticoso; ramis fuscis, glabris; foliis longé petiolatis, latè ovatis , mucronatis mucronulatisque , coriaceis , glaberrimis , reticula- tis; lloribus axillaribus , subsolitariis , petiolo brevioiibus , dibracteo- latis ; bracteis minutis ; ovario pedunculato ; leguminibus Hab. iti Guineà. 5 Cette dernière espèce a le calice moins grand , et pa- raît avoir un fruit moins prolongé ; mais d'après ce que nous avons vu de la fleur , ces végétaux , malgré la dif- férence de leur feuillage , doivent rester associés. a. SoPHORA acuminata Des\'. , Journ. bot. , 181 4, i, P- 74 ( s^*^*- ^"" sophora^, Frulicosa ; ramis tomentosis ; foliis eldngatis ; foliolis 39-41, lineari lanceolatis , acutis , mucronatis utrinquè adpressè pubescentibus ; sti- pulis linearibus , apicè setiformibus ; leguminibus pubesceniibus, stricte loTiilosis, basi pedunculatis, sub S-spermis. Hab... ( 4o7 ) Sophora ? pentaphjrlla N . Caule fruticoso , ramoso , glabro ; foliis sub alterné pinnatis; foliolis 3-5 , subsessilibus , glaberritnis , lanceolato - linearibus obtusis, nervo- sis; racenaisaxillaribuspaucifloris, pedunculatis , pubescente-incanis ; floribus ( luteis striatis ) elongalo-pedicellatis ; calycibus incanis : dente obtiiso. Fructibus... Hab. ia Peruviâ. §§ LOTE^. 3. Le Crotalaria ovalis de Pursli , et le Crotalaria rotundifolia de Poiiet , sont deux espèces ou au moins deux races très-dislinctes. La dernière de ces plantes est couchée , a plusieurs tiges. Nous l'avons de la Virginie , et l'une et l'autre doivent passer dans la division des espèces à feuilles simples et à stipules non décurr entes. 4. Clavuliiim. Calyx 5-fidus , sublabiatus : dentibus latis . acutis. Vexillum subplicalum , carina ( magna ) breviùs ; alaî brèves. Stamina monadelplia 5 vaginà fissà. Stylus pro- lixus , aculus. Ovariura pedunculatum : podelio elon- gato; legumen pedunculatum (pod. pollicare), oblon- gum 5 intlatum , polyspermum. Clafullum pediinculosuni N. Crotalaria pecJunculosa Desv. in Dec. , Prod. , 2 , p. iSa. Caule elato (fruticoso ?), glabro , divaricate-ramoso; foliis piniuito- trifoliolatis , glaberrimis : pcliolis elongatis; foliolis ovatis , utrinque al- ternatis, mucronulatis ; racemis oppositifoliis , pedunculatis (ped. sub pédale), multifloris; floribus (magnis purpureis) longe pedunculatis ; calicibus glabris ; leguminibus glaberrimis. Hab. in Java. 5. Crotalaria mucronata Desv. in Dec. , Prod- > 2 , p. iSs , n» f)G. Caule lierbaceo , sulcalo , pubesceute ; foliis sublonge-pctiolatis ; fo- liolis ovalis, basi cuneatis, pennincrviis , mucronatis, suhtus pulvéru- lente pubescentibus ; stipulis subnullis ; racemis axillaribus terminali- busque , acutis , confertis ; floribus ( luteis) bracteatis : bracteis capilla- ribus ; fructibus... Hab. iii Antillis ex Jamaïcîe. O C 408 ) 6. ACROPODIUM. Calyx profunde 5-fidus. Vexillum brève , hispidum; aise oppositim bidentatae. Stamina diadelpha ? Ovarium pedicellatum 5 legumen ovalo-oblongum , Iseve , subdi- spermum 5 podetium capillare. Suffrutex fasciculalim foliosus 5 racemi axillares , subtriflori , follis longiusculî. Frutex fasciculato-foliosus. u4cropodium suffruticosum N. Lotus suffruticosus ? Bnniii. , Prod. , cap. XXII ; Decand. , Prod. , 2 , p. i^'f. Caule erecto , ramosissiino ; ramis lerefibus glabris ; foHolis 5-7 bre- yiter petiolatis, linearibus, margiue revolulo , utrinquè sparcè strigo- sis ; pedunciilis racemorum capillaribus j legutniaibus a- 3 subremotis (a-lin.) , glabris. Hab. ad C. B.-Spei. f> 7. Hallia sagittata N. Hedysarum sagittatumPoiR.'Encycl., 6, p. ^o3 ; Decakd. , Prod. 1 , p. 326. Caule procumbente, filiformi, trigono , pilosoj foliis lanceolatis , mucronulatis , basi cordatis, margine ciliatis, utrinquè sparsè pilosis , brevitcr petiolatis ; stipulis lanceolatis petiolo longioribus , villosiuscu- iis ; pedunculis axillaribus folio sub duplo longioribus ; calycibus co- rollâ subaequantibus. Hab. (ad Ind. occid. Poiret ) cap. Bonee-Spei? If- 8. Les Ononis tridentata L. et Ononis arbuscula Desv. , réunies par M. DecandoUe , si elles ne sont pas deux espèces , sont plus que deux variétés 5 ce sont deux races distinctes. Dans V arhuscula , les rameaux sont to- menteux et les fruits velus ; dans l'autre, les rameàUX sont velus et glanduleux ;, ainsi que les feuilles, et en outre , les trois dents des feuilles sont très-profondes. 9. Abthtllis ar^entefl N. (sect. 5, Cornicina). Caule fruticoso procumbente, ramoso-divaricato ; ramis teretibus , candidis ; foliolis quinatis , sessilibus , sericeo-incauis, ovato-linearibus acutiusculisj floribus axillaribus, solitariis, subsessilibus, folio longiori- bus ; calycibus cylindricè inflatis viUosis. Hab. in moutosis Syria- ( 409 ) lo. TriconelLa. cylindraceà Desv. Jouni. bot. , 1814 , i > p- 77 (secè. 3. Buceras, § i)- Caulibus firmis ; foliolis elongato-cuneatis , grosse serratis , pubescen- libus ; stipulis subulatis rigidis , pedunculis apice breviter spinosis : flo- riferis folio superantibus ; dentibus calycinis brevibus , acutis ; legumi- nibus 8-10 , oblongîs, cylindricis, incurvis , obliqué striatts , apice subu- latis; seminibus2-3 elongatis , cylindricis, punctulato-rugosis. O Uab' în Oriente. n. Ikuigofera siipularis Link ; Decand. n" 108 ( sect. a , OUgophyl" Ice). Caule decumbente ; ramis angulatis hirtè incanis ; foliis breviter pe- tiolatis ; foliolis obovatis acutis , mucronulatis , utrinque sparsè pilosis, subcanesccntibus ; stipulis basi oblique cdrdatis, apicè subulatis; pe- dunculis folio longioribus ; floribus breviter spicalitn subconfertis ( pur- pureo-cseruleis) ; laciniis callcinis subulatis ; vexillo glabro ; legumini» Lus terctibus sub incanis. Uab. ad C. B.-Spei. ti {V. K. ) /. macrocarpa N. Caulibus ramosis , procumbentibus , sufiruticosis ; ramis teretibus in- canis ; foliis 5-jugis ; foliolis alternis , incanis cimealis submucronatis , utrinque pilosis ; stipulis scariosis , lanceolatis apicè subulatis ; peduncu- lis folio subaequantibus; racemis elongatis sublaxifloris; leguminibus penduUs, rectis, sparsè pilosis, 8-io-spermis. Uah. in Peruvia. "i^ Flores rosei ; vexillum pilosum ; fructus i5-linearis. /. diffusa Desv. Journ. bot., 1814, 1 , p. 79 (Dec. , n° l'io). Indig. .Anil. y. orthocarpa? Dec. Prod. , p. 225. Caule ramoso , ramis subangulatis, subpubescentibus; foliis opposite pînnatis 4-jugis; foliolis oblongo-obovatis, subemarginatis subtus sparsè pilosis; racemis folio brevioribus ; leguminibus elougatis( i5-lin.), rec- tis pilosiusculis, lo-spermis. Hab, ia insulis Africanis. ( Madagasc. et Bourb.) /. oxycarpa Desv. /. c. (Dec. , w 1 19). Caule herbaceo, erecto, pentagono, sparsè piloso ; foliis opposite-pin- natis 3 - jugis utrinque adpressè pilosis : pilis centro adfixis ; foliolis latis, pctiolulatis , ellipticis , mucronulatis , subtus pallidis ; stipulis setaceis ; racemis folio multo longioribus , laxiiloris ; leguminibus io-12-spermis, pendulislineari-teretibus snbreclis , acutiusculis , subpilosis. Ifi Hab. in Antillis. IX. 37 (4io) On doille placer non loin de 1'/. endecaphylla. t. haïteme N. (scct, a , OligopJiyllœ). Gaule ratuoso, suffruticoso , procumbente , pubescente; stipuUs ovato- lanceolatis acuto-setaceis ; foliolis 3 , obovato-acutis , obliqué mucroim- latis, utriuquc adpresse stn'gosis ( pilis centio adîlxis) , subtus canes- centibus ; spicis longissimè peduuculatis , elongatis ; bracteis cordatis; lloiibus (roscis) vexillo glabro, alis barbato-ciliatis; leguminibus JJab. in Hispaniolà. Tf I. micranllia ?T. Caule lierbaceo , decumbente ; rainis angulatis adpresse pilosis : pilis sparsis ; foliis 5-jugis ; foliolis oppositis, petiolulalis, obovatis, oblongis, inucrouulatis , subtus adpresse pilosis; stipulis setaceis; racemis folio paulo longioribus , subsessilibus ; leguminibus arcuatis , subpiiosis , 4-& spermis. H ah... Ressemble à 1'/. Aiiil. I. lasiantha N. Caule erecto , ramis sulcatis subpiiosis , foliis inferioribus trifoliolatis, superioribus 2-3 jugis ; foliolis petiolulatis, latis , subellipticis , mucronu- latis ; stipulis scariosis subuliformibus ; racemis folio multô longioribus j flûribus sparsis (magnis) pilosis j leguminibus... /Tai. ad littora An- golae in Africâ. Il devra être placé près de Y I . frutescens . J. grisea^. I. lespezioides ? H. B. et Kukth, JYoi'. gen. Am. , G, p. 455. Caule fruticoso, -virgato-racemoso, ramis compresso-ancipitibus ; fo- liis approximatis , breviter petiolatis , bijugis : inferioribus simplicibus ternisque ; foliolis griseis , elongalè cuneatis , mucronulatis , petiolatis , utrinquè tenuissimè pilosis; racemis breviter pedunculatis , folio sub- sequantibus; bracteis rigidis , subulatis, brevibus; leguminibus cineras- centibus. Uah. in Para. 1^ I. barbala N. Caule herbaceo subdecumbente ; ramis , petiolisque hirtè pilosis, sul- eatis ; foliis 3-jugis ; foliolis oppositis, petiolulalis , penninerviis, obova- tis, submucronulatis, cilialis, ulrinquè pilosis, subtus pallidis; stipulis ( 4iO snbulatis plumosis ; racemis secundis longissimis ; pedunculis folio su- perantibus; dcutibus calycinis elongato-setaceis ; legiiminibus piloso- barbatis, subfernigineis , subteretibus rectis , S-^-spcrmis. Ilab. iu Brasilia. O Il est voisin de VInd. hirsula 5 mais les dents du ca- lice sont trois fois plus courtes dans celui-ci , outre les autres différences. /. microcarpa Desv- , Journ. bot.. t8i4, '» P- 79 (Decakd. , n» ^g). Caule prostrato , ramoso; ramis subangulatis ; foliis 4- jugis; foliolis obovato-elongatis mucronulatis , sessilibus , utrinquè candidis ; stipulis subulatis brevibus ; racemis folio subœquantibus ; legurainibus albican- tibus , brevibus, 2-3-speraiis. Ilab. in Bi'asiliâ. O L'/. senegalensls Lamk. in Dec. Prod. , 2 , p. 228 , ■aP 6^ , doit avoir pour synonyme noire Brissonia Ira- pezicarpa (Journ. bot., 18 14, i, p. 78) j et en effet, après un examen réfléchi , cette plante est mieux placée dans le genre Indigofera , malgré son fruit , qui peut- éti'e la fera séparer plus tard comme genre ; et dans ce cas , Ton pourrait employer le nom de Brissonia , qui n'a pas d'autre application jusqu'à présent. 12. PsORALEApMWCtflfaN. Caule glabro ; foliis impari pinuatis, 1-2 jugis ; foliolis linearibus; ra- cemis multifloris , folio brevioribus j vexillo , cariuâque puuctato-glan- dulosis. Uab. ad C. B.-Spci. ï) Raœi stricte virgati, flores numerosi. i3. Clitoria laurifolia N. Galactia coriacea ? Nées (sect. 3 , Eudito- ria). Caule fruticoso volubili subtereti ; ramis angulatis, puberulis ; foliolis (3-4 poil.) subcoriaceis, ovato-laaceolatis , submucronatis, mucronu- latisque, utrinquè glaberrimis, reticulatis, capillalim slipellatis; race- mis subhirsutis petiolo longioribus, 2-4 Uoris ; bracteis calycinis caiyce longioribus ; caiyce cupuliformi, brève 5-deutato , unà longiori ; legumi- nibus sparsè pilosis, elongatis, mucronatis , dorso subincrassatis (G poil.). Hab. in Para Brasiliae. ï) Par son calice , cette grande et belle espèce forme une section particulière , car il est très -court au lieu d'être long et tubulé, comme dans les autres espèces de la même section 5 en outre , les dents sont très-courtes. Elle a du être confondue avec le C. plumieri. C. sinuata N- (scct. 3, Centrosema). Caule volubili filifortni puberulo ; foliolis elougatîs, linearibus, acutis, inucronulatis , reliculatis, glabris, marginibus sinuatis ; stipulis ovatis; sfipellis capillaribus ; racemis pctiolo longioribus sub 3-fIons ; bracteis calyce elabro subœquaDtibiis : laciiiiis subulatis pubesceulibus ; vexillo pubescente; legumen... Hab. iu Brasilia. 1) 14. NETiROCAnpuM? barhatum N. Caule ratnoso, procumbente , funiculoso, liirtè piioso, rnfo ; stipulis lanceolatis acutis nervosis ; foliis coriaceis, veuosis , unifoliolis , subses- silibus , ellipticis , basi cordatis ,apicè obtusis , submucrouulatis , subtus villoso-rufis ; racemis axillaribus, paucifloris folio brevioribus ; legumi- uibus... Uab. iu Brasilia. % 'i)l jy. laurijblium Desv. in Will, Hamilton , Prod. FI. Ind. occ. , p. 5i. Cliioria laurifolia PoiR. , Enc. suppl. , 2 , p. 3oi. Caule erecto, fruticoso, glabro, tcreti; ramis subaugulatis ; foliis sub- sessilibus; foliolis elliptico-oblongis ,cmarginatis, uaucronulatis , utrin- què glabris , reliculatis, subtus pallidis : racemis axillaribus , subbifloris, petiolo longioribus; calyce campanulato , bracteisque glabris j legumi- nibus oblongis. Hab. in insulâ Porto-Rico. Cette espèce doit suivre immédiatement le N. guia- nense , dont elle se rapproche beaucoup. 2V. rubiginosum Desv. in W. Hamilton, /. c. Clitoria rubiginosa Pers. Caule volubili , bispiJo - tomentoso, rufo ; foliis petiolo subelongato ; foliolis ovatis, subacutis , subtus subsericeo-argeuteis , nervis rufescenti- bus ; racemis folio lougioribus, paucifloris ; floribus (magnis) 4-6 ; brac- teis ovatis; calyce campanulato, laciniis acutis; leguminibus glaberri- lûjs. Hab. in Antillis. h ( 4^3 ) Cette espèce est très - différeme du N. elh'pticum, avee lequel on paraît l'avoii" confondue. JV. glycinoides'H. CUtoria glycinoides DzckND. , Prod. , a , p. 234. Cette plante peut faire un groupe dans le genre Neu~ rocarpum, en y joignant l'espèce précédente, et peut-être le lY. ellipticum, dont nous n'avons pas vu les fleurs. Dans ces plantes , la corolle tient du genre CUtoria, et le fruit du genre JYeurocai'pum , où ils sont loujoui-s un peu renflés. JV. ? villosum N. Caule Yolubili hispido-villoso , foliis foliolisque stipulaceis , ovalo- acutis ; foliolis subtus pubescentibus , pallidis , raceaiis 2-4-lioris petiolo longioribus; calycibus bracteatis, villosis; bracteisovatis, acutis, caly.ce duplo brevioribus ; leguminibus... Hab. in America calitliori ? l)? Cette plante , voisine des précédentes par son port , plutôt qu'elle ne l'est des Clitories , que nous connais- sons , a les fleurs de nos dernières espèces , dont elle est très- distincte d'ailleurs. On pourra donner à ce groupe des Neurocarpes le nom de Pilanthum, proposé par M. Poiteau pQur leiV^. gljcinoides. 1 5. Galactia Purshii'^. Galactia gldbella Decand,, Prod., 2 , p. a38, excl. syn. La phrase diagnostique de l'auteur du Prodrome est suffisante. G. glahella MicH. , FI. hor. am, , 2 , p. 64- G. /»i7o«aNcTT. , Gen. am., 2 , p. 116. Caule fîliformi volubili , retrorso- pubescente ; foliis ovato-elongatis , mucronulatis , subtus pallidis , utrinquè sparsè pilosis ; racemis sub 5- floris , petiolo subaequantibus ; calycibus pubescentibus , deutibus elon> ( 4i4 ) gatis, subuialis ; legumiuil)us pubesceiilibus , S-y sperinis VJ/l /Vk/i. in Virginia , Carolinâ et Gcorgiâ. G. leucocarpa N. Glycine leucosperma Desv. , Journ. bot. , i8i4 , i, p. j8. Galactia duhia ? Decand. , Prod., 2 , p. 238, Caule tereti, voliibili , remis retrorso-pilosis ; fob'olis subcoriaceis, el- lipticis, utrinquè pilosiusculisemarginatisque, supra nitidis, subtùs pal- lidis, adpressè [Tlloso-strigosis ; racemis sub4-floi-is, folio subxquanti- .bus; calycibus pilosis; leguminibus elongatls, acutis (primo setate ar- genteis) , latiusculls , adpressè strigosis. Hab. in Autiliis. î) G. emarginata Desv. , Journ. bot., l. c. , et in W. Hamilton, Prod. Flor. Ind. occ. , p. 5o. Caule frutescente, volubili; ramis adpressè pubeacentibus ; foliis co- riaseis, subglaberrimis ; foliolis subundulatis, elonguto-ellipticis , emar- ginatis ; racemis multifloris folio aequautibus ; calycibus pilosis ; legu- minibus... Uab. in Anlillis. t) Elle est très - rapprochée de la précédente , dont elle n'est peut-être qu'une race plus grande. Les divisions du calice sont plus allongées. G. latisiliqua N. Caule suffruticoso , volubili, hirto-piloso ; foliis latè ovatis , supra sparsè pilosis , subtus tomentosis suhincanis ; racemis umbelliilatis , petiolo superantibus ; leguminibus adpressè pilosis subcaucscentibus rsesqbipoUic), 6-7-spcrmis. //a&... (/^. /^.) b 16. Glycine angulataDEsy. , l. c. Caule volubili ; ramis angulatis , adpressè pilosis; foliolis elongatis obovatis , adpressè sparsèque pilosis , subtus pallidis piloso-sericeis ; ra- cemis pauciiloris , axillaribus , folio aiquantibus ; leguminibus linearibus hirtis, subferrugineis. Hab. in America calidiori ? l) Elle doit être rapprochée du Glycine senegalensis. G. pugiunculus N. Caule fruliculoso , subdichotomo , subvolubili ; ramis glabriusculis ; foliolis ovatis obscure mucronatis , mucronulalis, obtusiusculis , subci- liatis ; stipulis ovatis (mediocribus) , obtusis; floribus... deutibus caly- cinis iuœqualibus, unà lougiori ; leguminibus complanatis, marginatis, glabris, linearibus, longé acuminatis, io-i5-spermis. Hab. in Amcricàca- Udiori? \> * ( 4'.'^ ) G. dolichoulesN. Gaule ramosissîmo , liirto piloso ; raruis subangulatis filiformibus • foliolis stipellatis , ovato-oblongis , acutis , iitrinque adpressè strrgoso- pilosis, penuinerviis; stipulis lanceolato-subulatis ; racemis folio sub- scquantibus j floribus remotè spicatis, solitariis; calycibus (miuutis) 5-fii]is pubesccntibus ; leguminibus ( 2 poil.) linearibus subfalcatis ad- pressè strigosis , uncinatis , 10 - spermis ; seminibus compressis ( atris ) rbomboidalibus. Hab. in insulà Timor. If G. fiUformis N. Caule tereti , volubili , suSruticoso , filiformi , retrorsum pubescente; foliolis ovatis , oblongis mucronulatis , subtus pallidis pubesccntibus ; stipulis brevibus capillaceis; racemis pedunculalis, folio longioribus, cri- niformibus , 6-floris ; floribus remotis ; calyce pedunculoque dommuni puberulis ; laciniis calycinis elongato-acutis ; leguminibus pubescentihus subincanis 8-speraiis. Hab... 17. Tephrosia dichotoma/N. ('sect. 4 > Reinieria). Caule suSrutescente tereti ramoso , dichotomo , tomentoso ; foliis 4- jugis ; foliolis ovato-lanccolatis , mucrouulatis , utrinquè tomentosis , subcanesceuiibus; floribus asillaribus ( roseis) , breviter pedunoulati.s ; leguminibus falcatis, angustis , puberulis, io-i2-spermis. Hab. in Phi- lippiuis. \) T. stipularis Desv. , Jnurn. lot. , l. c, p. 74 ( sect. 4 , Reimaria). Caule erecto fruticoso , ramoso , glabro , sulcato ; ramis pubesccnti- bus ; foliis 4-5 jugis; foliolis elongato - obovatis recurvè mucronulatis , pctiolatis , subtus striatis , obscure pilosis ; stipulis latis , subconnatis (maxirais) , scariosis , striatis , acutis ; floribus axillaribus , subgcmiiiis , breviter pedunculalis ; leguminibus ciliatis , subglabris, subrectis, 12- 1 5-spermis. Hah. in America calidiore. b 18. SfiSBAMAyiisca Desv. . -^/irt. linn. , iSaS, p. 3oo. jEschinomenc Jusca Desf, , Cat. i8i5, p. 226. Herbacea, caule ramisque glabris, sparsc aspero -aculealis ; foliis 2o-35-jugis ; pctiolo subtus rare aculeato ; foliolis linearibus , oblique cbtusis , mucronulatis, subciliatis, subtus adpressè pilosiusculis; racemis ramosis ; floribus numerosis , vcxillo atro-purpurco iutus lutesceus , purpureo-lineato; cariuâ purpureâ pallidâ ; fructibus torulosis. Hab. in Senegaliâ. Q (V. V.) ( 4i6 ) S§§ HEDYSARE.E. 19. C'est par erreur typographique probablement que notre genre Artrolobium ( légume articulaire ) a été nommé uàstrolobium , de même que l'on a nommé ail- leurs Urani a notre genre Uraria ( povirvu d'une queue touffue). 20. Si les gousses de Y Ili'ppocrepis areolaia ( Desv. , Ann. linn. , i825 , p. 829) n'étaient pas quelquefois glabres, peut-être que le nom proposé dans le même temps par M. Decandolle (jS^. ciliata, Prod. , 2, p, 3i3), serait adopté de préférence , comme se rattachant à un ouvrage général et bien plus important que le nôtre ; mais il devient ici nécessaire de faire le choix du nom que nous avons adopté. 21. \j Ormocarpum cassioides (Desv. , Ann. Soc. linn. , 1826 , p. 807 ) est une plante très -différente de la Pictetia aristata par ses feuilles non épineuses et par ses nervures j elle n'a point aussi de rapport avec YOr- mocarpiim sennioides . A Y Ormocarpum sulcatum on doit joindre la Pictetia ternata (Dec. , Prod. , 2 , p. 3i4 ) , car c'est pour avoir négligé d'observer la plante , que nous l'avons dite , d'a- près M. de Beauvois , à feuilles simples , car ses feuilles sont ternées , ainsi que nous venons de le vérifier 5 à la vérité , il y a des feuilles simples et ternées sur la même plante. 22. Plakaritjm. Caljx subcampanulatus 5 stamina diadelpha ? legu- pieii breviter stipitatum , compressum , arliculatum , (4'7) nervo iitrinquc medio latere prominulo longitudinal] , notalum 5 ardculi 8-10, parallelogrami. Suffniticulus scandens, impari -pinuatus. P. latisiliquum'N. Poiretla latisiliqua Desv. , Ann. Soc. linn. , iSaS, p. 3o8. Caule pubescente; foiiîs 2-jugis; foliolis ovalibus acutis ; lacemis axillaribus ,'paucifloris , petiolo longioribus. Jlab. in Peruviâ. 23. ^olre JE schinomenes cassioides (Desv. , j4nn. Soc. linn. , iSaS , p. 827, et in W. Ham. , Prod., l. c, p. 5i) doit être rappoi'tée sous le nom de Poiret (yEsch. hjstrix , Enc. suppl. , 4 ^ P- 7?) : comme ayant été pu- bliée avant notre travail. ?4« Lespedeza coriacea N. Hedjsarum coriacenm Poir. , Encycl. , 6, p. 4,8. Caule erecto , angulato , tomeutoso ; foliis , petiolo subelongato ; fo- liolis ellipticis submucronulatis , ciliatis, subtùs tomentosis, rufinerviis peuninerviisque ; stipulis subulatis incuivis ; racemo subsiinplici termi- nali capitato, pedunculato , iuterrupte capitato ; leguniinibus subinclu- clusis, pubesceutibus calyce subœcjuautibus. Hab, in America ( Borea- li?).^ aS. Ij'Alysicarpus styracifolius (Decand. , Prod. , 2, p. 353) est notre Alysicarpus cylindricus {Ann. Soc. linn. , iSaS , p. 3oi), et n'est nullement VHedy- sarum styracijblium de Linné , qui est toute velue , d'a- près ce qu'en dit ce célèbre réformateur , et que nous croyons êli'e une espèce de Nicolsonia. Quant à V He- djsarum styracifolium de Poiret (Enc, 6, p. Spg), c'est une plante douteuse pour nous , ne la possédant qu'en fragmens incomplets 5 mais c'est un végétal dis- tinct , et bien décrit pour tout ce que l'on a pu en ob- server. (4''^ ) 2C>. jNicoLSOMA stjTaciJ'olia N. Ifedysarurnstyracifoliuriiiuiun. , Sj)ec.i loHa , ncc Poir. Caule fruticoso, ramosissimo , pubescente ; ramis villoso-tomentosis ; foliis, petiolo elongato , simplicibus cordato - orhiculatis ( 4 lin.) retu- sis , supra glabris , subtus tomentosis suhàucanis ; stipulis lanceolalis acutis ciliatis ; racemis terminalibus , paniculato -umbellatis ; floribus , pedunciilo capillari eloiigato; calycibus profundè 5-fidis, laciniis subœ- qualibus barbatis; fructibus... Hab. ia Indiâ orientali. ï) l'j. Le Desmodium lutescens Desv. (in Dec. , Prod., 2 , p. 326) n'est que le Phyllodium elegans (Desv. , Ann. Soc. linn. , L c. , p. 4*^4) 5 décrit sur ses brac- tées , et sans ses véritables feuilles , par M. Poiret , ainsi que le pi'ouve notre synonymie. §§§§ PHASEOLE^. a8. Abrcs precatoriiis L. Hort. mal. , 8 , t. Sg ; Pluk. , Phyt. , t. 2i4 > f. 5. Foliis i5-20-jugis utrinqué sparsè pilosis ; pedunculis folio apquanti- bus , multifloris (200) ; lioribus ( incarnatis ) interrupte spicatis ; legu- minibus compressis ( poUicaribus ) 5-6 loculis ; seminibus subsphœricis. Hab. ia Indiâ orientali. \) {F . S.) A. pauciflorus N. Rtimph. , Amb. , 5 , t. Sa ; Pluk. , Phyt. , t. 4i4 > f.6. Foliis 10-12 jugis; foliolis pilosiusculis (8-10 lin.); spicistpaucifloris (20) petiolo dimidio longioribus ; floiibus purpurascentibus jleguminibus ( subbipollicaribus ) compressis 8-ii-locularis , seminibus sphœricis. Hab. in Indiâ orientali. t) ( V. V.) Cette dernière espèce est double , dans toutes ses pro- portions , de la précédente , et la tache noire de ses graines rouges est en croissant. yi, minorN. Foliis 12-jugis ellipticisglaberrimis. Zfat.in Africâ {P^. V. S.fl.). Nous soupçonnons l'existence d'une espèce américaine dllVérente des trois précédentes. (4i9) ag. Rhincuosia lohala N. Caule scandente piloso ; foliis lato cuneatis , repaudo-subtrilohis , utrinque tenuiter strigosis , trinerviis ; stipulis subulatis sublanatis ; ra- cetnis folio longioribus ; floribus (i2-i5) subremotis ; calycibus adpressc pilosis , laciuiis lineai'ibus acutis. Hah. in Brasilia. R. argenlea N. Caule volubili ( fruticoso ? ) ; ramis angnlatis , tomentoso-incanis ; fo- liis crassis rhombeo-ovalis , acutis , mucrouatis, dense tomentosis, utrin- que incanis ; racemis folio aequantibus ; floribus umliellato-subspicatis ( maguis), pedunculatis ; vexillo tomentoso ; lacîniis calicinis clongato- lanceolatis^ acutis : superiori longiori. Hab. ad Âugolam Âfricae. Ifî 3o. Phaseolus coriaceus N. Perennis caule volubile ? glaberrimo , foliolis ovatis, obtusis, mucro- nulatis , subcoriaceis , reticulatis , utrinque glabris ; stipulis lanceolatis rigidis nervosis ; peduuculis folio longioribus (8-10 poil.) paucifloris ; flo- ribus 2-3, coccineis, magnis ; calyce : labio superiore obtuse , integro , brève , iuferiore 3-parlito : lacinîis elongatis acutis ; legumen... Hab. in Para, ip Le Phaseolus tuberosus que nous cultivons n'a pas les stipules comme les indique Loureiro ( stipulis bicorni- bus ), ce que nous ne croyons qu'une exception observée par le botaniste portugais. Le nôtre a tout le port du Ph. viultiJJorus et de grosses racines 5 mais il a les bractées plus courtes que le calice , tandis qu'elles sont plus lon- gues dans le P. multijlorus , et plus grandes. Z i. Tioi.xcROS Rhyn.chosi'Àcles'^, Caule decumbente ramosissimo , ferrugineo-tomentosoj petiolo folio aequante ; foliolis subrotundis, subemarginatis, supra tomentcllis, subtus dense tomentosis , argentatis , lateralibus lobato-auriculatis, terminali subtrilobo , nerviis rufesceufibus j stipulis ovatis , acutis , nervosis , pu- bescentibusj racemis elongatis pauciflorLs (6-8), floribus rcmotis gemi- natis ; calyce tomentoso brevidentato , bracteis minutis ; eguminibus cylindricis adpressè strigosis; lo-ia-spermis ; seminibus 10- 13, oblongis, depressis (purpureo-atris). Hab, in Peruvià. I^C? ( 420 ) D. cylindiicus Desv. iu Ham. , /. c, p. 5i. Caule scandentc sublignoso , hirto, ferrugineo; ramis teretibus fu- uiculosis; foliolis hirto-pilosis , ovato-lanceolatis, acutis; pedunculis folio longioribus ; floribus umbellatis 5-7 ; calycibus utriculatis , pilosis, (lentibus Jistinctis , apicè subulatis ; leguminibus elongatis teretibus, hit'tis, ao-spermis ; seminibus cyliudricis aterrimis. Uab.in Guyanâ. t) ? a3. DiocLEA ? argentea N. Caule volubili fruticoso; ramis subpulverentaceis ; foliolis 3 late cor- datis, obtuse mucronatis, basi extipulaceis, supra glabris, subtus seri- ceo-argentatis ; racemis (sequiped.) remotè floriferis ; floribus fascicula- tis (purpureis); calycibus obtuse dentatis ; leguminibus Hab. in Para. Cette belle plaute nous paraît s'éloigner des Dollcs par son calice, et se rapprocher davantage du genre Dioclea. 33. PsoPHOCARPTJs telragonoîobus Decamd. , Prod. , a , p- 4o3' Caule volubili; leguminibus maxiœis (6-8 poil. )i seminibus lacvi- bus. P. palustris N. Caule huraifuso , glabro ; foliolis supra glaberrirais, subtus subpuberu- lis , bracieis obtusis , nervosis, subauriculatis ; leguminibus arcuatis (ses^ quipolL), 4-spermis, subdepressisj subglabris; seminibus subcylindricis, obscure atris, pulveraceo-tomentosis, obverse adfîxis. Hab. in locis hu- midis Senegalise, indè nomen Liane humide. Q (V. V.) Les graines , contre ce qui a lieu ordinairement dans les Légumineuses , sont attachées dans le sens de la plus grande courbure , et dans quatre loges. 34. T^KIOCARPUM. Calyx ebracteatus , bilabiatus , 4 - fidus , labio supe- riore subbidentato , inferiore tripartito ; vexillum ova- tum , aise calcaratœ j carina oblusa compresso-concava ; stamina diadelpha 10, vaginula basi latè aperta. Stylus elongatus filiformis. Legumen hispidum compressum ( 4-^1 ) phirilociilare (lo). sub-articulatum , mai'gine sinuosura; semina reniformia nitentia. T. articulatum N. Dolichos arliculatus Lamk. , Enc. , 2 , p. 296. Caule scandente volubili , suffruticoso , ramis birtèrufescente-pilosis; foliolis tenuibus , glaberrimis , nervosis, sinuato denlatis : denlibus se- tiferis, lateralibus auriculalis, terminalibus basi cuneatisapice subloba- tis, petiolis birlis; racerais Iaxis folio longioribus; floribus subternatis, pedunculo elongato (subpedali); leguminibus subfalcatis, strigoso-pi- losis, aureis, submucronatis. Hab. ia ÂntiUis. 35. Kennedia stipularis N. Kennedia prostrata /S major Dec. , Prod., a , p. 387. Caule petiolisque hirto-villosis, incanis, foliolis 3 ovatis, obtusis,emar- gînatis , subrepandis ; stipulis latè cordatis; peduaculis a-Ooris petiolo brevioribus. Hab. in Âustralasiâ. i> Trois fois plus grande dans toutes ses parties que la K. prostrata. Celte dernière en diffère encore par ses fleurs dépassant la longueur de toute la feuille , dont les folioles ont cinq à six lignes de long , et dans le K. stipularis un pouce et demi. 36. EuRiosMA Decand. Calyx 5-fidus , sublabiatus ; corolla ssepè subinclusa ; stamina diadelpha ; stylus fîliformis -, vexillum sericeum aut villosum 5 legumen rectum uniloculare 1 - 2 - sper- mum. — Suffrutices; folia pinnato-trifoliata j racerai aut fasciculi florum axillares. Cette division des Rhynchosice , établie par M. De- candolle et qu'il n'avait pas encore cru élever au rang de genre , est si différente du Rhjnchosia, que nous n'a- vons pas craint de donner de l'extension à l'idée du sa- vant botaniste genevois j mais n'ayant pu observer que ( 4^^ ) trois espèces , nous ne nous permcUrons aucun change- ment relativement aux autres, réunies dans la même sec- lion. E. sessiliflora N. Cytisus sessilijlorus PoiR. , Encjcl. supjd. , a, p. 439. Rhyncliosia sessiliflora Dec. , .Prod. , 2 ,p. 389, n» 5o. Gaule suSruticoso , ramis teretibus sericeis; foliis pctiolalis (pet. 2- lin.) : foliolis elongato-obovatis, emargiuatis , supra viridibus , subtus se- riceo-argenteis; floribus sessilibus gcininis; laciuiis calycinis iaiequali- bus , unâ longiori falcatà. Hab. in Antillis. ï) E. argentea N. Sopliora trifoliata Thdnb. , Prod., p. 78. Podalyria triJbliata'Wih-L'D. , 2, p. 5o4- Suflruticosa ; ramis teretibus sericeis ; foliis sub - sessilibus ; foliolis 3 elongato-linearibus, obovatis, emarginatis, supra viridibus, subtus dense sericeo-argentatis ; floribus subgeminis; laciniis calicinis subœqualibus ; legumiuibus tomentosis subinclusis. Hab. ad C. B.-Spei. l> Ces deux plantes ont les plus grands rapports ; mais observées attentivement , elles sont très -distinctes , mais probablement mêlées ensemble dans les Herbiers. Celle des Antilles est plus grande dans toutes ses parties. E, barbata'N. Caule suflruticoso , tereti , barbato-piloso ; foliis subsessilibus elonga- tis , lineari-lanceolatis , mucronatis, aciilis, utrinque sparsè pilosis, sub- tus nervosis j bracteis lanceolatis j floribus gemiuis pedunculatis : vexillo subpiloso , angustato j leguminibus subinflatis cxsertis , tomcutellis et liispidis, i-2-spermis. Hab. in Peruviâ. 37. RuDOLPHiA ? elliptica N. Caule tereti, pulverulento-pubesceute ; foliolis ellipticis 3, mucronatis, supra asperis, subtus rugoso-tomeutosis, rufincrviis ; stipulis acutis j racemls elongatis longé pedunculatis . caiycibus racliibusque tomento- sis J laciniis calycinis , lauceolatis , acutis , subglabris j floribus spicatis (rubris) breviter pedicellatis 5 leguminibus... Hab. in Brasilia, 1) Les fleurs de cette belle plante et son port ne peuvent que la rapprocher du genre Rudolphia. ( 4^3 ) 38. MocuiTA virgala N. Dolichos virgatus Rien. , ^ct. Soc. Hist. nat. Par.,p. m (sect. a, Stizolobium). Caulc tcrcti , fruticoso ; ramis pubescentibus; foliolis ovatis, abrupte cuspidatis, supra subaspen's, sabtus nerviis pubescentibus ; racemis spi- catis folio longioiibus, floribus pedunculatis; petalis longé uuguiculatis, slamiiiibus lo monadflphis , vagiuâ fissâ ; calyce glabro , intus pubes- centè-sericeo ( ut in luuitis ) ; bracteis circinnatis , pubescentibus , de- ciduis j leguminibus compressis , elougatis , acutis , strigosis, aureis. Bab. in Guianâ. 89. Calopogonitjm N. Calyx ebracteatus , profundè 5-fîdas , clausus , gla- ber, laciniis elougatis subulalis , subgequalibus , penna- to-barbatis 5 coi'olla subinclusa ( minuta ) 5 legumea rec- tum , depressum, subuiicinatiim , birlo-pilosum , 8-sper- mum. — Planta herbacea volubilis , pinnato-trifoliata. C. mucunoides N. Caule berbaceo , tereti, rufescente , hirto; pétiole elongato; foliolis stipellatis , ovatis , mucronatis , lateralibus extra gibbosis , utrinque ad- pressè pilosis , hirtis; racemis umbellatis , petiolo subœquantibus; flori- bus subsessilibus ; leguminibus horizontalibus 6-7. Hah. in Guianâ ? O 4o. Cruminium n. Calyx cupularis , truncatus ^ legumen compressum , planum , polyspermum , utrinque marginatum. C. giganteiun N. Caule volubili suflruticoso , tereti, glabro; foliolis 3 ovato - lanceo- latis, abrupte cuspidatis , utrinque glabris, reticulatis , penninerviis, sti- pellatis; stipulis lanceolatis, acutis, scariosis amplexicaulibus; racemis subsessilibus pauciiloris (3-5), axillaribus; caljcibus glabris; legumini- bus glaberrimis (8 pollic.) longissimè mucronatis, i2-i5-spermis. /lab. in Peruviâ "if h'^ DALBERGIE/E. 41. EcASTAPHYLLUM glauCUVl N. Ramis glabris, puncticulosis ; foliis alternis , impaii-piuiiatis, 5 Iblia- ( 4^4 ) lis ; petiolis pubescentibus ; foliolis pefiolulatis , ovato-oblongis , subacu- tis, supra reticulatis, glaberrimis, subtus glaucis, pubescentibus j racetuis subsolitariis ; floribus subutnbellatis; leguminibus glaucescentibus , obli- qué orbiculatis. Hab. in insulà Porto-Rico. >> SWARTZIE^. 42. SwABTziA coriacea N. Swartzia apetala ? Raddi. Ramis cinereo-albicantibus ; foliis alterne pinnatis j petiolis subdilata- tis , subniarginatis , supra planis; foliolis 6 , glaberrimîs, petiolulatis, ovalis , abrupte acuminatis , coriaceis , subavenis ; floribus terminaiibus numerosis (200), paniculatis, apetalis; sepalis (purpurascentibus) lim-a- ribus obtusissimis ; staminibus 10 monadelphis , vaginà fissâj ovario stipitato, pubescente , longé rostrato. Hab. in Brasilia. î) S. madagascariensis N. Cassia madagascariensis Poin. , Enc. suppL ( sic in meo herb.). Ramis ferrugineo-tomentosis ; foliis alterné 2-3-jugis cum iaiparî; foliolis petiolulatis , ovato-cUipticis, crasse mucronatis , suprà albo-mar- ginatis, sanguineis , subtùs palliJe viridibus, costâ ferrugiueâ; floribus axillaribus longé pedunculatis ; calyce irregulariter erumpente , sericeo- ferrugineo; petalo unico, ample, dorso ferrugineo j staminibus uunie- rosis ( circiter 100). Hab. in Madagascariâ. !> MIMOSE/E. 43. Mimosa dominiciana N. ( sect. i, § 2 ). Aculeatâ, foliis coujugato-pinnatis. petiolis petiolulisque aculeatis ; pinnis 4-jugis; foliolis dimidiatis, laté ovatis , cordatis, margiue strigo- sis, utrinque sparsè strigosis , demùm nudis. Hab. in Dominicâ. C'est à mon estimable ami , le docteur Will. Hamil- ton, que je dois la communication de cette plante. 44- Notre Acacia lycopodioides (Desv,, Joilrn. bot., 1814 » i, p- 68) est une véritable Mimose , espèce dis- tincte , mais de section douteuse tant qu on n'aura pas observé ses fruits. yicacia sarmentosa Desv. , Journ. 60t., i8i4, i> p- 70. Dec, Prod., a, p. 465, n» 175. Ramis lerelibus, divaricatis, glabris ; aculeis sparsis , uncinatis. rcc- ( 4-^-^^ ) tiusculîs ; folîis 6-8-jugis ; peliolis aculeatis , supra basiu uuiylandulosis : glandulà parvâ j pianis sub 20-jugisj foliolis glaberrimis , linearibus , obtusis , submucromilatis i capilulis raoemosis; legmuiuibus longé pe- dunculatis, lœvibus , complanatis , lato-linearibus , margînatîs brevîter mucronatis, mucrone recto. Hab. in America. I) A. hamiltonii Desv. in Win,. Ham. , Prod.fl. Ind.occ. , p. 69. Inermis; ramis teretibus , petiolisque pubescente-fillosis ; foliis 5- jugisj pinnis 20-25-jugis ; foliolis elongatis linearibus, subremotis, ob- tusis , margiue ciliatis ; petiolis eglandulosis , inter pianas^villosioribus ^ stipulis lanceolatis aci;tis pubesceulibus ; capitulis pauciHoris terminali- bus axillaribusque subsoUtariis , lougè peduuculatis ; calycibus ciliatis 5 legutninibus... Hab. in Jamaicâ. \) Elle a quelques rapports avec V Acacia 'villosa , et doit être placée dans la même division. u4, linearis Desv. , l. c. Caule inermi fruticoso, rainoso j ramis nodosis , striatis , apicè pubes- centibus, subangulalis j bracteis subiuduratis , persistentibus ; foliis 4-5 jugis, pinnis sub 20-jugis; foliolis angusto-iinearibus, coufertis, subci- liatis ; pedunculis terminalibus elougatis , fastigiatis ; spicis subglobosis ; Calycibus margine glabris. Hab. in Jamaicâ Âutillisque. tj Elle a des rapports avec les A. caracasana et porto- ricensis. A. ungulata Desv. , Joiirn. bol. , i8i4 , ' , p- 68 , et in Ham. , /. c. Inermis ; ramis ramulis petiolisque pubescente-tomentosis; foliis longé petiolatis, 3-jugis ; pinuis 25-3o-jugis ; foliolis linearibus glabris subre- motis j stipulis linearibus acutis deflexis; capitulis axillariLus i-3 , pe- dunculis elongatis pilosis, sulcatis , petiolo œquantibus; leguminibus gl.i- berrimis , falcatis , basi in stipite longé atteni;..tis, obliqué mucronatis, marginibus incrassatis, i2-i5-spermis. Hab. iu Anlillis» A. micrantha Desv. , Journ. bot. ,1. c. , p. Gg j Dec, Prod., 1, p. 47^» n" 264. Ramis teretibus petiolisque pnbcsccntibns , tomcntosis , subflexuosis • spinrs stipulaceis , gen.duatis soSifaiiisque brevibus , su'oaxillaribi'S, vir- tis j petiolis tomcntosis ; foliis 10-jugis ; piimls 4o-5o j 45. Vrosovis fœculifera N. IngaJœculifera\izs\.\n'Q.ktii., Prod. Ind. occ. , p. 61. Caule fruticoso inermi ; foliis 7-iugis j pinais 45-5o jugis ; folioUs an- gustato-linearibus, acutis , basi cordato-auriculatis ; petiolis pubescen- tibus; floribus capitatis , longé pedunculatis ; leguminibus pedicellatis (atro-rufcsceutibus), couvexo-corupressiiisculis, glaberrimis (8-10 poil.). Uab. iu Hispaniolâ, propè Sanctum-Domiiucum. Le P. julijlora Dec. , Prod. , 2 , p. 44?? forme au moins deux variétés distinctes. et. p. juli/loraiyEC. Ramis lutesceutibus. yS. Acacia Jurcata Desv. , Joiirn, bot., i8i4 1 ', p. 67- Mimosa fur' ccta Desv., Cat. éd., 2, p. 207, Ramis purpureis. Peut-être que mieux connues , ce seront deux espèces différentes. 46. IugA. -vir^ultosa N- Acacia virguUosa Vaiil. , ined. Caule ramosissimo , ramis piibescentibus, albo-punctatis; petiolis pul- verulcntis, alatis ; foliis subsessilibus 3-4-jugis; foliolis ovato-lauceola- tis ( sub pollic.) obtusiuscuiis , mucronulatis ; racemis axillaribus divisis . floribus patulis, sertulatim dispositis; calyce infundibulifor mi glabre ; coroUis nuUis ; staminibus longissimè monadelphis ; legumen crassum compressum (bipolHcare). Hab. ia America calidiori. I) /. spinifolia Desv. , Journ. bot., et iu Ham. , l. c. , p. 61. Caule ramosissimo i spinis stipularibus subconicis: petiolis pubescen- tibus glanduliferis ; foliis conjugato-pinnatis; foliolis obliqué rotundatis nei-vosis , subtus pubescentibus , apice recurvè acuminatis spiuulosis ; floribus capitatis ; calycibus pubesceutibus ; legumiuibus tenuiter tomen- îosis , tortilibus. Hab. in Antillis. C 4^7 ) Celle espèce , omise par M. Decandolle , est 1res - ca- ractérisée , et doit êti^e placée près de VInga Vnguis Cati. I. latifolia in Dec, 2, p. 438, n" 71. On peut ajouter : Leguminibus compressis , incurvis , glabernmis , lo-Spermîs. Hab.'in Jamaicâ. /. gladiata N. Caule fruticoso; foliis 4-jugîs; foliolis obliqué ovatis, abrupte acumi- natis, suprà subasperis, subtùs rugoso-pubescentibus ; glandulis maxi- mis , cupulifortnibus ; spicis brevibus axillaribus , solitai'iis , breviter pe- dunculatis^ floribus... leguminibus compressis , falcatis, aureo-pubesceu- tibus (8 poil, et ultra ) , rostratis , marginatis. Hab. in Guianà. /. stennstachya N. acacia stenostachya Desy. , in Ham. , Prod., p. 5g (sect. 3 , Samanece). Inermis, foliis lo-jugis, petiolo basi longjtudinaliter uniglanduloso , pinnis i8-a5jugis; foliolis sessillbus imbricatis , lineari-rhomboideis , submucronulatis, utrinque glabris ; petiolis ramisque pubescentibus \ spi- cis gemiuatis axillaribus, elongato-cylindricis, gracilibus ; calycibus bre- vibus coroUisque rufo-sericeis ; leguminibus... Hab. in Guianâ. /. molliuscula N. Inermis ; foliis conjugato-piunatis; pinnis 2-3 jugis, foliolis obliqué ova- tis, mucronatis, supra uitidis , subtus molliter pubescentibus; glandulà intcr omnia paria pinnarum , foliolorutnquc ; stipulis stipelHsque lineari- bus, lanceolatis acutis ; floribus. .. fructibus... (Ex hort. Andegavense. b ) §§§§M§§ CASSIEAE. 47- Cassia renoio Desv., Journ. bot. , i8i4, i , p. 72. Cassia glabra Dec. , a , p. 5o5. Cassia cjrtisoides Dec, /. c. , p. 5oo, n» ia5. Notre description incomplète ne donnait que 4 fo- lioles , mais il eu a de 4 à 6 , dont deux rapproehée's des tiges. On devra rapporter notre Cassia. Tora au C. obtusi- ( 4^s) folia, et le C. Talaau C. Torade M. Decaiidolle 5 au surplus, cette plante , bien originaire des Indes, a égar Icment les fruits recourbés comme l'autre. C. decipiens Tizsx., L c. , p. ^3 , Dec.,/, c. , p. 5o6, n" 307 (sect. !^, Senna ) . Caulc suiïriiticoso , glabro ; foliis 8-jugis ; foliolîs lanceoiatis , angus- tis, uiucrouuLti;;, glabris, petiolo glaudulobo: stipulis rigidis subulatis; leguruiiiibus coaipressis elongatis subincurvis , medio subtumiJulis , gla- berrimis. Hab. iu Aulillis. C. discolor Desv. , /. c; Dec. C. oxyadena Dec, l. c. , p. 498 » no 64. Foliis 5-7 jugis ; foliolis clongato-ovatis, glabris subeniarglnatis , subtus glabris glaucescentibus , extimis breviuribus \ petiblis glabris , glaudula inter infima parium, acuta clavulata; leguminibus peduiiculatis, compiesbis , mucronatis, subiutcrsiiuctis, S-spermis. Hab. inAutillis. t) C. Desi-aïuài Dec. , l. c. , p. 5o5 , n» 1S6. Cassia tetraphylla Desv. , Jourii. bot., l. c. , p. •j'i , non Mill. Cassia pidchra Kun-th, Noc. Gen. ,6, p. 632; Dec. , no 187. Foliis bijugis, glaberrimis; foliolis flabellato-S-nerviis , obliqué obo- Vitis, oblongis , apicè rotundatis j petiolo iufra foliola glauduloso ; ramis dislicliè hispiJulis, pedunculis axillaribus birsutis , solitaviis, folio lon- ^ioribus, apice bibracteatis; bracteis , calycibiisque glaberrimis ; legumi- nibus subpedoîiculalislatis j villosis. Hah. in America calidiori. I) C. tetrajhliata^, ( § i, Bauhiniance). Foliis bijugis utriuquè pilosis ; ramisliispidè tomentosis; foliolis elon- gatis obliqué obovatis ciiiatis , basi 5-nurviis subcordalis, apicè acutis, mucronulatis ; petiolo basi foliolorum glanJuloso, apicè mucronato ; pe- dicellis axillaribus unifloris, petiolo longioribus; calycibus glaberrimis; leguminibus pilosis subrectis subangustioribus. Hab. in America cali- diori. î) Le C. bifoliolata Dec. , 11° i34 , renferme deux va- riétés bien caractérisées. «. C, pentandraKxDDJ i C. bifoliolata Dec. Foliolis oblongis subviridibus , nilosiusoulia. ( 4^9 ) /fi. C. ralundifolia Pjms.j C. nummulai'.a Vaiil.; C. fabi^ihifoLa < Kuuth. Foliolis subrotun Jalis , cinerascentè pilosis. 48. BAUHHviAyurcafa N. (sect. i, Casparia). Ramis teretibus pnbescentibus bruneis; fob'ïs ultra medi:uu libcris, coiclatis : divisuris tlivaricatis , tiinerviis , lanceolatis apfcè obf.usîs , siiprà tomentosiusculis, subtus pallidis , toraentosis ; leguuiinibus pedi- ccilatis , planis , subrectis , lœvibus, subaiargiaatis , infra longé atte- nuatis. Hab. in America calidiorî. 1) Propè B. porrectam. B. racemiJeraJyzsY., Journ. bot., i8i4, p- 74 (sect. i). B. spathacea? Decand. , 2 , p. 5t2 , n» 3i. Ramis glabris ; foliis basi profnndè covdatis , usque ad apicem coucre- lis, latè emarginatis, mcdio mucronatis , subtus pubescentibus biner viis j floribus racemosis subunilateralibus . raceinis oppositifobis. Hab. in America calidiori. B. rhodacantha N. (sect. a, Pauletia). Racemis subteretibus, tomentosis ferrugiueis, aculeis stipularibus , gemiuis, incurvis; foliis cordati^ subtus tomentosis; foliolis lanceolatis acutis subparallelis trinerviis, ultra médium coalitis; racemis axillaribus et terminalibus, aculeatim stipulatis; floribus gemiuis j stamiuibus io-5- fertilibus. Hab. in Brasilia, I) B. cucullataTiEsy. , l. c. (sect. 2, Inernils). Ramis ferrugineo- tomentosis ; foliis cordatis subrotuudatis , subtus 4 nrrviis , villosis ; foliolis ultra incdiam coalitis , obtusissimis ; racemis axillaribus, pedunculis subgeminis ; staminibus 10, 5 fertilibus ; fructibus adultis , glaberrimis, iufià attenuatis , apirè subfalcatis, rostratis. Hab. in America calidfore uec in Indiis orientalibus. l) B. Farek Desv. , l. c. (sect. 2 , ^culeatœ). Aculeis stipularibus ; foliis glabriusculis viridibus, basi cordatis, ultra médium iiberis j foliolis lanceolatis obtusiusculis , mucronulatis, triuer- \iis ; calyce spathaceo , petalis uuguiculatis , ovato-lauceolatis. Hab. in dumetosis Aby^siniae. \) B. viridescens N. (sect. 2 , Inermes). Ramis teretibus , glabris ; foliis latè cordatis , tenuibus , ultra médium coalitis j foliolis ovatis subacutis , subtus pulveraceo-pubescentibus , 5- nerviisj racemis spicatis oppositifoliis , multifloris; leguminibus pubes- ( 43o ) cetitibus , hreviter peduuO^lalis, rostrntis. Ilob. iu Indià orientali et Timoré. î) B. rujicarpa N. (sect. 3, Symphyopoda"). Ramisteretibus griseîs, glabrisj ramulis tomenlosis ferrugineis, foliia rotundatis , basi subtruncatis , ultra médium coalitis , apicè rotundis , subtus tenuiter tomenlosis, 3-4-nerviis ; racemis oppositifoliis , pauciflo- ris j Icguminibus pubescenUbus , rufis , subincurvis, rectè mucronatis. Hab. in Indià orientali circùm Goam. î) B./loribunda^' (sect. 5, Cauiotretus), Ramis compressis , uuilatere lineatis, tomentcllis, cinnamomeis ; foliis cordatis usque ad médium coalitis , foliolis ovatis subacutis, subtus $-7 nerviis , nitenlibus , glabris, cinnamomeis ; floiibus dense spicatis, termi- nalibus , stipulis filiformibus ; calyce 4-dentato ; petalis e^itùs pilosis , leguminibus... Hab. in Brasilia. Ij B. Buchanani ( sect. 5). Bauhinia diphylla BncHAN. , Itln. ; Michel . Symes, tab. 24 ( optima ). Scandens ; ramis glabris , sterilibus tetragonis 4 - sulcatis , ferti- libus crassis cylindricis ; foliis à basi liberis , petiolulatis , oblique ova- tis , obtusis , 4-nerviis ; cirrhis compressis , involutis , folio brsvioribus ; racemis terminalibus ; pedicellis crassis flore subaequantibus ; calycibus subtuvbinatis , lacinus involutis ; floribus (albis ) ; petalis lanceolatis un- guiculatis , apici tubi calycis inserlis ; stigmatibus obtusis ; leguminibus pedicellatis. Hàb. in sylvis Indiœ orientalis ( Emp. Birmanni) vulgo Pa- lam. 49. ANTHOPfoTA elliptica N. Foliis 4-jugis abrupte pinuatis ; foliolis ellipticis, obtusis mucronatis- que, marginatis, glabris, subcoriaceis. ^«6. in America catlidiori. t» Le caractère de ce genre curieux est inexaclement énoncé dans l'ouvrage de feu notre savant ami le baron de Beauvois; nous allons exposer ce caractère d'après notre espèce , dont la fleur est sur de grandes propor- tions. Bractese 2 , connatse , concavse, accrescentes, ad basîn anthopliori elongati accrescenlis persislentes ; calyx 4" ( 43i ) sepalus 5 pelala 2 , opposita : inferius longe uiiguicula- lum , limbo cochleiformi , latè emarginato -, snpeiius complanatum, spatliulalo-rotuiidatum 5 slamina c) libéra, 2 sterilia 5 ovarium substipitalum. 5o. La figure du fruit du Palovoa , donnée par M. de Lamarck dans ses Illustrations , t. SaS , est inexacte ; ce fruit , que nous avons tenant au rameag: , peut être ainsi caractérisé : Fructus obliquus , basi unolatere gibboso - auricula- tus , apicè mucrouatus , crasse marginatus , utrinque latere obliqué rugoso-plicatus. IXoTicE sur l'Intensité de la Fécondité en Europe, au commencement du dix-neuvième siècle j Par M. Benoiston de ChAteàuneuf. (Lue à l'Académie des Sciences le 23 octobre i8a6, ) On a publié il y a quelque temps , dans un recueil es- timé , le Bulletin universel des Sciences ( caliier de jan- vier 1826) , un tableau très-bien fait du mouvement de la population de la France , sur une moyenne de cinq années. En l'étudiant avec quelque soin , et surtout en substi- tuant la division par provinces à l'ordre alphabétique des départemens qui peut être utile à l'administration , mais que la science repousse , parce qu'il sépare sans cesse ce qui est réuni dans l'ordre naturel , ce tableau ( 4-^>^ ) donne lieu à des rapprochemens qui peuvent n'être pas sans quelque intérêt. Dans une Note communiquée dernièrement à l'Aca- démie , j'ai établi que le lemne commun des naissances était aujourd'hui d'un sur 3o individus , celui des décès d'un sur ^o , et celui des mariages d'un sur i23. On sent bien que ce n'est là qu'un rapport très-général donné par le mouvement de population des principaux étals de l'Europe, et qu'on peut l'élever ou l'abaisser selon qu'on y ajoutera de nouveaux élémens ou qu'on en retranchera. Les naissances , ainsi que les décès , ne suivent point une loi qui soit commune à tous les pays 5 il s'en faut de beaucoup qu'un même nombre d'unions donne partout un môme nombre d'enfans. La proportion eu varie de peuple à peuple , de canton à canton , de ville à ville. On a dit qu'en avançant du nord au midi , la fécondité devenait plus grande ; que les climats chauds portaient davantage à l'amour 5 que le germe de la vie , resserré par le froid des pôles , se développait avec vme extrême énergie sous l'influence d'un soleil ardent. On a dit aussi tout le contraire , et qu'un froid modéré paraissait être une des conditions les plus favorables à la reproduction de l'espèce humaine. On a dit encore que l'union des sexes n'était nulle part plus féconde que dans les pays de côies , chez les pê- cheurs ; après les pays maritimes on plaçait les paysi de vignobles , puis les pays de pâture : ceux de landes et de forêts viennent ensuite. Il convient d'examiner jusqu'à quel point ces asser- tions sont vraies. ( 433 ) Si l'on partage l'Europe en deux climats uniques , dont l'un commençant au Portugal et finissant aux Pays-Bas , s'étendrait ainsi du 4»' degré au 5o*, et représenterait le midi, tandis que l'autre, allant de Bruxelles à Stockholm, ou du 5o* au 67^ degré , représenterait le nord , on trou- vera que , dans le premier , cent mariages donnent 45,70 naissances (1), et que dans le second, le même nombre d'unions n'en produit que 43,oo (2). La différence devient encore plus grande , si l'on com- pare seulement entre elles les deux températures extrê- mes. En Portugal , il naît 5. 10 enfans par mariage (3) ; en Suède , 8.63 seulement (4). Enfin , sans sortir de la France , on peut trouver d^e nouvelles preuves de cette observation. « La fécondité , )) dit Molieau , augmente en France du nord au midi. Là » le terme moyen annuel des naissances est de 5,o3 par fi) 1,878,27011. =4.57. 410,695 m. Les pays qui fournissent ces nombres, sont le Portugal, le royaume de Naples, le gouvernement de Venise, la province de Cragancc, la principauté d'Oneiile , le comté de Nice , la Savoie , une partie de la Suisse , la France. (2) 12,781,0900. = 4.3o. 2,969,029 m. Les pays qui donnent ces nombres, sont la Hollande , l'Angleterre , la Prusse, le royaume de Hanovre, la Bohême, la Moravie et la Silcsie autrichienne , la Suède , la Norwègo , l'évêché d^Aggcrhaus , la Russie. (3) Balbi, Statistique du Portugal , tom. i". (4) fd. , Tableau de population. (434) « mariage , et dans les provinces du nord , il n'est que » de 4-^4 (O- " Ce qui était vrai pour nous , il y a cinquante ans , Test encore aujourd'hui. La moyenne des naissances , prise sur cinq ans ( 1821 - 25 ) , est de 4*34 V'^^ mariage dans nos provinces du midi ( le Dauphiné , le Languedoc , la Provence) , et dans la Flandre et la Picardie , elle n'est que de 4'00 (2). Ces faits suffisent pour ne point accuser d'inexactitude les écrivains qui ont avancé les premiers que la fécon- dité était plus grande dans les pays chauds que dans les pays froids : ils ont eu raison. Mais si l'on pousse plus loin les recherches , si en les étendant à beaucoup de pays on les généralise davan- tage , alors les différences de climat, de température, de position s'effacent , leur influence cesse de se faire sentir, et la nature suit d'autres lois. S'il naît en Portugal 5. 10 enfans par mariage, la Bohême en donne 5. 20, et la Moscovie 5.2b 5 la Mora- vie et la Silésie 4-8 1 ; la Hollande 4.20 ; la France 4-2 1; l'Angleterre 3.5o, et la Suède, à l'autre extrémité du continent, 8.62. La mesure de la fécondité n'est donc pas toujours celle de la température , du climat, etc. .f' Il y a donc des con- ditions plus indispensables encore à son activité? (i) Recherches sur la Population de la France , p. iSq et suiv. (2) Les 1 5 départemens qui représentent ces provinces donnent , pour ce nombre d'andées ,653,543 naissances (enfans naturels déduits) , et i5o,552 mariages. Les 3 départemens qui représentent ce» provinces donnent 3o5,87i naissances , et 76,468 mariages. ( 435 ) On sait que quatre naissances par mariage sont un ternie moyen très-haut pour les climats les plus sains de l'Europe ; cependant il existe des pays où la proportion est encore plus élevée. En France , par exemple , il y a un demi-siècle , elle était de 5.io pour Tile de Ré , où l'on comptait alors 45^00 habitans par lieue carrée. C'é- tait le terme le plus fort de la population française 5 l'île d'Oléron venait ensuite (i). Ce rapport , d^à très-fort pour la France , l'est égale- ment pour le reste de l'Europe. On peut même le re- garder comme l'expression de la fécondité la plus heu- reuse ,[^et nul doute que là où il existe , les circonstances les plus favorables ne le déterminent et l'entretiennent. Si donc nous parvenons à rassembler beaucoup de pays où on le retrouve , il est probable que cette réunion fera tout-à-coup ressortir les causes qui agissent le plus efficacement sur la reproduction de l'espèce humaine. Ce tableau donnera d'ailleurs de l'intérêt à ces re- cherches et de nouvelles preuves à notre opinion. Le voici : Il naît , année commune , par mariage : En Portugal , 5. i4 enfans. Dans la province de Bergame , 5.24' Dans le gouvernement de Venise , 5.45. Dans la Savoie, 5.65. Dans le Roussillon ( Pyrénées-Orientales ) , 5. 1 7. Dans une partie du Dauphiné ( Basses- Alpes ) , 5.39. Dans une partie du Lyonnais (la Loire ) , 5.68. (1) MOHEATJ ,p. 67. ( 436 ) Dans une partie de T Anjou (Mayenne) , 5.09. Dans une partie du Poitou (Vendée) , 5.46. Dans une partie de la Bretagne (Morbihan) , 5. 5 '2. Dans une partie de la Franche -Comté (Jura) , 5.0 1 . Dans une partie de l'Alsace ( Bas-Rhin ) , 5.o3. Dans le canton de Fribourg , 5.35. Dans une partie de l'Ecosse, 5.i3. Dans la Bohême , 5.27. Dans la Moscovie ,5.25. Dans les deux Flandres , orientale et occidentale (Bel- gique) , 5.27. Ici, le Nord, le midi, les pays de côtes, ceux de plaine , de pâturage , tout est confondu , et l'intensité de la fécondité se soutient partout. Elle varie de quelque chose, sans doute, parce qu'il est impossible qu'elle soit partout exactement la même ; mais partout elle at- teint un degré très-élevé : partout , quels que soient les lieux , les climats , les expositions , elle se montre très- forte. Quelle est donc cette cause commune qui agit du nord au midi , dans l'intérieur des terres , comme sur les bords de la mer ? Quel est cet excitateur commun de la reproduction de l'espèce humaine ? Ce qui frappe d'abord , en examinant ce tableau avec quelque attention, c'est que de dix-sept pays qu'il ren- ferme , il y en a huit de montagnes ( la Bretagne , la Franche-Comté, le Roussillon , le comté de Nice, la Savoie , le canton de Fribourg , la Bohême , le Berga- masque ) , et nous ne doutons pas qu'il n'y en eût encore davantage si nous possédions plus de renseignemens. ( 437 ) Nous reviendrons sur celte observation : il eu est une autre plus importante à faire. Ces pays , si diflerens entre eux de climat , de tempé- rature , de site;, de moeurs , d'habitudes , se ressemblent cependant en un point. En général , ce sont tous de bons pays , et nous entendons par ce mot les pays seulement où la terre produit suffisamment pour les besoins de riiomme , où dès-lors il trouve une existence facile, pro- venant d'une nourriture assurée. Prenons pour exemple la Savoie , dont les habitans nous paraissent si pauvres. Ceux que nous voyons parmi nous le sont beaucoup en effet 5 mais quand ce Savoyard, qui n'avait rien , retourne dans son pays , il a gagné de quoi y vivre : ce n'est qu'à cette condition qu'on peut habiter ses montagnes. Qui y demeure possède quelque chose 5 qui n'a rien est obligé d'en sortir. Aussi sans être riches , et beaucoup le sont , les habitans de la Savoie ont tous une propriété quelconque : ils ont tous une existence assurée. Il en est de même de la Suisse , de la Galice , de l'Au- vergne. L'émigration annuelle de ceux qui en sortent assure la subsistance de ceux qui restent 5 et sur une terre qui , sans être féconde , est loin d'être stérile , il y a toujours de quoi vivre quand il n'y a pas ii'op d'iiabi- tans. Déjà depuis long-temps les écrivains qui s'occupaient de la population de la France , avaient remarqué que la Normandie , la Bretagne , la Franche-Comté , le Rous- sillon , le Dauphiné, le Poitou , l'Auvergne et quelques autres provinces encore , étaient celles qui , relativement aux autres . donnaient le plus de naissfinces , et l'on sait ( 438 ) que ces provinces sont les meilleures de la France. Ces anciennes observations confirment les nôtres : celles-ci à leur tour, faites au milieu de nous et sous nos yeux , donnent plus de confiance aux faits que nous établissons ici , d'après des populations étrangères dont nous som- mes toujours moins sûrs. C'est donc avec raison que Franklin disait que rien n'invite plus à se marier que l'assurance d'une subsis- tance aisée (i) ; que Montesquieu écrivait que là où deux personnes peuvent vivre commodément , il se fait uu mariage , parce que la nature y porte toujours assez quand elle n'est pas arrêtée par la difficulté des subsis- tances (a). On observe encore que les peuples pauvres , mais li- bres , se marient davantage que les autres ; cela doit être : la liberté garantit la propriété , et quand on possède , on vit plus long-temps et l'on produit davantage. Dans les pays de petite culture , on compte un vieillard sur 28; et un seulement sur Sa dans les pays de grandes fermes. Voilà encore pouiquoi la fécondité se montre si ac- tive au sein des montagnes. Outre l'air pur que l'on res- pire sur leurs sommets élevés , on y éprouve un senti- ment d'indépendance et de bonheur qui fait aimer la vie et porte à la donner. D'après ce que nous avons dit entendre par bons pays, on s'étonnera peut-être de voir figurer dans ce tableau la MosGovie , et de ne pas y trouver la Hollande. Mais ce serait une erreur de croire qu'il en est des (i) Discours sur la population, inséré dans ses Œuvres. ip.) Esprit des Lois , liv. aS , ch. x. ( 439 ) serfs de la Russie comme des esclaves de l'Amérique , et que le propriétaire de dix mille paysans les traite comme le maître d'une habitation traite ses nègres. Dans beaucoup de provinces de la Russie , l'esclavage est très- doux. Les serfs y sont bien vêtus , bien noui^is , bien logés ; aucune main barbare ne les accable de mauvais traitemens ; une cruelle avarice ne leur enlève point le fruit de leurs épai'gnes . et quand elles sont suffisantes pour les faire exister commodément , la liberté devient presque toujours la récompense d'une sage économie. Avec un tel esclavage et une terre susceptible de pro- duire , la vie peut être heureuse et les mariages fé- conds (i). Quant à la Hollande , pays où l'agriculture , l'indus- trie , le commerce , fleurissent également , où les pro- duits sont abondans , le peuple aisé , les institutions li- bérales , et où cependant , d'après les renseignemens que nous devons à l'extrême obligeance de MM. Quelelet et Smits , secrétaires de la commission de statistique du royaume des Pays-Bas , la fécondité ne s'élève pas à plus de 4'5o, tandis qu'elle est de S.nj dans la Belgique, nous avouerons qu'il est difficile de donner, de cette dif- (i) Le peuple russe ne connaît pas le bonheur moral , mais il jouit d'uue sorte de bonheur matériel; car les serfs , certains d'être toujours logés , nourris , chaufîés , par le produit de leur travail ou par leurs sei- gneurs , et étant à l'abri de tout besoin , n'éprouveut jamais le tour- ment de la misère ou l'efiroi d'y tomber. Les se-igneurs ont sur eux une autorité de droit sans limites ; mais presque tous usent de ce pouvoir avec une extrême modération. {Mémoires de M. de Ségur, totn. n, p. a33; 1826.) ( 44o ) férence entre deux pays riches et gouvernés par les mê- mes lois , une explication satisfaisante. Toutefois , en se laissant aller aux simples inductions qiù naissent des apparences , on doit reconnaître que le climat particulier à la Hollande triomphe ici des pré- cautions prises par ses habitans pour se préserver de sa dangereuse influence; que malgré tous leurs efforts , ils ne peuvent empêcher que l'atmosphère brumeuse , hu- mide , dans laquelle ils sont constamment plongés , ne développe chez eux une prédominance très-marquée du système lymphatique sur tous les autres -, n'entretienne un état de langueur et d'obésité qvxi enlève aux organes une partie de leur énergie , affaiblit le corps , en énerve la vigueur. Ces conditions remarquables de température et de localité n'existent point au même degré dans les deux Flandres , orientale et occidentale , où un air moins humide , un terrain plus sec , une agriculture plus riche, donnent aux individus une constitution plus forte. JN^ous ne prétendons point que celte raison soit la seule , ni même la meilleure que l'on puisse apporter de la différence de fécondité observée dans la Belgique et la Hollande , nii.is nous croyons qu'elle ne choque ni le bon sens ni les faits. n en es ceptions se multiplier , lorsque le cultivateur ajoute (i) Aussi nous n'avons point été surpris de lire dans le tome vi de sou Précis de ta Géographie universelle , que M. Malte-Bruu vient de pu- blier , é[ue ce privilège qu'on attribue aux pays de côtes souflre de nom- breuses exceptions. Il cite en preuve la Corse , la Sicile , la Sardaigne, qui sont moins peuplées , dit-il , que le continent de l'Italie. (a)T. II , p. 208. ( 444 ) » à ses moyens de subsistance par la vente de son huile ; » mais quand elle est vendue , quand déjà sou produit )) en argent a disparu , et lorsqu'on est parvenu à cette M saison , celle de l'été , où les grands travaux exige- )) raient précisément ce qui manque et ce que l'on ne » peut plus se procurer, des alimens nourrissans et en 1) abondance , alors nécessairement le penchant se tait , » le rapprochement des sexes devient plus rare , et les » naissances , dont l'origine appartient à celte saison , •H ont lieu , pour la plus grande partie , dans les villes » de Nice et de Menton , où l'on travaille moins , et où » la subsistance est presque toujours assurée (i). » L'étude des faits anciens , l'observation des nouveaux, les écrits des publicistes , l'opinion des savans , tout semble donc se réunir pour placer la cause principale de l'énergie de la fécondité chez les peuples , dans l'abon^ dance des subsistances , et pour reléguer dans les causes accessoires ou secondaires , le climat , la température , le site et les autres raisons que l'on en a données. S'il en était autrement , en effet , quel autre pays ver- rait les hommes multiplier davantage que l'Orient , cette partie du monde qui en fut autrefois le berceau ? Eh bien , dans l'Orient aujourd'hui , la population languit, accablée par la tyrannie qui l'opprime 5 tandis que sous un ciel aussi beau , mais sous un gouvernement pater- nel , la Chine peut contenir à peine les nombreux habi- lans qui couvrent ses champs féconds , et que dans un autre monde , au milieu d'un climat bien différent , les Etats-Unis doivent à leurs lois tutélaires de compter un (1) Voyage aux Alpes maritimes, t. 11 , p. ao8. ( 445 ) mariage sur trente individus , et une naissance sur vingt (i) 5 justifiant ainsi ce qu'avait annoncé le génie de Montesquieu, que les pays ne sont pas cultivés en rai- son de leur fertilité , mais en raison de leur liberté (a) : observation profonde qui donne à la condition principale de la fécondité , l'abondance des subsistances , tout son complément , comme à notre pensée , tout son dévelop- pement. Au reste, les états ne sont pas peuplés par les enfans qui y naissent , mais par ceux que l'on y conserve. Beau- coup de naissances peuvent n'attester souvent que beau- coup de morts , car il faut beaucoup produire là où la destruction est très -grande. Après la peste qui ravagea la Prusse en i^io , on observa que les naissances , qui n'étaient que de 26,000 année commune, dit Sussmilcli, s'élevèrent à 82,000 l'année suivante , et c'est avec raison que M. Mallhus a avancé que les décès règlent les nais- sances. Malgré la fécondité brillante qui semble être l'heureux partage de quelques pays , le nombx'e de quatre person- nes et demie par famille est un terme très-fort pour l'Eu- rope ; ce qui montre qu'un peu plus de deux enfans seulement échappent , dans chaque ménage , aux nom- breux dangers qui les menacent. La mort détruit partout les fruits trop abondans d'une production trop active , et sa faulx ramène tout à un égal niveau. L'Ecosse en est un exemple frappant. L'on sait que les femmes de ce pays partagent avec les (i) Warden, Discours préliminaire. {1) Esprit des Lois , liv. 18 , ch, 3. (44^ ) Suédoises la réputation d'être exlrèmement fécondes. Il est en Ecosse plus d'un village où le terme moyen des naissances est de 5 , 6 et 7 par mariage. Nous avons eu la patience de relever les tables de population de dix- sept volumes sur vingt- un , que John Sinclair a publiés sur la statistique de celle partie de l'Angleterre , et dans ce pays si vanté pour la fécondité des unions , le rap- port général des naissances aux mariages , pris sur dix années finissant en 1793 , n'atteignait même pas quatre et demi ( 4-3 ) (i) ; peut-être aujourd'hui est-il plus fa- vorable. Nous voudrions posséder assez de renseignemens pour pouvoir indiquer quel est en Europe le terme moyen , au - dessus et au - dessous duquel le sein de la femme n'admet point une fécondité moindre ou plus grande. Les élémens npus manquent pour l'établir d'une manière certaine 5 seulement , d'après ceux que nous avons sous les yeux , il semble ne pas descendre au-dessous de 3. 18 (i) Il arrive bien rarement que l'on aille chercher des autorlfés dans un roman , et que Ton appelle la fiction en témoignage de !a vérité ; ce- pendant nous n'hésitons pas à citer ici Walter Scott à l'appui de ce que nous avançons. Cet écrivain , si parfaitement au fait de l'histoire d'E- cosse , dit dans un de ses romans : « Les fermiers de l'Ecosse sont au- jourd'hui beaucoup plus policés et mieux élevés que ne l'étaient leurs pères. On ne retrouverait plus leurs mœurs grossières, leurs manières rustiques : tout a changé ou a été modifié par l'exemple de leurs voisins. Sans rien perdre de la bonté de leur caractère franc et loyal , ils cultivent à présent les arts dont leurs ancêtres n'avaient jamais entendu parler. Ils ont fait de grands progrès, non-seulement dans l'agriculture, mais dans tout ce qui concerne l'aisance et les commodités de la vie. Depuis trente ans, le luxe même s'est introduit au milieu de leurs rochers. »( Tom. 11 , ch. II de Gui Manuering.) (447 ) (France), ni s'élever au-dessus de 6.77 (Savoie) 5 mais il faut toujours se rappeler que ce sont là les termes moyens d'un pays tout entier : car il est des localités où ce rapport descend beaucoup plus bas. A Paris , par exemple , il est à peine de 2.44 » lundis qu'il va à 6 et 7 dans plusieurs villages d'Ecosse. D'après le tableau cité au commencement de ce Mé- moire , le terme moyen annuel le plus haut des nais- sances est , pour la France , 5.68 , et le plus bas , 3. 18. Le premier se trouve dans le Forez (Loire) 5 le second tombe dans cette partie de la Normandie qui forme le déparlement du Calvados. En général , dans les pays les plus favorisés il se sou- tient entre 4 et 5 ; dans ceux qui le sont moins , il reste entre 3 et 4- Au reste , nons avons déjà dit que la fécondité variait de pays à pays , de canton à canton , de village même à village. Vouloir expliquer toutes ces anomalies , en as- signer toutes les causes , serait s'occuper d'un problême très-compliqué, très-difficile, peul-êlre même impossible à résoudre dans beaucoup de cas. Aussi ne pi'éscnlons- nous ici que des résultats très-généraux -, mais nous n'en pensons pas moins qu'on doit regarder comme suffisam- ment appuyées par les faits, les propositions suivantes : , Que le sol, le climat, la température , les habitu- des , etc. , n'ont d'action directe , nous ne disons point sur la fécondité , mais sur l'intensité de la fécondité , que dans les cas particuliers où ces différentes causes ac- quièrent par une raison quelconque une influence forte- ment prononcée et toujours agissante ; comme il arrive, sous le rapport du sol , aux pays de plaines ou de mon- (448) tagnes , humides , marécageux , malsains , tels que la Hollande , les environs de Rochefort , la Sologne , etc. ; sous le rapport de la température , en Portugal et en Suède -, comme on poui"rait l'observer encore , sous celui des institutions, dans des pays de religion différente, dont l'une prescrirait des abstinences, des jeûnes fréquens , et l'autre n'en ordonnerait aucuns. Qu'hormis ces cas particuliers et dont l'influence est alors spéciale , dans tous les autres l'intensité de la fé- condité parait n'en plus reconnaître qu'une seule , l'a- bondance des subsistances ou un travail assuré 5 car avoir du travail , c'est avoir de quoi vivre ; ce qui explique pour- quoi , dans les pays manufacturiers où il y a sans cesse demande de bras, la population en général estnombreuse. Aussi n'est-il point de principe d'économie politique sur lequel tous les auteurs soient plus d'accord que celui qui établit que la population des états se proportionne toujours à la force de leurs produits. Que c'est en vertu de cette loi , qui souffre bien peu d'exceptions , qu'on n'observe point de naissances nom- breuses chez un peuple pauvre ou opprimé , c'est-à-dire manquant d'agriculture , d'industrie ou de liberté. Que bien loin de là , les populations esclaves s'affai- blissent au lieu de s'accroître. C'est un fait reconnu qu'à Saint-Domingue en 1788 , trois mariages ne donnaient que deux enfans parmi les noirs, tandis que chaque union en donnait trois parmi les blancs (i). Que ces modifications de la population , ainsi que celles des mariages et des décès , sont étroitement liées (i) Page , Traité du Commerce des colonies , p. 218. C 449 ) avec l'étal de l'homme en société , et que , favorables ou contraires j selon qu'il jouit d'une existence plus ou moins heureuse et d'une liberté plus ou moins étendue, elles deviennent ainsi l'indice le plus sûr de la bonté des institutions qui le gouverne , ainsi que du degré de ci- vilisation auquel il est arrivé. Que ces considérations , qui montrent que les gouver- nemens disposent à leur gré , dans un sens très - réel et très-positif, de la vie des hommes , et qu'il dépend d'eux d'en allonger ou d'en raccourcir la durée , prennent dès- lors un caractère très-élevé , comme elles reçoivent une nouvelle confirmation de l'exemple opposé des Orien- taux , chez lesquels la population languit et déci^oit , et de celui des Américains , où elle a doublé en moins d'un quart de siècle. Mais il ne faut pas oublier qu'aux Etats- unis , un ouvrier gagne en un jour de quoi nourrir pour trois , lui , sa femme et ses enfans. Enfin , que dans les pays de côtes , les naissances peu- vent être plus nombreuses que dans l'intérieur des terres ; qu'il peut en être de même successivement pour les pays de vignes , de pâtures , de blé , de forêts , com- parés sous ce rapport les uns avec les autres , bien que le tableau de MM. Villot et Villermé soit peu favorable à ces assertions , puisque les rapports des départemens vignobles , tels que la Côte-d'Or, la Marne, l'Yonne , le Loiret, Saône-et-Loire , Loire-et-Cher , sont plus faibles que ceux des autres départemens qui ne sont ni maritimes ni pays de vignes (i) ; mais que , relatifs seu- (i) Dans les Alpes-Basses, la Corrèze , le Tarn , Vaucluse , le Rhin- Haut , l'Isère , le Gard , Pyrénées-Hautes , etc. ( 45o ) lenient aux lieux où ou les observe , ces maximums par- tiels de fécondité n'eu représentent point l'intensité d'une manière absolue -, qu'ils disparaissent quand on l'éludie de peuple à peuple , ou vseulement sur des popu- lations nombreuses. Une dernière observation terminera cette Notice. « Il » ne faut pas , a écrit un liomme d'état célèbre ( Necker, u4 dininislration des Finances ) , qui s'occupait comme nous de questions dont la solution ne saurait être don- née avec une rigueur mathématique , « que la crainte M d'un défaut d'exactitude empêche de présenter un tra- i> vail qui peut d'ailleurs être utile. » Pour approcher de cette exactitude autant que pos- sible , nous répétons que nos propositions sont établies sur de très-larges bases , sur de très-forts nombres. Néanmoins , bien que chaque siècle , chaque écrivain, prétende avoir des renseignemens meilleurs que ceux qui l'ont précédé , et se flatte par cela même d'avoir mieux fait , on sent que tous les recensemens de popu- lation seront toujours sujets à beaucoup d'erreurs , quel- que soin que l'on prenne pour les éviter. Il est probable que les opérations d'aujourd'hui n'en sont pas plus exemptes que celles d'autrefois. Mais en agissant sur de grands nombres , et sur plusieurs années , les erreurs s'effacent , et il est possible d'avoir quelque confiance dans les résultats que l'on obtient. Sans cela , il faudrait abandonner toutes les recherches , cesser tout travail , et désespérer de ses efforts et de la science. (45i ) s u R l'Identité des deux espèces nominales d' Ornithork/nque; (Lu à rÂcadémie des Sciences le i8 décembre i8i6.) Par M, Geoffkoy Saint-Hilaire , Membre de l'Institut. M. le duc de Chartres , jaloux d'augmenter sa collec- tion naissante d'histoire naturelle , vient de l'enrichir d'un couple d'Ornithox'hynques, récemment apporté de la Nouvelle - Hollande par l'un des principaux officiers de la dernière expédition (i) autour du monde. Il faut que S. A. R. ait été informée par la lecture , ou par l'effet des publications du Globe , que nous nous étions oc- cupés de ces animaux dans une de nos dernières séances, pour avoir admis qu'elle ferait une chose utile à la science en nous donnant communication des objets de sa dernière acquisition. En conséquence , le premier offi- cier de la maison d'Orléans , M. le comte Anatole de Montesquiou , autorisé à cet effet , voulut bien hier m'a- dresser les deux Ornithorhynques présentement déposés sur le bureau. L'Académie se montrera d'autant plus sen- sible à ce témoignage d'une attention aussi bienveil- lante , qu'il est notoire que la science en egt toujours au point de désirer de nouveaux et de plus amples rensei- gnera ens concernant ces animaux. Je vais m'expliquer à cet égard. L'on n'a pas oublié les vives impressions , le mouve- ( I ) Expédition formée de deux bâtimens de l'Elat , de la Thétis, com- mandée par le commandant général baron de Bougainville , et de YEs- péiance , par le capitaine de vaisseau M. Ducamper. ( 452 ) ment de surprise et d'admiration même des naturalistes/ quand , dans l'année 1800 , ils apprirent du très-savant Blumenbach , qu'il existait dans des contrées lointaines et nouvellement découvertes , dans l'Australasie , autre et cinquième partie de la terre, un Mammifère à bec d'oi- seau (i). Blumenbach , pour rendre et pour faire parta- ger sa manière de sentir, sou extrême surprise , à la vue d'un être qui lui paraissait si extraordinaire , ne s'en tint pas à cette première et piquante périphrase , au nom de Mammifère à bec d'oiseau ( en latin Ornitliorhynchus ), il recourut à un autre qualificatif, qui, agrandissant la première image , était destiné à devenir un second trait , à former un dernier coup de pinceau , pour faire d'au- tant mieux ressortir l'étrangeté d'une aussi grande ano- malie. En conséquence , le nom spécifique de Para- doxus fut ajouté au premier nom , au nom générique Ornithorhynchus ; d'ailleurs l'excellent, le vénérable Blumenbach fit tout aussitôt insérer son travail dans plu- sieurs recueils allemands , et d'abord dans le Magasin de f^oigt (tom. ir , 1800 , p. ao5). Telle est la source première, à laquelle le Public puisa l'idée que l'Ornilho- rhynque était une sorte d'animal monstrueux , et comme le produit mixte de plusieurs organisations diverses j allant même sur cette distinction de natures dilTérentes d'une manière plus expresse, comme lorsqu'on ajoutait que l'Or- nithorhynque tenait réellement de la taupe par le corps , du canard par son bec , et du phoque par ses pieds trans- formés en nageoires. Cette manière d'apprécier les affi- (i) G. Shaw, dans uu recueil alors assez peu répandu, avait, six mois auparavant , déjà publié ce même animal sous Iç uoni de Plailpus anatinus. ( 453 ) niiés naturelles des êtres , est surtout ordinaire à la por- tion illétrée du Public. Toutefois , pour être reporté sur des objets sensibles , le jugement qui s'y applique n ex- clut point un certain tact , de la pénétration , et une connaissance approfondie du rapport des êtres. Depuis 1800 , nos connaissances touchant l'OrnitUo- rhynque ont été croissant, sans que nos jugemens à son sujet s'en soient ressentis dans la même proportion ; car c'est toujours une question agitée , s'il y a une ou deux espèces d'Ornilhorhynques. Pérou, sans l'établir par un texte justificatif , laissa figurer, dans l'Allas de son mé- morable Kojage aux Terres australes , planche 34, deux prétendus Ornilhorhynques, dont le peintre exagéra les teintes en sens contraire. Pérou autorisa l'établisse- ment de ces deux espèces , en les désignant , la brune par le nom dH Ornithorhynchus fuscus , et la rousse par celui d' Ornithorhjnchus rufusj elles étaient de sexe diffé- rent , la première femelle , et l'autre mâle : celle-là avait été enluminée bleu-d'ardoise-foncé, et le mâle couleur châtain-clair. Cette publication équivoque devint un texte que cha- cun interpréta à son gré. Plusieurs naturalistes, principa- lement MM. Cuvier (i) et Okeu (2), surent se soustraire à celte insinuation , et ne virent dans les distinctions ci- tées que des variations de l'âge , quand d'autres natura- listes , Tiedmann (3), Illiger (4), Hemprich (5), Vander (i) Règne animal, i, Sa^. (2) Slechbuch der Zoologie , 11 , 957. (3j Zoologie , 590. (4) Prodrome , 1 15. (5) Grundr, der NatUrgeschichte , 1800 , 49- (4^4) Hoëven (i) , Leach (2), etc., aperçurent là des difle- rences tranchées et réellement spécifiques. Comme on conservait cependant des doutes , un travail ex professa, sur celte question , fut publié 5 tel est celui de J^an der Hoëven. Cet auteur décrivit des faits qui dépendent de la forme , et qu'il jugea propres à corroborer toutes les autres indications prises des couleurs j mais bien qu'il se soit appuyé sur des dessins gravés, il n'a guère montré que des différences dans de certaines proportions des mâ- choires , différences qui ont pu tenir au mode du dessè- chement de la peau , et par suite à l'articulation faussée des mâchoires. M. Van der Hoëven est au surplus revenu sur ce point dans un article supplémentaire qu'il a écrit à E-Otterdam , sous la date du 12 décembre 1824 5 6t qu'il a imprimé dans les Mémoires des Curieux de la Na- ture. Malgré cette correction , et ayant vérifié , dans le voyage qu'il a fait à Paris en 1824 , sur les individus de la collection du Jardin du Roi , qu'il existe toutefois , et comme il l'a cru , constamment des différences dans l'ergot , ainsi qu'il l'avait d'abord fait connaître , ce cé- lèbre et savant médecin déclare n'être point dans le cas de se rendre aux observations critiques que lui avaient adressées MM. Jaffé de Berlin et Oken ; il a au contraire continué d'admettre les espèces O. rufus et O. fuscus , comme deux espèces bien différentes. M. Meckel, dans un magnifique ouvrage, format in-folio, qu'il a publié dans la présente année (Ornithorliynchi paradoxi descriplio anatomica ) , se prononce pour l'unité d'espèce j mais (i) Nov. Act. phys. med. , ii , 362. (2) Zool, miscell. , ii , i8i5. U55) comme il n'a pas fait de ce sujet une question spéciale , et que son jugement , bien que très-prépondérant dans la science , ne repose pas sur une comparaison attentive de beaucoup d'individus , j'ai pu agir et j'agis présente- ment, comme si l'on pouvait encore admettre que la ques- tion de l'identité des deux espèces ne fut pas absolu- ment résolue. Tels étaient les doutes élevés dans mon esprit , lors de la bienveillante communication de M. le duc de Chartres , faite à l'Académie royale des Sciences 5 on conçoit donc maintenant ce qui m'a engagé à rédiger cette Note. J'ai comparé de suite les deux individus du Prince avec ceux du Muséum , et avec plusieurs autres appar- tenant à des officiers et aux médecins de la TJiétis ; indi- vidus qui avaient été confiés à M. F. Prévost pour être montés : c'est de cette manière que j'ai eu l'occasion de voir et d'écrii'e ce qui suit. J'ai remarqué beaucoup de différences, mais elles ne se classent point entr'elles de manière à donner le retour des mêmes faits dans des individus assortis 5 ne se dis- tribuant point avec régularité, elles ne peuvent pas même servir à caractériser l'âge ou le sexe. Les sujets de M. le duc de Chartres sont semblables, en exceptant les faiis caractéristiques du sexe; savoir, l'absence de l'ergot , et moins de volume chez la femelle. J'ai eu sous les yeux deux jeunes mâles , l'un était brun-foncé , et l'autre roux : ce dernier avait servi d'original à la figure du Voyage aux Terres australes ; je le soupçonne d'avoir été long-temps exposé à la lumière , et d'avoir, par cette cause , perdu de son intensité de couleur. Le poil varie d'un individu à l'autre , tant dans ses ( 45G ) teintes que dans ses qualités de finesse -, mais ces varia- tions sont renfermées dans les limites de la l'énovation successive du poil par le phénomène de la mue. Le gros poil ou le jarre n'est-il point encore arrivé à tout son dé- veloppement? le poil est brun éclairci , brun -marron , et de plus , il est doux et moelleux au toucher 5 mais plus tard son extrémité s'épanouit et s'étale en lame : ce poil perd alors de sa finesse et acquiert une surface lisse qui réfléchit la lumière. Si seulement une partie du vieux poil est tombé , c'est une pelleterie d'une toute autre couleur. Quant à l'ergot des mâles , je ne crois pas que de ses différences , qui sont réelles et même plus considérables que ne l'a dit M. Yan der Hoëven^ on puisse conclure à des différences spécifiques. J'çii vu de ces éperons longs et grêles , d'autres courts et plus larges à leur base 5 j'en ai vus qui sont partagés par un sillon vers la face con- vexe 5 et un entre autres était dans ce cas , au point de me donner à penser qu'il était le produit de deux épe- rons soudés ensemble. N'est-ce point que les Ornithorhynques, qui emploient ces éperons , comme les vipères quand elles font usage de leurs crochets venimeux , mettent quelquefois trop de colère et de vivacité dans le soin de leur défense ;, à son tour offensive? On comprend en effet, si les Oi'nithorhyn- ques ne réussissent pas à bien mesurer leurs coups , que l'éperon se puisse briser. Or , ce cas arrivant , il n'est certes nullement douteux que cet événement ne soit suivi d'une reproduction. Il tombe aussi naturellement sous le sens que, comme l'éperon aurait été en tout ou en partie fracturé , la régénération Je fera reparaître sous des for- ( 4^7 ) mes variées selon les cas : voilà du moius ce qui me pa- rait probable. Des faits précédemment exposés , je crois devoir con- clure , à l'égai'd des nombreux individus que j'ai obs er vés , que les différences rapportées plus haut sont répan- dues à-peu-près sans ordre , et doivent être regardés comme purement individuelles. Mais viendrait-on dans la suite, en des contrées de la Nouvelle-Hollande écartées de Sydney et du Port-Jack- son, à retrouver d'autres et de différens Ornithorynques ? Je suis très-disposé à le conjecturer. Sur un appareil glanduleux récemment décou- vert en j4llemagne dans V Ornithorhjnque , situé sur les flancs de la région abdominale ^ et faus- sement considéré comme une glande mammaire. Tel est le titre d'un Mémoire que M. Geoffroy Saint -Hilaire a lu le 3 janvier 1827 à l'Académie royale des Sciences. Ce nouvel écrit de l'auteur repose sur des considérations et des recherches touies nou- velles, et il est, de plus , accompagné de figures qui en rendent l'exposition sensible , aussi bien pour la vue que pour l'esprit. Ce mémoire sera suivi de plu- sieurs autres , tant sur les organes urinaires et sexuels des Ornilhorhynqucs, que sur plusieurs points de leur système osseux et musculaire. Comme nous n'espérons point de pouvoir, dans un court délai , comiîîuniquer à nos lecteurs les vues nouvelles de l'auteur , nous anticipons sur cet avenir, en publiant la lettre sui- vante , qui les donne par extrait , et que M. Geoffroy Saint-Hilaire a adressée , le 29 décembre i82(i, à la Société philo ma tique. Lettre de M. Geoffroy Saint-Hilaire à M. le Président de la Société philomatique. ... M. Meckel vient , celte année , de beaucoup ajou- IX. 3o ( m ) ter à nos connaissances sur rOrnithorliynque , par la Description analoniiqiie de cette espèce. L'auteur an- nonce , dans ce bel ouvrage , qu'il vient enfin de dé- couvrir les mamelles tant cherchées de ce singulier qua- drupède, d'où il déclare et conclut que^ sur le témoi- gnage de ce nouvel élément, il lui parait inconlestable que V Oniilhorhynque et son congénère VEchidné ne forment point une classe à part , mais doivent revenir et rester dans celle des Mammifères , à la suite des Eden- TÉs. Par conséquent , dit M. Meckel , omnino igitiireli- minanda est nionotrematum classis Lainarchio- Geof- froy ana. Hune ordinem nionotreinatian , srquentem EdehtatA, staluendum esse, judico. Efl'eclivement, j'avais précédemment, en 1822, im- primé dans le Bulletin des Sciences de cette année , page 95 , que j'avais puisé principalement dans la consi- dération des organes urinaires et sexuels , l'opinion que rOrnithorhynque était décidément ovipare , et qu'il de- vrait former, réuni à son congénère l'Ecliidné, une cin- quième classe dans l'embraiichcment des animaux ver- tébrés. Or, les choses me paraissent devoir toujours res- ter dans le même état 5 car je ne crois pas que M. Meckel ait véritablement découvert une glande mammaire dans l'Ornithorliynque; la glande, qu'il a le premier signalée, n'ayant véritablement aucun des caractères des glandes lactifères. Je l'ai examinée avec une très-grande atten- tion en la comparant avec les glandes mammaires de la femme, mais principalement avec celles des animaux marsupiaux (î). Le tissu en est tout - à - fait difléreni. (i) En étudiant, plusieurs f;landcs mammaires comme termes de com- paraison dans la question actuelle . j'ai porté plus spécialement mon at- tention sur l'appareil lactifère du Ranguroo , appareil formé par la réu- nion de plusieurs friandes spliéroïdales , dont chacune est pins volumi- neuse qu'un gros pois. Là est une structure qui se rapporte , bien davan- tage que je ne l'ai dit, aux considérations de mon précédent arlicle ( p. 340) sur les moyens mis eu usage par les femelles pour obtenir que , par leur vouloir propre et par les ressources d'une injection , elles ver- sent elles-mêmes le fluide nourricier dans la bouche de leurs petits, qju'cn sait dans leur premier âge hors d'état de suffire à l'acte de la dé- {•lutition et de pouvoir sucer. Je n'avais parlé que de fibres nuisculaircs, répandues à cet effet sous le derme de la tétine; mais il est de plus un autre ressort plus puissant et beaucoup plus cllicace , c'est un muscle cousidcrable , cocfiant toute la glande mammaire : il est fait en enton- (459) C'est chez rOrnithorhynqiie une quaiilité de coecums placés côte à côte, se dirigeant tous sur le même point de la peau, où l'on n'aperçoit que deux orifices excré- teurs 5 orifices si petits , qu'on n'y introduirait pas la tête de la plus petite épingle. Voilà quelle est la glande découverte par M. Meckel : elle est sans aucune trace de tétines 5 et observez : c'est ainsi chez un animal dont le museau est fait de façon que même y aurait-il une longue tétine, un tel animal serait privé de la saisir et de la sucer. La glande du sujet observé par M. Meckel était d'une grandeur considé- rable; j'apprends qu'elle était dans un maximum de vo- lume et telle que dans la saison de l'amour le plus haut degré du développement des sexes pouvait donner ce vo- lume; je l'apprends par l'observation du même appareil chez une autre femelle qui avait cependant la taille et toute l'apparence d'un individu adulte. Cet appareil,, comparé au premier observé , n'en formait au plus que la quatrième partie. Or, une glande mammaire arrivée à tout sou plus grand volume , fuit toujours également ressentir sa turgescence à toutes ses parties constituantes : la tétine n'acquiert alors qu'un peu plus de volume, en- core plus , il est vrai , quand elle a été saisie et allongée pendant la lactation; mais d'ailleurs elle a d'origine ses conditions d'existence qui se rapportent au tissu érectile dont elle est formée. Rien de pareil n'existe chez TOr- nilhorhynquc. Mais cependant quelle serait et quelle est donc la glande découverte par M. Meckel. Je suis disposé à la croire analogue aux glandes qui garnissent le flanc des salamandres , ou bien encore à l'appareil concentré vers noir, il se subdivise en lanières ou rayons , iloiit queltjues jîaitits s'insè- rent et se fixent sur la surface des glandes spli('roïtla'es , et dont les autres vont , par delà toute la masse , se porter el adhérer sur la peau. C'est un véritable muscle choanoïde , connue celui qui entoure le nerf optique et le globe de l'œil dans la plupait des Mammifères , comme est aussi celui qui revêt l'extéiieur de la vessie urinaire. L'appareil mammaire des K.anguroos , qui est logé nu fond de cet entonnoir musculeux , est pressé quand les fibres de celui ci se contractent , et le fluide contenu dans les réservoirs lactés s'échappe , ou plutôt est lancé au dehors , de la même ajaiiicre que le fluide couteuu dans la poche uiiuaire. ( 46o ) les côtés (le l'abdomen que j'ai décrit à l'égard des mu- saraignes. Mon travail sur ce riche appareil chez les musaraignes a paru dans le premier volume de la se- conde collection des Mémoires du Muséum d'Histoire naturelle. J'avais dès cette époque déjà insisté sur ce que le développement de cette glande suivait , dans le cours de l'année , les phases du développement des or- ganes génitaux. L'odeur qu'exhale l'humeur de celte glande avertit les musaraignes de l'exaltation de leur état sexuel et les porte à se rechercher. La glande de rOrnithorhynque, lequel se retire de môme que les mu- saraignes d'eau et les desmans, dans des terriers com- muniquant à des marais pleins d'eau , n'aurait-elle que cet usage? ou bien, comme chez les salamandres, four- nirait-elle une humeur propre à enduire les tégumens épidevmiques, et à les rendre moins miscibles à l'eau? Quoi qu'il en soit , dans mon article Musaraignes , j'a- vais en eflet déjà indiqué l'analogie de toutes les glandes des flancs de l'abdomen , avec celles de la ligne latérale des poissons. Pour revenir à la découverte , d'ailleurs à tous égards fort importante, que M. Meckel avait annoncée dès 1824» et qu'il vient d'exposer en détail en 1826 , je crois qu'on peut dire que c'est là un nouvel élément de l'organisa- tion des OrnitliQrhynques, mais que ce fait n'olï're rien d'assez avéré , d'assez solidement circonstancié , pour que l'état de la question relativement à la classification des Ornithorhynques doive paraître changé. Or, je rédige présentement un travail , je puis dire ^ fort considérable sur les organes urinaires et sexuels des Ornithorhync[ues, qui sera nouveau même à l'égard d'une partie des faits d'observations déjà publiés , et conséquemment après ceux donnés par M. Meckel , et dont les résultats géné- raux sont que de tels organes se rapportent à ceux des reptiles et établissent invinciblement que les Ornitho-i rhynques sont des animaux ovipares. FIM DU NEUVIÈME VOLUME. TABLE PLANCHES RELATIVES AUX MEMOIRES CONTENUS DANS CE VOLUME, Pl. 4o. Globularia spinosa. fl, 4i, fig. I. Globularia vulgaris. Fig. a. Globclaria orikhtaiis. Pl. 42 , 43. Anatomiedes Cantharides. Pl. 44- Anatomie des Plumes. Pl. 45. Dromas ardeola , nouvel oiseau du Bengale. Pl. 46. Coupe géologique observée aux. environs de Bordeaux. Plan et coupe de la caverne à ossemens de Banwell (Sommerselshire). Ossemens fossiles observés dans les brèches osseuses du midi de la France. Pl. 47> 48- Anatomie des Oxyures et des Vibrions. PL 49- NicoTHoÉ DU Homard , JYicothoe Astaci , nouveau genre de Crustace'. Pl. 5o. Anatomie élémentaire des tissus animaux. Pl. 5i. Calodrtum TUBiFLORDM , nouveau genre de la famille des Erici- nées. Pl. 5i. Delaria ovalifolia. Pl. 53. Delahia ptrifolia. FIN DE LA TABLE DES PLANCHES. TABLE METHODIQUE DES MATIÈRES CONTENUES DANS CE VOLUME. ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALE, ZOOLOGIE. echerches expérimentales sur l'Exhalation pulmonaire ; par MM. Breschet et H. Milne Edwards. 5 Recherches pour servir à l'Histoire naturelle des Cantharides ; par M. f^ictor Audouin. 3i De la proportion des Naissances , des Mariages et des Décès dans les provinces du royaume des Pays-Bas , et de l'Accroissement de sa population. 84 Considérations sur l'Anatomie comparée de l'Hyoïde ; par Louis Girou de Buzareingues. 91 Sur une nouvelle espèce de Rongeur fouisseur du Brésil; par M. H. de Blainville. 97 Sur quelques petits Animaux qui , après avoir perdu le mouvement par la dessiccation , le reprennent comme auparavant quand on vient à les mettre dans l'eau ; par M. H. de Blaim^ilie. io4 Description d'une nouvelle espèce de Reptile du genre Marbré ( Polychrus) ; par M, F. de la Porte. 1 1 o Sur le Son produit sous l'eau par le Tritonia arhorescens. 1 1 1 Observations sur la Structure et le Développemeut des Plunïes ; par M. Frédéric Cuwier. 1 13 Mémoire sur le Foie et sur le Système de la veine porte des Pois- sons ; par le docteur Raihke. 1 55 Description d'un nouvel Oiseau du Bengale , que M. C. J. Tem- minck a nommé Dromas ardeola; par M, Dupont aîné, 184 Notes sur l'Astérie commune ; par M. Eudes-Deslonchamps. a 19 Recherches sur l'Organisation de quelques espèces d'Oxyures et de Vibrions ; par M. Ant. Dugès , Professeur à la Faculté de Médecine de Montpellier. 2a5 Essai sur la Domesticité des Mammifères , précédé de Considéra- ( 463 ) Pagei. lions sur les divers états des Animaux dans lesquels il nous est possible d'étudier leurs actions ; par M. Frédéric Cuvier. 279 De l'Influence que les ganglions cervicaux , moyens et inférieurs du grand sympathique , exercent sur les mouvemens du cœur ; par MM. H. Milne Edwards et P. ra^-asseur, MM.-DD. 329 Note sur quelques Circonstances de la Gestation des femelles de Kanguroos, et sur les Moyens qu'elles mettent en oeuvre pour nourrir leurs petits suspendus aux tétines ; par M. Geoffroy Saint-Hilaire , Membre de l'Institut. 34 1 Mémoire sur la Nicotlioé , animal singulier qui suce le «ang des homards ; par IMM. V. Audouin et H. Mdne Edwards. 3/^5 Recherches microscopiques sur la Structure intime des tissus or- ganiques des Animaux ; par M. H. Milne Edwards. 362 Notice sur l'Intensité de la Fécondité eu Europe , au commence- ment du dix-neuvième siècle ; par 31. Benoiston de Chdieau- neuf. 4^' Sur l'Identité de deux espèces nominales d'Ornitliorhynques ; par M. Geoffroy Saint-Hilaire , Membre de l'Institut. 4^1 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE , BOTANIQUE. Monographie des Globulaires ; par M. J. Camhessèdes. l5 Recherches sur l'Histoire ancienne , l'Origine et la Patrie des Cé- réales , et nommément du blé et de l'orge ; par M. Dureau de la Malle, Membre de l'Institut. 61 Note sur les Accidens morbides auxquels la semence des Stipa pen- naia et capillata expose les troupeaux ; par M. Raspail. 82 Observations sur les Rescdacées ; par M. Robert Browii. 21 3 Notice sur le Piloholus crystallinus ; par M. Durieu de Maison- neui'e. 221 Sur la nouvelle famille des Gilliésiées ; par M. John Lindley. 266 Sur l'Emploi delà racine de Caïnca , au Brésil, contre l'hydropi- sie , extrait d'une lettre de M. Langsdorf, Conseiller d'état et Consul russe au Brésil , à M. Bory de Saint- Vincent. 332 Note sur une sorte de Torpeur très-longue, particulière aux ra- cines du mûrier noir ; par M. Dureau de la Malle , Membre de l'Institut. 338 Observations sur deux nouveaux genres de Plantes; par M. Des- t'aux , Directeur du Jardin de Botanique , à Angers. 4o» v^-.jt;-.Mfr'-'.;.;..i. %é^p. '-y , ( 464 ) observations sur la famille des Lcgumiiieuses ; par M, Desi'aux , Directeur du Jardin de Botanique, à Angers. ^o\ MINÉRALOGIE ET GÉOLOGIE. Extrait d'une lettre de M. Jouannet , de l'Académie de Bordeaux, à 31. Alexandre Brongniart , Professeur de Minéralogie au Jardin du Roi. i88 Note sur la Présence de deux genres de pachydermes , Chœropo- tame et Palaeotlierium , dans les brèches de Sète ( Hérault) et de Villefranche-Lauraguais (Haute-Garonne) ; par M. Marcel Je Serres. igi Note sur la Caverne à Ossemens de Banwell ( Sommersetshire ) ; par M. Bertrand-Geslin. 196 Note sur les Cavernes à Ossemens et les Brèches osseuses du midi de la France; par M. Marcel de Serres. aoo Note sur la Présence de l'Anatase dans les mines de diamant du Brésil. 323 Matériaux pour servir à une Monographie de la Molasse , ou Re- cherches géognostiques sur les Roches et les Corps fossiles qu'on trouve entre les Alpes et le Jura ; par M. Studer. (Ex- trait. ) 252 Rapport verbal sur un Ouvrage intitulé : Recherches sur les Os- • semens fossiles du département du Puy-de-Dôme ; par M. le baron Cuvier. 2^3 Note sur un Calcaire d'eau douce , renfermant des 'débris de tor- tues de terre ; par MM. Dubreuil et Marcel de Serres. SgJ riN DE LA TABLE DES MATIERES. HWji|ii|gî;Sp^^^g| W^ il 1 1 ^^^^^^ înfif?r?tï3ï rîT H îîfesttÊî^S I^^S 1^ 11^^^^ BiBiSi iM ^y ^^s 1 r^iMwBl^^M: il : 1 l 'il 1 H -Hj^nrrilirfeigff^g^^^ia^ ■ i m ■ ■ ■ 1 ^^^ - r î IflUfHt ^— 1 ■^ ^^^^^1 ■ 1 1